PNEUMONIE DE L'ADULTE
Malgré les analogies qui existent entre la pneumonie et la
(1) Gazelle Hebdomadaire, 88, 1896.
{2) La Médecine Moderne, 17 mars d89-4.
PNEllIOME 463
fièvre typhoïde, je m'abstiens d'employer le bain froid avec friction dans la première de ces deux maladies, pour les rai« sons que j'ai exposées précédemment.
Jiirgensen et d'autres médecins ont longtemps traité la pneumonie deladulte par le bain froid à 60o-70° F.{lo,5o-21, 1*^ G.), d'une durée de dix à quinze minutes, et par les stimulants administrés à hautes doses, pour combattre lalfaiblissement du cœur.
Le D"" A. Vogl, médecin en chef des hôpitaux militaires de Munich, m'a fait connaître, daos une communication écrite, qu'il s'était bien trouvé de l'emploi, dans le traitement de la pneumonie, de bains froids exécutés suivant la méthode qu'on applique dans la fièvre typhoïde. Mais ce clinicien prudent et consciencieux s'est refusé à me donner sur ce sujet des conclusions pratiques, parce qu'il ne pouvait s'appuyer que sur quelques centaines de cas seulement.
Les auteurs qui se contentent du résultat de quelques essais pour recommander une njéthode thérapeutique, ou pour condamner définitivement le bain froid, trouveront là une leçon de prudence. C'est un exemple que j'ai suivi moi-même dans cet ouvrage, en m'abstenant de citer mon expérience personnelle comme une garantie, toutes les fois que d'autres auteurs me fournissaient sur le sujet étudié des statistiques plus étendues que les miennes.
Dans une communication récente à la Société médicale de Munich, Yogi (1) recommande, sans qu'il puisse y avoir d'équivoque, l'usage du bain froid avec friction, exactement tel qu'il est pratiqué dans la fièvre typhoïde (voir méthode de Brand, p. 212), en faisant remarquer que les médications, que l'on ajoute au traitement diététique de la pneumonie, n'ont aucune action sur la cause de la maladie, et sont impuissantes à combattre l'alfaiblissement du cœur. 11 dit avoir été amené à appliquer le bain froid avec friction au traitement de la pneumonie en considérant la diminution de la mortalité de la fièvre typhoïde que l'on doit à ce procédé, et ce fait que la pneumonie, survenant au cours de la fièvre typhoïde, est bien souvent influencée d'une faron favorable par lesbains.Dans l'une et l'autre de ces deux maladies l'effet spécifique que provoque le bain n'est pas dirigé contre la maladie, mais recherché pour favoriser la défense de l'organisme contre l'infection générale.
(1) Mûnchener medicinische Wochenscinift, 1902.
464 PRATIQUE DE l'uYDROTEÉRAPIE
Vo£;l préfère appuyer son opinion sur l'observation, qu'il est facile de réaliser, des efï'ets du bain froid sur la circulation, la respiration, les fonctions nerveuses, plutôt que de la défendre au moyen de statistiques. 11 est regrettable qu'il ait omis de faire une place à celles-ci dans son travail, après avoir fourni les statistiques les plus démonstratives sur le traitement de la fièvre typhoïde. Le malade retient involontairement sa respiration, lorsqu'il entre dans la baignoire, mais, dès qu'il s'y trouve plongé, ses mouvements respiratoires deviennent plus amples et il expectore ; sa parole est plus nette ; la cyanose diminue; après le bain, il respire librement et s'anime. Le pouls indique combien l'énerg-ie cardiaque s'est relevée sous l'influence du bain. Vogl prétend que la sensation de bien-être est telle que le malade réclame très souvent un nouveau bain, lorsqu'on met fm au premier. Il conseille de baigner, comme dans la fièvre typhoïde, tout malade dont la température atteint 103° F. (39, 4° C), et qui n'est atteint ni d'une afTection organique du cœur, ni d'artério-sclérose, ni d'emphysème, etc. « Je suis convaincu, dit-il, que le bain froid, administré de la façon indiquée, ne fait courir aucun danger au pneumonique. » L'opinion si nette de ce médecin, dont on connaît la compétence et le jugement, mérite une attention toute particulière.
Dans une discussion sur la pneumonie, le D'' Charles B. Folsom (J) a fait connaître qu'il avait essayé le traitement par les bains froids dans trente-six cas graves de cette maladie, au Boston City Hospital. Les résultats dépassèrent ses espérances. Contrairement à ce qui arrive lorsqu'il s'agit de typhiques,tous les malades déclarèrent que les bains leur étaient agréables. Le bain diminuait la fièvre, atténuait la toux, apaisait le délire et amenait le sommeil.
Le D'' Northrup, médecin de Presbi/terian Hospital, dit qu'c< il arrive souvent qu'un alcoolique très excitable, atteint de pneumonie, se calme sous l'influence d'un bain à 90° F. (32, 2° C), en même temps que s'améliore son état général ». Il a démontré expérimentalement les avantages de l'hydrothérapie dans la pneumonie, et croit que, « les etïets de ce mode de traitement, dans cette maladie, peuvent être indiqués sommairement en ces termes : il calme l'excitation cérébrale, il rend le pouls meilleur, il augmente l'amplitude des mouvements respiratoires et amène le sommeil.
(Il Médical News, 2 janvier 1897.
