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LAVAGE DE L'URÈTHRE ET DE LA VESSIE PRATIQUÉ SANS SONDE

Le D"" Daggelt, de Bufifalo, a introduit dans la pratique une méthode de lavage, qui présente sur toutes les autres des avantages manifestes; car elle n'exige pas l'introduction d'une sonde dans l'urèthre, dont la partie postérieure est habituellement d'une sensibilité excessive dans la gonorrhée chronique. L'appareil employé consiste en une courte canule, dont le calibre va en décroissant d'une extrémité à l'autre, de telle sorte qu'elle peut obturer l'urèthre en s'y enfonçant comme un coin. Elle a deux orifices à son extrémité supérieure, dont l'un doit être relié au tube d'arrivée de l'eau, l'autre au tube de sortie, (fig. .'39j,

Technique. — « On aura à sa disposition un laveur d'une capacité de quatre litres et un tube d'une longueur d'un mètre cinquante centimètres, muni d'un interrupteur de courant. On adapte ce tube à l'orifice d'entrée de la canule, dont la lumière est plus large d'un cinquième que celle de l'orifice de sortie. On fait pénétrer le bec de la canule dans le méat uréthi-al où on l'enfonce de deux à cinq centimètres, suivant la largeur de celui-ci; la forme en coia de cette canule lui permeft die s'adapter à des méats de calibres différents. Elle est assez longue pour qu'on puisse' la maintenir en position en serrant le pénis en arrière du gland, en même temps qu'on place la partie libre dé cet organe sur la même ligne que la portion fixe de l'urèthre. On remplit le réservoir d'eau à 11.3" F. (46,1° Fig. o9.— Canule r. ^ .. . !•• ■ i- \ tli D' Daggett.

C.j, pour être sur que 1 injection aura une température supérieure à celle du sang, lorsqu'on laissera s'écouler le liquide. On adoucit l'eau en y ajoutant un peu de glycérine, de mucilage, de chlorure de sodium ou de carbonate de soude. On suspend le réservoir à soixante-dix centimètres ou un mètre au-dessus du niveau de la région pelvienne.

PRATIQUE DE L HYDROTHERAPIE

« Le malade doit se mettre dans une sorte de décubitus, — uneposition àla fois accroupieet renversée en arrière (fig. 60); car l'action de la pesanteur doit nécessairement intervenir dans l'opération.

« Le malade peut se placer dans une baignoire ordinaire pour exécuter le lavage; il prend une position renversée en arrière, de façon à ce que son corps fasse un angle de quarantecinq degrés avec l'horizontale ; il lléchit les cuisses à angle droit sur le tronc, et les jambes à angle droit sur les cuisses. Si l'on ne dispose pas d'une l^aignoire, on se servira d'un bain de siège que l'on adaptera à l'opération. Le malade peut encore se placer dans une chaise à bascule basse, inclinée en arrière et calée (fig. 60J, de sorte qu'il se trouve dans la position dési-

Fig. 60. — Position du malade.

rée, ses jambes reposant sur une autre chaise ou sur un support quelconque.

« On introduit le bec de l'irrigateur, après avoir mis le pénis en ligne droite avec la portion fixe de l'urèthre; on ouvre le robinet et on laisse couler l'eau, jusqu'à ce que le réservoir se soit vidé, si cela est nécessaire. Si l'eau n'est pas arrivée à passer dans la vessie, on fait un nouvel essai. Une sensation par-

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liculière avertit le malade que rinjection arrive dans l'urèthre postérieur; le liquide ne s'écoule plus au dehors qu'en moindre quantité et par saccades; on place alors un doigt de la main droite sur l'orifice de sortie de la canule, de manière à faire pénétrer l'injection dans la vessie; celle-ci, tout d'abord, éprouve un certain trouble de l'intrusion du liquide, qu'elle rejette quand elle en a reçu soixante ou cent grammes. Lorsqu'on renouvelle l'opération, la tolérance delà vessie augmente à chaque séance. On recommence le lavage trois ou quatre fois par séance, et on peut répéter les séances trois fois par jour, s'il est nécessaire. La nouveauté du traitement et le soulagement quil procure entraînent parfois les malades à l'exagérer, au début, avant que les organes soient devenus tolérants. Le fait que le liquide s'écoule au dehors en quantité moindre et d'une façon saccadée, semble indiquer qu'il se produit une sorte de contraction anti-péristaltique du hulbo-caverneux. L'opération est d'une parfaite douceur, à condition que le courant continu d'eau très chaude n'ait qu'une pression faible et que le malade soit placé dans la position indiquée. Le malade acquiert le tour demain nécessaire pour exécuter la manœuvre avec succès, et il est très satisfait de pouvoir se faire lui-même ses lavages de vessie. »

