ENTÉRO-COLITE
dans un sommeil calme, avant même d'avoir évacué la totalité de Teau du lavage. Presque toujours à la suite de l'irrigation, l'enfant s'endort tranquillement, la diarrhée cesse ou se modifie notablement, la physionomie de la maladie se transforme.
Le lavage a pour etlet d'entraîner les bactéries, le mucus, les aliments non digérés et les produits des fermentations. La localisation des lésions dans l'entéro-colite indique que ce résultat doit être très utile ; elles siègent, en effet, le plus souvent, dans le cœcum, l'anse sigmoïde et la partie la plus élevée du rectum. Nous sommes donc assurés que, dans la plupart des cas, l'irrigation pénètre jusqu'aux surfaces atteintes. Nous observons, ainsi, les principes de la thérapeutique moderne : traiter, autant que possible, les maladies localisées par des mo]iens appliqués localement. Non seulement l'irrigation chaude agit sur les régions enflammées, mais encore elle fait disparaître la cause de la maladie, en débarrassant l'intestin de son contenu.
4. — On combattra les troubles occasionnés par la diarrhée et ceux que, probablement, détermine l'absorption de ptomaïnes. La prostration est souvent rapide et marquée ; elle constitue, dans beaucoup de cas, un danger pressant, qui menace les jours du malade dès le début même de la maladie. J'avoue que la véritable cause de cette complication alarmante m'a échappé jus([u'à ces dernières années. Depuis que je considère l'hyperthermie comme le signe de l'intoxication ptomaïnique, et cette toxémie comme la cause principale de la prostration, le pronostic des cas où celle-ci survient me parait beaucoup plus rassurant.
Le début de la diarrhée infantile se caractérise souvent par une température élevée persistante, en particulier dans les cas les plus graves. Si l'on enregistrait, d'une façon plus méthodique, la température des petits malades, on constaterait que les formes sévères débutent, fréquemment, par une température qui oscille entre 102" et 106'^ F. (38, 9" et 41,1° C.) et conservent cette température. Le refroidissement de la peau (surtout des extrémités), les sueurs froides qui accompagnent les nausées, les vomissements et les selles diarrhéiques induisent facilement en erreur, et l'on peut méconnaître une élévation de la température interne, si l'on n'a pas soin de prendre la température rectale.
Les bains. — Les bains sont une ressource précieuse dans
484 PRATIQUE DE L HYDROTHERAPIE
le choléra infantile; ils procurent un soulagement sensible au malade et ils contribuent à la guérison plus que toute autre médication.
Quelques auteurs considèrent celte forme de la diarrhée infantile, non sans apparence de raison, comme une sorte de coup de clialeur. Toutes les fois que la température dépasse 102° F. (38, 9° C), il est indiqué d'administrer une application réfrigérante. Il importe de choisir une forme de balnéation convenable, et dont on connaisse bien le mode d action.
Dans les cas de ce genre, le système nerveux est, d'ordinaire, spécialement atteint; Tenfant a souvent une attitude affaissée de la torpeur, les yeux enfoncés dans l'orbite, une pâleur de mort, les extrémités froides; il n'est pas rare de le voir, à la fin, présenter des convulsions. Il est inutile de songer aux médicaments ou aux stimulants : l'estomac et le rectum ne peuvent les tolérer. On plongera l'enfant, jusqu'au cou, dans un bain à 90° F. (32, 2° C), après lui avoir bassiné la tête et le visage avec de l'eau froide; on lui fera des frictions douces pendant toute la durée de l'immersion ; on abaissera progressivement la température de l'eau jusqu'à 80° F. (26, 6" C), en faisant enlever de la baignoire quelques pots d'eau tiède, que l'on remplace immédiatement par de l'eau glacée, versée à distance du corps du malade. S'ilexiste des troubles cérélu-aux marqués, on peut faire des affusions avec de l'eau à 60" F. (io, 5° C), pendant cinq secondes, sur la tête et les épaules de l'enfant. Lorsque celui-ci pousse des cris et se plaint du froid, on doit l'encourager à le supporter en le traitant avec douceur mais avec fermeté. On fait durer le bain de cinq à dix minutes, en continuant les frictions et en maintenant l'agitation de l'eau, à moins que l'enfant ne présente de la cyanose et des frissons intenses. On peut prévenir l'apparition de ces phénomènes en pratiquant des frictions plus énergiques, qui stimulent la circulation périphérique. Il est utile de soulever l'extrémité inférieure de la baignoire, au moyen d'un livre ou d'une brique, afin que les pieds de l'enfant ne se trouvent pas complètement submergés et qu'il soit facile de bien les frictionner pendant le bain.
Après le bain, on place l'enfant sur un drap de toile, qu'on a étendu bien lisse sur une couverture. Si la température enregistrée avant le bain — et on doit toujours la prendre à ce moment — a atteint ou dépassé 103, 5° F. (39,7° C), on enveloppe le malade dans le drap, de façon à bien recouvrir
ENTIÎRO-COLITE 485
chaque partie du corps, puis dans la couverture, que Ton serre étroitement autour de lui et dont on lixe rextrémité en Tintroduisant sous lui ; on le laisse se sécher dans cette position. Si. au contraire, la température prise avant le bain est restée inférieure à 103, o" F. (39,7*^ C), ou essuie l'enfant avec douceur pour le sécher et on le revêt immédiatement de son linge de corps. Le bain est presque toujours suivi d'un sommeil calme et réparateur; lorsque lenfant se réveille, on constate qu'il est plus animé et sans malaise.
