‹ La pratique de l'hydrothérapieChapitre 52 sur 105 · PROCÉDÉS HYDRIATRIQUES EMPLOYÉS DANS LA FIÈVRE TYPHOÏDE · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS HYDRIATRIQUES EMPLOYÉS DANS LA FIÈVRE TYPHOÏDE

Dans le chapitre consacré au bain froid avec friction, je me suis attaché à montrer que cette opération constitue l'élément principal du traitement dans la fièvre typhoïde et à établir assez solidement cette proposition pour que le lecteur le plus sceptique trouve des difficultés à la contester. Cependant, si laméttiode de Brand apparaît comme le traitement le plus efficace dans cette maladie, il est certains cas auxquels elle ne convient pas, et certains autres où le diagnostic est obscur au début. Ce sont des cas que l'on peut toutefois traiter utilement au moyen de quelque autre procédé hydriatrique, qui non seulement apporte un soulagement immédiat au malade, mais encore empêche que l'avenir ne soit compromis. J'ai donc l'intention dindiquer, à présent, les méthodes qui m'ont paru

Bakccii. — Hydrothérapie. 27

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les plus efficaces dans le traitement des cas béninset des cas graves de typhoïde. Lorsqu'un examen soigneux du malade a permis d'établir le diagnostic approximatif de lièvre essentielle, on peut soulager le malade immédiatement en le soumettant à quelque application hydriatrique modérée. Si la température rectale se maintient au-dessus de 101° F. (38,3" C), on administre des ablutions, en commençant avec de l'eau à 80'' F. (26,6° C.) et en abaissant la température de celle-ci de cinq degrés (trois degrés C) à chaque nouvelle opération, jusqu'à 60° F. (15, 5° C.).On applique également, toutes les heures, des compresses mouillées à GOt" F. (15. 5° C.) sur l'abdomen, jusqu'à ce que la température du corps soit tombée à 100» F. (37,8° C), toutes les demi-heures, si cette température dépasse 103e Y. (39,4° C). On prescrit des ablutions (page 126) toutes les deux heures ou toutes les heures, suivant la température. Si celle-ci reste élevée, on emploie pour l'ablution de plus grandes quantités d'eau, et Ton applique la compresse toutes les demi-heures. On ne doit jamais tirer le malade de son sommeil pour le soumettre au traitement.

Les bains de diagnostic. — L'auteur a imaginé de soumettre les malades, pendant la première semaine d'une fièvre continue, à une série de bains, qu'il appelle « bains de diagnostic y> {diagnostic bath), parce qu'il est souvent arrivé, par ce moyen, à établir le diagnostic précoce de la fièvre typhoïde, ce qui a une importance très considérable, quand on peut le faire avant le septième jour. Dès que la température atteint 103'^ F. (39,4° C.) et que certains symptômes permettent de soupçonner une fièvre typhoïde, on baigne le malade de la façon suivante. On remplit aux deux tiers la baignoire d'une salle de bain avec de l'eau à 90° F. (32,2" C); le malade. déshabillé et enveloppé d'une couverture ou d'une robe de laine, se place dans un fauteuil à bascule que Ton pousse jusqu'à la salle de bain. On lui bassine le visage avec de l'eau froide, puis on l'introduit dans la baignoire, où on le laisse dix minutes, tout en le frictionnant. Cette opération est agréable et bienfaisante dans tous les états fébriles. On prend la température rectale quinze minutes après avoir remis le malade dans son lit. On enregistre de nouveau la température quatre heures après le bain; si elle atteint 103o F. (39,4° C.) ou plus, on baigne le malade dans de l'eau à 85° F. (29, 5° C.) et on la note encore au bout de quinze minutes.

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Trois henres et demie après, la température est reprise; si elle n'est pas inférieure à 103° F. (39, 4" G.), on administre un troisième bain à 80° F. (26, 6" C). Si la température persiste dans les mêmes conditions, on donne un quatrième bain, mais à 75"^ F. (-23, 8'^C.),et toujours en pratiquant des frictions énergiques.

Si les bains abaissent la température rectal^, de plus de deux degrés F. (l,lo C), il est probable qu'il ne s'agit pas d'une fièvre typhoïde. Plus l'abaissement de température amené par ces bains est faible, plus le diagnostic do fièvre typhoïde s'affirme, à condition, bien entendu, que la technique décrite'soit rigoureusement suivie. Le D"" Musser, de Philadelphie, m'a fait connaître qu'ila constaté l'utilité des bains de diagnostic dans les cas douteux. Je crois que l'élément de diagnostic qu'ils fournissent est aussi sur que la présence des taches rosées lenticulaires, qui manquent souvent dans des typhoïdes vraies.

Dans l'intervalle des bains, on applique des compresses mouillées. Les facultés réactionnelles du malade se sont développées sous l'influence des bains. Dès que le diagnostic est établi, on place auprès du lit du malade une baignoire mobile de tôle, qui eu est séparée par un paravent. On emplit la baignoire d'eau à 65"-70o F. (18'J, '^"-ii, i'^ C), suivant les procédés qui ont été indiqués, et l'on commence à appliquer exactement la méthode de Brand.

Telle est la manière d'agir que j'adopte régulièrement dans tout cas de fièvre typhoïde, quand le malade ou son entourage ne mettent pas d'obstacle à mon intervention. Bien que cette dernière coujuncture se soit rarement présentée à moi, il me semble, si j'en juge par les lettres que je reçois de médecins, qu'elle leur inspire beaucoup de craintes. On peut l'éviter en se servant des arguments que nous avons exposés dans le paragraphe consacré aux objections élevées contre l'emploi du bain froid.

Le praticien dispose d'un certain nombre de moyens, pour arriver à triompher des préjugés et de l'ignorance, lorsqu'il possède une connaissance approfondie des principes qui doivent le guider dans l'application de la méthode.

Résumé. — L'étude dumode d'action etl'examen des résultats cliniques du Iraileinent hydrialriqueque l'on applique dans la lièvre typhoïde fournissent la démonstration la plus complète des avantages thérapeutiques de l'emploi de l'eau dans les

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maladies aiguës. Le médecin peut avoir recours aux méthodes suivantes :

1 Ablutions et compresses, tant que la température n'atteint pas 103" F. (39, 4'^ C), ou lorsqu'il est impossible d'administrer le bain froid.

