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CHAPITRE V LE BAIN DE SIÈGE

Technique. — On prépare un bain de siège {hip balh) de la façon suivante : on étend sur le parquet une toile cirée que l'on recouvre d'une ou plusieurs couvertures; on place dessus une baignoire d'une forme spéciale, semblable à celle qui est représentée dans la figure 55, de manière à ce que le bord postérieur de cette baignoire soit placé sur une même ligne que l'un des bords des couvertures ; on remplit ensuite à moitié la baignoire avec de l'eau à la température prescrite. Le malade, la tète couverte d'un turban mouillé, s'assied alors dans la baignoire, les jambes passant par-dessus le bord antérieur. On doit éviter de faire reposer les régions poplitées sur ce bord, où elles se trouveraient comprimées, et de fléchir la jambe sur la cuisse au point de rendre pénible la position du malade. Si celui-ci est de petite taille, on peut placer ses pieds sur un tabouret qui les soulèvera assez pour empècherle creux poplité d'appuyer sur le bord de la baignoire. Lorsque le malade e.st assis, on enveloppe ses pieds et ses jambes de la couverture que l'on a étendue sur le parquet, afin que ces parties, qui ne seront pas soumises à la friction, ne se refroidissent pas. Au lieu de se servir de la couverture, on peut mettre les pieds du malade dans un bassin contenant de l'eau à 105°-li0° F. (40,5"- 43,3o C).

Si le malade est très sensible au froid, ou si l'on doit employer de l'eau à une température très élevée ou très basse, il est bon de donner à l'eau, en commençant, une température inférieure, ou supérieure, de quatre à cinq degrés C. à celle qui a été fixée, afin d'éviter de surprendre ou d'incommoder le malade; mais cela n'est pas absolument nécessaire.

Dès que le malade a pris place dans la baignoire, on y verse de l'eau à la température appropriée, en ayant soin de be pas la faire couler directement sur son corps. Le bain doit

PRATIQIE DE L HYDROTBERAPIE

être préparé rapidement, afin d'éviter tout désagrément au malade. Lorsque le médecin n'a pas fait de prescription spéciale à ce sujet, l'infirmier fait des frictions avec les mains nues, ou revêtues d'une serviette ou d'un gant à bain, sur les régions postérieures et latérales du tronc, tandis que le malade se frictionne l'abdomen et les cuisses.

Un bain de siège mal exécuté peut faire prendre froid au malade, ou lui causer quelque autre ennui. L'infirmier doit donc apporter l'attention la plus scrupuleuse à Fapplication exacte .des règles indiquées cidessus, surtout en ce qui concerne la position à donner au malade et la friction énergique à laquelle il faut le soumettre.

Mode d'action. — Les D''-' Schweinburg et Pollak, sous l'inspiration et la direction du professeur Winternitz, ont fait d'intéressantes expériences très précises, qui permettent d'expliquer scientifiquement les effets thérapeutiques du bain de siège. On plaçait le sujet dans une baignoire vide, afin de se mettre à l'abri des erreurs qui auraient pu se produire du fait d'un changement de pression, et on le recouvrait de couvertures. On fixait sur l'artère radiale, le bras étant mis dans une position facile à conserver, un sphygmographe de Dudgeon; on comptait les pulsations de la carotide et on enregistrait la

Fig. o5. — Bain de sièye.

LE BAIN DE SIÈGE 'Si'.')

tension artérielle dans l'artère temporale. On remplissait ensuite la baignoire d'eau à la température voulue. Les observations étant prises avant, pendant et après le bain, on obtient les résultats suivants : le bain de siège très chaud (IO40-II30 F., 40°-4o° C.) détermine presque toujours une légère accélération du pouls et, exceptionnellement, un abaissement considérable de la tension artérielle; le bain de siège froid (50°- 54, 5û F., 100-12° C.) détermine un ralentissement léger du pouls, et, parfois, une élévation considérable de la tension.

