‹ La pratique de l'hydrothérapieChapitre 69 sur 105 · CHAPITRE XIX DIABÈTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX DIABÈTE

Xoiis sommes accoutumés à traiter le diabète dune façon tout empirique, en ne conservant qu'un faible espoir de voir nos malades revenir à la santé.

La principale prescription du traitement habituel est de réduire l'ingestion des aliments qui fournissent du sucre à l'organisme. Il n'est pas douteux que cette simple précaution diététique n'ait suffi à prolonger un certain nombre d'existences. Mais peu de médecins imaginent les sacrifices et les ennuis que les malades sont trop souvent obligés de s'imposer pour suivre consciencieusement un régime sévère; seuls, ceux qui sont eux-mêmes atteints, ou qui ont vu dans ce cas une personne de leur entourage, peuvent s'en rendre compte.

Je vais exposer une méthode de traitement, qui m'a donné des succès tels que je n'en avais jamais obtenu, dans les premières années de ma carrière médicale. L'hydrothérapie y tient une place importante.

Xous savons que, dans le diabète, la fonction glycogénique du foie se trouve insuffisante, tandis que les muscles, qui possèdent également la fonction glycogénique, sont réduits à l'inactivité, à cause de la fatigue inhérente à la maladie. Comme il n'existe aucun agent chimique qui puisse activer la fonction glycogénique du foie, et comme les causes de l'altération de cette fonction sont encore obscures, on ne peut faire autre chose que de diminuer l'apport du sucre dans l'organisme. Mais nous nous trouvons mieux servis, si nous voulons augmenter l'activité fonctionnelle des muscles, et accroître par là la faculté qu'ils possèdent, de détruire le sucre dans l'intimité de leur tissu. En accélérant la circulation dans les muscles (ce que font l'exercice et l'hydrothérapie), nous pouvons amener l'organisme à utiliser une quantité plus considérable du sucre

Barcch . — Hydrothérapie. 36

562 l'RATIOLE DE l'iIYDROTUÉRAPIE

qui circule dans le sang. L'expérience clinique confirme absolument cette manière de voir basée sur les données de la physiologie.

Celles-ci, à la vérité, sont connues depuis longtemps, mais beaucoup de médecins n'en ont malheureusement pas encore tiré toutes les couclusions pratiques qui peuvent être utiles au traitement.

On ordonne aux diabétiques de imener une existence hygiénique, de se tenir très propres et de prendre beaucoup d'exercice. Cette dernière prescription est évidemment insuffisante : les malades auxquels on l'impose sont incapables de faire de l'exercice sans une grande fatigue. Comme oii trouve que la fatigue est nuisiMe aux malades, on restreint l'exercice qu'ils prennent et on finit par le leur supprimer.

J'ai, depuis longtemps, pris l'habitude de recommander à mes malades l'exercice ph>/sique, régulier et .soutenu, qui est la seule pratique susceptible d'augmenter la fonction glycogénique des muscles. Cette pratique demande une grande énergie morale et beaucoup de persévérance de la part du malade. Son apathie, son inertie sont si grandes qu'il lui est presque impossible de les surmonter. C'est alors que l'hydrothérapie peut intervenir et démontrer son utilité. Ce grand excitant physiologique, le froid, appliqué par l'intermédiaire de l'eau, surtout lorsqu'on y associe l'excitant mécanique que donne la douche ou Taffusion, réveille l'activité du système nerveux, augmente la force musculaire, détermine des contractions des muscles, favorise la nutrition et l'hématose, et, par conséquent, accroît l'énergie de l'organisme, fait cesser l'apathie et la paresse du sujet. J'ai souvent employé l'hydrothérapie dans des cas oîi je n'avais pu amener mes malades à faire des efforts par la persuasion, ni même en leur décrivant l'état de faiblesse auquel ils devaient arriver en s'abandonnant à l'inertie ; j'ai eu la satisfaction de voir alors, sous l'influence d'un entraînement neuro-vasculaire quotidien, obtenu à l'aide de la douche ou de l'afTusion froides, ces malades revenir à la vie, retrouver l'activité fonctionnelle et l'énergie qui permettent de supporter l'exercice physique, et même de le pratiquer avec plaisir, sans fatigue. L'hydrothérapie n'avait pas seulement pour résultat de favoriser la fonction glycogénique des muscles ; elle exerçait encore une excellente influence sur l'état général des malades, excitant la digestion, l'assimilation et les sécrétions ; ces malades augmentaient de poids, ils reprenaient courage, ainsi que