2" Méthode de Brand rigoureusement appliquée : bain à une température non inférieure à 65° F. (18, 3" C-j, et non supérieure à 70° F. (21,1° C), d'une durée de 15 minutes. On donne un bain de ce genre toutes les trois ou quatre heures, avec des frictions continues, quand la température rectale reste supérieure à 102° 5 F. (39,1° C). Un bain, administré dans des conditions différentes de température et de durée, n'est pas un véritable bain de Brand, non plus qu'un bain dont on élève ou abaisse la température, en y ajoutant de l'eau chaude ou de l'eau froide, pendant que le malade s'y trouve. Le médecin conserve son droit de modifier, suivant sa propre inspiration, le bain qu'il administre; mais il ne peut, en bonne justice, imputer à Brand et à la méthode de celui-ci les résultats, bons ou mauvais, que lui donne le bain dont il a modifié la forme. De même, si l'on modifiait le titre des solutions de sublimé et d'acide phénique qu'ont déterminé les fondateurs des méthodes aseptiques et antiseptiques, il serait injuste de les rendre responsables des résultats qu'on obtiendrait. Brand n'a jamais été jugé équitablement dans son propre pays par ceux qui ont pris parti contre sa méthode; ceux-ci, d'ailleurs, n'ont jamais opposé de statistiques aux rapports officiels qui ont établi la valeur du bain froid.

Les statistiques publiées dans les différents pays, qui montrent la mortalité abaissée à 2,7 pour cent, font du bain froid le traitement par excellence de la fièvre typhoïde. Une correspondance que j'ai récemment échangée (décembre 1907j avec les professeurs Wilson, Tyson et Musser, de Philadelphie, James et le regretté H. P. Loomis, de New-York, me donne l'assurance que mes confrères, qui possèdent un cliamp d'observation clinique très étendu, continuent à appliquer la méthode de Brand, parce que, comme le dit Musser, « c'est celle qui nous donne les meilleurs résultats ».

La technique bien définie du bain de Brand fournit, comme le dit Mathes, un guide simple et précis au médecin inexpérimenté, et, pendant l'absence du médecin, aux infirmiers. C'est en février 1889 que j'ai recommandé, pour la première fois, têtte méthode aux médecins de laugue anglaise. Bien qu'elle

ait rencontré une certaine opposition, elle est arrivée à entrer dans la pratique dans les plus grands hôpitaux, et elle est actuellement enseignée dq/is les meilleures écoles de médecine.

Contrairement à ce que l'on croit habituellement. la méthode de Brand est plus efficace dans la clientèle privée qu'à l'hôpital, parce que l'un des éléments les plus importants de son succès, son application dès la première semaine, se trouve rarement réalisée pour les malades des hôpitaux. C'est bien à l'hôpital qu'elle a donné lés succès les plus éclatants, mais c'est dans les hôpitaux militaires, où le soldat est envoyé dès qu'il ne peut plus assurer son service. Aux médecins qu'inquiètent les frissons que présentent certains malades pendant ou après le bain, on peut conseiller d'ajouter au bain une des préparations communes donton se sert pour obtenir de l'acide carbonique ; les bulles de ce gaz apportent à la peau une excitation douce et passagère, qui la réchaufTe et qui empêche de se produire les frissons violents, qui seraient destinés à activer la thermogénèse.(La préparation de Kopp et Joseph, de Berlin, à base d'acide formique. est excellente et n'est pas caustique.) Lorsque la maladie est arrivée au deuxième septénaire, ou plus avancée, il est imprudent d'appliquer la méthode de Brand sans avoir, au préalable, étudié le pouvoir réactionnel du malade, en lui administrant, pour commencer, un bain plus tempéré, à 80^ F. (26, 6'^ C ), de dix minutes, auquel on fait succéder des bains progressivement plus froids et plus longs. On se dirige ensuite surtout d'après le pouvoir réactionnel ainsi déterminé. Aucun médecin intelligent n'aurait l'idée de continuer l'administration des bains, après un bain d'oîi le malade serait sorti pâle, froid et tremblant pour une heure. Lorsque le malade a dépassé la première semaine, on doit donc modifier le bain de Brand suivant le caractère particulier du cas. Mais l'observation clinique nous apprend que. toutes les fois que la réaction est faible, le bain doit être plus court, et non plus chaud, atin que se produise l'excitation qui détermine les etTels réflexes sur le système nerveux et les organes gouvernés par celui-ci.

3° Si, pour une raison quelconque, il est impossible d'appliquer systématiquement la méthode de Brand, ou si le médecin n'est pas convaincu de sa nécessité, on peut avoir recours au bain progressivement refroidi de Ziemssen, dont la température est graduellement abaissée deOOni 70° F. (32,2° à21,l°C.),

et qui dure une demi-heure. Ziemssen recommande particulièrement l'usage de ce bain dans la clientèle privée, après l'avoir expérimenté dans plusieurs milliers de cas, au cours d'une vingtaine d'années. Il fixait la température suivant l'état du malade.

4° Lorsque le malade est affaibli et nerveux, qu'il se trouve au second septénaire d'une fièvre typhoïde jusque-là négligée, on peut lui administrer des bains entre 88" et 92° F. (31,1° et 33,3° C), d'une durée de cinq à dix minutes seulement, que l'on fait suivre d'affusions froides de courte durée ou d'un maillot humide (^voir page 153). On abaisse ensuite la température de l'eau et l'on augmente la fréquence et la durée des bains, si l'on est satisfait du résultat des premiers. On se dirigera d'après l'état des symptômes et d'après les effets du bain sur la marche de la maladie, non pas seulement suivant les modifications de la température. Les statistiques établies au sujet du bain de Ziemssen, à la clinique de l'université de Tïibingen, de 1877 à 1887, et portant sur deux mille cas, indiquent une mortalité de 9,6 pour cent. Le drap mouillé (page 141) est un bon procédé, qui peut suppléer le procédé plus énergique du bain de baignoire, à condition qu'on en applique rigoureusement la technique.

oo Le bain de hamac de Riess (page 311) s'offre aux praticiens timorés et aux malades pusillanimes, qui désirent remplacer le bain de Brand par un procédé satisfaisant; les statistiques sont plus favorables (mortalité de 8,5 pour cent) pour cette méthode que pour le bain progressivement refroidi.

6'5 Quelques médecins emploient le maillot humide ; cependant, l'expérience a établi que ce procédé n-e constitue pas un traitement antifébrile, ni même un agent antithermique. Liebermeister a montré que quatre maillots humides, de dix minutes chacun, sont équivalents à un bain froid de dix minutes. J'ai constaté, de mon côté, qu'il faut six maillots humides pour produire le même effet qu'un bain de Brand. Il est facile de choisir entre ces deux méthodes (1).

(i) L'expectation dans le ïraiïemext de la fièvre typhoïde. — Dans un récent article du Médical Record, le D"^ Arnot Spence, de New-York, étudie les résultats de l'expectation dans le traitement de la fièvre typhoïde, d'après 323 cas traités k Saint-Francis Hospilal iNew-Yorkl dans le service du D' J.-II. Ripley. Sur ces 323 malades, 4" succombèrent, ce qui donne une mortalité de 14, 23 pour cent. De ces 41 décès. 12 se produisirent dans les vingt-quatre tieures après l'entrée à l'hôpital. Si l'on n'en lient pas compte, la mortalité ne sélève plus qu'à H. 25. Un chapitre partiL-iilièrement intéressant de ce travail est celui qui concerne les causes de la mort.

