‹ La pratique de l'hydrothérapieChapitre 66 sur 105 · ANÉMIE ET CHLOROSE · texte numérisé non relu

ANÉMIE ET CHLOROSE

Il en est de même chez les adolescents, filles et garçons, des écoles où l'on travaille avec excès et où l'on ne trouve pas le temps de respirer de Tairpur et de faire de l'exercice.

Le bon sens indique que l'on doit commencer, dans ce cas, par soustraire le malade au milieu qui lui est nuisible, avant de lui administrer des médicaments destinés à agir sur son sang. On doit envoyer à l'hôpital les cas d'anémie grave que l'on rencontre dans les classes pauvres; là, du moins, les malades auront de l'air pur et une thérapeutique convenable. On est surpris de voir avec quelle rapidité les couleurs reviennent, alors, aux joues pâles des jeunes ouvrières et employées de magasin. Bien que ces pauvres jeunes filles ne soient pas assez atteintes pour que leur vie soit en danger, elles ont besoin d'un traitement aussi sérieux que les malades qui entrent à l'hôpital avec une fièvre typhoïde ou une pneumonie.

2> Je dois dénoncer, en outre, l'inutilité, l'inopportunité des exercices physiques actifs dans le traitement des anémies. Trop souvent, on conseille aux anémiques, qui ont une situation de fortune avantageuse, de prendre beaucoup d'exercice, une bonne nourriture et des pilules de fer trois fois par jour. Bien des malades, en particulier ceux qui ont facilement de la dyspnée et de la tachycardie, se trouveraient beaucoup mieux de garder un repos absolu, soit au grand air, dans un hamac, en été, soit, en hiver, dans un fauteuil où ils seraient enveloppés de fourrures ou de couvertures, en face de fenêtres grandes ouvertes.

Les mouvements passifs et la gymnastique suédoise, auxquels on peut soumettre le malade une ou deux fois par jour, lui seront plus utiles que la marche et l'équitation. Mary Putnam Jacobi a démontré, par ses études consciencieuses, la valeur du massage dans le traitement de l'anémie, et Weir Mitchell l'efficacité d'une cure qui associe le repos, le massage et le régime. Les succès que ces auteurs ont obtenus, dans des cas où la médication unie à l'exercice physique était restée sans résultats, établissent le bien fondé de l'opinion que nous défendons.

Un exercice méthodique, à la vérité, peut être utile au malade, dans beaucoup de cas. Cet exercice doit être rigoureusement méthodique; c'est-à-dire qu'on doit le régler d'une façon aussi précise que l'administration dun médicament, qu'on doit fixer la durée, la forme et la fréquence des mouvements prescrits.

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3. Il n'est pas difficile de déterminer le régime alimentaire qui convient à l'anémique. Je ferai remarquer seulement qu'on doit apporter une attention plus minutieuse qu'on ne le fait d'ordinaire, aux besoins particuliers de chaque malade. On peut avoir moins d'égard que de coutume aux fantaisies et aux caprices du malade, et l'amener progressivement à prendre des aliments pour lesquels il manifeste de la répugnance, si l'on place auprès de lui une infirmière habituée à insister pour que ces aliments soient acceptés. Weir Mitchell nous a donné, à ce point de vue, d'excellents conseils. Il nous a montré des malades, qui manquaient totalement d'appétit et avaient du dégoût pour toute nourriture, et qui arrivaient, cependant, à absorber une quantité énorme d'aliments, sous l'influence d'infirmières spéciales, auxquelles on avait enseigné à pratiquer l'alimentation méthodique. Nous nous inclinons trop facilement devant les désirs des malades. Nous devons considérer que leur appétit est perdu ou perverti, et qu'ils sont incapables de choisir par eux-mêmes leurs aliments.

On ne doit donc pas se contenter de recommander au malade de prendre une bonne nourriture ; il faut lui prescrire un régime aussi précis qu'un traitement médicamenteux; c'est ainsi qu'on aura les meilleurs résultats.

4. L'hydrothérapie constitue un élément important du traitement de l'anémique. Je ne conseille pas les bains froids, à moins que le malade ne soit atteint d'une maladie infectieuse. On doit toujours éviter de soustraire du calorique à un malade anémique. J'ai l'habitude de soumettre le malade à un procédé qui élève la température de sa peau, avant de lui administrer une application d'eau froide. Lorsque le malade subit cette application au sortir de son lit, la chaleur quil emprunte à celui-ci suffit dans la plupart des cas. L'application consiste en une ablution rapide à 80" (26,6° C), avec fricAion, que l'on administre au malade qui se tient debout, les pieds dans un bassin contenant de l'eau à 100° F. (37,8° C), dans une salle dont la température ne doitpasêtre inférieureà 68oF. (20'^C.) ; chaque jour on abaisse de deux ou trois degrés (1'^ ou 1,5" C.) la température de l'ablution.

On sèche vivement le malade après l'opération, et on l'envoie au grand air. Si les malades sont faibles, il est bon de les soumettre au maillot sec (enveloppement serré dans une couverture de laine jusqu'à ce qu'ils aient chaud), avant de leur administrer l'ablution. On empêche ainsi, en accumulant du

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calorique à la surface du corps, que celui-ci ne subisse des pertes de calorique et ne se refroidisse.

