l'HATlOL'E DK L HYDROTUÉRAPIE
accélération du pouls, un abaissement de la tension artérielle, et une accélération des mouvements respiratoires ; l'ingestion de Feau chaude continuée méthodiquement amena un relâchement durable des tuniques artérielles. Friedricli et Stricker ont fait des recherches expérimentales sur un sujet auquel ils faisaient prendre deux cents grammes d'eau, avant de compter ses pulsations et d'enregistrer sa tension artérielle au moyen du sphygmomanomètre métallique de Basch. Ils ont constaté que leau ingérée fait apparaître très rapidement ses effets- L'eau froide ralentit le pouls, et, d'une façon générale, élève la tension artérielle, à moins quelle ne soit très froide ; dans ce dernier cas, la tension baisse parfois. L'eau chaude, au contraire, accélère le pouls, tout en élevant la tension; l'eau tiède (SS^-.'SOo ç;) diminue la tension. L'abaissement de la ten- Ision est proportionné à l'abaissement de la température de l'eau ingérée. L'eau à une température moyenne ii5" C.)a très peu d'effet.
Les températures extrêmes produisent plus rapidement leurs effets ; mais ceux-ci cessent complètement dans l'espace de vingt minutes.
Ces résultats ont été confirmés, dans ce qu'ils ont d'essentiel, par les recherches que les D'^ Shrady, Wittson et Cleghorn ont faites sous ma direction, à la clinique Vanderbilt.
Glax dit, avec raison, que les modifications du pouls apparaissent trop rapidement à la suite de l'ingestion de l'eau aux différentes températures, pour être dues à l'augmentation du volume de l'eau contenue dans le sang; elles sont donc, très probablement, le résultat d'une action réflexe portant sur les centres vaso-moteurs. C'est ce qu'ont démontré les expériences de Spallita et Tomasini, qui ont constaté que les vaisseaux cutanés se contractent après une ingestion d'eau froide.
On peut donc affirmer, avec quelque certitude, que l'usage interne de Veau froide et de leau très chaude a une action déterminée sur les vasn-moteurs, qui n'est pas sans analogie avec l'action que possèdent les applications externes de l'eau.
Friedrich et Stricker ont, également, fait une étude des effets de l'ingestion de grandesqnantilés d'eau sur la constitution du sang et sur la tension artérielle. Plus le volume de l'eau ingérée est considérable, plus la modification de la tension artérielle est marquée et persistante; toutefois, la durée de cette modification ne dépasse pas trois minutes et demie. L'eau ingérée commence à pénétrer dans les tissus au bout d'une
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heure, et elle s'élimine en totalité en trois heures et demie ; rélimination est relativement plus rapide avec de grandes quantités (1.000 à ^.000 ce.) qu'avec de petits volumes [oOi) ce). Les recherches les plus récentes d'Oertel et dautres auteurs démontrent parfaitement que lingestion d'une quantité abondante d'eau détermine une dilution passagère du sang. Mais l'organisme sain est constitué de façon à pouvoir éliminer rapidement l'eau absorbée; aussi est-il impossible qu'il se produise une pléthore hydrémique, même quand le liquide est ingéré en grand -excès. Au contraire, Feau froide agit comme un véritable diurétique, et elle entraine même de l'eau qui n'a pas été ingérée. L'eau ciiaude augmente aussi l'excrétion urinaire pendant un court moment ; mais si on continue à en administrer, l'urine diminue et la transpiration augmente.
Dans les expériences faites à la clinique Vanderbilt, je n'ai constaté qu'une action légère de l'ingestion d'eau sur la tension artérielle. L'effet diurétique de l'ingestion dépend donc moins de la quantité administrée que d'une élévation de la tension déterminée par l'action excitante du froid et à une augmentation de l'activité circulatoire dans le rein. Aussi l'effet diurétique manque, lorsque l'eau est prise tiède, et lorsque le cœur n'est pas sain. L'eau très chaude, qui possède une action excitante plus faible, stimule légèrement l'activité cardiaque et amène une élévation de la tension artérielle; toutefois, ce dernier phénomène est suivi d'un abaissement de la tension et d'un relâchement des artères. La différence de température entre l'eau très froide (7° C.) et la muqueuse de l'estomac (.370 C.) étant de 30° C, l'excitation déterminée par l'eau froide est beaucoup plus intense que celle que produit l'eau très chaude (49° C.),qui présente seulement une différence de 12*^ C. avec l'estomac.
Ce que nous venons de dire peut paraître, à première vue, contraire à une opinion depuis longtemps établie ; les physiologistes contemporains sont, cependant, d'accord pour admettre que l'élimination de l'eau par les reins dépend de la pression sous laquelle circule le sang, plus que du volume du liquide ingéré.