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1" La friction glacée est uq procédé qu'a imaginé le professeur A. Ilare, de Philadelphie, pour remplacer le bain froid, et que j'ai trouvé très avantageux dans les cas où certaines complications, certaines circonstances, exigent qu'on évite au malade tout dérangement. On obtient tous les effets utiles de la réaction. Le malade s'étend sur l'abdomen. On enveloppe un morceau de glace plat d'une pièce de gaze ou de toile fine; on le prend dans la main droite, et, en le tenant solidement, on en frotte une région limitée du dos avec des mouvements rapides; on se sert de la main gauche pour exécuter des frictions qui favorisent la réaction. Lorsque la région frictionnée a cessé d'être chaude, on passe à d'autres régions du dos, puis aux fesses et aux autres régions musclées; on traite de même les membres inférieurs, en respectant les extrémités. Hare considère les muscles du dos comme de grands réservoirs de calorique, sur lesquels ne peut suffisamment agir la friction que Ion pratique dans le bain froid. Cette association dune excitation thermique et d'une excitation mécanique intenses est, sans aucun doute, très efficace. Pourtant, je n'accorderai pas volontiers une entière confiance à cette méthode, car j'admets, suivant le principe thérapeutique formulé par le D" Hare, qu' « il

En laissant de côté les douze malades qui arrivèrent agonisants à l'hôpital, on trouve onze cas dans lesquels la mort surs'int du fait d'une hémorragie intestinale ou d'une perforation: les autres décès furent causés par les etïets toxiques de l'infection. Le D' Spence semble considérer ces résultats comme satisfaisants. Lorsqu'on voit ceux que donne la méthode de Brand, il paraît étrange qu'un médecin puisse se déclarer satisfait, quand la mortalité des tj-phiques qu'il traite s'élève à 11 pour cent. Brand et ses partisans soutiendraient que vingt décès sur le nombre de ceux qu'a enregistrés le D'' Spence ne se seraient pas produits, si l'on eût employé le traitement par l'eau froide. On afflrme, avec raison croyons-nous, que le bain froid supprime presque complètement les morts qui sont dues, dans d'autres conditions, à la broncho-pneumonie et à Taifaiblissement du cœur d'origine toxique. La bonne moitié des décès observés par le D' Spence relèvent de ces dernières causes. Il est plus que probable que le taux de la mortalité eût été de moitié moindre, si l'on eut recouru à un traitement hydriatrique rigoureux. Dans la clientèle privée, on a souvent beaucoup de difficultés à mettre en pratique cette méthode de traitement: mais à l'hôpital, on est inexcusable de ne pas appliquer celle-ci, si l'on ne croit pas à. l'efficacité d'autres procédés thérapeutiques. Les résultats obtenus, tant en Europe ciu'en Amérique, grâce au bain froid, prouvent, à notre avis, d'une façon décisive, que la mortalité est plus réduite (probablement de quatre à six pour centi avec ce mode de traitement qu'avec aucun autre.

En outre, la convalescence est manifestement plus courte dans les cas traités par le bain froid ; on n'observe que rarement, sinon jamais, chez les malades qui ont été soumis à ce traitement, la longue période de faiblesse physique et morale accentuée que l'on voit si communément dans les autres cas de typhoïde. — Montana Médical Journal.

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n'est pas de procédé Ihérapeulique qui convienne dans tous les cas ».

Le D"" Hare, dans l'article que nous avons cité (page 795), approuve les conclusions des médecins australiens Hare et Hirshfeld sur l'utilité du traitement par « l'eau chaude » (?). « S'il est vrai, dit-il, que le principal effet du bain froid soit la réaction, on peut concevoir qu'il existe des conditions dans lesquelles l'emploi de la chaleur produira une réaction meilleure que ne le ferait le froid. » On cite à l'appui de cette opinion des statistiques australiennes. Avec le bain froid, la mortalité s'éleva à 7,2 pour cent; lorsqu'on administra des bains froids et des bains chauds, elle fut de 7, o pour cent ; et quand on employa seulement des bains chauds (80 àOO'^ F. — 26,6à32,2oC.), elle ne fut que de 3, 4 pour cent. Or, la réaction est due à ce qu'il y a une différence entre la température de l'eau et celle de la peau (page 120). Il faut demander à son imagination un effort considérable pour admettre, quand on a une température de 104° F. (40° C), par exemple, que le bain, même à 90° F. (32, 2° C.),que l'on prend est un bain chaud. Il est bien certain que dans un cas comme celui-ci laréaction n'est pas due à « l'augmentation du calorique ». L'expérience des médecins australiens confirme ce que j'ai dit plus haut î « Chez les malades âgés et affaiblis et chez les enfants, un bain à 90" F. (32, 2oC.)peut être plus actif qu'un bain à 85° F. (29, 5° C). Cette confusion des températures est une chose malheureuse.

Les expressions « bain froid » et « bain chaud » doivent être déterminées par rapport à la température de la peau du malade (environ 92<^ F., 33, 3° C. à l'état normal). Si le bain à une température inférieure à ce degré, on l'appellera avec raison « bain froid » ; si sa température est supérieure à 92° F. (33, 3° C), on l'appellera « bain chaud » ; si elle est au] voisinage de cette dernière température, il conviendra d'employer le terme « indifférent» ou « neutre ».

Si, comme les médecins les plus expérimentés s'accordent à le conseiller, les efforts de notre thérapeutique doivent tendre à maintenir l'intégrité des fonctions organiques, nous possédons dans les applications méthodiques de Veau froide le moyen le plus efficace d'obtenir ce résultat, car ces applications ont pour effet, non seulement d'abaisser la température, mais encore de reposer et de fortifier les centres nerveux, qui pirésident aux fonctions dont l'intégrité est nécessaire à l'entretien de la vie. Toute application rationnelle d'eau froide se montrera utile.

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mais rexpérience prouve quo plus on approche de la mélhode idéale de Brand, plus l'aclion du traitement hydriatrique est satisfaisante.