Indications thérapeutiques. — Le traitement des maladies de l'urèthre a été longtemps un prétexte à incriminer notre art. Les formules dont on a préconisé l'emploi dans ces maladies sont d'une diversité infinie; elles encombrent nos manuels et nos journaux; cela signifie que notre science échoue dans cette thérapeutique, que nos méthodes sont incertaines, que les procédés dont nous disposons ne sont qu'empiriques. « Les lavage.s répétés de l'urèthre au moyen d'eau très chaude, pratiqués chez un malade placé dans la position indiquée, constituent un moyen de traitement beaucoup plus efficace, dans les cas invétérés d'uréthrite, que l'injection ordinaire, dont on peut comparer l'utilité à celle d'un lavage de bouche dans le traitement d'une laryngite. »

On reconnaît actuellement que le nettoyage mécanique d'une région est bien supérieur aux substances chimiques les plus actives, lorsqu'il s'agit d'en assurer l'asepsie ou l'antisepsie. De même que, dans les congestions et inflammations péri-utérines, l'irrigation très chaude prolongée amène une constriction des vaisseaux et favorise l'absorption des produits patho-

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logiques, de même, le lavage continu de la vessie et de l'urèthre, convenablement exécuté, détermine une action détersive au niveau d'une région, sur laquelle l'injection d'une petite quantité de liquide chargé d'une substance active ne produira aucun effet. Lorsque nous examinons, par exemple, la méthode recommandée par Guyon et d'autres auteurs dans le traitement de la cystite chronique, à savoir : l'injection goutte à goutte d'une solution concentrée de nitrate d'argent, que devra diluer plus ou moins l'urine contenue dans la vessie, nous sommes obligés d'admettre que ce procédé est tout à fait irrationnel, lorsqu'on le compare au nettoyage parfait des surfaces enflammées que l'on peut exécuter au moyen d'eau très chaude.

Le D'' Daggett rapporte un grand nombre d'observations, qui donnent une idée exacte de la valeur de cette méthode récente, et qui méritent d'être étudiées; nous en citerons une, à titre d'exemple.

Cas. I. — R..., 63 ans, a eu une cystite très grave, il y a vingttrois ans ; il a été malade pendant plusieui's mois et n'a jamais complètement guéri. Il est resté confiné à la chambre pendant quatre semaines ; on lui a fait des lavages au moyen de la sonde à double courant ; mais son état s'est aggravé d'une façon continue. Le médecin traitant propose la cystotomie.Le malade présente tous les signes d'une infection. Son urine est très alcaline, d'odeur désagréable ; elle laisse un dépôt solide égal au quart de son volume, formé de pus et de débris inflammatoires. R... apprend facilement à pratiquer lui-même des lavages sans sonde ; son urine devient claire au bout de cinq jours, et il peut reprendre ses occupations. Il persiste encore une certaine tendance aux rechutes, que l'on combat par de nouvelles irrigations. Actuellement, le malade évacue parfaitement sa vessie et le jet d'urine est normal.

Hypertrophie de la prostate. — Il existe une hypertrophie plus ou moins considérable de la prostate chez environ le tiers des hommes âgés de quarante-cinq à soixante ans; un petit nombre de ceux-ci présentent de la dysurie et sont exposés aux accidents qui compliquent cette affection.

L'hypertrophie de la prostate peut rendre plus difficile, mais n'empêche pas d'une façon absolue, l'introduction dans la vessie d'un liquide administré selon la méthode que nous venons de décriTe, Il est possible de faire pénétrer de l'eau dans la vessie de cette façon, alors même que le malade est incapable d'évacuer sa vessie sans l'aide d'une sonde.

