MALADIES CHRONIQUES ANÉMIE ET CHLOROSE
Les applications hydriatriques trouvent souvent leur emploi dans les maladies où la nutrition, l'hématose et les échanges organiques sont troublés. Dans le chapitre que nous avons consacré à l'action des procédés hydrothérapiques sur l'organisme humain à l'état de santé, telle que Font déterminée des observations et des recherches expérimentales précises, nous avons exposé les données physiologiques, sur lesquelles sont basées les méthodes qui conviennent au traitement des maladies chroniques, méthodes qui feront l'objet des chapitres suivants.
Les différentes anémies présentent, du fait de l'insuffisance de l'hématose, des manifestations assez semblables pour que nous les réunissions dans un même chapitre. Nous n'avons pas à exposer, dans cet ouvrage, la symptomatologie ni l'étiologie de ces maladies. Nous nous contenterons d^expliquer l'influence que les opérations hydriatriques peuvent exercer sur celles-ci, et sur la nécessité qu'il y a d'associer, dans le traitement, une hygiène sévère à l'hydrothérapie.
Que l'anémie soit idiopathique, ou qu'elle soit liée à une lésion organique, l'hématose est habituellement défectueuse chez le malade. La pâleur et l'amaigrissement qu'il présente sont un sujet d'inquiétude pour lui et pour son entourage; on redoute qu'il ne s'agisse de quelque grave maladie. Le traitement prescrit, d'ordinaire, comporte une alimentation substantielle, de l'exercice, un changement de climat, du fer. On le prolonge, avec plus ou moins de succès, des mois et parfois des années. Les praticiens savent combien médiocres sont les résultats que donnent le régime et la médication martiale, lorsque l'appétit manque et lorsque l'estomac fonctionne mal.
Dans les cas bénins d'anémie, dus au surmenage, à l'inobservation des règles de l'hygiène, à l'insuffisance de l'alimenta-
tion, OU à un trouble mental, la thérapeutique doit avoir surtout en vue de faire disparaître la cause des troubles. Dans ce cas, les procédés hydriatriques peuvent se montrer très efficaces, en augmentant l'énergie du cœur, en rendant la respiration plus ample, en activant le métabolisme. L'observation clinique permet de constater, chaque jour, les bons effets que produisent, chez les anémiques de cette catégorie, les applications froides et percutantes, de courte durée. La numération des globules et les indications de l'hémomètre démontrent que ces applications accroissent le nombre des hématies et leur teneur en hémoglobine.
Il est évident qu'il y a intérêt, dans tous les états où l'hématose est défectueuse, à provoquer et à favoriser les échanges organiques. C'est ce que peut faire l'hydrothérapie, comme l'ont établi de nombreux observateurs. Mainte et mainte fois, il m'est arrivé de voir guérir rapidement, sous l'influence d'un traitement hydrothérapique convenable, des cas d'anémie et de chlorose, qui avaient été soumis à un traitement prolongé par le fer, sur mes conseils ou sur la prescription de quelques confrères et qui n'en avaient pas été améliorés.
Le succès du traitement, dans l'anémie, dépend de la précision du diagnostic étiologique. Tant que l'on conservera cette idée que le fer est le médicament de toute anémie, on n'obtiendra jamais de résultats entièrement satisfaisants.
1. Les conditions d'existence interviennent fréquemment dans la genèse des anémies. Le séjour dans des salles d'étude étroites et mal aérées, le manque d'exercice physique pris au grand air, les troubles digestifs engendrés par cette hygiène défectueuse, l'insuffisance et la mauvaise qualité de la nourriture, les inquiétudes sont des facteurs dont Tintluence est reconnue de tous. Tant qu'ils existent, quelle peut être l'efficacité des préparations martiales? De quelle utilité sera une augmentation de la quantité de fer contenue dans le sang, si la soif d'oxygène de celui-ci ne peut être apaisée, si le malade reste privé d'air pur? Je demande donc que l'on fournisse, d'abord, aux anémiques, l'oxygène en abondance, l'oxygène naturel des champs, des bois, des parcs, l'oxygène dépourvu des émanations humaines qui souillent l'air dans toutes les habitations urbaines, même les plus luxueuses. Les médecins qui ont exercé dans les dispensaires seront d'accord avec moi pour reconnaître que le fer se montre particulièrement inefficace chez les malades qui résident dans les quartiers ouvriers.