JemesuisefForcéd'exposerd'unefaçon complète le traitement hydriatrique de la fièvre typhoïde, parce que je suis pénétré de l'importance de ce sujet, qui nous fait voir la possibilité d'arracher de nombreuses vies humaines à l'étreinte fatale d'un impitoyable fléau. Les faits que nous avons sous les yeux sont évidents et d'une signification bien claire. De la décision que nous devons prendre avec conscience, impartialité et courage, de notre intervention dépend le salut des êtres qui nous ont confié la garde de leur vie. On ne peut exiger d'aucun médecin qu'il sacriiie sa manière de voir personnelle et le résultat de sa propre expérience à une certaine méthode, quelque importantes et quelque autorisées que soient les approbations qu'a recueillies celle-ci. Mais il est du devoir de tout médecin d'étudier le mode d'action et les résultats cliniques d'une telle méthode, avant d'en arriver à la condamner. C'est ce que n'ont jamais faitles adversaires de la méthode de Brand, qui, même lorsqu'ils sont aussi bons cliniciens queCurschman (I), la confondent avec les méthodes antipyrétiques et antithermiques de Jiirgensen et Liebermeister. Voyez avec quelle injustice et avec quelle méconnaissance des résultats publiés s'exprime Curschman : « Tout d'abord, sous l'influence des travaux de Brand et de ses imitateurs, influence qui fut grande, et parce que l'on exagérait l'importance de l'élévation fébrile de la température, on administra de préférence des bains froids à des températures aussi basses que 6° et 10" C. » Or, la correspondance que j'ai pu échanger avec Brand lui-même m'a donné l'assurance que cet auteur n'a jamais recommandé, en aucun de ses écrits, l'emploi de températures inférieures à 18° C, et qu'il s'est souvent adressé à des températures plus élevées. En outre, la propagande qu'il a faite en faveur de sa méthode n'a jamais été inspirée par l'idée qu'on devait abaisser la température, mais a toujours été fondée sur la nécessité de stimuler les centres nerveux au moyen du bain froid ; c'est, d'ailleurs, ce point de vue que Curchsman défend, avec raison, aujourd'hui. Il n'est pas étonnant que la méthode de Brand, comprise de cette façon erronée, ait failli tomber en une disgrâce im-

(li Encyclopédie de Nothnagel, article : Fièvre typhoïde et Tj-phus. Traductio"ii en anglais par Alfi-ed Stengel, éditée par William Osier, pp. 445 et 456.

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mérilée, en Allemagne. Les exemples d'une telle incompréhension du véritable mode d'action et du but clinique des procédés hydrialriques sont si fréquents que Ton s'explique comment on a mis si longtemps à adapter l'eau aux besoins de la thérapeutique.

Observations cliniques. — La souplesse des méthodes hydrialriques, que Ion peut appliquer dans les différentes formes et les différents états de la fièvre typhoïde, se trouve mise en évidence dans les observations suivantes que j'emprunte à ma pratique hospitalière et à ma pratique privée. L'examen attentif de ces observations peut fournir au lecteur un guide dans les cas analogues; car il est de la dernière importance de modifier les procédés suivant les indications particulières à chaque cas. Ces observations permettent des aperçus que n'offrent pas les observations des cas qui ont été traités au moyen de médicaments.

Observation L — Fièvre typhoïde avec néphrite aiguë. — Traitement par les ablutions, les compresses abdominales et les boissons abondantes. — Gnérison. — M. W..., âgé de trente-cinq ans, malade du Dr Simpson, habitant à Hôtel Majestic, a un frisson suivi de fièvre, le 20 septembre 1897. La température oscille de 102° à 106o F. (38,9» à 41,10 c.), et le pouls est de 120 à 140. L'urine, examinée par le Dr Simpson, contient de l'albumine et des cylindres granuleux ; la quantité excrétée est de 750 ce. en vingt-quatre heures. Le malade est extrêmement nerveux, il a de l'insomnie, parfois du délire, il lance ses serviettes à l'infirmière, etc. ; son état est alarmant. Le 24, la quantité d'urine s'élève à 810 ce. Jusqu'à cette date, on a appliqué au malade un traitement homéopathique, associé avec des épongements alcooliques; on l'a mis au régime lacté. Le 25 septembre, on interrompt ce traitement et on institue le suivant : On administre, toutes les deux heures, dans de l'eau, cinq gouttes d'acide chlorhydrique, pour donner satisfaction au malade, puis, alternativement, 180 grammes d'eau froide ou 180 grammes de lait; on place sur l'abdomen des compresses à 60o F. (15, 5» C), que l'on renouvelle toutes les heures. On donne un bain à 85o F. (29,5° G.) lorsque la température atteint 103° F.- (39, 4° C).

Le 25 septembre, l'urine contient de l'albumine et des cylindres. La température, qui s'est élevée juscpi'à 103° F, (39, 4o G.) le jour précédent, tombe à 101° F. (38, 3oC.) lorsque le malade a été soumis au traitement hydriatrique que nous venons d'indiquer. Elle oscille entre lOlo et 102, 5o F. (38.3o et 39,1^ G.j pendant cinq jours ; puis elle s'abaisse progressivement, jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à la normale, le 13 octobre ; eUe reste alors à 99o F. (37, 2o G.).

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Le pouls ne dépasse plus 100 pulsations par minute, dès que le traitement est institué ; il n'est qu'à 80 environ, pendant les deux dernières semaines. Les urines présentent les modilications les plus marquées. Au bout de vingt-quatre heures de ce traitement leur quantité sélève à 1800 ce. ; puis, les jours suivants, à 2.600, 2.750, 2.950, 3.500, 3.400, 3.700. 2.700, 3.480, 2.450, 3.250. 2.450, 3.350. 2.450,2.500,2.700,2.300, 2.600, 2.600.2.700, 2.100, 2.400, 2.450» 2.350, 1.800. En dix jours, Falburaine elles cylindres disparaissent complètement.

Cette observation démontre quun cas de fièvre typhoïde grave peut être modifié et conduit à une heureuse issue au moyen d'un traitement hydriatrique simple, ne comportant paç de bains froids.

Un travail du D' Cabot (i) établit refticacité des ablutions dans le traitement de la fièvre typhoïde. Ce travail est basé sur les résultats d'un millier d'observations recueillies au Massachusetts General Hospital. où le traitement a consisté en opérations froides ; dans deux cents cas, on eut recours au bain de Braud (à 6.j° F. — 18, 3" C, de vingt minutes, avec friction) ; dans huit cents cas on employa l'épongement, que Ton pratiquait avec de l'eau à la température de la glace ou au-dessus jusqu'à 63'' F. (18, 3» C), que l'on exprimait d'une éponge sur le malade, celui-ci se trouvant étendu sur un drap de caoutchouc, en le frictionnant énergic[uement avec cette éponge. Le bain de Brand abaissait la température environ de 1, 3' C ; l'épongement l'abaissait de 2 dixièmes de degré. La nécessité du bain s'imposabien plusrarement que celle de l'épongement. La plupart des malades aimaient l'épongement ; aucun n'aimait le bain froid. A la suite de celui-ci, le résultat fut toujours le même : il amenait des frissons, de la cyanose et de la faiblesse du pouls.