DIABÈTE oG3

leur enlouraji;e. Le r(')le du système nerveux dans la genèse du diabète est si important, qu'il n'est pas étonnant qu'un stimulant nerveux aussi eflicace que l'hydrotliérapie contribue puissamraentà rétablir la santé du diabétique. J'ai remarqué maintes fois que Vexercice physique méthodique et V hydrothérapie permetlenl au malade de s'écarter des règles rigoureuses de son hi/giêne alimentaire. L'exercice physique, j'insiste sur ce point, doit être réglé avec soin, d'après les indications d'un podomètre.

J'ai publié, dans les Transactions of the State of ye/r-York {189ii, un travail sur le « Traitement efficace des maladies chroniques » dans lequel j'ai insisté sur ce sujet, eu citant à Tappui de ma thèse différents auteurs, en particulier von Duhring, de Hambourg, qui a obtenu des succès remarquables dans le diabète, en associant l'hydrothérapie, l'exercice musculaire méthodique et une abstinence tempérée de féculents. Au Congrès de Carlsbad, en 1902, le professseur von Norden, faisant une communication sur l'usage de l'avoine dans le diabète, rappelait les excellents résultats obtenus par von Duhring. Je ferai remarquer que von Norden a omis de parler de lèlément le plus important de la méthode de von Duhring : l'exercice physique méthodique, fréquent et prolongé, avant et après les repas, pratique en dehors de laquelle l'avoine, comme tout autre aliment féculent, présenterait des dangers pour le malade.

Les opérations froides ont peut-être encore un autre effet favorable, que nous ne soupçonnons que depuis peu de temps: elles excitent les glandes sébacées où peut s'accumuler le glycogène. Lombardoi 1) a constaté la présence de glycogène dans la peau du fœtus; il a découvert également cette substance chez l'adulte. Le glycogène existe constamment dans l'épithélium sécrétoire des glandes sébacées; il s'y trouve d'autant plus abondant que l'activité fonctionnelle de ces glandes est plus grande. On le rencontre encore dans les couches superficielles de l'épiderme qui entourent les poils, depuis le bulbe du poil jusqu'au point où s'insère le muscle arrecteur.

Voici maintenant, à l'appui de ce que nous avons dit, l'observation clinique d'une malade, qui est revenue à la santé, pour une longue période de temps, sous l'influence du traitement hydrialrique.

(Il La Tribune médicale, décembre 1907.

564 PRATIOLE DE l'hYDROTUÉRAPIE

Mi"e S. .., 65 ans, me consulte, le 2 mars 1892, pour un état de grande fatigue, accompagné de dépression morale et d'autres symptômes faisant penser au diabète. L'examen de l'urine montre qu'il existe 60 grammes de sucre par litre: la densité de l'urine est de -1040; la quantité excrétée en vingt-quatre heures s'élève à 2.430 grammes. La malade pèse, nue, 114 kg. 600.

Elle est complètement inerte ; il semble tout à fait hors de propos de lui demander de faire de l'exercice. On prescrit un régime antidiabétique sévère, et elle accepte de le suivre rigoureusement; mais elle serait incapable de faire deux cenls mètres à pied sans avoir de la dyspnée et sans épuiser ses forces. Bien qu'elle fasse tous ses efforts, avec la persévérance la plus louable, pour arriver à suivre mes prescriptions, la teneur en sucre de son urine ne s'abaisse, en un mois, que de cinq grammes par litre.

