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CHAPITRE X FIÈVRES ÉRUPTIVES

Dans les chapitres précédents, nous avons souvent fait allusion à l'application des procédés hydriatriques au traitement des fièvres éruptives. Je me propose d'indiquer, dans celui-ci, au moyen d'exemples cliniques, la pratique que je suis lorsque j'ai à traiter des cas de rougeole ou de scarlatine.

Bien que la rougeole ait, la plupart du temps, une marche régulière, le praticien rencontre un certain nombre de cas de cette maladie, qui sont pour lui une cause d'inquiétude, et pour le malade une source de peines et de dangers. Le traitement de la maladie devient particulièrement difficile lorsque, dans les dernières périodes de son évolution, elle s'aggrave de complications pulmonaires.

Comme il n'est pas de moyen actuellement de débarrasser l'organisme de l'agent pathogène, les efforts du médecin ont pour but, comme dans toutes les maladies infectieuses, d'augmenter la résistance du malade — résultat que nous avons souvent envisagé au cours de ces pages.

Il suftît, ordinairement, pour conduire la maladie à une heureuse issue, de donner son attention aux conditions hvgiéniques au milieu desquelles vit le malade, de veiller ;i son régime, d'apporter quelque soulagement aux phénomènes douloureux qu'il éprouve. Toutefois, lorsque la température est élevée (au-dessus de i03« F. -39,4° C), que le malade a de l'agitation, qu'il ne dort pas, qu'il a une toux pénible — svmptômes qui indiquent tous l'intensité de l'action de la toxémie sur le système nerveux, — les applications hydrothérapiques rationnelles sont une ressource précieuse pour le médecin et pour le malade également.

Le préjugé, qui faisait redouter l'air froid dans la rougeole, n'existe plus, heureusement; mais le préjugé, qui s'oppose à l'emploi de leau froide dans cette maladie, n'a pas encore disparu, même de l'esprit de beaucoup de médecins. On peut facilement convaincre les profanes de l'innocuité des ablutions froides ou des bains de courte durée en leur rappelant comment les mains rougissent et s'échauffent quand on lance des boules de neige ; on possède, en outre, un moyen pratique de leur démontrer l'inanité du danger d' « empêcher l'éruption de sortir », en leur faisant remarquer avec quelle rapidité se produit la réaction, lorsqu'on mouille avec un morceau de gaze imbibé d'eau à 75° F. (23, S'' C.) le dos du malade, qui est ordinairement la région la plus congestionnée.

Dans les formes bénignes de la rougeole, lorsque la température atteint 103'^ F. (39,4° C.),que le malade est agité, on lui procurera un soulagement considérable en lui donnant un bain à 95° F. (35° C), de dix minutes, que l'on répétera to.utes les quatre heures, s'il est nécessaire, en abaissant de deux degrés (un degré C.) la température de l'eau à chaque bain, jusqu'à ce qu'on ait obtenu l'effet calmant désiré, ou que la température du bain ait été réduite à 75° F. (23,8° C). Avec cette dernière température, on doit diminuer la durée du bain, qui ne sera plus que de cinq minutes. L'action du bain sur l'état général du malade est, d'ordinaire, satisfaisante; celui-ci s'endort, sa toux s'apaise et la jactitation cesse. Lorsque le malade ou son entourage s'alarment par trop à l'idée d'un bain général, on peut employer, avec avantage, l'affusion avec de l'eau à la même température, affusion que l'on administre à l'aide d'un morceau de gaze ou d'une serviette de toilette. Dans ce cas, on doit exécuter rapidement l'ablution et éviter de faire des frictions énergiques.