Le Dr Arthur V. Meigs (2) prescrit des ablutions toutes les deux heures; on les administre au moyen de pièces de gaze, que l'on trempe dans l'eau froide, et dont on se sert pour mouiller et frictionner le corps tout entier. Dans son travail, qui porte sur 214 cas traités pendant la guerre de Cuba, le Dr Meigs compare les résultats obtenus avec les ablutions à ceux que donnèrent les « immersions froides » {cold plunges). Avec celles-ci, la mortalité s'éleva à 11, .58 pour cent, avec celles-là, elle ne fut que de 6,72 pour cent. Malheureusement, l'auteur

fil Philadelp/iia Médical Journal, 21 février 1899, p. 411. (2) Boston Médical and Surgical Journal, 1893, p. 290.

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n'indique, dans aucun cas, la température de l'eau employée et la technique suivie ; cette omission enlève toute valeur au parallèle qu'il établit entre les deux méthodes.

Les travaux que je viens de citer sont très favorables aux ablutions accompagnées de frictions; mais je suis incliné à penser que la technique de l'immersion a présenté quelques défectuosités dans les cas que l'on rapporte, puisque cette opération amenait constamment de la cyanose et de la faiblesse du pouls. En effet, lorsque ces troubles surviennent, Brand lui-même ne persiste jamais à administrer les bains à 65" F. (18, 3° C), ni à leur donner une durée de vingt minutes. Dans les cas de c^ genre, ou bien on abrège la durée du bain (la règle suivie par Brand est de retirer le malade du bain au moment où se produit la cyanose), ou bien on le donne à une température de 70° à 75° F. (21, 1° à 23, 8° C). Un travail du Dr B. F. Stahl, publié dans le même journa', réfute le mémoire du Dr Meigs; ses observations portent sur 14icas, qu'il a traités par la méthode de Brand strictement appliquée (luimême m'a fourni ces renseignements) ; elles indiquent une mortalité de 2, 8 pour cent.

Kobler (1) a fait connaître les excellents résultats qu'il a obtenus des ablutions à 14°-16" G., administrées toutes les deux ou trois heures, lorsque la température axillaire atteignait 38,5" C. ; l'opération avait les meilleurs effets sur les fonctions circulatoires. Le nombre de cas traités à l'hôpital fut de 331 ; vingt-six se terminèrent par la mort; la mortalité s'éleva donc à 7,8 pour cent, alors qu'elle était auparavant en moyenne de 20 pour cent. Kobler administrait rarement des bains froids. On peut voir encore, à cette occasion, l'importance qu'il y a à appliquer d'une façon rigoureuse la méthode de Brand.

Observation II. — Fièvre typho'ide traitée à domicile pendant onze jours sans bains. — Malade amené à l'hôpital dans un état désespéré. — Des bains de Brand et des ablutions trans.forment la physionomie du cas. — Guérison. — Abrégé no 830, communiqué par le D'' Rossman, chirurgien de J. Hood Wright Mémorial Hospital. — E. J. C..., âgé de vingt-sept ans, amené par l'ambulance, le 14 novembre 1896. — Médecin du service : D"" Baruch ; médecin résidant : D"" Lewald.

Historique : Traité depuis treize jours pour une fièvre typhoïde par le D"' Frank Daniels ; température oscillant entre 103° et 103oF. (39,4 et 40, yo C.) ; pouls à 120-1 IJO ; délire avec agitation au début, délire tranquille actuellement,

(1) Wiener inedicinische Presse, lOOO, 19.

Etat actuel : le malade est dans la stupeur ; répond quand on lui parle avec force; langue sèche et de couleur brune ; dents recouvertes de fuliginosités; peau très congestionnée; abdomen distendu, tympanisme ; quelques taches rosées sur l'abdomen.

On prescrit : lait 180 grammes et eau de chaux 60 grammes toutes les trois heures.

Acide chlorhydrique 0*'' 30

Eau 180 gr.

Toutes les trois heures, deux heures après l'ingestion du lait.

Bains à 80oF. (26,6oC.),que l'on abaissera decinq degrés (3" C), jusqu'à ce qu'on ait atteint TOoF. (21,ioC.), d'une durée de quinze minutes, toutes les trois heures, lorsque la température s'élèvera à 1030F. (39, 40 C).

15 novembre. — Distension de l'abdomen plus marquée. A pris, pendant la nuit, trois bains, qui ont amené un abaissement de température de un degré (0,at> C.). Soubresauts et torpeur intellectuelle persistent. A 9 heures du matin on prescrit : térébenthine : 0 gr.60, toutes les trois heures. Température 102, 2o F. (39° C). AfFusions à 60» F. (15, oo C.) sur la tète et les épaules, pour dissiper la torpeur.

16 novembre. — Affusions à 3 h. et 6 h. du matin. On a recueilli 1.350 ce. d'urine dans les vingt-quatre heures; lurine contient de l'albumine et des cylindi es hyalins et granuleux. L'état des fonctions intellectuelles s'est amélioré.

17 novembre. — On a donné hier deux afTusions et trois bains. Les soubresauts persistent ; la torpeur est plus marquée. On administre soixante grammes de café fort très chaud avant et après chaque affusion ou bain. On donne toutes les deux heures, et alternativement, une affusion et un bain. On s'abstient de faire prendre du whiskey. La température reste supérieure à 103° F. (39, 4o C). Un lavement (térébenthine) fait cesser la distension de l'abdomen.

18 novembre. — Même état mental. On continue les affusions.

19 novembre. — L'état mental est meilleur. Il n'y a plus de tympanisme.

20 novembre. — La langue est humide. Le malade a repris conscience; il pose des questions.

21 novembre.— La température est à 101° F. (38, 3^ C). On donne (comme tonique du cœur; des affusions toutes les quatre heures. A 9 h. du soir, la tempéi'ature s'élève à 104'' F. (40° C.) ; le pouls est à 120. On ordonne des bains à 70° F. (21, lo C.) et des compresses à 60" F. (15,5° C.) dans l'intervalle des bains. Une demi-heure après le bain, la température est à 103,8° F. (39,9° C.) ; à minuit, la température est à 105° F. (40, 5o C).

22 novembre. — On a donné trois bains pendant la nuit. L'abdomen est distendu. A 9 h. du soir, la température est à 1U0° F. (37,8° C). On continue les allusions.

430 rRATIQLE DE L'iIYUROÏUÉUAriE

23 novembre. — A 3 h. du soir, ou administre la dernière alTusion.

28 novembre. — Pendant les quatre derniers jours, la température a oscillé entre 100'' et 102, 8» F. (37, 8» et 39,3° C). On a donné un demi-maillot à 6oo F. (18,3° C.) toutes les heures.