Le professeur Slrimipell (1) recommande les bains tièdes 32''-;h3, iV' C), comme le moyen le plus efficace de faciliter la respiration et l'expectoration, de stimuler et de fortifier l'organisme tout entier. « Le point essentiel, dit-il, c'est qu'on ne laisse faire aucun mouvement au malade lorsqu'il se trouve dans le bain, qu'on le soutienne dans la baignoire, après l'y avoir placé, et qu'on l'en retire ensuite pour le placer dans son lit. On juge de l'action favorable du bain, surtout par la sensation de bien-être et de soulagement que ressent le malade. La respiration devient plus calme, plus lente etplus profonde; souvent le malade s'endort après le bain. »
Mes observations personnelles s'accordent avec cette opinion exprimée par Striimpell, que le dérangement que le bain froid impose au malade augmente les troubles pulmonaires. Si le malade est dans un état grave, cyanose, s'il présente une prostration accentuée, analogue à un état typlioïde, je n'hésite pas à choisir entre les deux maux qui menacent le malade; j'accepte d'augmenter les troubles re.spiratoires du malade pour diminuer son état de prostration nerveuse et je le place dans un bain à SO*' F. (26,6° C), ou au-dessous, ou bien je le fais asseoir dans de l'eau à lOO*^ F. (37, 8"), et je lui verse sur la tète et les épaules plusieurs cuvettes d'eau à 6o"-7oo F. (18.3''- 23, 8° C). J'ai déjà présenté ce procédé comme un excellent tonique du cœur. Il a pour effet de rendre les inspirations plus profondes et de détacher les sécrétions bronchiques.
La compresse thoraciqu3. — D'après mon expérience personnelle, c'est la compresse thoracique qui constitue le procédé hydriatrique le plus utile dans la pneumonie de gravité moyenne.
J'ai exposé la technique de l'opération page 178, avec des détails qui peuvent paraître supertlus, mais qui, en réalité, permettent de l'exécuter avec une précision qui en garantit le succès. Le médecin doit surveiller lui-même la première application, de même qu'il doit assistei- au premier bain de Braud administré dans la fièvre typhoïde. Ensuite un infirmier habile peut appliquer les compresses, sans imposer au malade aucun dérangement inutile.
Ici encore, il est nécessaire de tenir compte des particularités de chaque cas. Dans les cas de gravité moyenne, il convient
(I) Manuel de MéJeciae, p. 205.
Baiilcii. — Hydrothérapie. 30
466 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE
d'adopter une température de60o F. (15, 5oC.)-Si le malade présente de la torpeur ou du délire tranquille, on aura recours à une température plus basse, et on aspergera une ou deux fois le thorax avec de l'eau plus froide, avant de renouveler la compresse. Le même procédé rend de grands services dans la broncho-pneumonie, lorsque les bronches sont obstruées par leurs sécrétions, ou qu'il existe de la cyanose. Dans un cas, que j'eus l'occasion d'observer avec le Dr E. J. Ware, ce procédé démontra son utilité. Jusqu'à ce moment, un traitement bien conçu avait réussi à maintenir les forces du malade; le poumon droit, dans toute sa face postérieure, était hépatisé. La température était ordinairement inférieure à 102» F. (38. 9o C.) ; le pouls était extrêmement rapide. Il n'y avait pas de dvspnée. Le procédé que j'ai indiqué, légèrement modifié, donna d'excellents résultats. L'inspiration devint immédiatement plus profonde, le pouls plus lent; en quelques jours, le malade, qui se trouvait précédemment dans un état désespéré, prit le dessus.
On peut donner au bain une température supérieure à 60° F. (15, 5" C), s'il y a beaucoup d'agitation, d'insomnie ou d'excitabilité. Dans ce dernier cas, on trouvera un grand avantage à laisser la compresse en place pendant deux heures, après l'avoir imbibée d'une quantité d'eau plus considérable, ce qui en fait une sorte de fomentation calmante et moins émolliente qu'un cataplasme.
Chez un confrère, quej'eus l'occasion de voir avec le D"" Palmer Cole, on trouvait le poumon droit pris dans sa totalité, et, plus tard, le poumon gauche fut atteint à son tour ; la température oscillait entre 103° et 105° F. (39, 4" et 40, 5° C.) ; l'état du cœur était bon. Comme le malade était un morphinomane, il présentait des troubles nerveux marqués, en particulier, de l'insomnie et une grande jactitation. On appliqua toutes les heures des compresses, que l'on mit en place ruisselantes, afin d'en augmenter l'action sédative. «Le malade ne garda aucun souvenir, dit le D^^ Cole (1), de ce qui lui était arrivé durant quatre semaines. Ensuite, il me remercia plus de l'avoir guéri de sa toxicomanie que de lui avoir conservé l'existence. Je ne doute pas que ce malade n'ait dû son salut aux applications continues d'eau froide auxquelles il fut soumis ; je suis persuadé qu'il aurait succombé si on l'avait traité suivant une autre méthode. »
d» 3Iedical News. 19 février 1898.
Mode d'action de la compresse froide dans la pneumonie. — Aucun procédé thérapeutique ne mérite d'être adopté parle corps médical, si l'on ne peut donner une explication satisfaisante de son mode d'action. La compresse thoracique, outre l'ertet qu'elle produit comme application hydriatrique à unetempéralure très inférieure àcelle de lapeau, a probablement une action rétlexe locale sur la circulation pulmonaire, qui se produit par l'intermédiaire des centres cérébro-spinaux. Des expériences récentes (1) ont démontré que les vaisseaux pulmonairespossèdent un appareil vaso-moteur, dont les origines sont situées entre la seconde et la septième paires dorsales. L'aire rétlexe scapulaire, qui s'étend entre les omoplates, est reliée aux trois premièrespairesdorsales, et l'aire rétlexe épigastrique, qui comprend la région épigastrique et les régions latérales du thorax, est en relation avec les quatrième, cinquième, sixième et septième paires dorsales. Par suite, il devient possible de mettre en jeu l'appareil vaso-moteur du poumon en couvrant la poitrine tout entière, jusqu'à l'ombilic, d'une compresse plus ou moins imbibée d'eau à une température inférieure de deux ou trois degrés C. à celle de la peau.