Pour faire perdre du poids à la malade et pour lui rendre de l'énergie nerveuse et musculaire, on lui fait faire huit kilomètres en voiture, afin qu'elle puisse suivre le traitement que nous allons indiquer.

Une fois par semaine, on lui donne un bain d'air chaud, jusqu'à ce qu'elle transpire abondamment. Puis, on lui administre une douche en cercles à 90° F. (32, 2° C), d'une demi-minute, et une doviche en éventail à 80° F. (26, 6° C.) ; après quoi, on la masse énergiqviement et on lui fait exécuter des mouvements de résistance pendant quinze minutes. Cinq fois par semaine, on la soumet à un procédé hydrialrique tonique ; on lui applique d'abord le maillot sec pendant une demi-heure alin d'amener la réplétion des vaisseaux cutanés, puis on lui donne une ablution générale à 70o F. (21,10 C), en lui faisant une bonne friction.

Le IS avril, c'est-à-dire au bout de deux semaines, la malade a perdu 2 kg. 700, elle est capable de faire cinq cents mètres à pied deux fois par jour. Une semaine plus tard, la densité de l'urine est à 1,035, et la teneur en sucre de l'urine a diminué de 7 gr. 50 par litre.

On applique à la malade le maillot humide, en employant de l'eau à 50° F. (lOo C), durant quarante-cinq minutes chaque jour ; à la suite du maillot, on donne un demi-bain de dix minutes à 85» F. (29,5'^ C), avec frictions vives pendant le séjour de la malade dans la baignoire ; on la soumet ensuite à un massage, et on lui fait exécuter des mouvements de résistance pendant quinze minutes. On se propose d'activer ainsi les échanges organiques et de favoriser la circulation dans les muscles.

Au bout d'un mois, on remplace le demi-bain par une douche eu jet à 600 Y (15, 5o C), que l'on administre sous une pression de deux atmosphère?. On continue le traitement tous les jours, pendant le premier mois, trois fois par semaine le second mois. Cette malade, coi-pulente et lourde, reprend des forces avec une rapidité remarquable; elle retrouve le goût de la promenade et le pouvoir

DIABETE o63

de marcher; au bout de trois mois, malgré la température estivale, elle peut faire plus de six kilomètres à pied chaque jour, dans la matinée et l'après-midi. Le régime restant le même, le sucre décroit progressivement, depuis le moment où la malade est capable de parcourir deux kilomètres par Jour, jusqu'au huitième mois du traitement, époque où il disparaît complètement de l'urine.

La malade ne présente plus de manifestations diabétiques depuis huit années; la seule précaution qu'elle prenne consiste à s'imposer un exercice physique plus intense, toutes les fois qu'elle se permet de prendre, en quantité modérée d'ailleurs, des aliments féculents.

Le traitement hydrothérapique du diabète peut se pratiquer aussi bien au domicile du malade que dans un établissement spécial. On suivra la méthode d' « entraînement neuro-vasculaire )^ que nous avons exposée plus haut (voir page 544, article Phlisie), et par laquelle on arrivera à employer des procédés froids de plus en plus actifs, en assurant au malade une excellente réaction. On administrera successivement l'afTusion, en abaissant chaque jour la température de Teau (voir la technique page 135), le drap mouillé ruisselant, l'immersion froide. On pourra constater alors, chez le malade, un accroissement de la force musculaire, un fonctionnement de la peau plus parfait, un appétit plus vif, une activité plus grande de la digestion et de l'assimilation, un retour de Ténergie volontaire, qui lui permettra d'appliquer avec plus de rigueur les prescriptions de son traitement diététique et de faire plus d'exercice méthodique. En agisssant de la sorte, le malade, dont les forces iront en se relevant, ne conservera pas la crainte de l'eau froide. On est assuré, d'ailleurs, de prévenir tous les effets nuisibles de celle-ci, si Ion n'en fait que des applications de courte durée, que Ton répète plusieurs fois par jour, au lieu d'en faire des applications prolongées. D'autre part, des frictions énergiques empêchent ([ue le malade ne se refroidisse à la fin de "opération.

Page 1