29 novembre. — A 6 h. du soir, la température est de 103, 4o F. (39,60 G.) ; on prescrit un bain à 70° F. (21, lo C.),d'une durée de dix minutes. . . . • ...

30 novembre. — ' Les matières fécales contiennent des caillots de sang,

1"' décembre. — Séro-diagnostic de Widal positif.

2 décembre. — Nouvelles taches rosées sur l'abdomen.

4 décembre. — Température 103o F. ^39,4o G.); trois bains à 70» F. (21,1° C).

5 décembre. — Trois bains à 70° F. (21, 1° C.),de dix minutes. 7 décembre. — Deux bains.

9 décembre. — Quatre bains.

11 décembre. — Température normale,

15 décembre. — Le D'' Baruch incise un abcès de la région sacrée inférieure; 180 ce. de pus ; on introduit un drain.

20 décembre. — Le malade mange un pudding léger. La plaie de la région sacrée est cicatrisée,

ler janvier 1897, — Le Dr Knickerbocker prend la direction du traitement.

2 janvier. — La température s'élève brusquement à 103° F. (39, 4o C.) ; le pouls est à 132 ; la respiration à 24. A minuit, la température tombe à 100» F. (37, 8o C),

le'" février. — Le malade sort guéri.

Le D'" Frank Daniels, qui avait traitéce cas désespéré jusqu'à l'entrée du malade à l'iiùpilal, le communiqua à la Harvard Médical Suciety, en le commentant en ces termes : « Je ne doute pas que cet homme n'ait été sauvé par l'administration de bains de Brand et d'affusions froides sur la tète et les épaules. Ce cas, mieux qu'aucun de ceux que je pourrais citer, démontre les avantages de cette méthode de traitement. Alors même qu'on avait commencé à appliquer celle-ci seulement dans une période avancée de la maladie, à savoir, à la fin du deuxième septénaire, ou au commencement du troisième, elle se montra encore efficace. »

Observation III. — Fièvre typJtoïde. — Malade dans un état désesvcré. — Pneumonie liypostatique. — Ablutions. — Compresses mouillées. — Eau à l'intérieur. — Guerison. — M""» P..., âgée de quarantecinq ans, vue par le Dr E. J. Ware et l'auteur le 13 février 1895, à minuit.

P^IÈVKE TYPHOÏDE 431

La situation de la malade paraissait si désespérée que la consultation eut lieu à minuit. Lorsque j'arrivai auprèl de la malade, je constatai que sa famille l'avait engagée dans une mauvaise voie. On avait appelé auprès d'elle plusieurs autres médecins, depuis le début de la maladie. Elle se trouvait atteinte d'une pneumonie hypostalique, qui résistait aux traitements les mieux conçus. On avait administré à la malade plusieurs injections hypodermiques stimulantes, quelques heures avant ma visite. Je conseillai d'envelopper la poitrine d'une compresse trempée dansde l'eau à 60" F.(lo, 5" G.) et recouverte d'un bandage de llanelle, et de renouveler l'opération toutes les demi-heures. .Je tis fajre, en outre, des ablutions légères sur le tronc avec de l'eau à 70° F. (21, 1» G.) ; on séchait chaque région avant de mouiller la rég-ion voisine. Entin on administra réirulièrement toutes les deux heures 180 grammes d'eau. Ge simple traitement releva l'énergie cardiaque défaillante, ralentit sensiblement les mouvements respiratoires et remonta la malade. Le jour suivant sa voix était moins faible , elle put dire d'elle-même qu'elle se trouvait mieux. La maladie évolua très lentement jusqu'à la guérison.

Observation IV. — Fièvre typhoïde. — Malade au troisième septénaire de l' infection.— Bains à 2/" C. — Guérison. —M. P..., âgé de trente-cinq ans, que je vis avec le D'' L. A. Rodenstein, était ti-aité par celui-ci au moyen de bains froids à 80» F. (26, 6» G.), de cinq à 10 minutes, administrés plusieurs fois par jour. Le malade se trouvait dans un état précaire — délire tranquille, carphologie ; pouls à 140 ; soubresauts et torpeur. On conseille des bains à 70» F.(21,loG.), de quinze minutes, accompagnés de frictions et d'affusions à 60° F. (lojiio G.) sur la tète et les épaules. Le malade se trouve dans la troisième semaine de son infection. Quatre bains déterminent un tel changement dans son état que la guérison paraît assurée. Le premier bain avec alTusions rendit sa connaissance au malade.

Observation V.— Fiéire typhoide. — Observation montrant la valeur diagnostique du bain, et V utilité des différents traitements médicamenteux et Itydriatriques. Empruntée aux rapports du Manhattan General Hospital. — W. G..., âgée de trente ans, domestique, mariée. Entrée le 8 mai 1803. Médecin du service: D'" Baruch; chirurgien résidant : Dr Covert. Historique présumé) : La malade a été prise, il y a une semaine, de douleurs par tout le corps, de céphalée et de malaise général, qui ont persisté jusqu'à aujourd'hui. Poumons normaux; bruits du cœur nets; douleur à la pression dans la fosse iliaque droite. Langue chargée, de couleur brune. Température à 102, 2°F. (39° G.). Galomel cinquante centigrammes. Régime lacté.

9 mai. — Trois heures après son entrée, la malade a une température de iOo, 2° F. (40, 6o G.). Le calomel donne trois selles : la

432 PRATIQUE DE L'ilYDROTflÉRAPIE

malade se sent mieux; la douleur abdominale est moins vive. La température tombe à 103, 2° F. (39, 5° G.).

10 mai. — Cinq selles le matin. On prescrit : sulfate de morphine, deux centigrammes, en suppositoire. Température à 10"),4oF. (40,7o C). On ordonne des bains à 95° F. (35" C), que l'on abaissera jusqu'à 85° F. (29, o" C.) et que l'on administrera toutes les trois heures, d'une durée de quinze minutes, quand la température rectale atteindra 102° F. (38, 9° C). On réduira la température de l'eau de deux degrés F. (un degré C), à chaque bain, jusqu'à ce qu'elle soit de 65° F. (18,3° C.).On donne, toutes les quatre heures: naphtaline, trente centigrammes; acide chlorhydrique dissous, soixante centigrammes dans 160 ce. d'eau. La tempéi'ature, à 7 h. 10 m. du matin, est à 105, 4» F. (40, 7" G.). On administre un bain. Avant le bain, température,!l05, 4° F. (40, 7° C.) ; pouls, 116 ; respiration, 28. Après le bain, température 105" F. (40,5» C.) ; pouls, 112; respiration, 28. Une demi-heure après le bain, température 105,2" F. \40, 6" G.); pouls, 118 ; respiration, 28. A 11 h. du matin, bain. Avant le bain, température à 105, 6» F. (40,8° G.); pouls, 116; respiration, 29. Après le bain, température, 105° F. (40, 5° G.) ; pouls, 116 ; respiration, 29. Une demi-heure après le bain, température, 105° F. (40, 5° G.); pouls, 116; respiration, 28. Bien que la malade, d'après son histoire clinique, soit atteinte depuis neuf ou dix jours, aucune tache rosée n'est apparue, et il n'y a pas d'augmentation de volume de la rate.