Le bain n'apas seulement pour but, bien entendu, d'abaisser la température de l'enfant, bien que ce soit là un résultat secondaire assez important. Il existe chez le malade un atTaiblissement de l'appareil vaso-moteur, dont témoigne la pâleur du corps tout entier, que l'on observe alors même que la température rectale est élevée. En immergeant l'enfant dans de l'eau tiède, nous déterminons une légère excitation de la peau, excitation que nous augmentons graduellement en remplaçant de l'eau tiède par de l'eau froide, et que nous rendons plus intense en frictionnant le corps et en agitant l'eau réfrigérante à la surface de la peau. Ces légers chocs n'excèdent pas les facultés réactionnelles de l'enfant ; ils sont suivis de réactions également légères, qui amènent une vaso-dilatation cutanée, qu'indique la rougeur de la peau. Si Ton bassine, en outre, la tête et le visage du malade avec de l'eau à 60» F. (13, o" C.) ou au-dessous, le a choc » et la réaction sont plus énergiques, la respiration devient plus ample, les contractions cardiaques sont plus fortes et moins rapides, le regard se ranime, les lèvres reprennent leur couleur, l'enfant sort de son abattement. On se base sur l'effet produit pour décider de la fréquence des bains. Si la réaction est médiocre, on doit diminuer la durée du bain , on peut le remplacer, parfois, avec avantage par une affusion à 80'^ ou 73'^ F. i 26, 6^ ou 23, 8'^ C.) sur les épaules, que l'on fait suivre d'une friction.
Pour bien apprécier la méthode que je viens d'exposer, il faut voir, dans un nombre de cas suffisant, l'eflfetque produisent les bains sur des enfants, chez qui Tentéro-colile se caractérise par un état de prostration. Si j'en crois mon expérience personnelle, cette méthode constitue une ressource précieuse, qui donne des résultats dans les conditions les moins favorables. J'ai conservé le souvenir des années où, étudiant et jeune praticien, j'observais des cas dans lesquels uneadynamie profonde s'associait, ordinairement, à une hyperthermie mar-
486 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE
quée; on disait alors qu'il s'agissait de méningite bâtarde, on •appliquait des vésicatoiresà la nuque, on administrait de petites ■doses de calomel,et on laissait mourir le malade. Actuellement, je n'observe plus de cas de ce genre; les bains et le traitement plus rationnel que j'emploie, en particulier les lavages d'eslomac et les irrigations intestinales, les empêchent de se produire.
Lorsque la famille de l'enfant s'oppose à l'administration de bains, on peut recourir au maillot humide. Quand il existe une agitation extrême ou des convulsions, on peut appliquer ce dernier procédé, ou encore y soumettre le malade à la sortie du bain, afin de prolonger l'eiret sédatif de celui-ci. Pour faire un maillot humide, on trempe dans de l'eau à GO^-IO" F. (15, oo- 21, 1° C.) un petit drap de toile, on l'exprime et on le plie de façon à ce qu'il ait environ le tiers de ses dimensions habituelles (on peut employer également une grande serviette de toile) ; puis on l'étend bien lisse sur une couverture. On enveloppe étroitement l'enfant du drap mouillé. On imbibe davantage ce drap, lorsque la température est élevée (voir Maillot humide, page loA). On enroule ensuite la couverture autour du corps du malade, de manière à ce qu'il s'y trouve bien serré, comme une momie, aiin qu'il ne se produise pas d'évaporalion. Le maillot peut rester en place une demi-heure, et même plus, si le malade s'endort. On peut renouveler l'opération, lorsque la température est élevée. On la recommence toutes les quatre heures, quand il est indiqué de le faire. Un enfant, qui était agité avant l'opération, se laisse aller habituellement à un sommeil tranquille; on ne doit pas le réveiller. Après avoir retiré le maillot, on pratiquera toujours une légère friction, à l'aide d'une pièce de toile imbibée d'eau à 70" F. ("il, i° C.) et incomplètement exprimée; puis, on séchera l'enfant.
Il est facile de maintenir les elTets du maillot, ou ceux du bain, en appliquant des compresses abdominales ou un maillot partiel sur le tronc; on se servira d'eau à 70° F. (21, 1°C.) et on renouvellera l'application toutes les heures.
Dans les /"o7'mes aiguës de la diarrhée infantile, la dépression générale de l'organisme est une indication à employer les procédés hydriatriques. Habituellement, le pouls est rapide; la température oscille entre 99'^ et 101" F. (37, 2° et 38, 3° C), avec quelques ascensionsexceptionnelles ; la peau a perdu son élasticité; le visage est blême et ridé; en résumé, les symptômes sont ceux d'une adynamie persistante, due aux troubles de la