CHAPITRE XIY INSOLATION
Les applications hydriatriques ont, depuis longtemps, pris une place dans la thérapeutique de l'insolation ou fièvre thermique.
Les manuels les plus récents prétendent, à tort, que cet accident est surtout dangereux en raison de l'hypertliermie qui l'accompagne, et que l'on doit s'efforcer, tout d'abord, d'abaisser la température en administrant au malade des bains d'eau glacée, ou en recourant à quelque autre méthode, que je considère comme également défectueuse. Je crois nécessaire de condamner sévèrement cette manière de concevoir les indications thérapeutiques que comporte la fièvre thermique.
C'est compromettre la vie des malades, que conserver cette opinion, que le bain le plus froid est le plus utile quand il s'agit d'abaisser la température de l'organisme.
Je me propose de démontrer, avec toute la rigueur que l'on peut apporter dans les questions d'hydrothérapie, que le bain glacé et le maillot de glace, dont on vante si générale ment les effets dans Vinsolation, y sont absolument contre-indiqués et constituent des pratiques dangereuses, basées sur des raisonnements erronés. Je sais bien que je vais soulever de vives protestations, en m'attaquant à une opinion qui est presque universellement acceptée. Mais j'ai l'intention de défendre mes affirmations au moyen de données expérimentales et cliniques qui seront, je l'espère, assez convaincantes. Je souhaite que ma démonstration ait pour effet de soustraire un grand nomjjre de vies humaines au péril où les met une conception fausse de la maladie et de l'action antithermique du bain d'eau glacée.
J'ai dit que presque tous les auteurs acceptent cette idée, que la fièvre thermique doit être traitée par des moyens susceptibles de combattre l'hyperpyrexie. Voici des citations qui
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sont la preuve de ce que j'avance. Je les prends dans les manuels les plus connus.
Le « Handbook of Practice » de Taylor (Londres) s'exprime de la façon suivante (page 771): « On doit abaisser la température aussi rapidement qu'il est possible de le faire; si l'on peut se procurer de la glace, on doit en mettre dans l'eau du bain, ou bien on peut s'en servir pour frictionner le corps du mala-de, jusqu'à ce que la température rectale ait presque, 7nais no)i tout à fait atteint la normale. »
Le traducteur du Traité de Médecine de Striimpell dit, dans une note (page 748) : '< C'est l'hyperthermie qui constitue le danger immédiat; on doit la combattre en frictionnant le malade avec de la glace, en le plaçant dans un bain contenant des blocs de glace, ou avec des moyens analogues, jusqu'à ce que la température rectale se soit abaissée presque à la normale, mais non tout à fait. Il ne faut pas omettre d'appliquer à la tète les mêmes procédés de réfrigération. La seule indication du début est la réduction de la température.»
Osier écrit ce qui suit (page 1019) : « Dans la fièvre thermique, il est indiqué d'abaisser la température aussi rapidement que possible. On peut le faire en plaçant le malade dans un bain à 70"^ F. (21, l'' C). Les frictions faites sur le corps avec de la glace, que Darrach employait au Neu' York Bospital, en 1837, constituent un excellent moyen d'abaisser promptement la température. Au Pennsijlvania Ilospital, en 1887, on a recouru avec succès au maillot de glace. Sur trente et un malades, douze seulement succombèrent ; c'est probablement le résultat le plus satisfaisant qu'on puisse obtenir. »
Or, les traitements purement antitbermiques de l'insolation sont fondés sur une conception erronée, et leurs résultats sont très inférieurs à ceux de métliodes moins héroïques, comme on le verra dans les pages suivantes.