Le diagnostic était obscur: la résistance de la température à Uaction des bains le rend plus clair. L'auteur a souvent observé ce fphénomène dans la période de début de la lièvre typhoïde; d'autre part, on remarque que, dans les maladies qui peuvent simuler la lièvre typhoïde, comme la tuberculose miliaire, la pneumonie centrale, etc., la température cède facilement au bain à température progressivement abaissée. Le diagnostic de lièvre typhoïde était, dès lors, accepté sans hésitation.

11 mai. — Quelques taches rosées se montrent sur l'abdomen. A 11 h. 30 m. du matin, bain à 90° F. abaissé à 80° F. (32, 2°- 26,6" G.). Avant le bain, température à 104 2» F. (40,1° G.) ; pouls, 114; respiration, 28. Après le bain, température, 104 F. (40° G.) ; pouls, 112 ; respiration, 28. Une demi-heure après le bain, température, 103,4° F. (39, 6° G.) ; pouls, 112; respiration, 26. La malade ne réagit pas bien, le frisson continue ; les ongles se cyanosent. On décide de recourir au bain continu de Riess (bain de hamac), pour obtenir un eflet antithermique, jusqu'à ce que l'organisme se trouve dans de meilleures conditions pour reprendre le traitement régulier par le bain froid.

On prescrit un bain continu à 88» F. (31, 1° G.), lorsque la température de la malade s'élève à 102, 5° F. (39, 1» G.) ; on prolongera le bain jusqu'à ce que la température buccale soit à 101° F. (38, 3» G.). On met la malade au bain à 4 h. du soir. Avant le bain, la tempéra-

ture reclale est de 104, 4» F. (40, 2» C); pouls, dJ2; respiration, 28. Au bout d'une heure passée dans le bain, température buccale, 102, yo F. (39,2» C.) ; pouls. 112; respiration, 32. Au bout de deux heures, température buccale, 101, 4° F. (38, o" C); pouls, 112; res- ])iration, 32. Au bout de trois heures, température buccale, 102° F. (38,9° C.) ; pouls, 112 ; respiration, 30. Au bout de quatre heures, température buccale, 103° F. (39,4" C.;; pouls, 112; respiration, 30. Au bout de cinq heures, température buccale, 103° F. (39, 4» C.) ; pouls, 112 ; respiration, 30. La malade est prise de frissons; on la sort delà baignoire. Après le bain, température rectale, 102, 2° F. (39° C); pouls, 112; respiration, 32. Une demi-heure après le bain, température rectale, 102,2" F. (39° C); pouls, 112; respiration, 32.

12 mai. — A (3 h. 15 m. du matin, on place la malade dans un bain continu à 88° F. (31,1'^ C). Avant le bain, température rectale, 103o F. (39,40 c.); pouls, 112; respiration, 38. La malade se sent très fatiguée, pendant qu'elle se trouve dans le bain prolongé. Bien que le bain abaisse la température, il n'atténue pas laspect typhique de la malade, il n'augmente pas l'énergie cardiaque ; il se comporte manifestement comme un agent purement antithermique ; bien qu'il soit, à cet égard, de beaucoup supérieur aux médicaments antithermiques, il ne peut être mis en parallèle avec le bain de Brand, comme agent véritablement antifébrile.

On interrompt les bains continus. L'état de la malade est meilleur. On administre un bain de Brand de vingt minutes, à 63° F. (18, 3° C), toutes les trois heures, lorsque la température atteint 102, îjo F. (39,10 c.). A 7 h. 10 m. du soir, avant le bain, température 103° F. (39, 4° C); pouls, 108; respiration, 34. Après le bain, température 103" F. (39,4 C.) ; pouls 108; respiration, 34. Une demiheure après le bain, température, 101, 8^ F. (38, 8° G.); pouls, 106 ; respiration, 34.

13 mai. — Nouvelle éruption de nombreuses taches rosées sur l'abdouaen. Il existe encore de la diarrhée et les selles sont de couleur verte.

On donne une irrigation intestinale avec un litre d'eau à lOOo F. (37,8° C), puis, une demi-heure après, un lavement d"amidon d'un quart de litre avec cinquante gouttes de teinture d'opium.

14 mai — On continue à administrer un bain de Brand toutes les quatre heures, jusqu'au 17 mai; à ce moment, la température ne s'élève plus assez haut pour que l'on donne des bains.

17 mai. — La malade se sent beaucoup mieux. A 8 h. du matin, température, lOlo F. (38,3° C). La diarrhée a presque cessé ; mais, les selles sont encore vertes.

27 mai. — Les bains, que l'on a repris et administrés toutes les trois, quatre ou cinq heures, ont amené une réduction marquée de la température, comme on peut le voir dans les indications fournies au sujet du dernier bain. On peut juger, par là, de l'efficacité de la méthode de Brand dans la dernière période delà maladie.

Baruch. — Hydrothérapie. 28

434 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE

Avant le bain, température, 104, 2° F. (40, 1° G.); pouls, 121 ; respiration, 30, Après le bain, température, 101,40(38,00 C); pouls, 114; respiration, 32. Une demi-heure après le bain, température, 99, 4° F. (37,4° C); pouls, 118; respiration, 30. La malade a trois petits caillots de sang dans ses matières, qui commencent à être moulées. On suspend les bains et on met la malade au repos.

29 mai, — Selle non sanglante. La malade a un frisson et présente l'aspect typhique, une langue sèche, un pouls faible. Léger bain de siège à 90° F, (32, 2» C), et allusion sur le corps avec trois cuvettes d'eau à 60° F. (15, 5» C), pour relever l'énergie du système nerveux, et stimuler le cœur qui faiblit. AITusion faite à 6 h. 30 m, du soir, la température étant à 102, 2° F, (39° C); pouls, 136 ; respiration, 38, Après l'opération, température, 101, 2° F, (38,4° C.) ; pouls, 114; respiration, 34.

30 mai. — On a donné plusieurs alTusions ; la dernière produit le résultat suivant. Avant J'alTusion, température, 103° F. (39, 4» C.) ; pouls, 130; respiration, 36. Après, température, 102,8'' F. (39,3oC.); pouls, 116; respiration, 28. La malade s'endort. Ce résultat met en évidence l'action des affusions employées comme tonique cardiaque.

