CHAPITRE XVIII TUBERCULOSE PULMONAIRE
Le traitement hygiénique de la [tuberculose pulmonaire a fait de tels progrès, en ces dernières années, qu'il occupe actuellement la première place dans la thérapeutique de cette maladie. Mais les résultats qu'on obtient sont loin d'être assez satisfaisants pour qu'on renonce à chercher le remède spécifique de la tuberculose. On doit espérer qu'on découvrira un jour l'antitoxine naturelle du poison tuberculeux. La mortalité de la tuberculose reste encore très élevée dans les classes pauvres; le traitement hygiénique est si coûteux qu'un éminent clinicien a pu soutenir que « la question de la cure de la phtisie est surtout une question d'argent ».
La tuberculose pulmonaire est une afïection très curable, on l'a démontré surabondamment. Les médecins les plus autorisés ont confirmé récemment l'opinion que nous trouvons exprimée dans un rapport officiel allemand sur les « Hôpitaux pour phtisiques». «Les constatations- nécroscopiques fournissent souvent la preuve de la guérison des lésions tuberculeuses; la moitié des tuberculeux qui succombent ont dans leurs poumons des cicatrices anciennes de lésions bacillaires; et, parmi les individus qui meurent d'une toute autre maladie que la tuberculose, ou qui périssent par accident, ou par suicide, au milieu d'une parfaite santé, on trouve fréquemment des cicatrices de ce genre. Suivant les auteurs les plus compétents, on découvre des foyers tuberculeux guéris, enkystés ou calcifiés, dans un tiersou un quart desautopsies. K(eniger, àl'Asile d'incurables etde vieillards de Hanovre, a relevé 591 cas de tuberculose, dont 343 avaient pu quitter l'établissement ; sur ce nombre, 200 pouvaient être considérés comme guéris ou notablement améliorés; la proportion des guérisons était donc de 58,3 pour cent. »
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Il semble raisonnable de conclure que, dans les cas où l'on trouve des cicatrices de lésions tuberculeuses chez des sujets dont l'histoire n'a pas permis de les soupçonner, c'est la nature elle-même qui a fourni les agents delà guérison. On s'est efforcé de provoquer artificiellement le processus que l'organisme met en œuvre pour aboutir à la cicatrisation des lésions. Le traitement hygiénique actuel de la maladie réalise autant que possible les conditions qui sont lesplus favorables à l'accomplissement de ce phénomène; c'est pourquoi il s'applique à maintenir l'intégrité la plus complète de toutes les fonctions organiques.
La tuberculose pulmonaire est caractérisée par ce fait qu'il existe une lésion locale destructive d'origine microbienne. Cette notion sert de base au traitement de la maladie, traitement qui est très simple mais efficace. La vie au grand air, dans une atmosphère dépourvue de poussières et de substances délétères, un régime et une médication stimulant l'appétit, des moyens thérapeutiques activant les fonctions circulatoires et respiratoires, tels sont les éléments du traitement qui assure la guérison.
Le médecin est en présence de deux problèmes : supprimer l'agent infectieux et augmenter la résistance de l'organisme. En dehors de la prophylaxie, on ne peut pas faire grand'cliose pour supprimer l'agent pathogène. Les indications les plus importantes sont, par conséquent, de développer la résistance du sujet et de traiter les complications. Les moyens que nous avons de remplir ces indications sont :1a résidence dans un climat convenable, l'exercice méthodique, le régime, l'hygiène, certaines médications chimiques, et enfin l' hydrothérapie.
La cure d'air, que Dettv/eiler et Fallkenstein, Roempler, à Gœrbersdorf, Trudeau et Ilance en Amérique, ont été les premiers à appliquer, consiste à exposer les malades, d'une façon continue, à l'iniïuence de l'air pur et de la lumière solaire, en les mettant à l'abri des refroidissements ; c'est la partie la plus utile du traitement; on peut la pratiquer même dans la clientèle privée, ainsi que je le montrerai.
On doit traiter les poumons comme tout autre organe où siège une inflammation. Tant que l'infiammation est en activité, il faut les laisser au repos, exécutant des mouvements d'expansion lents et calmes. On doit donc interdire V exercice au grand air, lorsqu'il existe de la fièvre (1). On se contente de
(1) C"esl une erreur grave que de se confier à la température buccale.
TUBERCULOSE PULMONAIRE o41
faire vivre le malade au grand air, en le soumettant au massage ei A des mouvements passifs, pour stimuler son appareil musculaire. On diminuera de beaucoup les effets fâcheux du repos absolu en employant l'hydrothérapie, sous une forme appropriée et en prescrivant des exercices qui ne soumettent le poumon qu'à des mouvements d'expansion modérés.
L'hydrothérapie est un agent thérapeutique précieux; c'est le plus efficace des adjuvants du traitement. Dans la tuberculose, comme dans les autres maladies, les applications d'eau froide et d'eau fraîche déterminent une excitation des nerfs sensitifs, qui est transmise aux centres nerveux, et qui exerce, par l'intermédiaire de ceux-ci, une stimulation sur toutes les fonctions. Les mouvements respiratoires deviennent plus amples, tout en restant lents et calmes, ce qui favorise la circulation dans les tissus malades, empêche la stase et active les processus réparateurs. Le cœur se contracte plus énergiquement, lorsque la circulation périphérique est devenue plus facile, sous l'inlluence du « choc » qui produit une contraction puis une dilatation des capillaires de la peau. L'hyperémie cutanée décongestionne le poumon. L'appétit augmente; les échanges organiques sont plus actifs ; s'il y a de l'iiyperthermie, elle diminue lentement, mais sûrement. L'alcalinité du sang s'accentue ; le nombre des globules s'accroît dans la circulation générale; les toxines, comme la montré Robin, s'éliminent mieux.
Schedel fut le premier à recommander les applications hydriatriquesdans le traitement de la tuberculose pulmonaire. Schedel n'était pas un spécialiste attaché à un établissement hydrothérapique, mais un praticien, qui reconnut la valeur des méthodes hydrialriques après avoir comparé leurs effets avec les résultats fournis par les médications chimiques dans diverses maladies aiguës, et aussi dans les cardiopathies valvulaires et la phtisie. Le clinicien Valleix, de son côté, expri-
comme on le fait habituellement pour la commodité, dans les grands établissements, pour décider s'il faut ordonner au malade l'exercice ou le repos. Plus la température interne est voisine de la normale, moins la température buccale est sûre. Un jour que je visitais un grand établissement pour tuberculeux, on me demanda mon avis sur l'opportunité dun traitement hydrothérapiquc chez un malade. La température qu'avail constatée rinfirmière, 99,5° F. {'61,0" Cl n'était pas en rapport avec la vitesse du j)ouls, 110 pulsations par minute ; on me dit que l'on prenait la température buccale. La température rectale marquait 100,5° F. (38» Ci. Lorsque la température doit servir de guide à des décisions importantes, on ne peut se lier qu'à la température rectale.