D'après Winternitz, le bain de siège est une opération susceptible d'exercer une action puissante sur l'aire vasculaire immense que forment les vaisseaux intra-abdominaux. L'ensemble de ces vaisseaux peut être comparé à un réservoir à dimensions variables, qui recevrait, pour un temps, la totalité du sang des autres régions, auxquelles il restituerait ce sang quand cela deviendrait nécessaire. Les vaisseaux intra-abdominaux, par le fait qu'ils peuvent modifier leur capacité, constituent une sorte de soupape de. sûreté, qui régularise les pressions à l'intérieur de l'appareil vasculaire.

Une opération qui agit puissamment sur les vaisseaux intraabdominaux, peut produire des effets intenses, soit utiles, soit nuisibles, sur le fonctionnement de l'organisme. Nous avons déjà indiqué, dans lapremière partie de cet ouvrage (page 50j, que le pléthysmographe montre une augmentation nette du volume du membre supérieur, lorsque le sujet prend place dans un bain de siège froid. Il se produit une congestion brusque de la tête qui se manifeste par les symptômes habituels. On a là un moyen unique d'amener le sang aux régions supérieures du corps. En outre, la respiration, la circulation, la tension artérielle, etc., subissent les modifications que détermine ordinairement le choc de l'eau froide sur une région quelconque du corps. Les différents phénomènes qu'amène le bain de siège froid peuvent être rattachés à une excitation réflexe du sympathique.

Les bains de siège à une température de 50° à 70° F. (10° à 21,1° C.) et d'une durée de dix à vingt minutes excitent les nerfs vaso-moteurs des viscères abdominaux, entraînent la constriction des vaisseaux de ces organes, diminuent leur contenu sanguin, et par suite, les sécrétions intestinales et les mouvements péristaltiques.

Indications thérapeutiques. — Il est facile de déduire les

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indications du bain de siège, du mode d'action de ce procédé, tel que nous venons de l'exposer. Le bain de siège peut rendre de grands services dans tous les cas oii il existe de la congestion des organes abdominaux, dans la diarrhée, dans la dysenterie. Une simple immersion de la partie inférieure de l'abdomen dans leau froide, qui serait de courte durée, déterminerait Ihyperémie de ces organes, augmenterait le tonus de l'intestin, activerait le fonctionnement de l'intestin ; au contraire, le bain de siège prolongé, très chaud ou froid (dont la durée est de une heure ou deux), décongestionne les vaisseaux des A'iscères abdominaux. AVinternitz aftîrme qu'il n'est pas de médication plus efficace, dans les diarrhées les plus rebelles, que le bain de siège froid, précédé de l'application d'un maillot humide avec friction, et je suis en mesure de confirmer l'opinion de cet auteur. Le maillot humide augmente l'étendue de l'aire. vasculaire cutanée, puis le bain de siège prolongea 500-66" F. (10°-18,9" C.) excite le sympathique, contracte les vaisseaux de l'intestin et diminue les mouvements péristaltiques.

Dans les a /feci ions des organes génito-urinaires, les bains de siège froids de courte durée sont utiles, lorsque la circulation y est paresseuse, lorsque ces organes sont le siège d'une congestion passive ou d'une inflammation chronique; ils sont conlre-indiqués, quand il existe un processus inflammatoire aigu. On les administrera donc dans l'impuissance, la spermatorrhée, l'ovarite subaiguë ou chronique, l'atonie de l'utérus, le relâchement des ligaments de l'utérus, l'aménorrhée, la ménorragie passive; on les prescrira encore dans les congestions passives du cerveau, des poumons, du foie; dans les troubles gastriques et intestinaux, la constipation, etc.

J'ai obtenu les meilleurs résultats de l'emploi du bain de siège froid de courte durée dans les cas de ménorragie qui persistent de mois en mois, laissent à chaque fois la malade épuisée, la maintenant ainsi dans un cercle vicieux, car les pertes se reproduisent en raison de l'anémie qu'elles entretiennent. Qaand le curettage n'a pas réussi ou qu'il est contreindiqué, que l'hémorragie se prolonge à cause des troubles de la circulation locale et de la circulation générale, on trouvera avantage à préférer à toute autre médication le bain de siège à S.j" F. (29, o° C), de cinq à huit minutes, avec friction constante, suivi d'afîusions, ou, mieux, d'une douche en cercles à une température égale ou inférieure. J'ai l'habitude de près-

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