L'ingestion d'eau ne détermine pas seulement une augmentation de l'élément liquide de l'urine, elle accroît également l'élimination des éléments solides de celle-ci, en particulier de l'urée. Toutefois, -ce résultat n'est pas dû à une destruction
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plus active des albuminoïdes, mais simplement à une dissolution plus complète, et, par conséquent, à une élimination plus parfaite de l'azote provenant des tissus. C'est ce qu'ont établi les recherches d'Oppenheim, et celles, plus récentes, de von Noorden (1).
L'ingestion abondante d'eau amène encore une augmentation d'autres sécrétions, surtout par le fait d'une action rétlexe, qui porte sur les organes sécrétoires. Heidenhain et d'autres physiologistes ont constaté un accroissement des quantités de salive et de bile excrétées, qu'ils attribuent à l'excitation réflexe des centres nerveux qui règlent la circulation des glandes.
Les effets locaux et généraux de l'usage interne de l'eau obéissent aux mêmes lois qui gouvernent les applications hydriatriques externes. Ils sont surtout d'ordre réflexe, comme en témoigne la transpiration abondante que détermine l'ingestion d'une quantité modérée d'eau très froide, que l'on prend pendant l'été en un jour de grande chaleur, et qui donne une sensation de rafraîchissement général, en même temps qu'elle calme la soif.
Indications thérapeutiques. — Il est facile d'imaginer les applications que l'on peut faire de l'eau administrée à l'intérieur, lorsqu'on connaît les effets physiologiques, mentionnés ci-dessus, que produit l'eau, froide, chaude ou très chaude, en arrivant au contact de l'estomac.
Dans les maladies infectieuses aiguës, l'administration de soixante à cent vingt grammes d'eau glacée toutes les deux heures augmente considérablement la sécrétion urinaire. J'ai constaté que, lorsqu'on a soin de placer, dans l'eau que l'on donne au malade, une provision de glace qui maintient la température du liquide au-dessous de 4" C, la quantité d'urine s'élève à trois litres et demi par vingt-quatre heures. L'élimination des toxines, que l'on obtient par ce moyen, est un avantage précieux dans la lutte qu'on mène contre ces dangereuses maladies; elle constitue un excellent adjuvant du bain froid. L'ingestion de grandes quantités d'eau à la température ordinaire, au contraire, met obstacle aux efforts de l'organisme; car, comme l'ont bien montré Botkin, Leyden, Naunyn, Glax, il se produit déjà, chez les fébricitants, une rétention
(1) Lehrbuch der Pathologie dex Slo/J'nechsels, 1893.
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d'eau dans l'organisme. Cette rétention augmente, quand on apporte à celui-ci un excès de liquide. Sahli, qui est un partisan convaincu des injections sous-cutanées de sérum artificiel, a constaté, dans un cas d'intoxication par le mercure, que l'effet diurétique de ces injections cessait de se manifester, toutes les fois que la température et le pouls du malade indiquaient qu'il avait de la fièvre.
Dans les maladies d'estomac, on a recommandé depuis longtemps l'administration de boissons très chaudes, comme un adjuvant des diverses médications. Un verre d'eau glacée pris à jeun agit, à l'occasion, comme un bon stimulant du péristaltisme.