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mait sa surprise de constater que les applications d'eau froide dans la tuberculose pulmonaire chronique n'eussent pas les mauvais résultats qu'il avait redoutés, et approuvait l'usage de l'hydrothérapie.
Salkowsky (1) a fait connaître, il y a longtemps déjà, les résultats qu'il avait obtenus avec le traitement par les douches froides dans 106 cas de phtisie, dont 60 à la première période, 29 à la deuxième, et 17 à la troisième: au bout de six mois, 39 malades étaient guéris, 34 améliorés, 19 en voie d'amélioration, 7 stationnaires.
Le professeur Ernst Aberg, de Stockholm, après avoir été lui-même guéri de la tuberculose parles ablutions, les aff usions et les immersions d'eau glacée, et après avoir traité, pendant vingt-deux ans, un grand nombre de tuberculeux, a communiqué les résultats de son expérience au Congrès des Naturalistes Scandinaves de Stockholm, en 1880. Personne n'a osé suivre cette méthode héroïque, parce que l'on n'a i^as compris que les applications doivent être de très courte durée, et qu'elles n'offrent aucun danger lorsqu'on les pratique avec soin.
Le professeur Winternitz (2) expose le traitement par l'eau glacée, suivant la méthode d'Aberg, avec des commentaires favorables; cependant, il n'emploie pas des températures aussi basses que celles d'Aberg, mais des températures un peu plus élevées, et administre l'eau avec une pression très considérable sous forme de douche en pluie et de douche en jet ; il obtient ainsi des effets stimulants.
Depuis de nombreuses années, le clinicien viennois a employé et a recommandé l'hydrothérapie dans le traitement de la tuberculose pulmonaire chronique, sans réussir à convaincre le public médical, en dehors de ses élèves directs. Il a publié, en 1887, un travail (3) portant sur 160 cas, qui ont donné 27 pour cent de guérisons complètes ou relatives, en 1896, un autre travail concernant 299 cas, dont 32 pour cent fournirent des résultats favorables.
Brehmer, de Goerbersdorf, le défenseur du traitement liygiénique de la tuberculose qui est actuellement en vogue, a l'ait une place, dans ce traitement, à l'administration méthodique
(1) Ihdle.tin de Thérapeutique, 1877.
(2) Blàlter filr klinische H ijdro thérapie, mai 1806.
(3) Klinische Studien, 1887.
TUBERCULOSE PULMONAIRE 5i3
de la douche. « Il nous reste à mentiouner. dit-il (1), deux autres procédés thérapeutiques, que jai également introduits dans le traitement de la phtisie et dont l'usage s'est propagé rapidement : la friction humide et la douche. J'ai été amené à les employer par cette constatation que la peau, l'organe dont l'étendue a le plus grand développement dans le corps, arrive, sous leur influence, à son plus haut point d'activité; la peau réagit promptement aux excitations externes, la respiration cutanée augmente, l'organisme tout entier s'en trouve tonilié.
" Pour cette raison, je considère que les frictions humides et les douches ne sont indiquées que dans le cas où l'organisme est capable de réagir sous l'excitation du froid. Il faut que le malade éprouve du bien-être, à la suite de ces applications, et que la peau reste rouge. La friction humide et la douche augmentent le tonus vasculaire, comme le démontre le sphygmographe.
« La douche est particulièrement utile, lorsqu'il existe des exsudats pleurétiques; ceux-ci se résorbent rapidement soiîs l'action de ce procédé qui exerce également une influence favorable sur les tissus infiltrés. Mais cet agent thérapeutique peut présenter des dangers ; il doit toujours être administré par le médecin, et non par des infirmiers, comme c'est malheureusement le cas dans quelques établissements. D'ailleurs, comme le dit J. Braun, dans sa « Balnéothérapie », le médecin doit comprendre la technique qu'il emploie. Un diplôme ne suffît pas. L'art d'administrer correctement la douche ne s'enseigne pas par des leçons théoriques; on ne peut l'acquérir que par la pratique. D'autre part, les appareils à douches ne sont pas toujours bien construits; les différences qui existent entre eux expliquent souvent la diversité des résultats thérapeutiques qu'on obtient de la douche. Pour que la douche soit bonne, il faut que l'eau soit froide et qu'elle ait une pression suffisante pour que le jet soit plein et non brisé. Dans beaucoup d'appareils, les tuyaux d'apport décrivent de si nombreuses sinuosités que la force vive de l'eau est presque réduite à rien, lorsque le jet arrive au malade. Le calibre de l'oritice du jet est encore un détail qu'on ne doit pas négliger. »
Brehmer, comme on peut en juger par cette citation, ajustement apprécié l'utilité des douches bien administrées dans le traitement de la phtisie. Je ne puis que confirmer ses obser-
(1) Die Thérapie der chronischeu Lungenschwindsucbl, p. 321.
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valions, particulièrement en ce qui concerne l'importance de la technique, la pression et la température.
Le traitement de la tuberculose pulmonaire chronique se propose,avant tout y de favoriser la nutrition du malade; l'hydrothérapie, qui a une action si marquée sur la nutrition, peut donc rendre d'immenses services dans le traitement de cette maladie.
En outre, cette discipline neuro-vasculaire, à laquelle l'usage quotidien des procédés hydriatriques soumet la peau, atténue la prédisposition aux refroidissements répétés que présentent certains individus et les met à l'abri d'une extension subséquente de leurs lésions locales. On a recommandé depuis longtemps, aux personnes prédisposées à la tuberculose, cette manière de s'endurcir. Ziemssen, dans ses leçons sur le traitement de la tuberculose, considère l'hydrothérapie « comme un mode de traitement précieux pour les sujets qui sont prédisposés à la tuberculose, ou qui en sont atteints ».