On combat, avec succès, les s]jmptômes cérébraux slu moyen d'un traitement hydrialrique appliqué avec soin et précision. Qu'ils s'accompagnent ou non d'une température élevée, le délire tranquille, la stupeur, l'agitation la plus marquée doivent être traités énergiquement. Les agents médicamenteux, bien qu'ils soient propres à abaisser la température, sont inefficaces quand il s'agit de mettre fin à des troubles cérébraux, que détermine la présence de produits toxiques dans le sang. Le médecin qui, estimant qu'il est indiqué de réveiller le système nerveux par l'excitation des terminaisons des nerfs sensitifs de la peau, s'adressera rapidement, dans ces circons-

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tances, aux précieuses ressources que lui offre Teau froide, se félicitera de sa détermination. Dans les cas de ce genre, je fais placer le malade, à demi-couché, dans un demi-bain à 95*^ F. (35" C), et je fais verser sur sa tête et ses épaules trois ou quatre cuvettes d'eau à une température de 75° F. (23, 8° C), ou au-dessous. Si cette affusion ne donne pas de résultat, je fais tomber, d'une hauteur d'un mètre environ, un jet d'eau à 50-60° F. (10-15, 5c' C.) sur la nuque et la colonne vertébrale du malade, pendant une minute ; je renouvelle l'opération au bout de quatre ou cinq minutes, et, pendant l'intervalle, on frictionne avec l'eau du bain (à 95° F., 35" C.) le malade, qui reste couché dans la baig'noire. Ces applications constituent le meilleur moyen de stimuler les centres nerveux engourdis, et de rendre l'activité vitale aux organes qui relèvent de ces centres, et qui sont devenus paresseux. Elles tirent de son abattement un enfant qui restait sans force, secoué par des pleurs et une toux incessants; elles le reposent et le fortifient, elles arment son organisme pour la lutte qu'il doit soutenir contre les toxines. On peut renouveler l'opération toutes les deux heures, et même plus souvent, si l'enfant tombe dans un état stuporeux. Dans l'intervalle, il sera très utile de faire un maillot partiel du tronc à 70o F. (21, 1» C), si la température rectale est à 103" F. (39, 4o C), ou au-dessus. Un médecin vigilant instituera ce traitement actif, dès qu'il aura découvert les plus légères manifestations cérébrales écloses sous l'influence de la toxémie. Ce traitement est fait pour prévenir la toxémie, plus que pour la guérir.

La broncho-pneumonie et la bronchite capillaire, qui compliquent la rougeole, sont si souvent mortelles qu'il est du devoir du médecin deguetterattentivementla première apparition des troubles respiratoires. On peut aisément prévenir ces graves complications en administrant au malade toutes les trois heures des bains à90"F.(32,2oC.)que l'on abaisseà 80^ F. (26,6° C), que l'on faitdurercinqminutesetquel'onfait suivre de l'application, toutes les heures, d'une compresse thoracique (voir p. 178) à 70° F. (21, 1» C). On doit toujours se rappeler que Venfant atteint de rougeole ne supporte pas bien une soustraction de calorique. Les opérations de courte durée sont donc les meilleures et les plus sûres. Lorsque la maladie est à la période d'état et qu'il existe ou qu'il peut se produire de l'atélectasie, lésion qui aura pour conséquence de mettre obstacle aux échanges respiratoireset d'augmenter les phénomènes toxiques qui atteignent

l'encéphale, il est nécessaire d'intervenir énergiquement. Si la temp-^rature n'est pas élevée, si elle ne dépasse pas 100" F. (37, H'> C), onaspergera la poitrine, pendant quelques secondes, avec de l'eau à 60° F. (15, oo C.), puis on pratiquera une friction avecle plat de la main ; on répétera cette opération toutes les cinq minutes. Ou bien, on frappera les différentes rég-ions du thorax avec un linge trempé d'eau à oO" F. (10" C. ). Ce sont là deux méthodes dontj'ai éprouvé l'utilité. Si elles échouent, on peut procéder de la façon suivante : on place l'enfant audessus d'une cuvette, on verse sur son dos et sur sa poitrine, pendant quelques secondes, de l'eau à eO'F. (15, 5° C), au moyen d'un pot-à-eau, puis on le frictionne; on recommence deux ou trois fois raffusion,à intervalles de cinq minutes. L'opération a pour résultat d'augmenter l'amplitude des mouvements respiratoires, d'activer l'hématose, de diminuer l'obstacle qui s'oppose aux contractions cardiaques. La cyanose et le refroidissement des extrémités, qui témoignent de l'importance des troubles respiratoires, disparaissent presque toujours; les membres, qui étaient couverts d'une sueur froide, se réchauffent. Ce traitement si simple peut tirer le malade d'une situation désespérée. On ne doit pas négliger d'administrer, en même temps, soixante à cent vingt grammes d'eau froide au malade, toutes les heures.