Les indications thérapeutiques sont les suivantes : 1) stimuler les centres nerveux, afin d'augmenter l'énergie vitale du malade ; 2) prévenir et combattre l'afTaiblissement du cœur: 3) abaisser la température ; 4) favoriser l'élimination des toxines.
Les chocs doux et répétés produits par l'eau froide et la stimulation consécutive à la réaction atteignent, par l'intermédiaire des nerfs sensitifs, les centres nerveux, qu'ils excitent. Des centres nerveux, les excitations se réfléchissent sur les organes, dont le fonctionnement assure la résistance du sujet aux principes toxiques qui circulent dans son sang. Nous devons donc, ici, viser au même but que la méthode de Brand nous permet d'atteindre dans la fièvre typhoïde. Il convient d'employer, dans la pneumonie, un procédé déterminant un (' choc » moindre, parce que cette dernière maladie amène des troubles moins graves, dans les cas moyens, parce que la toxémie produite par le pneumocoque est moins intense, et que la vie du microbe est moins longue des deux tiers que celle du bacille d'Eberth.
Lorsqu'on a appliqué quelques compresses, le malade devient
(1) Text-Book of Human Physiology, Landois and Sth'ling.voL I,p.i49.
468 PRATIQUE DE L II YDROTUÉnAriE
plus calme, la respiration, dont ramplitude augmente à chaque opération, reste plus profonde, l'appétit saméliore, la peau et les reins fonctionnent mieux. Ces constatations cliniques démontrent que le mode d'action du procédé est bien celui que nous avons indiqué plus haut.
Les compresses mouillées maintiennent l'énergie cardiaque. Lorsqu'on les applique, il se produit une vaso-constriction rapide de la surface, la tension artérielle s'élève aussitôt, puis il s'établit une vaso-dilatalion tonique qui donne à la peau une coloration rouge. Cette dilatation est très différente du relâchement vasculaire déterminé par les cataplasmes chauds. Ceux-ci relâchent les vaso-constricteurs et amènent un état paralytique des vaisseaux, c'est-à-dire, une stase, tandis que les applications froides stimulent les vaso-dilatateurs, entraînent une vaso-dilatation active, qui maintient le tonus vasculaire, produit une hyperémie active, et permet au sang de circuler avec plus de force à travers la peau. L'énergie du cœur se relève ainsi, non par le fait d'une augmentation de la vis a tergo, comme c'est le cas quand on administre de la digitale, mais par le fait de l'apparition d'une vis a fronte, déterminée par Télargissement du courant san^-uin dans les capillaires cutanés, dont la tonicité augmentée favorise la propulsion du sang. La tension artérielle s'élève, comme on peut le vérifier en comprimant l'artère radiale. Le cœur droit, dont l'augmentation du tonus vasculaire général favorise indirectement le fonctionnement, a une énergie plus grande pour assurer la circulation du poumon, dont les vaisseaux se contractent mieux, en raison de la vaso-dilatation périphérique. En outre, la régulation vaso-motrice de la circulation pulmonaire s'efîectue d'une façon plus parfaite, comme nous l'avons indiqué plus haut, sous l'intluence desstimulations qui proviennentde l'excitation des zones réflexes par le froid.
Romberg a pu confirmer, grâce à des inoculations du pneumocoque de Fraenkel faites à des lapins, cette opinion, que j'ai soutenue depuis bien des années, que le cœur soufTre, dans les maladies infectieuses, de l'insuffisance de la circulation périphé rique.Ladyspnéeetle surmenage duventricule droit ne sontpas dus principalement àl'infiltration du poumon; en effet, lorsque lacrise survient, l'exsudation nedisparaît pas de suite, et pourtant la respiration et la circulation reprennent aussitôt leur fonctionnement normal. Une seule chose peut expliquer ce fait : le rétablissement immédiat des fonctions du système
l'NCLMOME -469
"nerveux, qui se produit au moment où cesse l'action des produits toxiques du pneumocoque, qui se termine avec l'évolution vitale du microbe. Il estprobableque la crise arrivequand la production des antitoxines fourniespar l'organismeest assez forte pour annihiler l'efFeldes toxines engendrées par la maladie. Le combat, que l'énergie vitale de l'organisme livrait au pneumocoque et à ses alliés, prend fin. Les applications froides dans la pneumonie ont donc surtout pour etTet de soulager et de soutenir le système nerveux, qui supporte le choc le plus violent de l'assaillant. Cet. effet entraîne l'augmentation de l'énergie cardiaque.
