‹ La pratique de l'hydrothérapieChapitre 70 sur 105 · CHAPITRE XX PALUDISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX PALUDISME

Bien que nous possédions dans la quinine le remède spécitique du paludisme, il existe des cas oîi ce médicament reste sans effet, et des cas où le malade est incapable de le prendre ou de le garder. En outre, dans certaines formes graves du paludisme, il est presque impossible d'obtenir que la quinine soit absorbée; et, dans quelques formes même, cette substance paraît être plus nuisible qu'utile. Les formes dans lesquelles on ne peut guère arriver à faire absorber la quinine sont les formes chroniques oùle malade a pris, pour ainsi dire, l'habitude de l'accès. Il n'est pas rare de rencontrer des cas appartenant à cette catégorie dans les pays de fièvres. Ces cas se produisent habituellement chez les gens dont la maladie a été négligée et a persisté pendant les mois d'hiver, malgré les conditions climatologiques, qui devraient prévenir le retour du mal. Lorsque les traitements médicamenteux, diététique et climatologique n'ont pas suffi à guérir les cas de ce genre, l'hydrothérapie peut arriver à empêcher le retour des accès et à améliorer l'état général au point de ramener le malade à la santé.

Les formes graves de la malaria, en particulier la forme hémorragique, se montrent souvent rebelles au traitement par la quinine, probablement, parce que les fonctions circulatoires sont trop imparfaites pour que celte substance soit absorbée en quantité suffisante. Steude (1), qui est un ardent défenseurde la quinine, admet que, dans cinquante pour cent des cas, le traitement prophylactique par la quinine le plus énergique n'arrive pas à empêcher l'évolution des formes pernicieuses du paludisme.

L'efficacité des applications hydrialriques dans le traitement des manifestations du paludisme est-elle suffisamment démon-

(1) Die perniciôse Maloi'i;i in Deutsch-Afrika, Leipzig, 1897.

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trée pour qu'oa ait recours à ces procédés, lorsque la quinine n'agit pas. ou lorsqu'on ne peut l'administrer an malade? C'est la question que nous allons examiner.

Dans la première moitié du dix-neuvième siècle, Currie est arrivé plusieurs fois à arrêter le retour des accès paludiques, au moyen dalïusion.s froides, qu'il faisait administrer une heure environ avant le moment où l'accès était supposé devoir débuter; il obtenait la cessation des accès avec quatre ou cinq affusions.

Le créateur de l'hydrothérapie scientifique en France, Fleury, donnait une douche à 13"'-15' C, une heure ou deux avant l'accès; après avoir traité de la sorte plus d'une centaine de cas, il était amené aux conclusions suivantes qu'a confirmées une Commission royale belge, chargée d'étudier la question dans les hôpitaux militaires de Bruxelles : 1° dans les cas simples, à début récent, d'accès intermittents, que la rate soit ou non augmentée de volume, les douches froides peuvent remplacer la quinine ; 2° dans les cas anciens, avec accès réguliers ou irréguliers, où il existe de la cachexie, de l'anémie, etc., les douches froides doivent toujours être préférées à la quinine.

Les travaux parus sur ce sujet, depuis l'époque de Fleury, n'infirment pas l'opinion de cet auteur. Dans la très grande majorité des cas récents de paludisme, la quinine a une efficacité qui ne peut être mise en doute. Lorsqu'on l'administre à dose suffisante pour produire le quinisme, c'est-à-dire, Crois heures avant le début de l'accès attendu, elle a une action spécifique: nous pouvons garantir d'avance l'effet qu'elle produira, II n'est pas nécessaire de prescrire aucune opération hydriatrique dans les cas de ce genre. Un partisan forcené de l'hydrothérapie, seul, pourrait alors donner à cette méthode la préférence sur la quinine. Toutefois, quand la quinine, pour une raison comme ou inconnue, n'est pas absorbée en quantité assez, grande pour produire le quinisme, ou cfiie l'accès revient à intervalles trop irréguliers pour être prévu, les observations cliniques démontrent qu'on peut, avec avantage, la remplacer par l'hydrothérapie.

Lapremière pensée qui vient à l'esprit, lorsqu'on entend soutenir, comme le fait Fleury, que les douches peuvent remplacer la quinine dans les cas de paludisme ancien à accès irréguliers, c'est que cette opinion est celle d'un fanatique de l'hydrothérapie. Mais ceux à qui la quinine a donné des déceptions dans

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le traitement de certains cas difficiles, comme j'en ai eu moimême, accueilleront avec joie cette méthode simple, qui consiste en douches, en alïusions, en bains de siège, et qui leur assure d'excellents résultats.

J'ai exercé moi-même, pendant quinze ans, près de Camden (Caroline du Sud), sur les bords de la rivière AVateree, dans un pays où le voisinage des plantations engendrait la malaria sous toutes ses formes, depuis les plus bénignes jusqu'aux plus graves. Je comprends aujourd'hui tout ce que j'ai perdu à cette époque, pour n'avoir pas été familiarisé avec les méthodes hydrothérapiques applicables dans le paludisme. Depuis que j'haljile New-York, je n'ai eu qu'une seule fois l'occasion de traiter par l'hydrothérapie un cas rebelle de fièvre intermittente. La relation de ce cas est assez instructive pour intéresser le lecteur. Le malade, dont l'observation suit, a dû son salut à l'hydrothérapie, comme l'enfant dont nous avons parlé plus haut (voir page 487).

P. S..., 13 ans, m'est amené le 14 septembre 1893. Il est atteint de fièvre quotidienne depuis l'été de 1892. Les accès furent combattus avec succès par la quinine pendant plusieurs semaines ; mais ensuite ils se reproduisirent d'une façon tout à fait inattendue, à plusieurs reprises, pendant l'hiver qui suivit. Le malade se regardait comme guéri, parce qu'il n'avait plus d'accès depuis plusieurs semaines, lorsque, à l'occasion d'un voyage à l'Exposition de Chicago, il eut un frisson au moment où il passait le pont des chutes du Niagara. Quand il fut de retour dans sa famille, on le soumit de nouveau à un traitement par la quinine et l'arsenic, qui donna, de temps en temps, de bons résultats. Comme les accès avaient reparu au mois de septembre, je fus appelé auprès de lui, en l'absence de son médecin traitant, le D'' W. T. Alexander. Il avait, depuis plusieurs jours, des accès récurrents quotidiens, qui l'obligeaient à quitter, chaque jour, l'école vers 11 h. du matin. La rate était augmentée environ du quart de son volume. L'enfant était anémique et déprimé; cependant, il se trouvait assez bien pendant les premières heures de la journée. J'ordonnai de la quinine, mais je ne parvins pas à produire le tpiinisme, même en employant de hautes doses (1 gr. 30). On perdit ainsi une semaine. Je conseillai alors à la mère du malade, qui était une femme intelligente, de lui administrer chaque jour, à 10 h. du matin, une douche froide sur le dos, après l'avoir fait placer debout dans une baignoire contenant de l'eau très chaude, sur une hauteur de trente centimètres. Comme le malade habitait à Audubon-Park, sur la rive orientale de l'Hudson, on avait de l'eau à une pression considérable, probablement

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