Je n'exagère en rien la satisfaction que donne le traitement que je viens d'exposer, comme on en jugera d'après les opinions que je vais citer maintenant.

« Dans un certain nombre de cas de rougeole compliquée de pneumonie, avec asphyxie marquée, dit le professeur Fiirbringer(l), j'ai administré des bains pendant plusieurs jours et plusieurs nuits (jusqu'à soixante-dix bains en une semaine), et j'ai vu ces cas, qui semblaient ne laisser aucun espoir, se terminer par la guérison. Ce traitement donne des résultats évidemment plus satisfaisants que le traitement médicamenteux auquel on avait recours précédemment. »

Le professeur Jiirgensen (2) s'exprime de la façon suivante : « J'estime que cette méthode est la seule qui offre quelque chance de succès dans les formes graves de l'infection. Pour être utiles nous devons être impitoyables et nous devons instituer un traitement sévère. La respiration devient beaucoup plus facile

(Il Real-Encyclopàdie, n^iS.

(2) Specielle Pathologie und Ttierapie, de Nothnagel, IV, 1893.

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SOUS Tinfluence des affùsions froides. La compresse de Priessoitz est un procédé très efficace. »

Dans les formes graves hyperthermiques de la rougeole, dit Guinon (1), le bain de cinq à dix minutes (de 22° àSS^'C. pour les adultes, de 18° à SI» C. pour les enfants), répété toutesles trois ou quatre heures est un traitement utile. En cas d'adynamie, il est préférable d'administrer des affùsions froides.

Quand il y a des convulsions, cet auteur conseille les bains tièdes avec affùsions froides. Il estime que les complications cérébrales et pulmonaires ne contre-indiquent pas les bains, lorsque la température est élevée. Musselier et Dieulafoy ont employé avec succès les bains froids, qui faisaient cesser les manife-tations les plus violentes de la toxémie, dans la première période de la rougeole. Ces bains n'agissent pas seulement sur l'hyperthermie, mais sur Félat du système nerveux, dont l'épuisement est, d'ordinaire, presque complet dans les cas graves, comme en témoignent le délire et Fadynamie.

Le D'" von Becker (2) a rendu compte d'une épidémie de rougeole au cours de laquelle huit cents enfants furent atteints. La mortalité ne fut pas élevée et les complications eurent une issue favorable, grâce au traitement adopté, suivant l'opinion de von Becker. Chaque enfant prit, tout d'abord, un bain à 95° F. (35° C), de dix minutes, après lequel on l'enveloppa dans une couverture de laine où on le laissa une heure. On sécha alors la sueuret on frictionna l'enfant sur tout le corps. Auboutde deux heures on lui entoura le thorax d'une compresse mouillée froide que l'on renouvela toutes les deux heures; lorsque la température était très élevée, on plaçait en outre un turban mouillé sur latète du malade. Il suffit de trois ou quatre bains pour amener l'éruption à une terminaison favorable ; la bronchite disparut rapidement sans qu'on administrât des expectorants ; les complications habituelles ne se produisirent pas, ou, du moins, eurent une heureuse issue. L'action de ce traitement hydriatrique fut encore plus satisfaisante, lorsqu'on l'appliqua à des cas au début. Dès qu'un cas de rougeole se déclarait, on examinait tous les enfants de la famille et, si l'on découvrait chez l'un deux des taches rouges sur les gencives, on le soumettait au traitement indiqué ci-dessus.

(1) Revue des Maladies de l'Enfonce, 1891.

(2) Dsr Kinder-Arzl, 3 novembre 18'J7.