L'histoire de la thérapeutique des fièvres offre l'exemple d'une erreur analogue à celle que nous combattons ici. La comparaison qu'elle fournit peut servir à faire bien comprendre l'opinion à laquelle je me suis arrêté. Les ouvrages d'il y a vingt-cinq ans, lorsqu'ils exposaient le traitement de la fièvre typhoïde ou d'autres maladies infectieuses, insistaient, de la même façon, sur l'infiuence capitale de l'hyperthermie, sur le danger des températures élevées, et sur la nécessité de combattre ces symptômes pernicieux, coûte que coûte. On a employé l'eau froide dans le traitement des fièvres infectieuses
depuis les premiers temps de la médecine. Liebermeister, Jurgensen, d'autres auteurs ont recommandé le bain très froid comme le procédé antithermique le meilleur dans la fièvre typhoïde. A l'heure actuelle, ces maîtres, de même que tous les médecins avertis, considèrent le bain froid comme un stimulant du système nerveux, plutôt que comme un antithermique. La technique de l'opération ( voir page 212 1 a d'ailleurs été modifiée d'après cette manière de voir. Si le lecteur veut aborder, sans idée préconçue, l'étude de ce sujet, il devra avoir présenta l'esprit les données historiques que nous allons indiquer. Pendant des siècles, le médecin a obéi à cette idée, qu'on devait abaisser la température du fébricitant; c'est elle qui l'a déterminé dans le choix des médications antifébriles. De 1860 à 1890, et même au-delà, le monde médical, sauf quelques rares exceptions, a cru dans les méthodes antipyrétiques et les a appliquées; il a considéré le bain froid comme la plus efficace de ces méthodes. Lorsque l'on découvrit les antithormiques chimiques dérivés du goudron, on crut avoir trouvé le traitement définitif de la fièvre. On se disait que, si l'hyperthermie était bien la cause principale de la mort dans les fièvres infectieuses, les propriétés antilhermiques puissantes'des dérivés du goudron fournissaient à la thérapeutique de ces maladies une médication idéale.
Pendant des années, on a employé ces antitherraiques avec confiance : ils se sont montrés bien décevants. Ils ont dû, lentement mais nécessairement, abandonner le terrain qu'ils semblaient avoir conquis ; ils ont dû se retirer d'abord des hôpitaux des grandes villes, où l'observation exacte les mit à la place qui leur convenait, c'est-à-dire, au rang des médications symptomatiques : puis on a fini par les apprécier partout à leur juste valeur. L'enseignement de Peabody, d'Asler, de John C. Wilson, de Hare, de Tyson, de Musser, de James, et d'autres maîtres, s'est répandu, en notre pays, parmi les jeunes générations de médecins. Aujourd'hui, on connaît d'une façon exacte le mode d'action des applications froides dans les fièvres; c'est celui que nous avons exposé page 218; on peut le résumer en quelques mots : les applications froides stimulent l'appareil vaso-moteur. En outre, on a vu les résultats de la méthode de Brand, dans laquelle le bain froid constitue un procédé antifébrile plutôt qu'un procédé antithermique. surtout pour cette raison qu'on y adjoint un excitant mécanique, la friction ; on a vu ces résultats fournir le plus merveilleux
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exemple d'abaissement de la mortalité dans une maladie, qu'on puisse trouver dans l'histoire de la médecine (page '^5-4).
Lorsque que je soutins, pour la première fois, en 1889. la cause de la méthode de Bran d devant la .A'e/r-}'o?'/.- State Médical Society, le Médical Record (16 février 1889, page 202) s'exprimait en ces termes, dans son éditorial :
« Il sera difficile d'amener les médecins, qui depuis si longtemps pratiquent la politique du laissez faire, à adopter un mode de traitement aussi héroïque que le bain froid. Toutefois, il semble qu'une chose soit acquise : nous avons maintenant des raisons suffisantes pour reviser l'opinion que nous avons eue jusque-là sur la question. La plus importante de ces raisons, croyons-nous, est cette notion, que le bain froid a une action antifébrile, plutôt qu'une action véritablement antithermique, parce qu'il a surtout pour résultat de neutraliser les efTets de la toxémie fébrile produite par le processus typhoïdique. Des observations cliniques récentes permettent de justifier l'attribution d'un rôle secondaire à l'hyperthermie, considérée commefacteur de léthalité. L'abaissement de la température n'est pas un moyen curatif. »
Les journaux de médecine témoignèrent, alors, de la difficulté qu'il y avait à convertir le monde médical à la doctrine nouvelle. Mais la vérité était assez forte pour vaincre. Sept ans plus tard, au cours d'une discussion sur le traitement de la tièvre typhoïde par les bains, un des orateurs disait ceci {\): « Le bain ranime la circulation cutanée, et agit sur le système nerveux. Il y a quelques années d'éminents médecins proscrivaient la méthode de Brand dans celte salle ; aujourd'hui, aucune voix ne s'élève pour la condamner. »
Je vais montrerque« l'histoire se répète « en exposant ce qui concerne le traitement antithermique de l'insolation. Le froid a été utilisé dans le traitement de cet accident, comme jamais il ne l'avait été dans celui de la fièvre typhoïde ; cependant, il il est loin de nous donner les meilleurs résultats : cest qu'il constitue, dans l'esprit des médecins qui l'emploient, un moyen d'abaisser la température, de combattre l'hyperthermie. comme autrefois lorsqu'il s'agissait de la fièvre typhoïde.