Un autre résultat thérapeutique important des applications froides est rabaissement de la température . La persistance d'une température élevée peut entraîner un affaiblissement du cœur, elle altère, à coupsùr.le fonctionnement descentres nerveux. Quelques cliniciens distingués prétendent que l'hyperthermie constitue le principal danger pour le pneumonique. Je me suis élevé contre cette opinion erronée qui paraît si bien établie, à maintes reprises, depuis le jour où je lai attaquée pour la première fois fl;. C'est à cette opinion erronée, qu'est due la vogue regrettable des anti thermiques chimiques. S'il est nécessaire d'invoquer le témoignage de quelques auteurs pour arriver à éloigner ce spectre dont se sont si longtemps effrayés les praticiens timorés, les opinions de Ilutinel, Baginsky, Slrumpell. que nous avons citées, doivent suffire à démontrer que nous ne devons plus considérer l'hyperthermie comme le danger capital dans la pneumonie. Ces cliniciens ont pleinement confirmé l'opinion que j'avais émise sur ce sujet, huit ans auparavant. Je dois ajouter, cependant, que Thyperthermie, bien qu'elle ne constitue pas, en elle-même, un véritable danger pour le cœur, une cause de dégénérescence graisseuse de la fibre myocardique, augmente assez la rapidité des contractions du cœur pour imposer à cet organe un surmenage néfaste et procurer de graves malaises au malade. Lliyperthermie,par conséquent, exif/e qu'on lui oppose des moi/ens thérapeutiques efficaces, mais plus inoffensifs que les antithermiques chimiques habituellement employés. Je n'hésite pas à faire usage de ces derniers dans des cas exceptionnels, lorsqu'une température élevée s'associe à l'insomnie et à une vive agitation. Ils donnent au malade un grand sentiment de bien-être.
(1) Transactions of tlie Seir York Slal^ Médical Society, 1889.
Toutefois, il ne faut pas en administrer plus d'une dose par vingt-quatre heures.
Les malades atteints de pneumonie sont très sensibles à la réduction de la température, et cette réduction s'opère chez eux avecunegrande facilité ; aussi, doit-on apporter unegrande prudence dans l'exécution des opérations destinées à abaisser la température. C'est pourquoi /ff? abandonné les bains froid.s, etpourquoi je me suis appliqué à décrire minutieusement un autre procédé. Cette opération si bénigne, qu'est,la compresse mouillée, est suffisante pour abaisser ila température du pneumonique; j'ai recueilli de nombreuses observations démoustratives à cet égard. L'abaissement est moins rapide qu'après les bains froids, mais il est assez marqué et constant. Une suit pas immédiatement l'application d'une ou de plusieurs compresses ; il ne se produit pas non plus de la même façon que dans la ilèvre typhoïde traitée par les bains froids. La température diminue d'un jour à l'autre, de 0,5° C ou plus. Ce n'est pas là le résultat d'une réfrigération directe; on ne doit pas rechercher un effet de cet ordre ; on ne l'obtiendrait pas. Lorsqu'on a appliqué une compresse à GO" F. (15, 5" C), recouverte de flanelle, autour de la poitrine d'un pneumonique dont la température oscille entre 102° et 106° F. (38, 9-^ et U,l° C.), il se produit un refroidissement immédiat de la surface du thorax, puis une réaction progressive avec une élévation plus ou moins rapide de la température delà région, jusqu'à ce que celle-ci ait atteint à peu près le même degré, où elle se trouvait avant l'opération. A ce moment, Ja peau se trouve baignée dans la vapeur émise par la compresse qui s'est échauffée. Si on laisse en place celle-ci pendant un temps suffisant, l'enveloppe de flanelle s'imbibe de la vapeur produite et l'évaporé lentement, jusqu'à ce que la compresse soit sèche. Mais, si on remplace la compresse, comme il a été dit, la vapeur se produit avec plus de lenteur, et l'on trouve la peau et la compresse plus froides que l'enveloppe de flanelle. La réfrigération progressive se poursuit, jusqu'à ce qu'on applique une nouvelle compresse froide; à ce moment, la peau, qui est plus susceptible parce qu'elle a baigné dans une vapeur chaude, sent plus vivement le «choc «et réagitd'une façon plus intense. Oq commet, assez souvent, la faute de recouvrir la compresse mouillée d'une toile cirée. On protège ainsi le lit et le linge du malade ; mais on compromet le résultat de l'opération, en transformant la compresse en un cataplasme. Si la tempéra-
Uire rectale atteint ou dépasse 103" F. (39, i^C), la compresse, applicfuée suivant les règles indiquées, s'échaulïeen unedomiheure, bien que Tévaporatiou de l'eau qui Timbibe abaisse la température de la peau qu'elle recouvre au-dessous de la température des autres régions. Lorsqu'on change la compresse, la peau reçoit de nouveau un « choc » modéré et une dilatation tonique se produit encore. Ainsi s'entretient un processus de réfrigération lente, qui n'all'aiblit en rien l'organisme, qui abaisse progressivement la température du malade, le calme et contribue à sa guérisou. ,
On ne peut déterminer dans quelle mesure l'hyperémie cutanée intervient comme une révulsion; toutefois, on sait, de façon certaine, que toute hyperémie superficielle s'accompagne d'une vaso-ronstriction des régions sous-jacentes. La compresse froide a donc également une action fcivorable sur le tissu entlammé du poumon et sur la circulation de cet organe.
La compresse mouillée, comme les autres opérations hydriatriques, provoque VéUiaination des toxines.
On accroît cette élimination des toxines en faisant ingérer fréquemment de l'eau au malade. .l'ai l'habitude défaire prendre dans la pneumonie, comme dans la tièvre typhoïde, 180 grammes d'eau froide toutes les deux heures, alternativement avec une égale quantité de lait froid, nuit et jour, lorsque le malade ne dort pas. L'augmentation de la sécrétion uriuaire que Ton constate est tout à fait remarquable. J'ai des observations où on voit la quantité d'urine excrétée en vingt-quatre heures passer de 1.800 ce. à 3.660 ce.