En Amérique, le D' Hiram Corson, vieux médecin de campagne, dont les ouvrages ont exerré une grande influence sur mon esprit lorsque j'étais à mes débuts, écrivait, il va quelques années, les phrases suivantes (1) : « En soixante ans, sur plusieurs milliers d'enfants atteints de rougeole que j"ai soignés, je n'ai jamais perdu un seul malade de cette maladie. Je ne fai- I sais guère plus que leur administrer un laxatif, et les tenir dans une température fraîche. Souvent je leur appliquais sur tout le corps un épongement froid, et je leur faisais prendre en abondance de l'eau froide comme médicament réfrigérant. »

Conclusions. — Les démonstrations cliniques, que nous venons de citer, ne peuvent moins faire que de convaincre tout lecteur impartial de la valeur des procédés hydriatriques dans le traitement de la rougeole. Nous ne nous sommes pas contenté d'exposer l'opinion favorable que nous avons de cette méthode, nous avons encore réuni, à l'appui de nos dires, comme nous l'avons déjà fait pour d'autres maladies, les témoignages précis, impartiaux et irréfutables de médecins réputés.

La scarlatine s'accompagne si souvent de complications à ses différentes périodes que le médecin n'est jamais rassuré en présence de cette maladie. L'agent pathogène qui a envahi l'organisme ne peutêtre détruit. Toutefois, on peut en combattre les effets par des moyens qui sont inoffensifs pour le malade, et qui dirigent d'une façon très efficace la marche de la maladie vers une issue favorable. Ici, comme dans d'autres maladies infectieuses, l'emploi rationnel de l'eau permet au médecin d'accroître la résistance du malade, assez pour que les complications graves soient prévenues ou combattues avec succès. On arrive à ce résultat en maintenant intacte l'énergie cardiaque, dont le rôle est extrêmement important dans cette maladie où le fonctionnement des reins est menacé. Les applications fraîches ou froides ont une efficacité particulière lorsqu'il s'agit d'assurer la résistance du cœur; leur action sur Thyperthermie, bien qu'utile, n'est que secondaire, à mon sens.

(1) i'nivei'sily Médical Magazine, 1891.

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Dans la période prodromique de la scarlatine, avant qu'on ait pu établir un diagnostic précis, et dans les cas où l'éruption n'est pas nette, que la température soit élevée, ou non, c'est le cœur qui supporte le choc le plus brutal de la maladie, comme en témoignent la faiblesse, la rapidité et la dépressibilité du pouls, l'aspect marbré et la coloration cyanotique de la peau, l'apathie. Dans ce cas, les afTusions froides sont d'une grande ressource. Un bain à 100" F. (37, 8° G.), si la température rectale n'est pas supérieure à ce degré, ou à 90° F. (32,2'^ C), si elle le dépasse, atténuera, en cinq ou dix minutes, les troubles nerveux, convulsions, spasmes, etc. Lorsque ces symptômes s'accompagnent d'un affaiblissement des contractions du cœur, on doit faire tenir l'enfant à demi couché par un aide, tandis qu'un autre aide lui verse sur la tête et les épaules deux à quatre cuvettes d'eau à 70o F. (21, i° Q.), ou au-dessous. Ensuite on sèche le malade, on le frictionne, et on le place entre deux couvertures, pour favoriser la réaction. On peut renouveler l'affusion toutes les heures, s'il est nécessaire, en abaissant la température de cinq degrés (trois degrés C.) chaque fois, et en donnant une durée moindre à l'application. Les modifications apportées à l'état du malade sont souvent étonnantes. La congestion veineuse de la peau, imputable à la faiblesse des contractions du cœur, fait place à une hyperémie de couleur vermeille, qui diminue le travail du cœur; le malade se laisse aller à un sommeilréparateur. Même si la température s'élève, il ne faut pas interrompre ce sommeil, à moins que le pouls n'indique un atFaiblissement du cœur.

Lorsque la maladie se trouve à la période d'état, que l'éruption est caractéristique, que les fonctions intellectuelles sont intactes, le traitement comprendra simplement le repos, l'aération, le régime lacté, l'administration régulière d'eau froide à l'intérieur, que l'on fera alterner, d'heure en heure, avec le lait. La maladie se limite d'elle-même; les toxines s'éliminent progressivement, et une terminaison favorable devientassurée, dans les cas ordinaires.