Plusieurs théories expliquent les phénomènes de l'insolation. Celle de Wood admet que la fièvre thermique est due à une paralysie des centres médullaires qui sont atTectés à la régu-
(1) Médical Record, 9 janvier 181)7, p. (ÎH.
lation de la lliermogénèse, paralysie qui est déterminée par la ti^ipéralure de l'almosphère, et qui a pour effet d'augmenter la production de la chaleur organique et d'en restreindre l'émission. D'après la théorie de Jacuhowitch, l'insolation est habituellement amenée par une augmentation du calorique sous l'influence du travail musculaire (dans laplupart des cas, elle se produit à l'occasion d'un exercice musculaire énergique, travail ou marche), qui coïncide avec une réduction des pertes de calorique due à l'humidité et à la température élevée du milieu. On peut admettre enfin, ce que je crois \Tai, qu'il s'agit d'un trouble fonctionnel des centres vaso-moteurs, comme dans la fièvre typhoïde. Quelle que soit la théorie que l'on adopte, une chose reste certaine : c'est que l'émission de calorique par la peau est insuffisante lorsque l'insolation se produit. Il est inutile d'insister sur ce fait, qui est parfaitement connu. Il est une autre notion bien établie : c'est que l'on constate, dans la grande majorité des autopsies, une énorme dilatation des veines et un rétrécissement marqué du calibre des artères.
L'élévation de la température dans l'insolation est, à mon avis, due en grande partie, sinon entièrement, à ce que l'aire vasculaire de la peau ne suffît plus à émettre le calorique qui s'accumule rapidement dans l'organisme.
11 y a rétention de chaleur, comme dans la fièvre typhoïde. Lapàleur et la cyanose de la peau (en dehors de la face, qui fait exception) témoignent qu'il en est ainsi. C est exactement le même phénomène que nous constatons dans la fièvre typho'ide : les vaisseaux périphériques sont paralysés. Tant que l'on immergeait les typhiquesdans de l'eau très froide (1), ou qu'on les enveloppait de draps mouillés pour les arroser d'eau glacée (voir chap. XXVII;, jusqu'à cequ'on eùtobtenu un abaissement de la température, on n'arrivait pas à réduire la mortalité de la maladie. Lorsque les praticiens cessèrent de s alarmer de l'hyperthermie et qu'ils se mirent à considérer les applications d'eau froide comme un stimulant du système nerveux, les résultats furent meilleurs voir Mode d'action du bain froid).
(1) Le Dr. Kriigkola a publié, dans les Archir fin- Id.inische Mediciii. Bd. 3 et 4, un travail portant sur 60 cas de fièvre typhoïde traités par le bain froid; la mortalité de ces cas s'élève à 28,3 pour cent. On donnait aux malades des bains sans friction de dix minutes à GO^-eo" F.flo.o'-lS.S» C.^ de 6 h. du matin à. 10 li. du soir, toutes les fois qu'on jugeait utile d'abaisser la température.
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Actuellement, on regarde encore rhyperlhermie comme le phénomène de linsolation, contre lequel le traitement doit être dirigé, et on le combat au moyen de bains très froids et prolongés. Je me suis efforcé de démontrer que cette idée est erronée pour ce qui concerne la fièvre typhoïde, que la friction augmente l'efficacité du bain froid (méthode de Brand), qu'elle développe les effets antifébriles de celui-ci, qu'elle rend aux vaisseaux cutanés leur tonicité perdue, et qu'elle élargit Taire vasculaire soumise à l'action réfrigérante de Teau. Je me suis suffisamment étendu sur ce sujet pour qu'il soit inutile d'y insister ici. Je rappellerai seulement que l'abaissement de la température interne, déterminée par le bain froid, n'est pas dû à la réfrigération directe de l'organisme, qui a, en réalité, pour effet de contracter les vaisseaux cutanés et d'en chasser le sang, et, si elle est excessive ou prolongée, d'amener la paralysie de ces vaisseaux; cet abaissement de la température relève plutôt de l'excitation à laquelle le froid et la friction soumettent les nerfs et les vaisseaux périphériques. L'excitation est transmise aux centres nerveux et, par action réflexe, supprime ou atténue tous les troubles importants produits par la maladie, y compris l'hyperthermie.