Procédés à appliquer. — On doit varier la technique qu'on emploie, suivant les particularités de chaque cas. Les applications de courte durée, à une température basse, douche en jet ou douche en pluie, ablutions rapides, amènent une prompte réaction; si elles sont bien supportées, elles ont d'excellents effets toniques; dans les cas oi^i l'hyperthermie est considérable et oii la faiblesse du sujet est grande, au contraire, on doit employer des procédés plus doux, drap mouillé, bain, maillot humide, et donner à l'eau, s'il y a lieu, une température ]>lus élevée. J'ai vu des opérations trop froides, qui auraient été indiquées chez des malades n'ayant pas de fièvre ou n'ayant qu'un état fébrile léger, produire des effets déplorables dans des cas où la fièvre était assez intense. C'est là un fait qui va à rencontre de l'opinion, que l'on admet habituellement sur l'action thérapeutique du bain froid, d'après laquelle ce procédé diminue l'hyperthermie d'autant plus que la température de l'eau employée est plus basse. A Monte fiore Home for Chronic Invalids, où l'on reçoit les malades qui se trouvaient placés précédemment dans les conditions hygiéniques les plus défavorables, j'ai adopté la manière de faire suivante, en m'inspirant de la nécessité de ménager ces pauvres gens, dont la peau est restée fort longtemps étrangère à l'eau froide, et même à toute espèce d'eau. On donne d'abord un bain de propreté ou une ablution avec savonnage; puis on laisse au malade un
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jour de repos. Le lendemain, on l'enveloppe, nu, d'une couverture de laine, de fai-on à mettre son corps à l'abri de l'air, puis on dispose sur lui d'autres couvertures. On ouvre les fenêtres, et on fuit prendre au malade un verre d'eau glacée toutes les dix minutes. Au bout d'une heure, on découvre une rég-ion du corps du malade et on l'ablutionne. On bassine, en premier lieu, le visage, au moyen d'une serviette imbibée d'eau à 50'^ F. (lOoC). On a à sa portée une cuvette contenant de l'eau àT-j^F. (23,8° C), dans laquelle on plonge sa main droite revêtue d'un gant de bain, ou d'une serv-iette-éponge. On découvre le dos et les cuisses du sujet, on les mouille et on les frictionne rapidement avec le gant trempé d'eau; puis on les sèche. On soumet, ensuite, au même traitementla face antérieure du tronc. L';iblulion terminée, on fait une friction brève sur tout le corps à l'aide d'une serviette rude. On renouvelle chaque jour l'opération,en abaissant la température de l'eau de deux degrés (!'' C), jusqu'à ce qu'elle ait atteint GO°F. (13,5° C).
Mefllat (1), de la Clinique hydrothérapique du professeur Brieger, à Berlin, a fait connaître une méthode applicable à domicile, qui se rapproche beaucoup de celle que nous venons d'exposer. Il conseille de réchauffer, d'abord, le malade dans un lit, ou dans un maillot sec, de le soumettre, ensuite, à une ablution et à une aspersion rapides avec de l'eau àSo^C, au plus, et de le replacer, entin, dans le lit ou le maillot sec, pour hàler la réaction. Je pense qu'il est bon de commencer ainsi l'entraînement neuro-vasculaire du malade, mais je crois qu'il est beaucoup plus utile de prescrire ensuite l'exercice au grand air, qui favorise tous les phénomènes que le procédé hydriatrique a mis en mouvement : respiration plus profonde, tension artérielle plus élevée, pouls plus fort, appétit plus vif, nutrition plus active. On doit avoir soin d'exécuter l'aspersion très rapidement et de placer les pieds dans un bassin d'eau à i0.j''F. (40,5° C), pendant l'opération.
Quand on a développé, par ce moyen, les facultés réactionnellesdu sujet, on peut recourir à desprocédés plus énergiques. Il est indiqué d'employer la friction froide et le drap mouillé ruisselant, que nous avons décrits autre part. On doit faire appliquer ces procédés par un infirmier expérimenté, qui suivra exactement la technique indiquée et surveillera attentivement le malade; le succès du traitement dépend, en effet, de
(i) Deulsclte medicinische W'ochenschri/t, 9 mai 1901.
Bakucii. — Hydrothérapie. 35
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la précision avec laquelle on détermine chaque jour le pouvoir réactionnel du malade, et de la justesse avec laquelle on modifie la température, le choc mécanique et la durée, suivant les résultats obtenus. La « friction froide» est un excellent moyen de préparer la peau à subir le « drap mouillé ruisselant >-, procédé plus énergique, qui soustrait une plus grande quantité de calorique et qui réveille l'organisme, comme le ferait un exercice au grand air, mais sans élever la température. Les cliniciens apprécieront le grand avantage de cette méthode théra peutique, dans les cas oîi la fièvre interdit l'exercice musculaire. Ce sont là les procédés les plus efficaces que l'on peut employer au domicile du malade.
De tous les procédés hydriatriques, le plus utile dans la tuberculose pulmonaire chronique est la douche en cercles. Malheureusement, on ne peut Tavoir que dans les établissements. L'eau doit être employéesous une pression considérable, comme le demande Brehmer, afin qu'il neseproduise ni refroidissement ni perte trop grande de calorique. La température de la douche sera, d'abord, de 90oF. (32, 2" C), et on l'abaissera, en une minute, jusqu'à 85o (29, S^" C.) et même au-dessous. Dans les cas ordinaires, la douclie durera une minute; on modifiera la durée suivant les indications particulières. L'avantage de cette forme de douche réside en ce fait qu'elle frappe le corps avec assez de force, le soumettant ainsi à une sorte de massage, qui favorise la réaction, même chez les individus affaiblis. Mais on ne doit pas l'appliquer avant d'avoir soumis le sujet àl'entraînemenl dont nous avons parlé. La douche en cercles est un agent antithermique fort utile, lorsque sa température n'est pas inférieure à 85° F. (29, 5° C).
Afin de fortifier l'effet tonique de la douche en cercles, j'ajoute à celle-ci une douche en éventail de très courte durée. J'ai l'habitude de donner cette douche avec une pression d'une atmosphère, à une température de 80° F. (26,0" C), pendant dix secondes, en portant le jet sur le dos de bas en haut, puis de haut en bas, lentement, pour éviter le courant d'air froid que l'agitation rapide du jet en éventail produit toujours. On peut abaisser, chaque jour, la température de cette douche de un degré (0,5o C), jusqu'à ce qu'elle soit à 70" F. (21,1° C), et en élever la pression de 50 millimètres de mercure. On en limite l'application à la face dorsale du malade. Lorsque celuici réagit bien, on peut remplacer la douche en cercles par une douche en éventail portant sur tout le corps, faces postérieure,
anlévieiire et latérales: on administre cette douche à la températurede SO'-" F. (26,6''C.) ; on réduit, chaque jour, cette température de un degré (0,3°C. ),jusqu' à ce qu'elle soit à 6o''F.(18,3°C.)- On doit toujours rechercher une bonne réaction. Il faut que la peau ne devienne pas pâle, et que le malade n'éprouve pas de refroidissement, pendant qu'il reçoit la douche; ou, du moins, toute sensation de froid ressentie doit disparaître, quand le malade a été séché. Lorsqu'il en est ainsi, on a une preuve de lefflcacité du procédé hydrialrique que l'on emploie. Si des frissons persistent, après qne le sujet a été séché et frictionné, cela indique que la méthode appliquée est mal choisie, qu'elle est défectueuse soit par la température de l'eau, soit par la durée de l'opération, soit par l'intensité de la percussion. On doit modifier ceux de ces éléments qui ne sont pas appropriés au cas que l'on traite, en tenant compte des résultats que l'on ol)tient chaque jour, de même qu'on modifie la dose d'un médicament.
On peut employer utilement le bain d'air chaud, à la place du maillot sec dont l'exécution est plus lente, lorsqu'il s'agit d'augmenter le pouvoir réactionnel du tuberculeux. Le bain d'air chaud dilate les vaisseaux cutanés et accentue l'efTet de l'opération hydriatrique. Toutefois on doit veiller à ce que le malade ne respire pas dair chaud, ce qui empêcherait la réaction de se produire et ferait perdre au malade du poids et des forces.