Toutefois, lorsque la température persiste à dépasser 103° F. (39, 4° C), que le pouls reste au-dessus de 130, que le malade est agité et dort mal, le médecin averti doit se tenir sur ses gardes. Le traitement médicamenteux ne donne pas de résultat satisfaisant, tandis que les procédés hydriatriques les plus simples apportent du soulagement au malade et font disparaître le danger. On peut alors avoir recours à des ablutions que

SCARLATINE 44t>

l'on administre avec de Teau à 90° F. (32, 2° C), dont on abaisse la température de un degré (0,5° C), à chaque opération, jusqu'à ce qu'on ail atteint ~o° F. (23. b" C.)au moyen de la main nue ou d'un morceau de gaze molle, en évitant de faire des frictions trop énergiques. On les renouvelle toutes les heures ou toutes les deux heures, suivant la gravité des troubles. A la suite des ablutions, on entretient leur elTeten appliquant, toutes les heures, un maillot partiel du tronc à 70° F. (21, l» C.j. Ces procédés liydrin triques sont très efficaces: ils accentuent l'énergie des contractions cardiaques, ils augmentent la quantité durîne et sa teneur en éléments toxiques, ils abaissent la température. Ils m'ont rendu de grands services dans un grand nombre de cas. J'ai trouvé, parfois, lorsque la température restait élevée d'une façon continue au-dessus de 104° F. (40o C), qu'il était nécessaire de faire intervenir, comme un adjuvant des moyens indiqués ci-dessus, un bain progressivement refroidi (de 9oo à 80" F., de 35" à 26, 0" C), de cinq à dix minutes. Bien que les scarlatineux supportent la soustraction de calorique mieux cjue les malades atteints de rougeole, je ne considère pas les opérations froides prolongées (pendant plus de cinq minutes à 75° F., 23, 8" C.) comme inolîensives dans la scarlatine. Les affusions, telles que nous les avons décrites ci-dessus, répondent bien mieux à toutes les indications, et doivent être préférées, même s'il est nécessaire de les répéter fréquemment, toutes les heures ou toutes les deux heures.

L'étal de la peau, dans la scarlatine, modifie l'effet habituel des applications froides; les vaisseaux cutanés, en effet, ont perdu beaucoup de leur tonicité élastique, ils se trouvent à demi paralysés, et, par conséquent, sont moins aptes à répondre au choc thermique dans les derniers jours de la maladie qu'au début de celle-ci. Pour cette raison, les immersions de courte durée et les affusions à 50"-00° F. (10"-15. 5° C), répétées, donnent de meilleurs résultats que les bains froids. Ceuxci ne pourraient être supportés si l'on n'exécutait des frictions, et, comme les frictions augmentent toujours la dermatile, on doit les éviter au malade.

Je ne saurais dire si les procédés hydriatriques préviennent la néphrite, ou non (1) ; je veux seulement insister sur ce fait, qu'ils placent le malade dans de meilleures conditions de résis-

(1) Vogl {Miinchenev medicinisclie Wochenschrifl, 1892| ne doytc pas que les bains froids ne rendent la nêphrile plus rare et plus bénigne.

