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CHAPITRE XI PNEUMONIE

L'histoire du traitement de la pneumonie démontre que les succès et les échecs thérapeutiques, que l'on a dans cette maladie, dépendent de la façon plus ou moins exacte dont on en comprend la nature. Je suis porté à croire que nous sommes, actuellement, arrivés à une notion de la pneumonie qui contribuera plus à sauver des existences humaines, qu'aucune (les doctrines et des médications, qu'on a proposées depuis liippocrate jusqu'à nos jours. On n'enseigne plus à l'étudiant, maintenant, que, dans la pneumonie, le malade succombe à la gène respiratoire. C'est dans V affaiblissement du cœur que nous vo'jons le danger qui menace la vie du malade atteint de pneumonie, ou d'une autre maladie in fectieuse^el le but de notre thérapeutique est de prévenir cette complication.

On reconnaît de plus en plus que la pneumonie est une maladie infectieuse dont les lésions les plus importantes siègent dans le poumon, mais qui ne met la vie en danger qu'en tant qu'elle épuise les ressources de l'énergie vitale.

J'irai même plus loin. D'après une observation clinique attentive, et d'après les données fournies par des auteurs dignes de foi, la pneumonie ne m'apparaît pas plus sous la forme d'une atïeclion pulmonaire que la fièvre typhoïde ne m'apparaît sous l'aspect d'une affection intestinale. Lorsque cette opinion sera partout acceptée, on cessera de traiter l'affection, on s'appliquera à traiter le malade.

Le grandclinicien américain, Austin Flint, appelait, en 1877, la pneumonie, « fièvre pneumonique » {pneumonie fever), et mettait eu relief les analogies qu'elle présente avec la lièvre Ihyphoïde. Il y a deux cents ans, Iluxham insistait déjà sur le caractère infectieux de la pneumonie.

On peut relever des analogies entre la pneumonie et la

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fièvre typhoïde, dans leur étiologie, dans leursymptomatologie et dans leur évolution. Le diplocoque de Siernberg-Fraenkel joue un grand rôle dans la genèse de beaucoup de cas de pneumonie, puisqu'on le retrouve chez environ soixantequinze malades sur cent. L'existence d'un état de moindre résistance chez le malade est un facteur étiologique important. L'âge augmente ou diminue les prédispositions ; les jeunes enfants sont rarement atteints ; les adultes sont particulièrement exposés ; les dangers de contamination diminuent à mesure que l'on avance en âge.

La fièvre typhoïde et la pneumonie ont la même allure. Les mêmes manifestations se retrouvent dans l'une etl'autre ; seule didere la localisation de l'agent pathogène, qui produit, ici, la toux, là, la diarrhée. La durée de la maladie dépend de la vitalité du micro-organisme qui la cause, vitalité qui n'est pas égale dans les deux cas.

L'analogie la plus éclatante et la plus importante qui existe entre les deux maladies est celle qui concerne leur action sur le systèine nerveux ; la toxéniie, déterminée par la vie et la. mort des microbes pathogènes, porte ses coups les plus rudes sur les centres nerveux. Ainsi s'explique ce fait clinique bien connu, que les symptômes généraux donnent rarement des renseignements exacts sur l'étendue de la lésion locale. La dyspnée et la lièvre, en particulier, peuvent être très intenses, et le cas peut se terminer par la mort, alors que la lésion pulmonaire est restreinte ; de même que nous observons, dans la fièvre typhoïde, un état général grave, alors que les signes d'une lésion intestinale manquent.

La crise, que l'on observe dans la pneumonie, se manifeste par la cessation complète des symptômes généraux, par ce qu'elle est due à la tin de l'évolution vitale des micro-organismes. Cependant, les poumons restent encore plus ou moins hépatisés, comme le prouvent les signes physiques qui persistent. De même, les symptômes généraux de la fièvre typhoïde prennent fin avec la vie du bacille d'Eberth. à un moment où les lésions intestinales sont encore si éloignées de leur cicatrisation, qu'on juge nécessaire de prendre les plus grandes précautions à l'égard du régime et d'imposer le repos au malade.

Le pronostic de la pneumonie et celui de la fièvre typhoïde présentent des analogies étroites. L'intluence du mode d'existence du malade, de ses habitudes, du milieu où il vit avant et

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pendant la maladie, sur la terminaison de celle-ci, est la même dansles deux cas, ainsi que Tintluence de l'âge, quand il s'agit de jeunes enfants.