Catarrhe gastrique. — La principale application thérapeutique de l'eau en boissons est fournie par le catarrhe de l'estomac et les autres troubles gastriques qui se caractérisent par une accumulation de mucus ou de substances fermentescibles dans l'estomac; à cet égard, seule l'eau chaude s'est montrée utile. Elle nettoie la muqueuse gastrique, dilue et antiseptise le contenu de celle-ci ; en outre, l'action rétlexe qu'elle exerce à une température élevée, quand on la boit àpetites gorgées, sur la tunique musculaire, en augmente la contractilité, ce qui favorise le passage des aliments digérés dans le duodénum. Pour que l'eau très chaude remplisse ce rôle thérapeutique, il est nécessaire de l'administrer suivant certaines règles, qui non seulement ont reçu la sanction de l'expérience, mais se justifient encore par leur mode d'action. L'eau doit être assez chaude pour qu'il soit impossible de l'avaler rapidement ; il faut la boire à petits coups, par cuillerées à soupe, afin d'obtenir l'action réflexe stimulante sur les vaisseaux sanguins et les nerfs, et par conséquent sur les fibres musculaires de l'estomac. La quantité que l'on prend de cette façon ne doit pas être inférieure à un quart de litre, ni supérieure à trois quarts de litre, pour qu'elle nettoie complètement l'estomac sans le distendre.-On ingérera cette eau au moins une demi-heure, au plus une heure, avant le repas, parfois avant plusieurs repas; de cette façon, l'eau aura le temps de disparaître de l'estomac, et cet organe le temps de se reposer, avant que les aliments y soient introduits. Ces conditions se trouvant soigneusement remplies, la méthode que nous venons d'exposer, mieux que tout autre traitement, soulagera le malade et hâtera la guérison, dans le cas de catarrhe gastrique subaigu ou chronique et de dilatation de Vestomac, et dans quelques formes de
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névroses gastriques. Il arrive souvent que les malades atteints de ces ditïérentes aflections, mais surtout de névroses stomacales, emploient ce procédé d'une façon très défectueuse. Ces malades arrivent rarement à la consultation du médecin, avant de s'être administré de Teau très chaude en abondance, de toutes sortes de façons, et surtout immédiatement avant de prendre leurs repas — pratique toujours nuisible, parce qu'elle distend l'estomac, qu'elle dilue les aliments qui y pénètrent, et trouble les phénomènes de la digestion. Jaworski a constaté que Ton retrouve dans l'estomac, un quart d'heure après l'ingestion d'une certaine quantité d'eau, la moitié de cette quantité; mais qu'il n'en reste pas au bout d'une demi-heure ; le passage de l'eau dans l'intestin s'opère plus ou moins rapidement suivant la température, Veau chaude passant plus lentement que l'eau froide. Les physiologistes s'accordent presque tous à admettre que l'estomac n'absorbe que de très minimes quantités d'eau. Il est donc nécessaire de laisser un certain intervalle entre l'ingestion de l'eau très chaude et le repas suivant.
La méthode si simple, que nous venons de décrire, est une occasion de remarquer combien il importe d'appliquer rigoureusement les règles des procédés hydrothérapi(|ues. Elle montre, en outre, que ces procédés sont toujours basés sur des principes rationnels. Ce sont là des notions sur lesquelles je reviens à dessein, toutes les fois que j'ai un prétexte pour le faire.
Dans certaines maladies de /'e;(/'a»ce, l'usage interne de l'eau très chaude est souvent utile. J'ai fréquemment trouvé des avantages à pratiquer un lavage d'estomac au moyen d'une ingestion forcée d'eau chaude, administrée à l'aide d'un biberon. Lorsque, dans les affections pulmonaires des jeunes enfants, les bronches sont obstruées par leurs sécrétions, ou lorsque l'estomac est rempli de mucus dégluti, on peut facilement faire prendre au petit malade de l'eau sucrée tiède, avec un biberon, une cuiller ou une tasse, et cette eau agissant comme un vomitif produit un excellent ell'et.
Contre-indications. — Des médecins autorisés ont recommandé comme un diurétique, dans l'hydropisie, l'ingestion de grandes quantités d'eau. J'ai pu constater souvent que cette pratique était fondée sur une erreur. Aussi l'ai-je abandonnée pour arriver à une méthode opposée et plus eflicace : je sup-
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prime, autant que possible, du régime des hydro|)iques l'eau et les aliments aqueux. Lorsque l'appareil vaso-moteur n'est pas sérieusement atteint et que la réaction ne rencontre pas d'obstacle, comme dans les cas ou des œdèmes surviennent à une période peu avancée des affections cardiaques ou rénales, j'ai coutume de prescrire comme diurétique soixante grammes d'eau à 4" C, à prendre toutes les heures. Dans la néphrite aiguë, de petites quantités d'eau très froide, prises toutes les demi-heures, agissent rapidement sans surmener l'estomac. L'effet diurétique fait rarement défaut. Je sais que beaucoup de médecins ont une pratiqué tout opposée, c'est-à-dire qu'ils administrent de grandes quantités d'eau chaude. Si l'on considère quel énorme travail l'ingestion de ces grandes quantités de liquide doit imposer aux reins, on s'apercevra des avantages que présente l'administration de quantité réduites, qui agissent par action réflexe. L'observation clinique m'a bien souvent démontré la supériorité de cette dernière méthode.
D'autre part, les recherches de Sahli établissent, d'une façon concluante, que la diurèse active que procure le lavage de l'organisme s'interrompt lorsque la température du corps s'élève. Comme la fièvre est constante dans la néphrite aigiie, l'effet diurétique attendu est neutralisé, et la présence de l'excès de liquide introduit dans l'organisme impose au cœur un travail écrasant. Je déconseille un procédé qui se trouve en contradiction avec les données de la physiologie et de la pathologie.