11 nous reste maintenant à rechercher si les notions, auxquelles nous a conduits l'étude du traitement hydriatrique de la fièvre typhoïde, s'appliquent également à l'insolation. Le bain d'eau glacée elles autres procédés héroïques donnent-ils dans l'insolation les meilleurs résultats ? Continuerons-nous à suivre les conseils des ouvrages classiques, età faire tout notre possible pour abaisser la température jusqu'au voisinage de la normale, dans les cas de fièvre thermique ? Laissons l'observation clinique répondre à cette question, comme nous l'avons laissée répondre lorsqu'il s'agissait de la fièvre typhoïde.
Les observations des cas d'insolation les plus étendues et les plus dignes de confiance qui aient été récemment publiées, se trouvent dans un travail qui a été présenté, le 20 mai 1897, à l'Académie de Médecine de New-York (1).
Pendant l'été 1896 se produisirent à New-York de nombreux cas d'insolation. Dans la semaine qui prit fin le 13 août, on eut à enregistrer six cent quarante-huit décès dus à cette cause, soit plus du tiers du nombre total des décès.
Le D"" Alexander Lambert recueillit des renseignements sur
(1) Sunstroke as it occuFed in New York Cily during 1S96, Médical News, 24 juillet 189", par Alexander Lambert.
presque tous les cas d'insolalion qui furent reçus dans les hôpitaux de la ville. « On traita dans les hôpitaux cinq cent vingt cas de fièvre thermique, dont cent trente-deux se terminèrent par la mort. Chez les malades qui furent soumis à des bains à une température comprise entre oO^ et 73" F. (10" et 23,8" C), la mortalité s'éleva à 33,33 pour cent. A Tllôpital homœopathique de Brooklyn, où l'on administrait des bains à 90-110" F. (32, 2"-43, 3»C.), dont on abaissait progressivement la température jusqu'à 72° F. (22,2" Cj sur vingt-neuf cas traités, la mortalité fut de 41,17 pour cent. Au môme hôpital, une autre série de cas, que l'on traita au moyen d'une douche en pluie fine alimentée par un robinet d'eau froide, donna une mortalité de 11, o pour cent. •
'( Au Flower Hospital on déshabillait le malade, on le plaçait sur un lit recouvert d'un drap de caoutchouc, on lui appliquait sur la tète un bonnet à glace, et on l'arrosait abondamment d'une pluie fine fournie par trois tuyaux rattachés à un robinet d'eau froide et munis de becs, jusqu'à ce que sa température rectale fût tombée à 103° F. (39,4° C). On enveloppait' alors le malade dans deux couvertures. Si la température s'élevait de nouveau à 104" ou 10.5'' F. (40°-40,o''G.), on renouvelait l'arrosage jusqu'à ce qu'elle se fût abaissée à 101° F, (38,3° C.)- On traita de jla sorte vingt-six malades dont la température était en moyenne de 108" F. (42, 2" C.) ; trois succombèrent ; la mortalité fut donc de 11,5 pour cent.
" Au Saint Vincent Hospital, on enveloppait le malade dans un drap de coton, on le plaçait sur un brancard recouvert d'un drap de caoutchouc, et on jetait sur lui avec force, d'une distance d'au moins un mètre, des cuvettes d'eau froide. Dans les cas très graves, toutes les deux ou trois minutes, on laissait tomber, dune hauteur de deux à trois mètres, sur le front du malade, un petit filet d'eau très froide. Ce mode de traitement avait un elTet stimulant très marqué. On l'appliquait tant que la température n'était pas tombée à 104' ou 103'^ F. (40" ou 39,4" C). Puis on enveloppait le malade de couvertures, et on l'entourait de boules d'eau chaude. La température rectale revenait lentement à la normale, sans qu'il se produisît de réaction. Souvent le malade se mettait à trétnspirer, au bout d'un instant, sous son maillot chaud, puis s'endormait. Sur cent quatre-vingt-dix-sept cas de fièvre thermique, traités suivant ce procédé, douze se terminèrent par la mort, soit six pour cent. »
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Ces chiffres fournissent des indications précieuses, qui établissent l'exactitude de l'opinion que je désire propager. Bien que l'auteur du travail que je viens de citer paraisse considérer l'hyperthermie comme fournissant la principale indication thérapeutique, il montre. en plusieurs endroits de son mémoire, qu'il apprécie judicieusement la valeur de l'eau froide comme stimulant du système nerveux. Il condamne le maillot déglace, parce que « ce procédé interdit Tusage de la friction et n'est pas stimulant, comme le bain froid, auquel il est inférieur, par conséquent ».