La compresse thoracique est un excellen t moyen de combattre la toux et d'atténuer les accès de fièvre. On doit l'appliquer de préférence pendant la nuit, ou pendant que le malade repose. On frictionne complètement la poitrine avec de l'eau à G0° F. (15,5° G. ), toutes les fois qu'on renouvelle la compresse.
On peut continuer durant plusieurs mois le traitement que nous venons d'exposer : bains d'air chaud n'allant pas jusqu'à la sudation, et douche en cercles, ou douche en éventail, à température progressivement abaissée, modifiée chaque jour suivant l'état du malade, en particulier suivant ses réactions fébriles (on fait alors intervenir les procédés antithermiques les plus doux). Il est possible de réduire les applications à trois, et même à deux séances par semaine. Au bout de plusieurs mois, on peut habituer le malade à se plonger, chaque matin, dans une baignoire contenant de l'eau à HU^F. (^2(5, 0^0, dont on abaisse ensuite la température de deux degrés (!'' C), ou plus par jour, jusqu'à, ce qu'elle soit à 6U'' F. (15,5o G-). L'im^-
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mersion doit être très courte. On mouille la tète du malade avant de le faire entrer dans le bain. On le sèche et on le friclionne bien lorsqu'il en sort. On peut lui prescrire ensuite une promenade rapide au grand air du matin, puis un déjeuner léger, qu'il absorbera avec plaisir.
Cet entraînement quotidien de l'appareil neuro-vasculaire de la peau, les elïets réparateurs qu'il produit au physique et au moral contribuent à la guérisonplus qu'aucune autre méthode thérapeutique. Le traitement donne habituellement les résultats suivants : il excite l'appétit, il facilite la digestion et l'assimilation, il favorise l'hématose, il rend la respiration plus ample, il active la circulation ; en résumé, il agit sur toutes les fonctions dont l'entretien est la condition de la santé et dont l'intégrité assure la durée de l'existence humaine. On ne se propose pas de rechercher, avec ce traitement, un elTet spécifique, et on n'obtient pas de résultat de cet ordre. Mais si on ne combat pas la maladie, on traite le malade. On le soustrait au milieu qui lui est nocif, aux influences défavorables; on fortifie son organisme, on l'arme contre l'ennemi qui menace sa vie. Ce qui peut lui rendre les plus grands services dans cette lutte, c'est un bon appétit et de bonnes digestions : l'hydrothérapie les procure au phtisique. On peut le constater, parfois, même dans des cas désespérés ; c'est ainsi que j'ai vu un jeune homme de Charlotte, N. C, prendre sept kilogrammes en deux mois, bien qu'il fût à la troisième période de sa maladie. Une exacerbation fébrile matinale, amenant une élévation considérable delà température et des sueurs profuse. sminait ses forces; malgré cela, son appétit se maintenait, et il pouvait absorber, dans la première moitié de la journée, une assez grande quantité de nourriture, en particulier du fromage à la crème. 11 put parlir pour le Colorado avec une augmentation de poids.
Le professeur AViuternitz a observé une augmentation de poids dans cinquante-six pour cent des cas traités, pour des maladies diverses, dans son établissement de Kaltenlentgeben, .sur près de 2iU0 malades. >'ous avons enregistré un résultat analogue, -dïNi/driatric Institutc, si nous éliminons de notre statistique les cas d'obésité et ceux oii il était indiqué d'accélérer les échanges organiques.
Observations. — J'insère ici quelques observations choisies parmi celles que j'ai reclieillies à riiôpital,ou dans la clientèle, non tant pour démontrer l'utilité de l'hydrothérapie dans le
traitement de la tuberculose pulmonaire clironique que pour donner une idée des méthodes employées.
M. S..., deOawesboro, Ky.,26ans, négociant, meconsulto à Long Brandi, le 29 Juillet 1892. Il est paie, émacié ; il me raconte qu'il maigrit et tousse depuis plusieurs mois ; il est constipé et n'a pas d'appétit. Il a pris froid pendant un incendie. Il n"a pas de prédisposition héréditaire. Températui'e, lOlo F. (38,3" C.) ; pouls, 120. Signes physiques: submatité dans la région sus-claviculaire gauche, respiration rude et expiration prolongée au sommet gauche. On prescrit quarante centigrammes de calomel et le repos absolu.
31 juillet. Le malade se sent mieux. Température, OO^ F. (37,2° G.). On l'envoie à VHydnatric Institule. Il pèse, nu, 48 kg. 300. On lui donne un bain d'air chaud pour augmenter son pouvoir réactionnel; puis une douche en cercles, à une température de 95" F. (S"')" C.) que l'on abaisse progressivement à 80° F. (26, 6°C.), avec une pression de 2/3 d'atmosphère que l'on augmente graduellement, pendant quarante secondes; enfin, une douche en éventail à 70° F. (21,10 C), avec une pression d'une atmosphère, qu'on élève progressivement jusqu'à deux atmosphères, pendant quatre secondes.
On répète chaque jour celte opération. Le malade retourne à Long Branch, au bout de dix jours, avec un aspect plus satisfaisant, un appétit meilleur, une ausmentation de poids de 6oO grammes. Un ami lui conseille de faire examiner ses crachats ; on y trouve des bacilles. Un autre ami le décide à voir un consultant éminent, qui, après l'avoir soigneusement examiné, le déclare phtisique, lui prescrit d'aller s'installer de suite à Asheville, X. C, et de prendre de la créosote. (]lomme j'avais vu s'améliorer son état sous l'influence de l'hydrothérapie, j'augurai mal de son départ et je lui conseillai de continuer le traitement hydriatrique.
8 septembre. On a continué les bains d'air chaud, suivis d'une douche circulaire, passant de 80° à 70° F. (26,0" à 21,1° C), et d'une douche en éventail, passant de 70>> à 4oo F. (21,1° à 7,2° C.) jusqu'à aujourd'hui. Le malade pèse 51 kg. 700 ; il a donc pris 3 kg. 400 en cinq semaines. L'appétit est excellent; la toux est toujours pénible ; la voix est très rauque. Température 101° F. (38,3» G.). Ou ordonne des inhalations de benjoin et deux centigrammes de codéine toutes les quatre heures ; la toux s'atténue au bout de deux jours, pendant lesquels le traitement hydrothérapique a été interrompu. On le reprend ensuite.
12 septembre. Température, 99° F. (37, 2» G.). La toux a beaucoup diminué. L'appétit est excellent. Poids, 51 kg. 475. On a fait prendre au malade six gouttes de créosote trois fois par jour ; comme cette substance lui donne des nausées, on en cesse l'administration. On lui prescrit de la maltine et des peptones à prendre dans du lait.
19 septembre. Bain d'air chaud (170° F., 70° G.) de trois minutes.