Ce parallèle que nous venons d'établir rapidement entre l'étiologie, les symptômes et la marche des deux maladies, nous amène à envisager comme une tentative rationnelle V application à la pneumonie du traitement qui fournit les meilleurs résultats chez les typhiques, dans les limites que déterminent les différences que nous avons relevées entre les deux infections.

L'expérience nous a appris que la principale indication, que nous avons à remplir dans la fièvre typhoïde, est d'augmenter la résistance du malade à l'action nocive du processus infectieux.

Nous nous proposons de démontrer, dans les pages suivantes, qu'il en est de même en ce qui concerne la pneumonie. Le traitement du pneumonique que je vais exposer est celui auquel je me suis arrêté, après une observation de plusieurs années. Il m'est arrivé, autrefois, de me sentir aussi désarmé devant un cas de pneumonie que je l'étais en face d'une fièvre typhoïde. Dans lune et l'autre de ces maladies, il me semblait que la guérison dépendait de conditions qu'il n'était pas en mon pouvoir de modifier d'une façon importante. La constitution du malade, le type de la maladie, le milieu, paraissaient jouer le principal rôle. Le traitement était purement symptomatique dans les deux cas; on l'appelait traitement expectant — et non sans raison, car on s'attendait toujours à voir arriver quelque chose que le médecin était impuissant à prévenir. Lorsqu'on connut et c[u"on commença à apprécier les vrais principes de la méthode de Brand et la valeur de celle-ci, on eut à sa disposition un traitement actif, qui permit de prévenir, lorsqu'on l'employait assez tôt, les complications graves, et même fatales, à l'égard desquelles on s'était trouvé désarmé auparavant. J'aurai toujours pour l'inventeur de celte méthode une profonde reconnaissance, à la pensée des succès et du sentiment de sécurité qu'elle m'a donnés, depuis que j'ai appris à m'en servir.

C'était alors un ardent désir, chez moi, d'arriver à obtenir des succès équivalents dans le traitement de la pneumonie. J'étais fatigué d'appliquer à cette maladie le traitement expectant, qui me donnait une mortalité élevée, en particulier dans les cas qui survenaient chez des malades aiïaiblis par une mauvaise hygiène. Je songeai à recourir à Ihydrothérapie, et, tant

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qu'elle nem'eut pas donné de résultats tout à fait satisfaisants, je m'ingéniai à trouver une métiiode qui méritât d'être adoptée en clinique.

On doit tenir compte de la forme dominante de la maladie. Le succès de certaines méthodes réputées peut être attribué à un changement survenu dans le type de la nialadie. Il faut donc apprécier avec prudence et discernement tout traitement nouveau.

La pneumonie, à Xew-York, revêt communément une forme grave. A ihàpital et dans {a cAientèle privée^ cette maladie cause un plus fjrand nombre de décès qu'aucune autre maladie aiguë de l'adulte. Dans les statistiques du service sanitaire de New- York, la mortalité de la peumonie se place à côté de celle de la tuberculose pulmonaire. C'est dans l'impuissance des médecins à l'égard de cette terrible maladie que l'on doit chercher la raison de cette mortalité élevée.

Pour que le malade guérisse, il est nécessaire qu'il soit placé dans un repos complet du corps et de l'esprit, et entouré de soins vigilants. Cest là une condition que l'on ne saurait exiger trop tôt du malade et de son entourage. Le médecin doit veiller attentivement à ce que la chambre du malade soit bien aérée, malgré les objections toujours assez vives des profanes; on respecte trop souvent les préjugés de ceux-ci et on se fait leur complice involontaire; on arrive ainsi à priver le malade du plus important de ses aliments pendant la maladie : l'air pur. On affirmera au malade et à sa famille qu'il ne court aucun risque de prendre froid, lorsque sa température atteint un degré élevé. En hiver, aussi bien qu'en été on renouA'ellera constamment lair de la chambre, même en s'exposant à en abaisser la température à un point où les infirmières la trouveront d'-sagréable. Durant la guerre civile, les cas de pneumonie qui furent soignés sous la tente, dans une atmosphère dont la température était rigoureuse, guérirent beaucoup mieux que ceux qui furent traités dans des hôpitaux improvisés. J'ai appliqué et défendu, depuis des années, le principe que je viens d'indiquer, et j'ai eu la satisfaction de le voir adopté récemment par plusieurs cliniciens, qui en ont reconnu l'exactitude.