Effets de la méthode. — La méthode que je viens d'exposer, appliquée à la pneumonie, donne à cette maladie une physionomie spéciale, sur laquelle je désire attirer l'attention. La fièvre, la dyspnée et les autres manifestations inquiétantes de ia maladie s'atténuent, d'une façon remarquable, dans la plupart des cas en peu de jours; cependant, les signes physiques ne se modifient pas au môme degré. J'ai observé une crise seulement dans quarante pour cent des cas traités de la sorte ; dans les autres cas, la maladie se terminait par lysis ou par une régression très lente. Les troubles généraux s'amendaient, le malade semblait aller bien, était impatient de se lever, et, pourtant, on constatait, pendant assez longtemps, une matité persistante, de l'obscurité de la respiration, un souffle bronchique, qui indiquait la présence d'exsudats lents à se résorber
472 l'RATIQUE DE l'hVDROTUÉRAPIE
bien que la température fût normale. Lorsque la température vespérale est normale, je laisse le malade se lever, ainsi qu'on peut le voir dans l'observation suivante.
H. E... tombe malade le 8 décembre 189."). Sa température oscille entre 102» et 104o F. (38, 9o et 40» C), pendant quatre jours, sans qu'aucun signe physique net apparaisse à l'examen des poumons, quf? l'on pratique chaque jour, be [2. décembre, on constate que la moitié inférieure du poumon droit, en arriére, est héjiatisée. La température buccale est à t04-o F. (40° G ). à 3 heures de l'aprèsmidi; le malade a une toux très pénible depuis plusieurs jours; il se met à expectoier des crachats rouilles, et sa dyspnée augmente. La famille, très inquiète, demande eu consultation le D'' A. A. Smith, qui fait savoir qu'il ne pourra voir le malade que le lendemaiii malin. On administre du calomel, et on applique des compresses mouillées, ce qui fait baisser la température de deux degrés (un degré C.) en cinq heures, et procure au malade un bon sommeil. Après l'application de douze compresses, la température est de 101° F. (38, 3° C.),à 8 heures du matin. Lorsque le D'' Smith vient voir le malade à 10 heures, il le trouve en un état si satisfaisant qu'il s'étonne d'avoir été appelé. Les signes physiques d'hépatisation sont nets. On n'institue aucun autre traitement; on prescrit seulement, pour contenter le malade, cinq gouttes d'acide chlorhydrique toutes les deux heures, et 180 grammes d'eau. La tempéz'ature revient à la normale deux jours de suite, puis reste constamment normale pendant dix jours, au bout desquels je cesse mes visites. Le D- Smitli, qui continue à lui donner des soins, constate que les signes physiques persistent, et je note encore de la matité à l'examen du poumon, loi'sque je vais revoir le malade, bien que celui-ci ait une température normale, un bon appétit et soi! capable de se b^er.
Les résultats cliniques démontrent que le mode d'action de ce procédé thérapeutique est bien celui que nous avons indi- (jué, et ils établissent la valeur de celle méthode. Il y a un quart de siècle, le plus célèbre des cliniciens allemands, le ])rofesseur Niemeyer, écrivait ceci : « J'ai employé largement le froid dans le traitement de la pneumonie, et je puis, en m'appuyant sur un nombre considérable d'expériences très favorables, en recommander l'usage. Dans tous les cas. je recouvre le thorax du malade, en particulier le côté atteint, de linges imbibés d'eau froide et bien exprimés. A l'bùpital de Prague, on traite tous les cas de pneumonie au moyen des compresses froides, et, d'après les conclusions de Smoler, il est exceptionnel qu'un malade n'éprouve pas un soulagement sensible sous l'intluence de ce traitement. »
iwEUMO.Niii: 473
Pourquoi un procédé thérapeutique qui a reçu rapprobalion formelle d'un maîlre aussi éminent n'est-il pas devenu pratique courante dans une maladie qui donne tant de déceptions au médecin, lorsqu'on la traite d'une autre façon?
11 suflit de connaître l'histoire de la médecine pour pouvoir répondre à celle question. L'eau est bien considérée comme un remède ortliodoxe: Ilippocrate lui a consacré presque la totalité d'un de ses livres; elle a bien été vantée par des médecins célèbres à des époques différentes; et, cependant, elle n'est pas tombée dans le domaine public :cest que la pluparl de ceux qui ont recommandé le plus ardemment l'emploi de Veau ont omis d'indiquer des règles précises pour son application. Niemeyer nous fournit un exemple de ce que nous avançons. Il conseille simplement de « couvrir le thorax du pneumonique de linges trempés dans de l'eau froide et exprimés ». 11 laisse au jugement, bon ou mauvais, de ses auditeurs et de ses lecteurs, le soin de fixer la température de l'eau, la durée de l'opération, la fréquence de l'application; et pourtant il est beaucoup plus important de déterminer, en hydrothérapie, les éléments que nous venons d'énumérer, que d'indiquer, pour ce qui concerne les médicaments chimiques, leur mode de préparation, le moment oii ils doivent être administrés, la répétition des doses, etc.
A l'époque même oîi Niemeyer laissait échapper l'occasion de créer un mouvement durable, en faveur de la pratique qu'il prônait si hautement, un maître, justement réputé en Amérif{.ue, aurait pu vulgariser dans le corps médical une méthode qu'il recommandait, en 1870, de la façon suivante: « Si quelque procédé peut arriver à soulager le j^neumonique, lorsqu'il a une température très élevée, c'est l'eau froide. » Si cet excellent clinicien s'était montré aussi précis en exposant « le traitement par l'eau froide » qu'il l'était lorsqu'il avait à indiquer l'usage d'un médicament chimique, on n'aurait rien à ajouter (au bout de vingt-huit ans) à ses excellentes leçons ; elles pourraient servir de guide sûr au médecin qui cherche en vain un traitement efficace de la pneumonie.