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Douche en cercles à 80° F. (20, 6° C), abaissée ;i 64° F. (17, 9° C.) d'une minute ; le malade réagit bien. Toux pénible. Le spiromètre permet de constater que la capacité respiratoire est plus crande que normalement.
20 septembre. Le D' J.-S. Ely examine les crachats et trouve des bacilles peu nombreux.
30 décembre. Le poids du malade a augmenté progressivement, bien qu'il ait été stationnaire, ou qu'il ait baissé à certains moments. Aujourd'hui le malade pèse oo kg. 100, il a bon aspect, il tousse peu, il n"a pas de fièvre, et il est impatient de retourner chez lui.
Le Dr Fruedenthal, qui le traite ensuite, m'écrit, à la date du 12 janvier 1893, après avoir mentionné les signes physiques qu'il avait découverts le 27 juillet et le 11 novembre 1892 : « Le malade paraît et se sent beaucoup mieux. Il a pris 9 kg. 500. Les ulcérations des replis glosso-épiglottiques et des cordes vocales qu'il présentait se sont cicatrisées sous l'action de l'acide lactique et de l'huile mentholée à vingt pour cent. Rien que je n'apprécie pas le traitetement hydriatrique avec autant d'optimisme que vous, je dois reconnaître que l'amélioration obtenue dans ce cas est remarquable. »
21 janvier. Actuellement, le malade est presque complètement débarrassé de sa toux ; il a bon appétit. II pèse o-j kg. 750, il a donc pris 7 kg. 430 : il a 2 kg. 250 en plus du poids qu'il avait quand il était en bonne santé. Le D' Van Gieson, après avoir examiné plusieurs préparations, déclare qu'il ne trouve pas de bacilles.
Ce malade est resté en bonne santé pendant six ans ; mais il a dû, récemment, se faire soigner pour une affection de la gorge. Depuis lors, il a pu n'apporter aucun changement à son régime et à sa manière de vivre. Son observation offre un exemple bien démonstratif de l'utilité que peut avoir l'hydrothérapie dans le traitement de cas que nous avons à traiter quotidiennement.
Nous citerons, maintenant, quelques observations prises à Thàpildii {Mon le flore Home), qui sont fort instructives (1). Nous omettrons, afin d'être bref, d'indiquer les opérations hydriatriques que Ion a employées pour préparer le malade.
J. D..., 36 ans: malade depuis deux ans et demi. A eu une hémoptysie il y a deux ans; depuis, des sueurs nocturnes, de la toux, des expectorations, une douleur du côté gauche. Il a été soigné par deux fois, au Mount Sinai Ilospital, pour tuberculose pulmonaire.
(1) Tratisaclions Médical Society of New York.
TUBERCULOSE l'ULMONAlRE ool
. Signes physiques, à l'entrée : Matité au sommet gauche; respiration diminuée; frottements pleuraux du côté droit, sous l'aisselle. Poids, 73 kg. 700.
Traitement : Médication générale reconstituante, avec, chaque jour, une douche en cercles de trente secondes, à 6a<» F. (18, 3oG.); compresses mouillées sur le thorax.
Résultat : Amélioration à tous les points de vue; augmentation de poids de 6 kg. 500 en dix semaines.
16 décembre 1890. On soumet le malade au traitement par la luberculine, Jusqu'au 20 avril, à l'exclusion de tout autre traitement.
Le malade perd beaucoup comme poids et comme aspect général, si bien que je me demande souvent si j"ai le droit de prolonger cette expérience. On reprend les douches en cercles; aussitôt, l'état général s'améliore et l'appétit revient.
Actuellement, le malade ne tousse plus, l'expectoration est réduite au minimum, on entend à peine quelques petits frottements pleuraux au sommet gauche. Le poids est de 81 kg. Le Dr Hadenpyl a examiné les crachats; la première fois, on trouvait environ dix bacilles par champ du microscope; la seconde fois, très peu de bacilles; à un troisième, un quatrième et un cinquième examen, on ne trouve plus aucun bacille.
On peut considérer le malade comme guéri, d'après les signes physiques, les symptômes subjectifs, l'état général et la disparition des bacilles.
J. J..., 33 ans, entre le 2 février 1890. Rien dans les antécédents familiaux. Malade depuis un an ou un an et demi. La maladie a débuté par une hémoptysie, après laquelle la toux s'est installée; il eut des crachats sanglants pendant deux jours; puis il se sentit mieux. Il toussa jusqu'au mois de décembre 1889 ; il eut alors une hémoptysie très grave, devint très faible et dut garder le lit.
Il resta faible et ne put reprendre son travail. Il toussait beaucoup, expectorait un peu de mucus, souvent mélangé de sang.
Il se plaint de douleurs dans la région dorsale, de chatouillements dans le larynx. L'appétit est bon; les selles sont régulières.
Signes physiques : Matité au niveau du lobe supérieur droit, jusqu'au bord inférieur delà première côte, en arrière, jusqu'au bord supérieur de l'omoplate. Matité légère au sommet gauche. Respiration rude et saccadée; expiration prolongée au sommet droit; inspiration faible au sommet gauche. Température normale; pouls, 84; respiration, 28.
18 février. Poids. 61 kg. 200. Traitement, pilules de créosote de six centigrammes, deux à la fois, trois fois par jour, et huile de foie de morue. Douche en cercles à 65oF. (18, 3oG.), de trente secondes, tous les jours.
1er mars. Le malade tousse un peu, le matin seulement. Poids, 64 kg. 600.
552 PRATIQUE DE l'iIYDROTUÉRAPIE
20 mars. Etat général bon; toux très rare le matin. Poids, 67 kg. 800.
25 avril. Poids, 73 kg. 200.
5 mai. L'appétit est moins bon depuis quelques jours ; le- malade, d'ailleurs, se sent en bonne santé. 11 tousse parfois le matin; il n'a pas d'expectoration. Poids, 72 kg. 800.
Le D'Dessau examine le malade. Il trouve, au sommet gauche, une respiration unpeusoufllante, unesubmatité légère et quelques râles muqueux. Sous l'omoplate gauche, on entend quelques râles souscrépitants, qui sont probablement en rapport avec des adhérences pleurales anciennes.
dl mai. Au sommet droit, le murmure vésiculaire est normal; la sonorité est un peu diminuée, mais ce caractère est fréquent du côté droit, à l'état normal. Il ne reste donc qu'une infiltration très légère du sommet gauche et quelques adhérences pleurages anciennes. Poids, 73 kg.; le malade a donc gagné douze kilogrammes. Sur sa demande, comme il désire reprendre son travail, on le laisse quitter l'hôpital.
H. S..., oi ans, entré le 2 mai 1890. llien dans les antécédents familiaux. Bien portant jusqu'en mai 1880; à cette époque, il a une première hémoptysie; il reste huit semaines au lit, avec de la toux, des sueurs rtocturnes, de la lièvre pendant l'après-midi. En septembre 1889 et Janvier 1890, nouvelles hémoptysies; il entre au Mont Sinai Hospital, d'où on le renvoie amélioré au bout de sept semaines. A son arrivée, le malade a de la toux avec expectoration et des douleurs thoraciques; l'appétit est nul.
