CHAPITRE XIII CHOLÉRA ASIATIQUE
Malgré les progrès considérables que nous avons faits, en ces derniers temps, grâce aux recherches fécondes de Koch et de ses élèves, dans laconnaissance des causes du choléra asiatique et dans la prophylaxie de cette maladie, le traitement de celleci reste encore un opprobriiim medicorum.
Si Ton passe en revue les meilleurs travaux publiés sur ce sujet on en arrive à cette conclusion, à laquelle Sir Thomas Watson sarrétait. il y a environ trente ans : « Nous n'avons obtenu de la médication aucune action sur la maladie. »
Les statistiques les plus dignes de foi (1) fournissent des données, qui portent sur quinze épidémies survenues de 1831 à 1873, et comprennent 28.753 cas, dont la mortalité s'élève à 6.S,8 pour cent. Dans l'épidémie de Hambourg, on enregistra 17.97."^) cas, qui donnèrent une mortalité de 42.3 pour cent. Puisque aucune des diverses médications employées ne réussit à arrêter la marche de la maladie, il est intéressant de rechercher ce que l'on a pu faire jusqu'ici, et ce que l'on pourrait faire désormais au moyen de traitements non médicamenteux, en particulier au moyen de l'hydrothérapie.
Les soins de propreté jouent un rôle important dans la prophylaxie du choléra. C'est là un fait reconnu par tous. Les bains chauds avec savonnage, fréquemment répétés, sont donc certainement utiles. Mais cela ne suftit pas. Sir Thomas Watson fait remarquer que les personnes qui font un usage quotidien du bain froid échappent souvent à la contagion. Il rappelle que, durant l'épidémie de 18.30, aucun membre de 1' « Association des Amis de l'eau », à Berlin, ne fut atteint par la maladie. D'après la théorie de l'hydrothérapie, comme d'après l'expérience, on peut considérer comme un excellent traitement préventif du choléra, l'immersion dans de l'eau fraîche ou froide,
(Il Albu, in « I{ealencycIopàdie >i, Bd. IV, p. 248.
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OU l'ablution rapide avec friction, pratiquées chaque jour (1).
On a constaté, en ces derniers temps, que les injections sous-cutanées et les injections intra-veineuses de sérum artificiel sont d'un excellent effet dans le clioléra. Cependant, les premières n'ont pas donné de résultats Ijien remarquables dans l'épidémie de Hambourg; les secondes constituent un bon stimulant à la période d'algidité, mais ne semblent pas assez eflicaces pour mettre les malades hors de danger.
L'hydrothérapie se montre bien supérieure, dans le traitement du choléra, à tous les autres procédés thérapeutiques, y compris le traitement par l'opium. C'est ce que démontrent les faits, bien que cette notion soit encore assez peu répandue dans le public médical.
En 1831, le professeur Guenther, directeur de VAllgemeines Krankenhaus, à Vienne, faisait pratiquer des afï'usions sur le corps tout entier au moyen d'épongés ou de linges imbibés d'eau froide, et des frictions sur les extrémités et parfois sur le corps entier avec des morceaux de glace, jusqu'à ce que le cholérique se trouvât réchaufîé, ce qui se produisait habituellement en cinq ou six minutes. On enveloppait, ensuite, le mahnde de couvertures bien chauffées.
Le professeur Casper, de Berlin, faisait placer le cholérique dans une Ijaignoire vide, si celui-ci avait la peau sèche, dans im bain d'eau tiède (à 9^5°, F. 33,3'C.), jusqu'à l'ombilic, s'il était en sueur ; puis, on versait de trois à cinq seaux d'eau glacée sur la tête, les épaules et le dos du malade ; ou recommençait, toutes les deux ou trois heures. Après cette opération, on le séchait, on le frictionnait et on l'enveloppait de couvertures chaudes. Casper appelle, avec raison, son procédé « une méthode de réchauffement ».
Le professeur Sachs, de Konigsberg, déclare que c'est commettre une faute professionnelle inexcusable que de s'abstenir de recourir à l'eau froide, quand on peut le faire, dans le traitement d'un cas de choléra.
Le D'" Wagner, qui exerçait pendant les épidémies de 1831 et de 1832 à 183G, considérait l'afTusion froide comme la médi-
(1) Ilippocralc parle des succès oblenus dans le traitement des diarrliccs si'aves au moyen d'allusions froides sur labdomen. 11 raconte l'histoire rie la femme d'Antimachus de Larissa, chez ia(juelle la diarrhée fut arrêtée par ce procédé, mais <iui succomba cependant. Uufus dEphèse, vers le milieu du premier siècle, recommandait les bains de sièj^c froids ilans le traitement des dian'hées profuses. — Jtealencvclop. d'Kulenberg, 241-45, p. 152.