Pour que l'on saisisse bien le danger que présentent les applications hydriatriques à température très basse, en particulier le bain d'eau glacée (l'immersion du malade durant cinq minutes et plus) et le maillot de glace (1), et que l'on comprenne l'importance capitale de l'excitation mécanique de la peau que produit la percussion de l'eau, je vais résumer en quelques lignes les résultats qu'ont donnés les différents modes de traitement exposés ci-dessus:
1° Bain progressivement refroidi, 110' à 11° F. (■43,3° à 22,2° C), quinze à vingt minutes, mortalité : 41,17 pour cent ;
2° Maillot de glace, mortalité : 38,7 pour cent.
3« Bain froid, oOo à 75° F. (10° à 23,8° C), mortalité : 33,33 pour cent ;
•4° Affusion en pluie fine, 73° F. (23, 8o C.), interrompue lorsque la température rectale atteint 103° F. (39,4° C), mortalité : 11,5 pour cent;
3° Affusion froide avec percussion, interrompue lorsque la température atteint 104° ou 103° F. (39,4° ou 40^ C), méthode de O'Dwyer, mortalité : 6 pour cent.
Quand on voit Osier considérer une mortalité de 38,7 pour cent comme « à peu près aussi satisfaisante que possible », on
11) « Par bain d'eau glacée (ice bath\, on entend un bain de baignoire dans lequel on laisse llotter constamment des morceaux de glace de volume moyen. La temiiérature du bain est d'environ 40' F. i4, 4° C). II est absolument nécessaire de pratiquer sur toutes les régions du corps une friction vigoureuse pendant toute la durée du bain. Lorsqu'on prolonge le bain pendant dix minutes, quelle que soit la température, les résultats sont mauvais.
« On exécute un maillot de glace \ice pack) en plaçant le malade sur un drap de caoutcbouc et en disposant au contact de son corps, entre ses jambes, le long de ses membres et de ses cotés, des morceaux de glace enveloppés de linges. On frictionne la partie supérieure du corps avec les mains et des fragments de glace. L'opération demande souvent plvis d'une heure. La température tombe presque toujours. »
comprend combien le pronostic de l'insolation est sombre, lorsqu'on traite cet accident suivant la méthode antitliermique ordinaire. Les chilîres que nous avons cités établissent que la substitulion de procédés exerçant une action sti)nulaute sur le si/stème nerveux (douches et affusions) atix procédés antithermiques (bains d'eau glacée et maillot de glace) amène une réduction considérable de la mortalilé.
Ces chitïres donnent une démonstration clinique de la justesse de l'opinion que nous avons émise au commencement de ce chapitre : théoriquement et pratiquement, le bain d'eau glacée et le maillot de glace, que recommandent les ouvrages classiques, sont des procédés dangereux.
Je ne prétends pas, d'ailleurs, qu'on doive considérer Thyperthermie avec indifférence, pas plus dans l'insolation que dans la fièvre typhoïde. Je soutiens seulement que V altération des fonctions vaso-molrices est le principal facteur de léthalité. Cette altération précède l'iiyperthermie ; le traitement le plus efficace qu'on puisse lui opposer consiste en applications froides de courte durée et percutantes portant successivement sur les diverses régions du corps. La température élevée de Vatmosphère^ lorsqu'elle agit sur des individus prédisposés, amène un tel état d'épuisement des centres nerveux que le sujet est incapable de réagir au choc d'une eau très froide, atteignant en même temps le corps tout entier. La mortalité la plus élevée (41,7 pour cent) a été observée avec le bain de ÔQo-llO"' F. (32,2°- 43,3° C), progressivement abaissé à 72' F. (22,2° G.), tandis que l'affusion percutante en pluie fine à 75" F, (23,8° C), dans le même hôpital, a donné la mortalité qui est presque la plus basse de celles que l'on a observées (11,5 pour cent). Les douches et les affusions, qui comportent des frictions, sont donc bien supérieures aux bains d'eau glacée, et aux maillots de glace, avec lesquels la réaction ne peut s'établir.