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La mêmeméthode donne encore un résultat intéressant : elle amène le retour de la puissance génilale, quand celle-ci est abolie.

Après avoir traité, en plusieurs années, une quarantaine de cas tels que ceux que l'on rencontre dans la pratique ordinaire, le D'' Daggett se croit autorisé à affirmer que, sur cent malades, il en est quatre-vingt-dix à qui Ton peut apprendre à se fair^ des lavages de vessie sans sonde.

« La technique, la position du malade et la persévérance assurent le succès, » dans les cas de ce genre, comme dans d'autres cas oii l'hydrothérapie rationnelle rend des services.

L'efficacité des applications d'eau chaude que nous venons de décrire montrent combien est erronée cette idée très répandue que l'hydrothérapie consiste seulement dans les applications externes d'eau froide.

LAVâ-GE VAGINAL

Le lavage vaginal est un procédé d'usage courant dans le traitement des maladies des organes génitaux de la femme; mais il n'est utile qu'autant qu'il estexécuté d'après des règles strictes.

Technique. — On doit avoir à sa disposition : 1° un bassin de lit plat, en zinc ou en ^

convenablement disposé, ^lll|___JJ__J*..J^^^--^'''^ V^

sur lequel on puisse don- ^

ner au pelvis de la ma- kl

lade une position élevée. pig. 6i. — Bassin de lit plat.

On suspend le laveur à

une hauteur d'un mètre ou plus, et on place sous la malade le bassin de lit, après l'avoir chauffé, et de manière à ce qu'elle repose sur la partie recouverte du récipient. On adapte au tube de caoutchouc du laveur une canule vaginale, dont les ouvertures dirigent le jet en avant, afin qu'il ne puisse pénétrer dans la cavité utérine; puis on introduit cette canule aussi loin que possible dans le cul-de-sac i)Ostérieur, en évitant de causer de la douleur à la malade. On ouvre alors le

PRATIQUE DE L HYDROTHERAPIE

robinet du laveur, et on laisse Teau couler d'une façon continue dans le vagin, d'où elle tombe dans le bassin de lit.

LeD"" N. Bozeman (1) a imaginé un irrigateur vaginal qui donne de Teau mélangée d'air. Cet instrument aurait pour principaux avantages d'introduire dans le vagin de l'air stérilisé avec de l'eau très chaude, et de favoriser l'écoulement du liquide au moyen d'unelégère aspiration, afin que celui-ci ne puisse s'accumuler en quantité suffisante pour couler sur le périnée et mouiller le linge de la malade ou les draps du lit.

Le même auteur a, depuis, simplitiéson appareil (2) en remplaçant le réservoir de verre par un sac de caoutchouc.

Le D»" Robert C. Kemp (3) a inventé un irrigateur à double courant (fig. 62) très ingénieux, qui s'emploie sans nécessiter

la présence d'un bassin de lit. Le modèle représenté par la figure se fait également en verre.

On doit toujours administrer les lavages vaginaux aux malades après les avoir fait placer dans le décubitus ; la position assise, qu'elles pourraient prendre sur un bidet ou une chaise percée, est défectueuse, parce qu'elle ne permet pas au vagin de se laisser distendre par l'injection. Lorsqu'il s'agit de faire un nettoyage de la cavité vaginale, on ne doit pas employer de l'eau à une température supérieure à 100'' F. (37,8° C.) ; pour obtenir une action astringente ou antiphlogistique, on fera intervenir des températures allant de 100" à 120" F. (de 37,8 à 48, 9" C.), en commençant par une température de 100° F., que l'on élèvera progressivement en ajoutant

(1) New York Médical Journal, 27 mai 1893.

(2) New York Médical Journal, 29 septembre 1894.

(3) New York Médical Journal, 28 mars 1896.

Fig. 62. — Irrigateur vaginal de Kern]).

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de l'eau très chaude au contenu du laveur, jusqu'à ce que la malade se plaigne d'une sensation trop vive de chaleur. Dans les deux cas, on doit surélever le bassin de la malade, et employer une certaine quantité d'eau, trois ou quatre litres, par exemple. On aura soin d'oindre le périnée d'un corps gras et on évitera de se servir de canules métalliques, quand on fera des injections très chaudes, afin que la région n'ait pas à souffrir du contact de liquides ou de corps trop chauds.