Gilman Thompson et Northrop ont établi qu'une atmosphère même très froide, non seulement n'entraîne pas d'effets fâcheux, mais contribue manifestement à augmenter la résistance du malade; et c'est là justement le but principal de la thérapeutique dans la pneumonie. La crainte de l'action de l'air froid

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dans la pneumonie, qui reste encore imprimée dans l'esprit de beaucoup de médecins, est absolument illusoire, ainsi que le prouve une pratique de Gilman Thompson, que ce clinicien m'a lui-même indiquée : lorsqu'il ne dispose d'aucun autre moyen de procurer de l'air pur aux -malades atteints de pneumonie qu'il soigne à Bellevue Hospital, il les fait placer sur un balcon, où l'air est si froid que leurs expectorations gèlent.

On protégera, s'il est nécessaire, le visage et la tête du malade, à l'exception du nez et de la bouche. J'ai l'habitude de vérifler, à chacune de mes visites, si l'aération de la chambre est bien entretenue, et d'adresser les observations les plus sévères aux infirmiers et à l'entourage, lorsque je constate qu'on l'a négligée.

Comme dans la fièvre typhoïde, on restreint le régime au lait et aux potages de farines, que l'on administre avec régularité, lorsque le malade est éveillé, toutes les deux heures, par 125 ou 250 grammes. Je ne redoute pas l'asthénie dans cette maladie, autant qu'on le fait d'ordinaire, ce qui conduit à donner au malade des aliments et des stimulants en quantités exagérées. La maladie est de courte durée; il n'est pas rare qu'elle atteigne brusquement des personnes robustes au milieu d'une santé relativement bonne. C'est une méthode anti-physiologique, semble-t-il, que de gaver ces malades de grandes quantités d'aliments concentrés, qu'ils ne peuvent assimiler, et d'imposer ainsi à leur organisme un surcroît de travail. D'autre part, l'emploi des stimulants n'est plus aussi fréquemment nécessaire que précédemment, depuis qu'on a adopté le mode de traitement indiqué. Lorsqu'on a affaire à des alcooliques, chez qui la consommation des spiritueux est devenue un usage quotidien et un besoin, on donne, toutes les deux ou trois heures, quinze à soixante grammes de bon whiskey, en particulier quand la maladie approche de son terme; mais on n^e doit pas faire de l'alcool un stimulant du cœur affaibli, bien que ce soit une façon de voir très répandue. 11 semble que l'alcool, étant éliminé en partie par les poumons, doit nécessairement augmenter le travail de ces organes, qui ont déjà atteint les limites de leur capacité fonctionnelle.

Les agents chimiques qui peuvent être utiles sont en petit nombre. Une dose de soixante à quatre-vingts centigrammes de calomel, que l'on administre au début de la maladie et que le malade prend en la déposant sur sa langue et en l'avalant avec une gorgée d'eau, de la strychnine et, parfois, une injection

de morphine pour calmer la douleur, ce sont là les seuls médicaments qui semblent avoir vme réelle valeur. Lorsque le premier bruit du cœur s'assourdit ou saftaiblit, ce qui arrive rarement si l'on a recours, dès le début, aux applications hydriatriques, on trouvera une excellente ressource dans les injections sous-cutanées de strychnine, à dose de deux à sixmillij^rammes toutes les trois ou quatre heures, pour aider le malade à franchir une période critique. Même administrée à une dose susceptible de produire du trismus, la strychnine est, dans ce cas, un médicament de beaucoup supérieur à la digitale et à l'alcool. Lorsque le malade présente de l'agitation avec une température élevée, on peut lui donner, exceptionnellement, une dose de phénacétine,ou d'un autre antithermique; mais l'usage de ce médicament ne doit pas être prolongé en vue d'abaisser la température. J'ai abandonné, après en avoir fait l'essai pendant longtemps, la quinine, l'aconit, le veratrum, la digitale et d'autres médicaments.

L'agent ihérapeulique le plus utile dans le traitement de la pneumonie est l'hydrothérapie, appropriée intelligemment aux indications particulières de chaque cas. Nous étudierons successivement l'application de cette méthode à : 1° la pneumonie de l'enfant; 2" la pneumonie de l'adulte.