Lorsque la peau s'est habituée, par un entraînement quotidien, à supporter le choc léger de l'eau froide, on emploie celleci en plus grande quantité. On utilise ensuite, avec succès, le drap mouillé ruisselant que Weir Mitchell recommande si hautement, le maillot humide suivi d'un demi-bain, enfin la douche en pluie et la douche en jet. On peut se convaincre alors, en examinant le sang avec l'hémomètre de Fleischl, des effets thérapeutiques de cette méthode.

J'ai soigné une jeune femme qui avait pris six cents pilules de Blaud sans en obtenir aucun résultat. Elle prit douze douches en pluie et son état s'améliora progressivement ; elle reprit des couleurs, des forces, retrouva la possibilité défaire de l'exercice sans avoir de la dyspnée.

L'existence dune lésion organique n'interdit pas l'usage de l'hydrothérapie. C'est un fait amplement démontré par l'efficacité des opérations hydriatriques auxquelles on soumet des malades atteints d'affections cardiaques, rénales, hépatiques, utérines ou nerveuses. Tous les agents qui exercent une action tonique sur l'organisme, qui excitent l'appétit, activent la nutrition, donnent du sommeil et réparent les forces sont utiles dans les maladies organiques. C'est le cas des procédés Iiydrothérapiques. Souvent, un traitement administré à domicile, avec l'aide d'une infirmière, suffît à ramener l'hématose à son état normal. Lorsque les résultats ne sont pas satisfaisants, on a une autre ressource dans les établissements d'hydrothérapie.

L'observation suivante fournit un exemple détaillé des effets des opérations hydriatriques qu'on peut utilement employer dans les anémies.

Mi.ss IL.., vingt ans, malade depuis deux années, traitée constamment pour une affection gynécologique à Harrisburg, à lîaltiraore et à Philadelphie, est envoyée, en dernier ressort, au D' T. -G. Thomas, afin qu'elle soit placée dans la maison de santé de celui-ci. Le Dr Thomas ne découvre aucun trouble d'origine utérine, fait le diagnostic de chlorose grave, et lui prescrit, le 8 juin 1802, un traitement hydrothérapique. Les médecins de Philadelphie et de Harrisburg (Pennsylvanie) avaient essayé, sans succès, les traitements locaux et généraux, le fer, l'arsenic, le régime^ le massage, le changement d'air. Bien que la malade eût de l'embonpoint, elle n'aurait pu être plus pâle. Son appétit était très faible, ses selles étaient

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irrégulières, son sommeil trouble; elle avait souvent des défaillances, de nature hystérique. L'exercice le plus léger déterminait de la dyspnée et des palpipations. Les époques étaient régulières, mais peu abondantes et très pâles. En examinant le sang à l'hémomètre de Fleischl, on constatait que la teneur en hémoglobine était de 31 pour cent.

Le 10 juin, on prescrit un traitement préparatoire comportant un bain d'air chaud et une douche en rosée, pour développer les facultés réactionnelles de la malade. Comme elle aune défaillance dans le bain de caisse, on l'en retire. On la fait asseoir, pour lui administrer une douche en rosée de deux secondes, à 64" F. (17, 8°C.) avec une pression d'une atmosphère et demie. Elle a, de nouveau, une syncope. La friction n'amène aucune réaction.

Le lendemain, on essaie d'une méthode plus douce. On enveloppe la malade dans une couverture de laine à longs poils, où on la laisse pendant vingt-cinq minutes. Ensuite, on découvre successivement chaque région du corps, pour l'asperger d'eau à ùO°F. (lo,"JoC.), que l'infirmière projette avec quelque force en se servant du creux de la main; et l'on frictionne la région. On soumet ainsi à l'ablution, puis à la friction, le corps tout entier. On renouvelle l'opération le 12 et le 13; la malade a deux défaillances ce jour-là; on continue le tra itement jusqu'au 16 juin, sans qu'il se produise de défaillance. On place alors la malade dans le bain d'air chaud (à 1G7°F., 75» C), avec une compresse froide autour de la tète, et on lui fait prendre fréquemment une gorgée d'eau glacée. La peau se colore un peu. On fait asseoir la malade dans une baignoire contenant de l'eau à lOO" F. (37, 8"C.), sur une hauteur de vingt centimètres, et on la frictionne sur tout le corps pendant trois minutes. On lui administre ensuite une ablution à 60"F. (lOjOoG.); on la frictionne, on la sèche et on la masse pendant quinze minutes. Elle a deux défaillances, au cours de ces opérations successives.

Le 20 juin, on donne, après le bain d'air chaud, une douche en éventail à 80°F. (26,60c.), à la place de l'ablution, parce que la réaction est meilleure et que les craintes de la malade ont diminué.

Jusqu'au 8 juillet, on continue le traitement précédemment indiqué, qui donne des résultats satisfaisants; la, température de la douche en éventail est abaissée chaque jour de un degré (0,3°C.). Le 8 juillet on administre un bain d'air chaud (160°F., 71°G.), puis une douche en éventail de cinq secondes, avec une pression de deux atmosphères, en employant pour commencer de l'eau à 80°F. (•26,6°C.), dont on abaisse rapidement la température à .'lOoF. (lOoC); après quoi, on fait un massage général de quinze minutes. La malade réagit bien et éprouve un certain bien-être.

Le 14 juillet, bain d'air chaud à 17o°ï'. (79"C.); douche en cercles de trente secondes, abaissée de 94° à 69oF. (34,5° à 20,5''C.); douche en éventail de dix secondes, abaissée de 79° à 54oF. (26° à 12oC.); massage général. La réaction est bonne.

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