Il est très difficile, à la vérité, de trouver des statistiques démonstratives pour établir la valeur du traitement que nous avons défendu; il en est ainsi, d'ailleurs, pour les traitements de tout ordre que l'on a conseillés dans la pneumonie. Le type de la maladie difiere trop d'un cas à l'autre; on ne recueille, dans la clientèle privée, que des observations trop peu nom-
4Ti PRATIQUE DE L HYDROTHERAPIE
breuses et insuffisantes. Je n'ai pas perdu un seul malade de pneumonie, sans complications, dans ma clientèle, depuis que j"ai adopté le mode de traitement ci-dessus exposé. A Thôpital, le principal élément du succès de la méthode, c'est-à-dire son application dans les premiers jours de la maladie, fait malheureusement défaut. Cependant, on trouve une preuve de l'action favorable que le traitement exerce sur la marche de la maladie, dans les statistiques du G. Hood Wright Mémorial Hospital (autrefois Manhattan General Hospilal). D'après une statistique, qui porte sur 156 cas, on constate que la mortalité totale par pneumonie s'est réduite de moitié, sous l'influence du traitement par les compresses. Pour les cas reçus à l'hôpital avant le cinquième jour, la mortalité s'est élevée à 12 pour cent, contre 37 pour cent, proportion observée au moment où Ton s'en tenait à l'expeclation ; un grand nombre de malades avaient eu, auparavant, une alimentation très défectueuse, ou étaient des alcooliques. La statistique comprend des malades traités dans les services de mes collègues, les D""^ Daniels et Knickerbocker, et dans mon propre service.
Broncho-pneuraonie. — La méthode que nous avons exposée, légèrement modifiée, donne également de bons résultats dans la broncho-pneumonie. Lorsque cette afTection atteint des enfants, petits ou grands, il est indiqué d'administrer des allusions froides plutôt que des bains; chez les adultes, il est utile d'adjoindre des ablulions thoraciques au traitement habituellement employé.
On trouve, dans les travaux concernant la broncho-pneumonie, "un grand nombre de faits qui établissent la valeur du maillot thoracique. Jackson (1) rapporte, de la façon suivante, l'expérience qu'il a faite de ce procédé :
« Pour obtenir les résultats que l'on doit demander à cette méthode, il faut employer le froid sans hésitation et d'une main ferme jusqu'à ce qu'il produise son effet sur l'hyperthermie et qu'il détermine une atténuation des symptômes.
« Le traitement est agréable au malade. On peut l'appliquer sans que le malade en éprouve aucune gène, si Ton y met quelque adresse. Ses efTets sont rapidement favorables et son exécution est exempte de difficultés.
« Quand je considère les résultats du traitement que l'on
(1) Tlierapi'ulic Gazette, 1892.
institue habituellement en suivant la routine : cataplasmes, expectorants et whiskey, je suis tout à fait disposé à accepter l'opinion que le D"^ Osier a exprimée sur l'inefficacité de ce traitement. Mais si je tiens compte des résultats que Ton obtient en employant l'eau de la manière indiquée précédemment, je constate qu'une ère nouvelle et plus heureuse s'ouvre pour les malades atteints de pneumonie. »
Comme je désire présenter au lecteur une revue complète et impartiale des procédés hydriatriques, qui ont été recommandés dans la broncho-pneumonie par des cliniciens dignes de foi. je vais citer encore un travail du D"" Fenwick, du London Hospilal. Fenwick a analysé, dans son mémoire publié par The Lancet, de Londres, 1000 cas de broncho-pneumonie traités par dilîérentes méthodes, dans le cours de ces dix dernières années. Dans 56 cas traités par l'épongement froid, la mortalité s'éleva à 13 pour cent. Dans 43 cas, on eut recours au " berceau de glace », et la mortalité ne fut que de 7 pour cent. Les cas traités au moyen d'applications froides diverses furent, au nombre de 108, et donnèrent une mortalité de 10 pour cent. La proportion des décès fut le double avec les autres modes de traitement. Dans les cas soumis au traitement hydriatrique, on donna des stimulants toutes les fois que l'indication s'en présenta. Le froid parut t'tre le meilleur antithermicjue,])Oin- les malades auxquels le D"" Fenwick eut affaire, surtout parce qu'il avait une action moins déprimante sur le cœur que l'antipyrine, la quinine, etc.
Maillot de glace. — Le D'" T.-.I. Mays, de Philadelphie, s'est fait le défenseur ardent du traitement de la pneumonie par le maillot de glace {ice pack). Il a publié (1), à l'appui de son opinion, des statistiques importantes qui réunissent des cas traités par des praticiens, dans diirérenles régions des Etats-Unis. Quatre-vingt-un cas sont relatés avec des détails suffisants, et lui ont permis de dresser un tableau, où l'on trouve indiqués le sexe et l'âge du malade, la température maxima et le nombre maximum des mouvements respii-atoires enregistrés dans le cours de la maladie, le nombre de jours écoulés entre le frisson initial et la crise, et la persistance de la fièvre après celle-ci, l'existence ou l'absence de délire, la localisation unilatérale ou bilatérale de la lésion, l'issue de la maladie, quelques
il) Med. Trans., Pliiladelpliia Gounly Med. Soc, 1895.
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remarques parliculières, le nom et l'adresse des médecins qui ont rédigé les observations ; celles-ci ont été recueillies surtout dans la clientèle privée.