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Les principes que l'on doit appliquer pour exécuter convenablement les opérations hydrialriques, que l'on emploie dans le traitement de la pneumonie, comme dans celui d'autres maladies, sont les mêmes, qu'il s'agisse d'enfants ou d'adultes. Cependant, la méthode, quand on y soumet des enfants, présente certaines particularités qu'il est intéressant et utile de discuter. La délicatesse de son système nerveux sensitif fait que l'enfant est prédisposé au développement des symptômes nerveux. H n'est pas rare d'observer chez lui, dans la pneumonie, des convulsions; le délire et l'agitation, la somnolence et la torpeur sont fréquents.

Les produits toxiques que transporte le sang dans la pneumonie agissent sur les centres de la thermogénèse; l'énergie de l'organisme à résister aux pertes de calorique s'accentue, mais d'une façon moins efficace que dans la fièvre typhoïde. Le fait d'observation sur lequel j'ai basé la méthode du bain

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de diagnostic (voir page 418) est très facile à constater chez l'enfant, où la surface cutanée est plus étendue par rapport au poids du corps que chez radulte,ce qui favorise le refroidissement de l'organisme. D'autre part, le cœur de l'enfant est, en général, moins résistant que celui de l'adulte ; par conséquent, la vaso-constriction brusque d'une aire cutanée relativement plus grande, sous l'inlluence d'un froid intense, peut amener plus facilement lecollapsuschez l'enfant, lorsque cette influence se prolonge. On doit toujours tenir compte de cette difTérence, lorsqu'on prescrit l'emploi des procédés hydriatriques; c'est en appropriant ceux-ci exactement à chaque cas qu'on arrive, non seulement à les rendre inolfensifs, mais encore à leur faire produire leur maximum d'effets utiles, à sauver ainsi la vie du malade et à lui assurer une guérison rapide.

Dans la pneumonie, comme dans les autres maladies infectieuses, je l'ai souvent indiqué, il ne faut pas voir le principal danger dans l'hypertiiermie. Le cœur est plus menacé dans cette maladie que dans aucune autre, parce que, à l'atteinte qu'il subit en lui-même du fait de l'infection, s'ajoute la gêne de la circulation pulmonaire, qui lui impose un surcroît de travail, et constitue un danger nouveau pour l'organisme.

Dans la pneumonie de l'enfant, lebain froid est extrêmement utile, aux premiers jours delà maladie. Il est si facile de manier les enfants, et la plupart d'entre eux ont une telle habitude du bain que celte opération, bien exécutée, cause le minimum de dérangement et produit le maximum d'effet. Il est toujours prudent de commencer à baigner le malade, lorsque sa température rectale atteint 103'' F. (3!J, -4° C.) ; il peut être indiqué, dailleurs, d'administrer lebain alors que la température est moins élevée, s'il existe des troubles nerveux graves. On donne, tout d'abord, un bain avec friction à 9oo F. (33° C), de huit minutes ; ou donne, ensuite,, un bain toutes les. quatre heures, en abaissant la température de leau, à chaque fois, de deux degrés (un degré C), et en prolongeant la durée du bain jusqu'à dix ou douze minutes, si la réaction se fait bien. Pour les raisons que j'ai indiquées, je ne fais pas prendre aux enfants atteints de pneumonie de bains à une température inférieure à 80" F. (26, 6° C.).On ne doit jamais omettre de pratiquer des frictions. Il peut se produire, chez l'enfant, des frissons, qui inquiètent les parents, et les amènent à élever la température des bains suivants. Ordinairement, lebain déterniine un abaissement de la température rectalede deuxou trois degrés (1° ou

1, 5'' C), il aççit comme un stimulant sur le cœur, il rend les mouvements respiratoires plus prolonds, il provoque Texpectoralion, il repose l'enfant, tout cela mieux que ne le ferait un agent chimique quelconque. On peut prolonger les effets du bain en appliquant des compresses thoraciques (page 178), que l'on renouvelle, suivant le cas, toutes les heures ou toutes les deux heures. Lorsqu'il se produit de la dyspnée, de l'affaiblissement du cœur, delà cyanose, du délire, ou tout autre symptôme alarmant, il est indiqué de recourir à une opération plus courte, mais plus énergique. On maintient pendant cinq mimutes le petit malade plongé jusqu'à l'ombilic dans un bain à lOQo F. (37,8" C), et on lui verse rapidement sur les épaules deux ou quatre cuvettes d'eau à 75o-65" F. (23,8°-18,3o C.). On exécute ensuite une friction vive et on sèche l'enfant. On peut répéter l'opération toutes les deux heures, ou toutes les quatre heures, suivant les indications. Le résultat est tout simplement merveilleux. Les cris et la toux que le bain provoque facilitent l'expectoration des sécrétions; la respiration redevient libre et facile ; la peau rougit et se congestionne, cequi rend le travail du cœur plus aisé, en même temps que le choc bref, mais brusque, du froid détermine une stimulation réflexe de cet organe. Le pouls devient moins fréquent, plus calme et plus régulier. La circulation pulmonaire s'effectue dans de meilleures conditions et le parenchyme pulmonaire congestionné subit une action locale f^avorable.