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cation la plus utile. « Ses effets, disait-il, lorsqu'elle est indiquée et qu'on l'applique avec succès, sont étonnants, presque incroyables. »
Le ministre du commerce de France envoya alors en Allemagne les D'* Grimaud et Martin, pour étudier le choléra, qui menaçait de pénétrer dans son pays. « De toutes les méthodes employées, disent ces deux médecins, celle qui s'est montrée la plus efficace est le traitement par l'eau froide; en effet, elle a guéri un nombre de malades double du nombre de ceux qui ont succombé avec ce procédé thérapeutique, proportion que l'on n"a jamais obtenue ailleurs. »
On remarquera que les citations qui précèdent ne sont pas empruntées à des hydropatiies ni à des spécialistes de l'hydrothérapie, mais à des médecins d'hôpitaux et à des professeurs d'universités. Leur opinion est confirmée par celle de Winternitz et celle de Vogl. D'autre part, le mode d'action de la méthode comporte une explication plus logique que celui de toute autre méthode proposée contre le choléra.
Wilhelm Winternitz explique, avec raison, le mode d'action des opérations hydriatriques dans le choléra, comme dans les autres maladies infectieuses, par l'accroissement des moyens de défense de l'organisme qu'elles provoquent, en modifiant les fonctions circulatoires, en régularisant la thermogénèse et en augmentant l'excrétion urinaire. Cet auteur fait frictionner le malade avec un drap imbibé d'eau à 50°-60o F. (10'^-lo,o° C). et exprimé ; on administre ensuite à celui-ci un bain de siège à 60°-70o F. (15, oo-21, 1° C.) de dix à vingt minutes; puis on le sèche et on le place dans un lit chauffé. On renouvelle l'opération toutes les heures ou toutes les deux heures.
Les succès obtenus par ce mode de traitement dans les formes algides et pernicieuses du paludisme garantissent les effets qu'on peut en espérer dans le choléra, oti des conditions semblables existent. Le D'" Osier place les paludéens dans une baignoire et les douche avec de l'eau froide. Le D"" George B. Wood déclare que « si le paludéen conserve encore quelque faculté de réagir le choc pourra l'éveiller ».
Le Dr. S. Vogl, directeur du service de santé militaire à Munich, a publié sur le traitement hydrothérapique du choléra un travail très remarquable (1). Nous lui empruntons les lignes suivantes :
(1) Ueber die Korperwarme und Tiierapie in den verscliiedenen Stadien der Choiera, Milnchenev med. Woch., 1893.
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« Comme la température de la peau est abaissée dans le choléra, on a associé, dans le traitement de cette maladie, les applications de calorique à toutes les méthodes qui ont été en vogue jusqu'ici. Nous pouvons élever la température cutanée du cholérique en l'enveloppant de linges chauds, secs ou mouillés, comme nous procéderions à l'égard d'un cadavre. Mais la réaction qui est nécessaire pour que le calorique reste à la périphérie et ne s'accumule pas dans l'intérieur du corps, cette réaction manque, ou ne se produit que dans une faible mesure. Les appHcations très chaudes agissent donc d'une toute autre façon que celles qui déterminent la réaction ; elles entretiennent une chaleur passive.
« La majorité des auteurs qui ont écrit sur la dernière épidémie ( 189:i) se déclarent opposés à cette méthode qui consiste à réchaufTer le malade, et en particulier au bain très chaud; ils conseillent des opérations plus douces, les uns le bain tiède, les autres le maillot, etc. D'ailleurs, il n'est pas toujours recommandable de s'en tenir à des opérations douces, puisque iwus pouvons attendre des résultats d'un mode de traitement plus énergique.
« 11 y a longtemps, déjà, que des médecins considéraient la friction glacée comme le moyen le plus efticace de combattre le refroidissement de la peau et la faiblesse du cœur à la période d'algidité. Parmi les membres de notre société, des hommes comme Pfeifer, Dietl, Leiiz, Ernst, Buchner, Schleiss, Graf, ont employé ce procédé et se sont prononcés nettement en sa faveur. La friction avec de la glace pratiquée sur les muscles du mollet, lorsqu'ils sont durs cojnme du hois, apporte au cholérique un soulagement plus sensible quune injection de morjjhine.
« Dans l'épidémie de 1873-74. on faisait à des malades dans la période d'algidité des frictions énergiques sur tout le corps avec de gros morceaux de glace, jusqu'à ce que la peau présentât une rougeur intense; on les enveloppait ensuite dans des couvertures chaudes, et on renouvelait l'opération toutes les fois qu'elle était indiquée. La réaction, avec dilatation des capillaires cutanés et transpiration, qui se produisait à la suite de ce traitement, était un indice sur d'une évolution favorable.
« Je crois quil est extrêmement important d'ajouter aux résultats delà friction en administrant une injection sous-cutanée de sérum artificiel.
« Lorsque la circulation aura été rétablie par les applications