Examen physique : Matité sur le tiers supérieur du poumon droit, en avant et en arrière; râles sous-crépitants et frottements; inspiration soufllante, expiration prolongée. Du côté gauche, expiration prolongée et quelques frottements au sommet. Poids, 58 kg. 775.
Août 1890. Les crachats contiennent des bacilles.
En septembre 1890, le malade a une hémoptysie. A partir de ce moment, on lui donne des douches en cercle, des hypophosphitesj de la créosote, et, de temps en temps, de l'huile de foie de morue. Sous l'inlluence de ce traitement, son état s'améliore régulièrement. Lorsqu'on commence à le traiter par la tuberculine, le 6 décembre 1890, son poids est de 66 kg. 150 — soit un gain de 7 kg. 375 — et le Dr Hodenpyl ne trouve plus aucun bacille dans ses crachats.
Toutefois, le sommet droit présente encore de la matité, une inspiration soufllante et des râles sous-crépitants. Température, 99oF. (37,2oC.). Le 15 avril on cesse les injections de tuberculine.
On ne trouve plus de bacilles dans les ci'achats; le malade n'a ni toux, ni expectoration ; comme signes physiques, il ne jirésente qu'une respiration légèrement saccadée; on le renvoie de l'hôpital le 29 avril, en le considérant comme guéri. Il pèse 67 kg. 500. 11 a
pris 8 kg. 775 depuis son entrée, et 1 kg. 400 depuis la première injection; pendant la période où il avait des injections, il a fait une perte de poids assez considérable. Il se rend, pour reprendre son travail, à Bronxville, N.-Y.
A. V..., infirmière à Montefiore Home. Poids, pendant l'été 1890, 62 kg. 500. Occupée constamment à l'hôpital. Elle commence à maigrir, et se met, en même temps, à tousseï' et à cracher; elle a deux petites hémoptysies.
L'examen physique révèle une diminution de la sonorité au sommet gauche, une respiration exagérée et saccadée, des râles humides fins et des frottements pleuraux. On trouve de nombreux bacilles dans les crachats. Elle pèse 57 kg., le 5 janvier, lorsqu'on la soumet au traitement par les injections de tuberculine.
On fait vingt-et-une injections, en donnant des doses croissantes. I, 'injection est toujours suivie d'une réaction fébrile marquée. On administre la dernière injection, qui est de 45 milligrammes, le !«'■ avril; elle donne lieu à une réaction légère. Pendant toute la dux'ée de ce traitement, la malade a eu chaque jour une douche en cercles.
10 avril. La toux, l'expectoration, les sueui's nocturnes et les signes physiques ont disparu. Le poids de la malade s'est élevé à 59 kg. 700; on ne trouve plus aucun bacille dans ses crachats ; on la renvoie, sur sa demande, en la considérant comme guérie. Un an après, en 1896, cette malade se trouvait en bonne santé et exerçait sa profession d'infirmière dans la clientèle privée.
Dans les cas que nous venons de rapporter, l'efTet de la tuberculine était ou nuisible ou nul ; au contraire, l'effet de douches en cercles était excellent.
B. S..., 18 ans, architecte, entré le 19 novembre 1890. Mère morte de tuberculose pulmonaire chronique. Malade depuis qu'il a eu une pneumonie, il y a deux ans ; sueurs nocturnes, toux pénible, amaigrissement.
Les signes physiques sont ceux d'une caverne. Sonorité tympanique au niveau du tiers supérieur du poumon gauche en avant, bruit de pot fêlé, râles caverneux, soufile caverneux. Signes de bronchite au sommet droit. Se plaint beaucoup de palpitations. Poids, 51 kgr. Nombreux bacilles dans les crachats.
Traitement: douches en cercles, de 70» à 65o F. (21,1° à 18, .3° C), d'une durée de trente secondes; huile de foie de morue et créosote.
16 décembre. Depuis le début du traitement, le malade a gagné 3.600 kgr.; toutefois, les signes physiques sont identiques à ceux que l'on constatait à l'entrée. La température est normale. On soumet le malade au traitement par la tuberculine; sous l'influence de
534 PRATIOLE DE l'u YDROTUÉRAPIE
ce traitement, son poids augmente (ce qui est une exception à la règle) et atteint, le 10 avril, 62. kg. 500. La toux n'est plus pénible, et l'expectoration est très réduite. A chaque examen des crachats, on ne trouve plus qu'un petit nombre de bacilles. Les signes physiques sont moins nets. Les râles sont peu abondants: il est évident que les dimensions de la caverne ont diminué. Les palpitations, qui faisaient beaucoup souffrir le malade, ont cessé.
Les examens de crachats, pratiqués par le Dr Hodenpyl, donnent les résultats suivants :
16 décembre, cent bacilles de la tuberculose par préparation;
1er mars, deux bacilles par champ du microscope.
7 mai. Le malade pèse 63 kg. Après la cessation des injections de tuberculine, on lui a administré des douches en cercles. Il a bon aspect. On peut le regarder comme notablement amélioré.
On le renvoie le 14 juillet. Il pèse 65 kg. 500, et présente l'apparence de la santé. D'après' les dernières nouvelles qu'on a reçues de ce malade, il s'est établi à Denwer, Colorado, pour y exercer sa profession d'architecte.
L'observation que nous venons de rapporter est un nouvel exemple de l'action de l'hydrothérapie sur la nutrition.
Voici, maintenant, un cas qui a été publié dans le rapport du Df Bloch sur Monte fiore Home, pour l'année 1892.
Ce succès remarquable est dû surtout au traitement hydriatrique, qui constitue le procédé thérapeutique spécial à notre établissement. S. K..., après avoir passé un an en Europe pour se soigner, est entré à Montejiorc Home avec une caverne dans son sommet gauche et des lésions aggravées dans tout son poumon. Au bout d'un an de notre traitement, on l'a renvoyé en bon état; non seulement la fièvre, les sueurs nocturnes, la toux, la douleur ont cessé, mais les signes physiques de la caverne ont àrissi disparu, et le malade a pris 5 kg. 500. Il a exécuté, comme peintre, des travaux pénibles en ces six derniers mois et il se sent bien.
Dans leur rapport pour l'année 1893, les D"^" Bloch et Frankel, médecins de Monte fiore Home, écrivent les lignes suivantes:
Xous ne saurions louer trop notre installation hydrothérapicjue qui met en nos mains un des éléments les plus actifs de notre thérapeutique. Nous avons traité avec succès, l'année passée, trente-etun malades, qui tous ont pu quitter l'établissement. De plus, vingtneuf malades ont été renvoyés avec une amélioration. Parmi ceux qui se sont guéris ou qui ont été très améliorés, on compte six malades atteints de formes rapides, dont quelques-uns avaient des cavernes à leur entrée dans la maison.