Pour que le traitement soit efficace, on doit déterminer la température de l'eau, la force de la percussion et la durée de l'opération, suivant les indications particulières à chaque cas. Comme l'hyperthermie fait partie des manifestations qui sont dues à la dépression des fonctions nerveuses, elle cédera au traitement qui stimule le système nerveux. On peut suivre, dans la pratique, la méthode que nous allons exposer, et qui est basée sur des principes dontrobservation clinique a vérilié la solidité.
Lorsque le pouls est faible et rapide, que la peau est pâle, que le malade n'a pas perdu connaissance, que la température
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dépasse 103" F. (39, -4° C.).on peut commencer par administrer des ablutions. On fait coucher le malade sur un dra de caoutchouc recouvert d'une couverture; puis on le bassine rapidement et on le frictionne, pendant dix minutes, avec une serviette de toilette ou une large pièce de gaze chiffonnée, que l'on a imbibée d'eau à 75" F. (23, 8° C.).Si la peau témoigne que la réaction se fait, on peut renouveler cette ablution, au bout d'une demi-heure. avec de l'eau à 70- F. (21, 1° C), puis de nouveau, au bout d'une demi-heure avec de l'eauà 65° F. (18, 3° C.),et continuer à opérer de cette façon jusqu'à ce que la température rectale se soit abaissée de deux à trois degrés (^l°ài, 5° C). Cestune erreur grave que de prolonger l'opération jusqu'à ce que la température rectale soit tombée au voisinage de la normale. Le travail que nous avons cité montre qu'un grand nombre de sujets succombent avec une température presque normale et que d'autres arrivent spontanément et rapidement à une température inférieure à la normale. Il est beaucoup plus prudent et beaucoup plusutile de recommencer le traitement lorsque l'organisme a eu le temps et la faculté de réagir un peu, d'abaisser la température de l'eau et d'augmenter l'énergie de la percussion, en projetant l'eau d'une hauteur de plus en plus grande, ou bien en se servant d'une douche en jet ou en pluie. On doit, en outre, atteindre successivement les diverses régions du corps et ne jamais continuer l'applicution sur une région qui resterait toujours refroidie, ni employer le bain froid général.
Le drap mouillé p. iiO convient très bien aux cas oii la température est très élevée. Lorsque le sujet est dans le coma, on obtient lesrneilleurs résultats en appliquant successivement, à de courts intervalles, sur les différentes régions, soit une douche, soit une atTusion avec percussion à 50<'-40'' F. (10°-4, 4° C). Dans ce cas, également, il faut prendre garde à ne pas prolonger l'application d'eau très froide au point de déprimer le système nerveux. On doit se proposer d'amener une réaction.
Lorsqu'on n'a pas à sa disposition une canalisation d'eau fournissant de la pression, on peut recourir à des aspersions ou à desaffusions brutales. avec de l'eau à 60" F. (15, 5° C.).que l'on répète en abaissant chaque fois la température de leau de quelques degrés.
Si Ihyperthermie persiste malgré l'emploi des méthodes que nous venons d'exposer, le procédé anti-thermique le jilus effi-
cace et le moins dangereux que l'on puisse employer est le bain de hamac (page 304) à 95» F. (So^C), d'une durée d'une heure. On peut le faire suivre d'une afîusion froide, si le malade reste stuporeux.
On doit, avant tout, se dégager de la routine. Si l'on sait apprécier judicieusement les moditications qu'il convient d'apporter à chaque procédé pour répondre aux indications particulières de chaque cas, l'hydrothérapie donne, dans l'insolation, les mêmes bons résultats qu'elle fournit dans les autres maladies aiguës. Qu'on se rappelle ce qui s'est passé pour la lièvre typhoïde. Je souhaite que la méfiance que j'ai cherché à inspirer à l'égard des bains d'eau glacée et des maillots de glace dans le traitement de l'insolation ne mette pas trop de temps à se répandre chez les médecins, et à remplacer, dans leur esprit, le souvenir de l'enseignement des ouvrages classiques, qui se répèlent l'un l'autre, plutôt que de s'en référer à l'observation clinique.