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tance, qui lui permettent de supporter cette grave complication. Tout médecin consciencieux surveille altentivementl'apparition de celle-ci. Si la néphrite survient pendant la période d'état de la scarlatine, on ne doit pas s'abstenir d'instituer le traitement que nous avons exposé, sous l'influence d'une crainte injustifiée des applications froides. On donne à celles-ci une durée si courte qu'elles ne créent aucun danger pour les organes internes; la stimulation des fonctions cardiaques qu'elles procurent est un moyen de défense que l'on oppose utilement à la néphrite. Lorsque celle-ci apparaît à la période de desquamation, nous pouvons employer le bainchaud, suivi d'un maillot sec; cette opération a des effets diaphorétiques intenses, qui en font le moyen le plus efficace d'apporter quelque soulagement aux reins enflammés. On prépare un bain à 95° F. (350 C.) ; on y place le malade ; puis, on en élève la température jusqu'à ce qu'elle atteigne 100'^ F. (37, 8° C), en y ajoutant de l'eau très chaude, que l'on a, préalablement, mis à portée de la main dans des brocs ou des seaux. On prévient les défaillances, auxquelles il faut veiller avec soin, en administrant des boissons fraîches et en bassinant d'eau froide le visage et la tête du malade. On peut faire durer le bain une demi-heure, s'il ne survient aucune manifestation pénible, et on peut le renouveler utilement une ou deux fois dans la même journée. Pendant que le malade se trouve dans la baignoire, on étend sur son lit deux couvertures de laine, que l'on chauffe au moyen de sacs à eau chaude ou de boules d'eau chaude. Le bain terminé, on enveloppe étroitement le malade dans ces couvertures, et on le laisse ainsi pendant une heure ou deux, pour que l'effet diaphorétique se produise; pendant ce temps, on lui fait prendre, afin d'activer la diurèse, de l'eau froide en quantité, soit pure, soit édulcorée avec un sirop agréable au goût.

Si la néphrite persiste longtemps après que l'éruption a disparu, les conditions ne sont plus les mêmes ; on doit alors préférer le maillot froid. Dans les cas de ce genre, mes observations les plus récentes sont défavorables à l'emploi du maillot chaud comme agent diapliorétique. Le maillot humide, que l'on exécute au moyen d'un drap de toile rude, trempé dans de l'eau à 75'' F. (23, 8° C), ou au-dessous, si la température rectale est élevée (voir la technique, page 153), est un excellent moyen de provoquer la diaphorèse; de plus, il contribue à soutenir l'énergie du myocarde, à reposer et calmer le petit

malade. On doit s'assurer une aide suffisante pour envelopper le malade très rapidement du. drap mouillé d'abord, des couvertures ensuite. La réaction arrive si vite que le malade n'a pas de sensation de froid prolongée. On laisse le malade dans son maillot de une heure à trois heures.

On peut répéter l'opération une fois dans la journée; plus souvent, même, s'il y a menace d'urémie. Ce traitement, qui paraît héroïque à première vue, est d'un grand secours, ainsi que l'attestent un grand nombre de cliniciens.

Kussmaul (1) a « souvent constaté, dans sa clientèle, que les bains très chauds déterminaient une dyspnée grave, et n'amenaient que des résultats fâcheux ou même mortels, tandis que le maillot humide agissait beaucoup mieux. L'état moral du malade s'en trouve grandement amélioré. Il s'établit une dérivation intense vers la peau, et si l'on couvre bien le malade de couvertures après l'enlèvement du maillot, la diaphorèse reste abondante. Le maillot humide abaisse toujours la tension artérielle, qui ne revient à sa hauteur primitive qu'après un intervalle considérable. »

Le médecin se basera sur l'état du malade et sur les premiers résultats du traitement, pour choisir entre les procédés chauds et les procédés froids. Toutefois, on se rappellera que le maillot humide a une action stimulante marquée sur le fonctionnement de la peau; son action initiale est celle d'une opération froide, la réaction amène une hyperémie prononcée. Quel que soit le procédé employé, le médecin doit en connaître le mode d'action; l'intervention ne doit pas être purement empirique, elle doit répondre exactement' aux indications thérapeutiques que l'on a discernées. C'est ainsi qu'on arrivera à s'expliquer les conséquences en apparence paradoxales des applications froides et chaudes, et à les faire servir au bien des malades.

Nous trouvons, dans les publications d'observateurs justement réputés et dignes de foi, la démonstration de l'efficacité de ce traitement que j'applique dans la scarlatine et que je viens d'esquisser. Je vais emprunter à leurs ouvrages quelques citations qui indiquent les méthodes suivies par eux.

Guinon (2) donne des renseignements très précis sur l'emploi des procédés hydriatriques dans le traitement de la scarlatine. D'après cet auteur, il y a trois indications importantes : modé-

(1) Berliner kllnische Wochenschrift, 9 juillet 1S98.

(2) Revue mensuelle des Maladies de l'Enfance, 1892.