Les malades ne peuvent s'administrer seules avec une précision suffisante des injections de cette sorte. Ici, comme dans d'autres opérations hydriatriques, c'est la technique la plus minutieuse qui donne les meilleurs résultats. Malheureusement, l'exécution parfaite du procédé est possible seulement à l'hôpital, ou lorsque la malade peut recourir à Faide d'une infirmière pour chaque injection. La méthode ordinaire que suivent les femmes qui prennent des injections vaginales sans assistance est défectueuse, mais on est obligé de s'en contenter dans un grand nombre de cas.

Mode d'action. — L'eau tiède amène le relâchement du vagin et facilite le nettoyage de cette cavité dans la leucorrhée. L'eau très chaude (à une température non inférieure à 110" F. [43,3° C.]) fait rider la muqueuse, chasse le sang des veines du bassin, ce dont témoigne la coloration plus pâle de la muqueuse, fait cesser la congestion. Les irrigations chaudes répétées entretiennent donc le tonus des vaisseaux du bassin, activent les phénomènes d'absorption, font disparaître les exsudats, et favorisent ainsi la guérison.

Mais l'abus des injections très chaudes, dont l'emploi s'est beaucoup répandu, expose à des dangers; et il n'est pas hors de propos d'appeler l'attention sur ce point. La répétition des lavages très chauds, dans des circonstances oii ils ne sont pas indiqués, doit arriver à épuiser le pouvoir contractile des vaisseaux ; ils abolissent la sécrétion naturelle de la muqueuse ; ils entretiennent dans l'esprit de la malade la préoccupation de son état, ce qui nuit à l'établissement de la guérison. Beaucoup de femmes ont recours sans nécessité à cette pratique, ou bien la continuent alors qu'elle n'a plus aucune utilité.

Il me paraît bon de formuler encore ici une autre remarque. Lorsque j'étais le médecin d'une écolede réformepourenfants, j'étais souvent consulté par de jeunes institutrices qui se plaignaient de « troubles internes », pour lesquels elles s'étaient

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fait traiter précédemmeat par des femmes-médecins. Celles-ci, malheureusement, sont, beaucoup moins que nous, portées à s'abstenir de pratiquer le toucher vaginal chez les vierges ; aussi conseillent-elles trop souvent l'emploi d'injections très chaudes à des jeunes filles, qui présentent de la leucorrhée, alors que ce trouble est habituellement imputable à un état de faiblesse générale et d'anémie.

J'ajoute que je considère comme dangereux les lavages vaginaux fréquents administrés après l'accouchement, lorsque les lochies sont normales. C'est l'opinion que j"'ai acquise dans vingt-cinq années de pratique obstétricale.

Indications thérapeutiques. — Le lavage vaginal est employé, en dehors des cas où il constitue une mesure de propreté, dans le traitement des inflammations vaginales et périutérines. La chirurgie a notablement diminué le nombre des cas dans lesquels on doit appliquer ce procédé, depuis qu'on sait que la pelvi-péritonite et le phlegmon du petit bassin sont dus le plus souvent à une salpingite. Cependant, il existeencore beaucoup de cas oi^i le lavage vaginal suffit à amender des symptômes pénibles. C'est ainsi que j'ai pu ramener à la santé, sans intervention chirurgicale, plusieurs femmes dont le cas m'avait paru désespéré. Il n'est pas douteux que ce simple traitement, associé à quelques autres mo}»ens (bains de siège, tampons glycérines, hygiène générale) n'arrive à rétablir le tonus des vaisseaux pelviens. Ce serait donc tomber dans un excès contraire à celui que nous avons signalé, que de négliger cette excellenteméthode thérapeutique et de recourir toujours à une mutilation chirurgicale, qui sera justiiiée seulement après l'échec des autres moyens. Celte remarque ne nous paraît pas moins utile que celle que nous avons faite plus haut, à une époque où l'on pratique si facilement la castration chez la femme.

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