La statistique comprend des malades âgés de trois semaines à soixante-quinze ans. Les températures maxima se trouvent entre lOQo et 107° F. (37,8» et 41, 7*:' Cl.On compte 108 cas de pneumonie simple, et 38 cas de pneumonie double. La crise se place entre le premier et le douzième jour du traitement. La mortalité s"élève à 3.58 pour cent.
« Le froid, dit le D'"Mays, a une action marquée sur le processus pneumonique; non seulement il le conduit à une terminaison favorable, mais encore il en raccourcit certainement la durée. Beaucoup, parmi les rédacteurs de mes observations, ont noté ce pouvoir abortif de la glace, qui démontre, à mon avis, mieux que tout autre fait, la valeur du procédé. »
Le D' C.-A. Drew (Ij a publié les bons résultats qu'il a obtenus du traitement par la glace dans la pneumonie des buveurs d'babitude. Avec le traitement ordinaire, la mortalité, dans 61 cas. avait été de 33 pour cent; avec le sac à glace, dans 25 cas, elle ne fut que de 4 pour cent. Cet auteur donne la préférence à ma méthode de traitement par les compresses thoraciques dans les cas qui présentent une température modérée et des symptômes nerveux marqués. Dans les cas où il existe une température élevée et de la douleu)-, il applique des sacs à glace munis de tuyaux d'écoulement sur chaque côté du thorax, entre une toile mince et une pièce de tlanelle. Cette méthode mérite d'être expérimentée ; car la mortalité de la pneumonie chez les buveurs est très élevée.
Je suis obligé de reconnaître que la statistique publiée est très favorable au maillot de glace; mais je ne puis accepter l'explication que le D' Mays donne du mode d'action de ce procédé, en particulier lorsqu'il admet un refroidissement direct du poumon. Il me semble que les succès de la méthode sont dus à ce qu'elle répond à toutes les indications, que l'on rencontre dans la pneumonie, presque aussi bien que la compresse thoracique. La glaceque l'onapplique, au moyen d'un sac enveloppé de serviettes sur la région alteinte,a pour effet, dit l'auteur, de diminuer le processus inflammatoire du poumon par une action directe du froid. Mais les expériences de Silex et (iilman Thompson ont démontré que cette hypothèse ne corres-
(1) Boston Médical and Siirgical Jour., 1907.
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pond pas à la réalité. Il n'est pas difficile, d'ailleurs, de trouver, dans les principes bien établis de l'hydrothérapie, l'explication du mode d'action du traitement par le maillot de glace. Les serviettes qui enveloppent les sacs à glace deviennent, au bout d'un instant, complètement humides, par suite de la fusion de la glace et de la condensation ([ui se produit à la surface extérieure du sac de caoutchouc ; le linge placé audessous se mouille ; de la sorte, le maillot de glace se transforme en une véritable compresse humide continue ; il conserve, d'ailleurs, une infériorité sur la compresse : la réaction qu'il amène est moins complète'; en effet, la répétition de l'application froide, qui est si efficace pour exciter les centres nerveux, fait défaut. Comme on applique la glace seulement sur une partie du thorax, on évite les elfets qui seraient défavorables. Les objections, que Ton peut émettre au sujet de l'emploi des compresses de glace, sont fondées sur celait que leur surface inégale rend leur contact désagréable, lorsqu'elles sont placées sur la face postérieure du thorax, le malade se trouvant étendu sur le dos, et que leur poids est pénible h supporter, lorsqu'on les applique sur la face antérieure. En tenant compte de ces inconvénients, je ne mesuis jamais senti autorisé à recourir au maillot de glace, tant que j'obtenais de bons efïets de la compresse mouillée.
Depuis l'impression de la seconde édition de cet ouvrage, j'ai enregistré des résultats qui confirment ce que je viens de dire et que j'ai fait connaître dans un travail publié par 71ie Médical Record, du 30 septembre 19U5 :
« Je ne puis déterminer exactement le nombre de cas de pneumonie que j'ai eu à traiter, dans ma clientèle, en ces vingt dernières années ; mais je crois pouvoir estimer, sans danger d'exagération, qu'il n'est pas inférieur à cent. Les statistiques du New l'ork Board of Health peuvent témoigner que je n"ai pas déclaré plus de deux décès par pneumonie, pendant ces vingt années. Un de ces décès est celui d'un alcoolique ; l'autre est celui d'une femme auprès de laquelle je fus appelé alors qu'elle présentait une température de 105" F. (40, o° C.), au troisième jour de sa maladie, et qu'elle avait eu un nombre incroyable de selles à la suite d'une forte dose de sel d'Epsom, qu'elle s'était administrée d'elle-même. Elle succomba au bout de trois jours. Les cas que j'eus à soigner ne furent pas tous des cas bénins, comme l'atteste le fait, encore présent à ma mémoire, que j"ai traité plusieurs fois des femmes
478 PRATIQUE DE l'hydrothérapie
d'un âge avancé; Tune d'elles, que je vis avec le D'" E.-Il. Rodgers. était diabétique et avait une acétonurie bien nette ; elle était atteinte d'influenza, et c'est au cours de cette infection que ses deux poumons furent successivement envahis par rinflammation pneumonique. J'ai gardé le souvenir de trois autres cas, parce qu'ils concernent des confrères. L'un de ces cas a été publié par le D'' Palmer Gole, qui suivit le malade avec moi. Des deux autres malades, je vis l'un avec le Di'Ewing et l'autre avec leD" Herff, de San Antonio, dans le Texas, où je me trouvais pour quelques jours.