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rer la fièvre, apaiser les troubles nerveux, prévenir et combattre les infeclions secondaires. On doit éviter de recourir aux antithermiques. L'hydrothérapie nous offre, à coup sûr, des moyens d'action plus efficaces et qu'il est plus facile de régler. Dans la scarlaliue avec byperthermie persistante et adynamie, lorsqu'il n'existe pas de cyanose ni de faiblesse du pouls, Guinon donne la préférence aux bains froids. Ceux-ci exercent une influence favorable sur les complications pulmonaires.

IS'ous pouvons citer encore, à cette place, l'opinion qu'exprime Guinon au sujet delà variole, à laquelle nous ne consacrerons pas un chapitre spécial. A son avis, les bains froids sont très utiles pour combattre les troubles nerveux et modérer la suppuration. Les bains tièdes diminuent les douleurs, lesbains chauds entretiennent la propreté de la peau. A la période d'invasion, quand le malade présente de la dyspnée, de la somnolence, une température de 104° F. (40° C), on peut administrer systématiquement des bains froids à 18-20° C, pour les adultes, à 21-23° C, pour les enfants, et en cas d'accidents brusques desaffusions froides. Les bains froids ne mettent 'pas obstacle à t éruption ni à la diurèse, mais les favorisent au contraire.

Qu'on se rappelle cette opinion de l'éminent pédiatre parisien, quand on aura quelque doute sur l'opportunité des applications froides au cours d'une fièvre éruptive quelconque.

Baginsky (1) s'exprime en ces termes sur le sujet qui nous occupe: « Notre traitement doit remplir deux indications : modérer la fièvre et prévenir les complications. Les bains répondent à Vune et à Vautre de ces deux indications. La suppression des fonctions delà peau par le fait de la dermatite dift'use joue un rôle étiologique dans la genèse de la complication la plus grave de la scarlatine, la néphrite ; les soins à donner à lapeau ; se placent donc au premier plan dans notre thérapeutique. Dans les cas bénins, il suffît d'entretenir la propreté de lapeau dans les cas sérieux, il est prudent d'administrer fréquemment des bains. »

Schill,de AViesbaden, a publié un excellent mémoire, statistique et pratique, sur le traitement de la scarlatine par les bains (2). 11 rapporte, dans ce travail, cent dix cas, qu'il a traités, avec Schellenberg, au moyen de bains à 95° F. (35'^ C.),de

{i) l.elirbuch der Kinderkrankheiten, Berlin, 1S96. (2) Thcmpeulische Moitatuhcfle, ii" 43, lS!l(i.

dix minutes, administrés deux fois par jour, pendant la première semaine, et seulement une fois par jourpendant la deuxième semaine. La néphrite et Talbuminurie ne furent observées dans aucun de ces cas ; la marche de la maladie devint très simple sous Tintluence de ce traitement.

Comby, l'éminent clinicien de l'Hôpital des Enfants-Malades, dit que l'on peut obtenir du traitement par l'eau froide dans les fièvres éruptives des effets antithermiques, dérivatifs, toni-cardiaques, diurétiques, stimulants et sédatifs (1).

Guérin (iîi s'est fait le défenseur ardent de l'emploi des bains froids (26" C), fréquents, mais de courte durée, dans les formes graves de la scarlatine et de la rougeole, formes qui exigent qu'on ait recours immédiatement à l'action de ces bains. Sous l'influence de ceux-ci, en efi'et, les fonctions rénales se rétablissent rapidement, et la bronchite ou la bronchopneumonie, qui peuvent exister, subissent des modifications favorables. Regnault partage l'opinion de Guérin.

Le professeur Jiirgensen (3) considère les « bains froids comme le meilleur traitement de la scarlatine, depuis le début de la maladie jusqu'à la terminaison de celle-ci. On ne peut combattre, avec succès, les manifestations toxiques et l'hyperthermie autrement que par l'emploi de l'eau. Les bains de courte duréeà 60-70" F. (15,0-21,1° G.) ont une action particulièrement favorable. Dansles dernières périodes, les bains très chaudspermettent d'activer la diurèse et de prévenir l'intoxication urémique ».