Cette méthode de traitement associée aux prescriptions habituelles concernant l'hygiène et le régime m'a donné des résultats satisfaisants, nonseulementdansma clientèle, mais encore dans la jeune population du Ne/c-York Juvénile Asijlum, à laquellej'ai donné mes soins pendant treize ans.

L'efficacité des procédés hydriatriques dans la pneumonie de l'enfant est attestée par les médecins les plus autorisés, •lacobi (1) « emploie le bain froid ou le maillot humide lorsque la température est élevée ; dans beaucoup de cas, l'épongement ou la friction avec des serviettes mouillées froides suffisent pour lui donner des résultats tout à fait satisfaisants. Ces dernières opérations agissent, à la fois, comme moyens de réfrigération et comme stimulants ».

Toutefois, ce n'est pas la « réfrigération de la surface », qui explique le mode d'action du bain froid, mais l'excitation reçue

(1) ArcJiives of Pediatvics, 189o.

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du choc du froid par les nerfs cutanés, transportée aux centres nerveux, et réfléchie sur tous les organes. L'effet réfrigérant du bain est le plus apparent; on l'enregistre au moyen du thermomètre : mais si c'était là le but qu'on se propose d'atteindre •dans le traitement de la pneumonie, on y arriverait beaucoup mieux en employant les antipyrétiques chimiques.

Jacobi dit très justement : « Ce n'est pas l'hyperthermie qui constitue le danger, mais l'abolition ou l'affaiblissement de la résistance que les tissus de l'organisme doivent opposer à son action. »

Le danger réside dans la toxémie, qui met obstacle au fonctionnement du système nerveux, et à celui des organes dont le système nerveux règle l'action; la digestion, la respiration, la ^contraction cardiaque, les sécrétions, succombent sous le poids de l'infection. L'organisme met en œuvre tous ses moyens de •défense pour maintenir son existence. Le bain froid lui apporte un renfort précieux: le système nerveux retrouve des forces; les organes paresseux se réveillent et reprennent une activité •nouvelle; l'œil devient brillant; la respiration est plus profonde; le pouls se ralentit et ne présente plus un dicrotisme aussi marqué. Mais ces elîets ne sont pas ceux du bain antithermique, ■qui se contente de laisser le malade étendu dans l'eau froide, d'où on le relire quand il frissonne. Une friction douce et active ■sur la surface du corps prévient le refroidissement et multiplie le choc que reçoivent tes terminaisons nerveuses périphériques, en même temps qu'elle combat la paralysie des tuniques vasculaires et empêche le phénomène de la chair de poule de se produire. Le bain pratiqué de cette facoa constitue un traitement antifébrile ; il remplit toutes les indications qui dérivent de l'abolition ou de l'insuffisance de la résistance organique.

Le professeur A. Baginsky (1) enseigne que k le but principal doit être de modérer la lièvre et de maintenir les forces du malade. Ces deux indicMtions se trouvent pleinement remplies, si Von applique des compresses froides autour du thorax, toutes les demi-heures ou toutes les heures. Lorsqu'on emploie ce procédé, en l'adaptant à chaque cas particulier, surtout en tenant compte de l'état du ca^ur, on dispose d'un véritable moyen de salut. On doit le préférer sans hésitation aux antithermiques, qu'il faut éviter d'administrer dans la pneumonie ■de l'enfant, à cause de leurs effets nocifs sur le cœur » .

(1) Lehrbuch der Kinderkrankheiten, 1896.