« Il est très regrettable que les médecins qui recueillent des observations sur les maladies aiguës soient si peu nombreux. S'il n'en était ainsi, on aurait des données très intéressantes sur la valeur des procédés thérapeutiquesetsur d'autres points importants. Dans les villes seulement, on peut arriver à déterminer d'une façon approchée la mortalité de la pneumonie, à l'aide des statistiques du Board of Health. »
Paul Schichhold, de Dresden, dans un travail sur le traitement de la pneumonie, publié dans Medizinische A'lini/,\de 1906 (no 44), confirme les résultats que j'ai obtenus en employant la méthode exposée ci-dessus. Cet auteur a traité deux cents cas de pneumonie au moyen d'une « camisole mouillée », qui est une modification de ma compresse thoracique (voir page 178). 11 se sert d'une compresse imbibée d'eau à Îj3o-60o F. (12. 8"- 15,5° C.) qu'il recouvre d'une couverture, et non d'une pièce de flanelle, et qu'il renouvelle toutes les heures. Schichhold a constaté sous l'influence de ce traitement une amélioration de l'état général dans presque tous les cas; la respiration devient plus facile et plus profonde, les douleurs vives se calment, le malade sort de son apathie ; il accepte presque toujours, avec joie, l'application de la compresse, parce qu'il en éprouve un grand soulagement. Le traitement favorise l'expectoration, il relève l'énergie du cœur; il rend le pouls plus régulier et plus fort. Cinq minutes après l'application de la compresse, la tension artérielle (mesurée à l'aide du tonomètre de Gaertner) s'élève à 15-20 mm. Hg ; elle baisse lorsqu'on enlève la compresse, et s'élève de nouveau quand on en place une nouvelle sur la poitrine ; le 'plus souvent, lorsqu'on a administré quelques compresses, la tension ne redevient pas aussi basse qu'elle l'était précédemment. L'auteur évite de donner des médicaments; il se contente de faire respirer de l'oxyg-ène au malade, lorsque l'état de celui-ci est grave.
Le traitement détermine un abaissement très marqué de la température, qui n'est pas suivi du relèvement rapide de celleci, ([ui survient à la suite des bains. La température se maintient, avec une régularité remarquable, entre ;J8,5° et 39,5° C.
Scbichhold a noté que son procédé exerce sur la crise une action semblable à celle que j'ai constatée sous l'influence du mien. Il a observé que « la chute de la température se fait beaucoup plus rarement par crise que par lysis. L'une et l'autre terminaison surviennent beaucoup plus tôt, parfois le second ou le troisième jour. C'est un grand avantage pour le malade d'achever sa maladie sans passer parla crise, qui exige tant du cœur; et cela arrive dans 131 cas sur 175 ».
La mortalité fut abaissée à 1.6 pour cent sur 178 cas traités au moyen de la camisole mouillée, trois seulement eurent une issue fatale ; dans un cas. la mort était due à une embolie cérébrale ; dans un autre cas, il existait des lésions valvulaires anciennes.
Scbichhold continue à appliquer la camisole mouillée après le retour de la température à la normale. L'expérience qu'il a faite de son traitement a porté surtout sur des soldats, âgés de vingtà vingt-cinq ans, et, exceptionnellement, sur des femmes et des enfants âgés de plus de huit ans. Il prétend que sa méthode reste sans résultat, lorsqu'il s'agit de pneumonies bilieuses, grippales, streptococciques et de broncho-pneumonies, et qu'elle a des effets mauvais chez les vieillards qui présentent de la myocardite ou de l'artériosclérose. C'est là une opinion que je ne puis partager ; car, j'ai obtenu des améliorations très nettes dans des cas de ce genre, et assez souvent des guérisons, même à l'hôpital. Les résultats que l'on obtient avec les procédés hydriatriques, dans la pneumonie comme dans la fièvre typhoïde, sont d'autant plus favorables qu'on institue le traitement plus tôt. Dans l'une et l'autre maladie, ces procédés n'ont pas une action curative, mais ils ont pour effet d'augmenter la résistance de l'organisme et de prévenir ainsi les troubles qui seraient mortels.
Un médecin militaire autrichien, le D'' Nespor (1), a publié une autre série de 90 observations, sur lesquelles on n'eut à enregistrer qu'un seul décès. Les malades étaient traités au moyen de compresses thoraciques et de frictions avec des serviettes mouillées, administrées trois ou quatre fois par jour.
ili Bliiller f. klin. Hydrothérapie, janvier 1903.
480 PRATIQUE DE l'hYDROTIIÉHAPIE
Conclusion. — Je n'ai pas la présomption de croire que la méthode, que j'ai recommandée dans ce chapitre, constitue le traitement idéal de la pneumonie. Mais les statistiques m'apprennent que, grâce à elle, dans un hôpital (1) qui reçoit les cas les plus mauvais, la mortalité a diminué de G6 pour cent; que, dansun hôpital militaire, la mortalité n'a pas dépassé i,6 pour cent ; que, dans la clientèle, la mortalité s'est abaissée à2pour cent. En présence de ces résultats, je me sens encouragé à demander que l'on fasse l'expérience de la méthode si simple que je préconise. Je ne suis arrivé à m'y arrêter qu'après avoir fait l'essai pendant quarante-cinq ans de toutes les médications que l'on a conseillées dans la pneumonie : ventouses, vésicatoires, cataplasmes, enveloppements ouatés, mercure, antimoine, veralrum viride, quinine, opium, antithermiques et expeclation.
(1) Ces statistiques ont été soigneusement établies par le DfA.-J. \\ittson, qui m'a succédé dans ce service d'hôpital dix ans plus Laid cl (jui a continué à y appliquer la méthode.