‹ La pratique de l'hydrothérapieChapitre 73 sur 105 · CHAPITRE XXII NÉVRALGIES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII NÉVRALGIES

On appelle névralgie toute douleur se produisant sur le trajet d'un nerf et qui ne se trouve pas en rapport avec une maladie actuelle de ce nerf ou une maladie d'un organe quelconque.

Nous avons tous l'occasion de vérifier l'exactitude de cette formule de Romberg : « La douleur est la supplication d'un nerf qui demande un sang plus sain. » Dans un grand nombre de cas de névralgie, en eifet, la douleur est l'expression de l'action morbide exercée sur le sang par la malaria, la goutte, ou un agent toxique. D'autre part, il existe souvent, chez les malades atteints de névralgies, une anémie bien nette. Dans beaucoup de cas, également, la nutrition est manifestement insuffisante, qu'elle soit la cause ou l'eiTet de douleurs persistant depuis longtemps.

Lorsqu'on a déterminé les causes de la névralgie et qu'on a mis le malade à l'abri de leur action, il reste à relever la nutrition déficiente. On commence par mettre la région atteinte au repos, pendant la période d'acuité; puis on fait alterner le repos et l'exercice, lorsque la maladie est arrivée à l'état chronique. Les procédés hydriatriques, que l'on adapte avec prudence aux particularités de cliaque cas, lorsque le malade est anémique, favorisent l'action des autres médications; ils suffisent même parfois à amener la guérison. Les méthodes que nous avons proposées précédemment pour activer l'hématose seront employées avec avantage.

Il est de la première importance de conduire le traitement hydriatrique, quand on soigne une névralgie, de façon à obtenir une bonne réaction. On produira, de la sorte, une tluxion active des tissus malades, comme des tissus sains. Le métabolisme deviendra plus énergique, l'élimination des substances

596 PRATIQUE DE l'iIYDROTHÉRAI'IE

par le rein et par la peau sera plus rapide ; de plus, l'alcalinité du sang augmentera et sera suffisante pour neutraliser les produits toxiques acides en circulation, qui compromettent l'intégrité des troncs nerveux et de leurs branches, ou troublent leur fonctionnement. La stimulation des échanges organiques, Taugmentation de l'alcalinité du sang, le rétablissement de la résistance normale de l'organisme aux variations atmosphériques ont pour conséquence une amélioration générale de la nutrition.

Chez les goutteux, j'ai obtenu les résultats les plus satisfaisants, en prescrivant le maillot humide, suivi d'un demi-bain, ou le bain d'air chaud continuéjusqu"à production d'une sueur plus ou moins abondante, suivant l'état du malade, et suivi d'une douche en cercles, abaissée de lUO'' à 9Ûo F. (37,8° à 32, 2" C.) et durant une minute, puis d'une douche en éventail à 8r>o F. (29,5° C), dont on réduit chaque jour la température d'un degré (0, 5° C.) et qui dure de dix h trente secondes. On arrive, dans la plupart des cas, à calmer les douleurs locales en employant le procédé que nous allons indiquer. On applique des fomentations très chaudes, sur la région, suivant la technique indiquée page 199, et on les continuejusqu'àcequela transpiration soit abondante sur le corps tout entier; ensuite on administre au malade une douche en cercles à 90° F. (32, 2" C), d'une minute, puis une douche écossaise (avec de l'eau à IIO et de l'eau à 70° F., 43,3° et 21,1° C), d'une minute sur le nerf malade, s'il est assez superficiel. On peut, à l'occasion, terminer l'opération par une douche générale en éventail à 85° F. (29,5'' C), dont on abaisse chaque jour la température jusqu'à ce qu'elle soit à 70" F. (21, 1° C.) La douche de vapeur écossaise est plus efficace. Exceptionnellement, on est amené à recourir, dans le traitement de névralgies du nerf sciatique ou d'un autre nerf superficiel, à l'application de sacs à glace.

M. II..., qui m'est envoyé par le D'" Ilayd, de BulTalo, est en traileinent depuis plusieurs mois pour une sciatique. Le D'" Roswell Park a pratiqué l'élongation du nerf. Un médecin éminent de Philadelphie a déclaré la maladie incurable. Sous l'influence du traitement que nous avons indiqué ci-dessus, l'alTection s'est complètement guérie. Le malade s'est si bien habitué à l'eau froide qu'il prend, depuis lors, en toutes saisons, une immersion chaque jour, ce qui a le meilleur elTet sur son état iiénéral.