A. Vogl, médecin en chef de l'Hôpital de Munich, qui a tant fait pour établir l'application de la méthode de Brand dans la fièvre typhoïde, écrit ceci (4) : « Un traitement qui a le pouvoir d'écarter le danger le plus terrible, alors même qu'on l'applique à une période assez avancée de la maladie, doit convenir encore mieux aux premières périodes de celle-ci; dans les épidémies graves, les bains froids (20" C. pendant quinze minutes lorsque la température rectale atteint 39, ■4"C.), modifient la physionomie de la maladie, dès le second jour ». Toutefois, Vogl ne conseille pas les bains froids dans les épidémies bénignes. Ilneles employa que rarementdans l'épidémie de 1894-95.

(1) La Médecine Moderne, n» 1, 1891.

(21 Gazette des Hûpilaux, février 1891.

(3) Op. cit.

(4) Mûnchener medicinische Wochenschrift, 1892.

Baruch. — Hydrothérapie. 20

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qui fut bénigne, bien qu'il eût à traiter 311 soldats. Dans l'épidémie grave de 1884-83, on administra des bains froids presque à tous les soldats atteints, qui se trouvaient au nombre de 125; on réussit souvent à prévenir ainsi la néphrite. « Personne ne s'exposera à être accusé de négligence, s'il s'abstient de prescrire des bains réguliers au cours d'une épidémie bénigne, même dans lescas où la température atteint i|o C. ; mais si les cas observés paraissent revêtir une forme maligne, il est de notre devoir de recourir aux bains, et de baigner tout malade suspect, alors même que sa température ne dépasse pas 39,4° C.

Dans la néphrite de la scarlatine, le bain chaud est depuis longtemps un procédé thérapeutique en vogue. Malheureusement, les oI)servations publiées n'indiquent que rarement la température et la durée des bains administrés ; par suite, les résultats ne sont plus les mêmes, lorsque la méthode est appliquée par des médecins qui n'en ont pas l'expérience. Je fus un jour appelé en consultation auprès d'un scarlatineux et je découvris, avec effroi, qu'on lui donnait des bains à 110° F. (43, 3° C), dont on abaissait progressivement la température jusqu'à 60° F. (15, 5° C). Cet enfant succomba, ce qui n'est pas étonnant, étant donné le mode d'action du bain chaud.

Comme lorsqu'il s'agit d'un cas quelconque de néphrite, on doit placer la baignoire auprès du lit, et transporter le malade avec précaution. Le malade se tient assis ou couché dans le bain, ou alternativement assis et couché, l'eau s'élevant jusqu'au cou. Pendant qu'il se trouve dans la baignoire, on refait le lit et on le remplit déboules d'eau chaude, afin de lui garder une température élevée jusqu'à ce que le malade sorte du bain. On emploiera de l'eau à 100° F. (37, 8° C), si la température rectale dépasse ce degré ; si elle est normale, de l'eau à 95° F. (35° C). L'état de fragilité de la peau interdit la friction ; cependant, on peut exécuter un léger pétrissage des pieds et des mains pour empêcher qu'ils ne se refroidissent. On donne, à intervalles rapprochés, de l'eau glacée en petites quantités, et l'on bassine le visage avec de l'eau froide. On fait durer le bain une demi-heure à une heure et demie, à moins que l'état du malade ne le permette pas. Les jarécautions que nous avons indiquées et les paroles rassurantes du médecin empêchent, d'ordinaire, que cette conjoncture ne se produise.

Les excellents travaux de Strasser nous donnent l'explication

théorique de l'action du bain prolongé. Ce mode de traitement a une telle valeur, à mes yeux, que je crois devoir citer les résultats des recherches de Strasser, afin d'engager le lecteur à ai)pliquer une méthode qui a déjà sauvé un grand nombre de vies humaines.

Effets du traitement par les bains (à une température indifférente) dans un cas de néphrite scarlatiueuse, sans modification du régime alimentaire et des boissons.

Azote total,

Janvier

non compris l'azo'.e de l'albumine

^ Se

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