TUBERCULOSE PULMONAIRE OOO
Nous citerons encore un cas emprunté aii rapport des D''* Bloch et Frankel pour Tannée 1894.
E. F..., 33 ans, entre à Montefiore Hom*? en novembre 1802, aprrs avoir eu une hémoptysie abondante; il présente les signes d'une petite caverne au sommet çraucheetdes signes d'infiltration tuberculeuse au sommet droit. Il sort, « guéri », en juin iS94, se sentant en très bonne santé depuis un an ; les bacilles ont disparu des crachats, l'expectoration a cessé, les signes physiques n'existent plus, la caverne s'est cicatrisée, le malade a pris 12 kg. 2o0.
Les médecins de Montefiore Home ont été pendant beaucoup d'années les seuls partisans de l'hydrothérapie méthodique dans le traitement de la tuberculose pulmonaire, et se sont faits les propagateurs de ce procédé thérapeutique. Lesrapportsqu'ilsont publiés contiennent un grand nombre d'observations de cas de tuberculose pulmonaire, qui montrentl'intluence de l'hydrothérapie méthodique sur cette maladie, principalement Tmlluence des douches en cercles. Les quelques observations résumées que l'on a trouvées ci-dessus permettent d'apprécierles résultats obtenus. Cependant, tandis quel'on arrive, dans an établissement spécial, à des résultats aussi satisfaisants, la plupartdes praticiens américains frémiraient encore à la pensée que Ion peut soumettre un tuberculeux à des applications d'eau froide.
Nous avons rapporté avec détail un nombre suffisant d'observations cliniques, pour que le lecteur ait pu se faire une idée des méthodes appliquées, à l'hôpital ou au domicile des malades, dans la cure de la tuberculose pulmonaire. En citer davantage serait s'exposer à fatiguer l'attention de celui-ci, sans l'éclairer mieux sur les avantages de l'hydrothérapie dans le traitement de la phtisie. Le tuberculeux est trop souvent condamnée s'exiler loin de sa famille etde ses amis, alors que l'hydrothérapie pourraitle dispenser de s'imposer cette séparation.
Le D"" .J.-H. Kellogg, dans un travail très complet sur le traitement hydriatrique de la tuberculose (1). écrivait les lignes suivantes : « Beaucoup de personnes doivent l'existence utile qu'elles mènent actuellement, à l'emploi des méthodes hydriatriques; ellesseraient, certainement, enterréesdepuislongtemps, si elles n'avaient été soumises à ce modede traitement. Je crois fermement que si les médecins adoptaient l'emploi de l'hydro-
(1 Médical Xeus. 10 novembre 1900.
556 PRATIQUE DE l'hYDROTOE RAPIE
thérapie dans le traitement de la tuberculose pulmonaire, en particulier lorsque la maladie est à sa période de début, les neuf dixièmes des malades pourraient être sauvés. »
Résultats d'autres méthodes. — Lessanaloria pour tuberculeux qui existentaux Etats-Unis, si bien conçus par ailleurs, présentent presque tous ce défaut de ne pas faire, dans leur traitement, une place à l'hydrothérapie. Un petit nombre d'entre eux seulement emploient systématiquement les procédés hydriatriques, bien que l'un de nos plus éminents phtisiothérapeutes, après avoir étudié les méthodes les plus récentes appliquées dans les établissements d'Europe, ait affirmé que, « l'aérothérapie mise à pari, l'hydrothérapie est l'élément le plus important du traitement » (Knopf).
Un établissement de premier ordre, qui possède une installalion de douches fort coûteuse, m'a demandé de donner des leçons pratiques sur les opérations hydriatriques les plus appropriées au traitement de la phtisie, à ses médecins et à ses infirmiers; et. cependant, on n'y a que très rarement recours à la douche, si j'en crois les renseignements que m'ont fourni des malades après y avoir fait de longs séjours. Aussi, il ne me semble pas inutile d'exposer un peu longuement les résultats des observations deKulhy (1) qui ont rapport à notre sujet. Le travailde cet auteur porte sur un millier do cas de tuberculose.
« J'ai démontré, il y a quatre ans, dit lvuthy,queles sanatoria pour tuberculeux n'arriveront jamais à remplir leur tâche difficile, tant qu'ils ne seront pas en possession d'une installation hydroihérapique convenable, employée par un personnel instruit.» Kuthy ne considèrejamais un tuberculeux comme guéri, lorsque celui-ci n'est pas resté deux ans sans avoir de manifestations de la maladie. Il ne met pas d'amour-propre à fournir des statistiques favorables; ilapprécie les cas qu'il étudie avec la plus grande rigueur, presque avec pessimisme. Dans son travail, Kuthy établit une comparaison entre les résultats qu'il a obtenus dans l'établissement qu'il dirige à Budapest, et ceux d'un des sanatoria les mieux administrés de l'Allemagne : Belzig. près Berlin. Sur cent cas de tuberculose au premier degré traités, dans ce dernier établissement, par la tuberculine associée à l'hygiène et au régime, 39 sortirent guéris en 19Û.'5; au sanatorium de Budapest, il y eut, en 1903, 53,9 guérisons pour
il) Blâller fiir kUnische Hydrothérapie, mai 1904.
TLBEHCLLUSE FLLMUNAIKE 557
cent cas. La seule différence capitale qui existe entre les méthodes suivies dans ces établissements est celle-ci : à Belzig, comme dans la plupart des sanatoria allemands, la seule opération hydriatrique pratiquée est la douche, que l'on réserve à une partie des malades; au sanatorium Elisabeth, à Budapest, on emploie tous les procédés hydrothérapiques, en les adaptant à chaque cas particulier.
Je crois utile d'exposer brièvement la méthode deKuthy; cette méthode pratique, basée sur une expérience très étendue, est conforme aux données théoriques que nous possédons sur le mode d'action des opérations hydriatriques, et elle est en accord avec mes propres observations.