31 mai. — La malade est devenue plus forte pendant les deux derniers jours. Les affusions, que l'on avait prescrites en vue d'amener la malade à mieux supporter le bain général, ont donné le résultat espéré. On lui ordonne, alors, un bain à 70° F. (21, 1° C), d'une durée de quinze minutes, toutes les trois heures.

17 juin. — On a administré des bains toutes les quatre heures, toutes les fois que la température atteignait 102,5° F. (39,2° C). Ils amenaient un abaissement marqué de la température, ainsi qu'on peut en juger par l'effet d'un bain donné à 4 h. 20 m. du soir. Avant le bain, température, 103, 2° F. (39, 5° C.) ; pouls, 122; respiration, 28. Une demi-heure après le bain, température, 99° F. (37, 2° C.) ; pouls, 112 ; respiration, 24.

On voit que l'effet antithermique du bain de Brand est plus considérable dans la dernière période de la fièvre typhoïde que dans la premièi'e.

2o juin. — La température est normale, tous les matins; l'aprèsmidi, elle s'élève un peu moins chaque jour. La malade se sent beaucoup plus forte, de jour en jour.

20 août. — La malade se promène chaque jour dans le quartier.

Remarques. — L'observation qu'on vient de lire est intéressante et instructive ; il s'agit d'un cas grave traité par les bains jusqu'au moment oîi ceux-ci se trouvent contre-indiqués à cause d'une hémorragie, puis par les antipyrétiques cliiniiques, qui abaissent la température, maispermettent une réitération de l'état typhique. On combat, alors, lafaiblesseducœur au moyen

d'affusions froides, qui' se montrent efficaces et amènent la malade à supporter de nouveau les bains ; ceux-ci, dans la dernière période de la maladie, déterminent une réduction de la température beaucoup plus considérable que dans les premières périodes. Ce phénomène est une particularité caractéristique de la fièvre typhoïde, que Ton pourrait utiliser plus fréquemment qu'on ne le fait. Alors que les opérations hydriatriques les plus énergiques n'ont pas une influence très mar- ([uée surla température, dans les premiers jours delà maladie, les procédés les plus doux sont efficaces dans les dernières périodes, d'une façon si constante que l'auteur a souvent eu l'occasion d'en avertir des confrères.

Il peut être utile d'adjoindre au bain des stimulants chimiques lorsqu'on traite des malades dont les facultés réactionnelles sont faibles. Les sels artificiels de Nauheim donnent, lorsqu'on en ajoute à l'eau en proportion convenable, une quantité suffisante de gaz carbonique pour couvrir le corps de bulles qui contribuent à favoriser la vaso-dilatation cutanée. Je me rap- ' pelle un cas désespéré, auprès duquel je fus appelé par le Dr Joseph Fraenkel, que deux consultants demandés précédemment avaient prévenu contre les bains froids. 11 s'agissait d'une femme de quarante-cinq ans, qui se trouvait au deuxième septénaire de la maladie, qui avait une température de 102» k 103» F. (38, *J° à 39, 4° C), un pouls à IGO, de l'abolition des réflexes, de l'incontinence des matières et de l'urine, une insomnie constantedepuis quarante-huit heureset du délire. Sur mon conseil, on lui donna un bain carbo-gazeux à 80° F. (26, 6'^ C). On pratiqua des frictions énergiques, afin d'exciter la circulation périphérique. Après un premier bain de quinze minutes, la malade s'endormit. On répéta les bains toutes les quatre heures ; on les suspendit seulement pendant deux jours, parce qu'il était survenu une légère hémorragie. Après le quatrième bain, la malade reprit conscience. Elle guérit.

Conclusions. — Les observations que nous avons citées montrent que l'application de l'eau dans les fièvres peut varier autant que l'exigent les indications variées de son emploi, et que la connaissance précise de son mode d'action permet au médecin de la modifier autant qu'il le faut pour arriver à surmonter toutes les difficultés et à mettre le malade hors de tout danger. Elles peuvent servir de guide dans l'appréciation des indications qui se manifestent. Aucun autre agent thérapeu-

436 PRATIQUE DE l'u VDROTQÉRAPIE

tique ne possède la souplesse de l'eau ; aucun ne donnera de résultats plus satisfaisants au médecin dans le traitement des typhiques.

Différences entre la pratique hospitalière et la pratique privée. — L'observation clinique démontre que, contrairement à l'opinion la plus répandue, le bain de Brand fournit un plus grand nombre de succès dans la clientèle privée qu'à l'hôpital. On peut trouver la raison de cette différence dans ce fait que l'un des éléments essentiels du succès de ce procédé, comme de quelques autres, est l'application précoce du traitement. Les merveilleux résultats indiqués par les statistiques de Brand et celles des hôpitaux militaires sont dus, sans doute, à ce qu'elles se rapportent à des cas où le bain froid a été administré avant le cinquième jour, et, par conséquent, à un moment oîi le diagnostic n'était pas toujours établi. J'ai indiqué la méthode que je suis et j'ai la certitude d'être utile en conseillant de recourir, dans tous les cas, de bonne heure aux bains froids, en abaissant progressivement la température d'un bain à l'autre. Cette manière de faire ne peut causer aucun mal, si l'on découvre que la maladie n'est pas une fièvre typhoïde; s'il s'agit bien de cette dernière maladie, on a institué l'élément le plus important du traitement, et l'on a calmé les appréhensions du malade et de son entourage en administrant pour commencer des bains assez tempérés.

A l'hôpital, les malades entrent rarement avant la deuxième semaine, et arrivent même souvent au cours du troisième septénaire. Ils ne bénéficient donc pas d'une application précoce du traitement. En outre, comme nous l'avons montré, il est nécessaire de modifier, dans ce cas, la température et la durée des bains, suivant la période de la maladie et l'état du malade. Si ce dernier n'a été soumis, jusque-là, à aucune opération froide, il y a avantage, d'après mon expérience personnelle, à lui administrer des bains à une température plus basse et d'une durée plus longue.

La méthode des « bains de diagnostic », que nous avons exposée page 41S, permet au médecin de tàter le pouvoir réactionnel de son malade. Si la réaction n'est pas satisfaisante, on ne doit pas élever la température du bain, mais en raccourcir la durée et augmenter les frictions. En élevant la température, on rendrait le bain plus agréable, mais on affaiblirait certainement la réaction, c'est-à-dire le résultat réparateur du

FIÈVRE TYPUOÏDE 437

bain. Un bain, dont la température n'est pas inférieure de plusieurs degrés à celle de la peau (je ne dis pas à la température interne), n'est qu'une mesure de propreté, et n'a pas une action stimulante suffisante pour combattre les troubles qui se sont installés chez le malade.

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