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Le professeur Penzoldt (1 ; a publié un travail portant sur 2.200 cas, qui ont été traités, de 1867 à 1889. à la polyclinique d'Erlangen. «. On ne doit pas regarder l'abaissement de la température, dit-il, comme le seul facteur. S'il est indiqué de faciliter la respiration, la circulation, l'activité cérébrale, l'expectoration, on doit toujours recourir de préférence à un traitement par les bains administré avec prudence. »

Le professeur Hutinel (2), dans une leçon clinique à l'Hôpital (les Enfants Malades expose une opinion analogue à celle que j'ai si souvent défendue. C'est surtout contre l'infection générale que l'on doit agir, dit-il. Or, c'est précisément dans les cas où les symptômes généraux sont particulièrement marqués que les bains froids ( 18°-23° C.)se montrent efficaces. Le bain froid n'abaisse pas seulement la température de l'organisme, il exerce en même temps une influence utile à d'autres points de vue. Il active les diverses sécrétions, il élève la tension artérielle, il soutient le cœur. Dans les mêmes conditions, la plupart des anlithermiques chimiques produisent des effets opposés. Le bain froid agit d'une façon énergique sur le système nerveux. Il donne un coup de fouet à l'organisme, comme le professeur Peter l'avait fait remarquer à propos de la fièvre typhoïde. Il diminue la dépression, qui est si accentuée dans certains cas de broncho-pneumonie. Les malades que l'on baigne reviennent à la vie, pour employer une expression de Juhel-Renoy.

Hutinel n'a jamais vu le bain froid entraîner des conséquences fâcheuses pour l'appareil respiratoire. Comme tant d'autres, il est convaincu que c'est à tort qu'on l'a accusé de certaines complications pulmonaires.

A l'appui de son opinion, il rapporte l'observation d'uo malade qui se trouvait dans un état désespéré et dont le traitement hydriatrique assura la guérison.

Souvent, ajoute-t-il, la famille s'oppose à l'emploi des bains froids. Dans ce cas, il est permis d'user d'artifice. Sous prétexte de révulsion, on additionne l'eau du bain d'un peu de moutarde ; les parents, en général, croient à l'efficacité de cette médication.

Hutinel a obtenu des résultats remarquables en appliquant cette méthode à l'Hôpital des Enfants Assistés. Mais il a observé, d'autre part, un grand nombre d'échecs. Lorsqu'ils

(Il Mihic/iener Me/Hcinisc/te Wochenschrift, 1890, n» 36. (2l Le Bulletin Médical., Paris, 1893.

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sont indiqués, les bains froids produisent d'excellents efTels; administrés sans discernement, ils donnent fréquemment des déceptions.

M. Albert (1) a rassemblé dans un travail quarante cas de broncho-pneumonie observés chez des enfants âgés de quatre mois à quatre ans, qu'il a traités au moyen de compresses mouillées thoraciques à une température de lo°-2Û^ C, appliquées toutes les demi-heures ou toutes les heures; la mortalité fut de dix-sept pour cent.

D'après Le Gendre (2), la congestion active est un phénomène qui intervient souvent dans l'aggravation de l'état local et de Fétat général, au cours de toutes les maladies aiguës de l'appareil respiratoire et dans certains états aigus des aliections chroniques de ces organes. Dans les cas oîi une congestion de ce genre se produit, aucun agent révulsif ne se montre plus actif que l'enveloppement du thorax dans des compresses imbibées d'eau froide. On exprime ces compresses, après les avoir plongées dans l'eau, et on les recouvre d'une toile cirée mince. On les renouvelle tous les quarts d'heure, puis toutes les demiheures ou toutes les heures, suivant l'état du malade. Cette méthode est particulièrement utile dans la thérapeutique infantile. On peut l'appliquer chez les enfants, les tout jeunes enfants, aussi longtemps qu'il est nécessaire, et y revenir toutes les fois que la congestion réapparaît.

Dans la discussion qui suit la communication de Le Gendre, Rendu dit qu'il emploie le maillot humide depuis 1884, et qu'il a constaté que ce procédé donne des améliorations considérables dans la bronctio-pneumonie grave. Il ne suit pas la même méthode que Le Gendre, mais laisse le malade dans le maillot pendant deux ou trois heures. Richardière a traité, au moyen du maillot humide, soixante cas de broncho-pneumonie .consécutive à la rougeole, à l'Hôpital Trousseau, et en a obtenu d'excellents résultats. Il attire l'attention sur ce fait que la température ne subit pas un abaissement immédiat, mais que les phénomènes nerveux s'apaisent, et qu'il se produit une transpiration abondante.

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