Dans l'établissement de Kuthy, on donne, le plus souvent, aux malades qui ne sont pas continés au lit, un bain le matin. La baignoire est remplie d'eau à 90" F. (32, 2» C.), sur une hauteur sufUsante pour que l'eau atteigne l'ombilic du malade qui s'y assied. La tête de celui-ci est recouverte d'un turban mouillé. L'intirmier lui verse de l'eau sur la poitrine et le dos, à plusieurs reprises. On abaisse la température du bain, jusqu'à ce qu'elle soit à 86" F. (30° C), en y ajoutant de leau chaude. On frictionne ensuite le malade sur tout le corps, puis on le douche de nouveau sur la poitrine et sur le dos. L'opération dure, en tout, trois minutes. On diminue chaque jour de un ou deux degrés (0'^,5 ou 1° C.), la température du bain, jusqu'à ce qu'elle soit de 82,5'^ F. (28° C), ce que les malades les plus faibles supportent sans inconvénient, à l'exception des neurasthéniques, qui ne tolèrent pas les températures inférieures ù lU" F. 1^32,7° C). L'appétit et le sommeil deviennent meilleurs. Les malades pauvres regrettent leur traitement hydrothérapique, lorsqu'ils quittent le sanatorium ; ceux dont la situation de fortune le permet ne manquent jamais de continuer ce traitement, après leur départ. On ne doit pas conseiller l'usage du demi-bain dans les cas oîi il existe de la lièvre; les malades gardent alors le lit. Il ne faut pas davantage prescrire le bain froid. Aux malades qui présentent de la fièvre, on fait mettre des compresses mouillées recouvrant le tronc; la compresse est faite avec de la toile; on la plonge dans de l'eau froide (l'auteur n'indique pas la température adoptée), on l'exprime, on la dispose autour du tronc du malade et on la recouvre d'une flanelle (voir l'article Compresse mouillée pour la technique de l'opération). Kuthy a obtenu des effets sédatifs de ce procédé, chez des malades qui avaient de l'insomnie et
^■ÔH PRATIQUE DE L UYDROTHER-APIE
qui se trouvaient dans de mauvaises conditions, en trempant la compresse dans de l'eau très froide et en la laissant en place durant plusieurs heures, afin cjue le tronc du malade fût baigné par la vapeur d'eau. Lorsque la température est élevée, on exprime moins la compresse (voir l'article Compresse mouillée).
Le repos au lit et les compresses mouillées agissent mieux que les antithermiques. Pour augmenter l'action cardio-tonique ae la compresse, on y associe le tube spiral réfrigérant, que l'on place sur la région précordiale. Un autre procédé de valeur, que l'on peut employer dans les cas où il existe de la fièvre, est l'ablution partielle. L'opération consiste à découvrir d'abord un bras, que l'on enveloppe d'une serviette mouillée et que l'on frictionne, par-dessus la serviette, jusquà ce que la peau devienne rouge ; puis à recouvrir le bras sans le sécher, et à procéder de même, successivement avec l'autre bras, la poitrine et le dos. On exprime la serviette mouillée au-dessus de chaque région, avant de l'appliquer sur celle-ci. Sous l'influence de ce traitement, le malade reprend des forces, l'appétit se réveille, l'hyperthermie diminue, la circulation périphérique devient })lus active, les sueurs sont moins abondantes.
Dans les cas qui s'accompagnent de lièvre, le traitement comprend « le repos au lit, des compresses appliquées sur le tronc toutes les deux heures, une ablution chaque matin. >ious avons rarement vu un malade conserver plus de quelques jours ses troubles subjectifs. Les cas dont le pronostic semble défavorable s'améliorent souvent, au point de vue de l'appétit et de l'état général; l'ablution du matin arrête les sueurs nocturnes, alors même qu'elles ont résisté aux médications antisudoriiiques les plus actives. Lorsque la poitrine ou une autre région présente du pityriasis, du lupus ou une tuberculose osseuse, et que l'état général est mauvais, lorsque des hémoptysies exigent que le malade garde le repos absolu, on a recours aux frictions pratiquées sur les bras et les cuisses recouverts de serviettes mouillées et bien exprimées. Cette opération n'exerce aucune influence sur l'hémoptysie; mais elle procure un certain bien-être au malade, et elle diminue la gravité du pronostic )).
Kulhy, avec raison, n'administre pas la douche aussi souvent que le font certains médecins de sanatorium en Allemagne; car la douche froide, qui constitue un bon tonique, qui soutient le cœur, excite l'appétit, augmente les échanges organiques,
TUBEKCULOSE PULMONAIRE 559
endurcit le malade, rend les inspirations plus profondes et active la ventilation pulmonaire, la douche froide est fréquemment trop excitante. Les neurasltiéniques irritables, qui sont nombreux parmi les tuberculeux, la supportent mal. Cependant, en sélectionnant ses malades avec soin, on peut amener le plus grand nombre dentre eux à bénéficier de douches douces, comme celles qu'administre Kuthy depuis de nombreuses années; on les donne d'abord à 95° F. (35° C), puis on les abaisse progressivement, c'est-à-dire de un ou plusieurs degrés chaque jour, jusqu'à 50" ou 00" F. (10'^ ou 15, 5'^ C). Les observations que j'ai pu faire à Montefiore Home (voir le début de ce chapitre) confirment cette manière de voir de Kuthy : je commence, moi aussi, par administrer d'abord des ablutions douces, puis j'habitue graduellement les malades à supporter des températures plus basses et des pressions plus élevées. Malheureusement, lorsque le médecin veut appliquer à chaque cas le traitement hydrothérapique, il est obligé à une dépense beaucoup plus grande de temps et d'intelligence ; il est beaucoup plus simple de se contenter de prescrire de l'air pur, une bonne alimentation, du repos ou de l'exercice. De même que l'application méthodique, au sanatorium, du traitement qui se résume en ces prescriptions a amené un changement très favorable dans le pronostic de la tuberculose pulmonaire, de même, rapplicationméthodique des jjrocédés hydriatriques et leur adaptation judicieuse aux différents cas donne des statistiques encore plus satisfaisatiles, aussi bien dans les établissements spéciaux que dans la clientèle.
La douche en éventail est moins brutale et moins excitante que la douche en pluie; elle soustrait moins de calorique à l'organisme que celle-ci. Kuthy insiste avec raison sur ce point li et recommande le traitement que j'ai appliqué pour la première fois à Montefore Home en 1886. Kuthy admet avec raison qu'une température dépassant de un ou plusieurs degrés la normale (0,5° C ou plus ■ chez un neurasthénique, ou une
(1( Au cours d'une visite à Falkenstein, en 1S96. je pus voir rinstaliation lie (louches de l'établissement. A ma grande surprise, je constatai que l'appareil était représenté par un plateau de 45 centimètres de diamètre, suspendu au plafond au-dessus d'un bassin enfoncé dans le sol d'asphalte. J'appris que rien n'existait pour renseigner sur la température et la pression de l'eau employée. A ma demande, on prit la température de l'eau, qui s'élevait à 41" F. IS.S" C). On me dit que l'on soumettait à la douche les seuls malades dont l'état s'était déjà amélioré sous l'iutluenced'un traitement régulier, afin de les forlilier.
560 PRATIQL12 DE l'iI YDROTUÉRAPIE
prédisposition aux. hémoptysies contre-indiquent la douche. 11 recommande de combattre le refroidissement que subissent habituellement les pieds du malade en les touchant avec le jet froid; il préfère ce moyen à l'emploi des boules d'eau chaude, etc., même en plein hiver. Il a aussi obtenu de bons résultats dans l'insomnie en enveloppant les pieds, les jambes et les cuisses de compresses froides. Il considère l'application du tube spiral réfrii^^érant ou d'un sac à glace sur la région précordiale comme très utile dans le cas de faiblesse cardiaque et d'arythmie d'origine toxique.