J'ai vu guérir de la même façon un grand nombre de névral-

gies (lu trijumeau, de névralgies bracliiales et de névralgies sciatiques, qui avaient résisté aune médication prolongée. parfois aussi à une cure de repos. Je connais, d'autre part, de nombreux succès semblables obtenus par déminents confrères. Toutefois, j'ai eu le regret d'avoir à enregistrer également de nombreux échecs de l'hydrothérapie, car on m'envoie les cas les plus désespérés.

J'ai constaté que la sciatique est la névralgie sur laquelle l'hydrothérapie exerce l'action la plus favorable, et que la névralgie brachiale et la névralgie du trijumeau sont les plus rebelles à ce mode de traitement.

Dans les névralgies de date récente, on obtient les résultats les plus satisfaisants en employant le maillot sec et la fomentation très chaude, exécutés suivant la technique indiquée page .'ii.'i, que l'on fait suivre de douches ou d'afTusions à température décroissante d'un jourà l'autre (9.5''-7o''F,ou So^-Sa.S" C). Lorsque la sciatique, ou une autre névralgie, est à l'état chronique, on peut recourir aux mêmes procédés; mais on impose, en plus, au malade, après leur application, un repos d'une ou plusieurs heures dans un maillot sec, où il transpire abondamment; dans ces conditions, non seulement les organes malades bénéficient d'un repos prolongé, mais encore les échanges organiques deviennent plus actifs et, par suite, l'élimination des produits toxiques augmente. On peut traiter le malade suivant cette méthode à son domicile. Elle m'a donné des succès dans des cas oi! les salicylates, la quinine, le salol, le thermocautère de Paquelin et l'électricité avaient abouti à des échecs. Un grand nombre de travaux confirment mon opinion personnelle sur ce sujet.

« On a reçu dans l'établissement de Kaltenleutgeben, dit le professeur Winternitz (1), cinq cent quatre-vingt-cinq cas de névralgie, en ces vingt-cinq dernières années. Dans beaucoup d'entre eux, la névralgie était symptomatique d'une maladie générale. Mais ce nombre ne comprend ni les cas de douleurs fulgurantes du tabès, ni les cas de douleurs gastriques des dyspeptiques, ni les cas de névrites toxiques. Il ne comprend que des malades chez lesquels des douleurs caractéristiques, affectant seulement certains troncs nerveux, constituaient toute la symptomatologie de la maladie.

« Parmi les cas que nous considérons, on trouve des migrai-

|1 1 Blaltev (iir Idinische Hydrothérapie, janvier 1802.

598 TRATinuE DE l'hydrotuérapie

nés, des névralgies frontales, sus-orbitaires, sous-orbitaires, maxillaires et occipitales; des douleurs névralgiques du tronc et des membres, siégeant sur le trajet de la plupart des nerfs sensitifs.

« Les cas plus nombreux appartiennent aux névralgies intercostale, cervicale, brachiale, en particulier à la sciatique; on compte aussi de nombreux cas de névralgie du testicule et de coccygodynio.

« Les résultats obtenus dans ces cinq cent quatre-vingt-huit cas, au moyen de médications surtout physiques, chaleur, action mécanique, électricité, comprennent cinquante-deux guérisons pour cent. Cinq pour cent seulement des malades furent renvoyés sans avoir tiré aucun avantage du traitement; tous les autres éprouvèrent une certaine amélioration.

« Ces chiffres montrentque i'iiydrothérapie est d'une grande utilité dans le traitement des névralgies. Ils ne représentent pas toute l'expérience que j'ai acquise du traitement des névralgies ; car j'ai soigné un nombre de cas au moins égal dans ma olientèle particulière, ou à la polyclinique.

« J'ai vu les cas les plus invétérés et les plus rebelles guérir sous l'action de procédés hydriatriques plus ou moins énergiques.

« J'ai observé un cas de prosopalgie, qui persistait depuis plusieurs mois, se terminer après une simple douche en pluie à H'' R. ( IQû C.), et ne pas récidiver dans les trois mois, pendant lesquels je pus continuer à voir le malade. C'est là, il est vrai, un résultat qu'on ne peut espérer constater bien souvent. Toutefois, il n'est pas rare que la douleur, dans des névralgies anciennes et rebelles, cesse pour un temps plus ou moins long, ou s'atténue notablement, à la suite d'une première ai)i)lication hydriatrique. A ce point de vue, on doit surtout recommander l'usage de la douche écossaise, non seulement pour ses effets curatifs, mais aussi parce qu'elle fournit un excellent moyen de préciser le pronostic, lorsqu'elle soulage les douleurs dès le début du traitement. »

Winternitz a été le premier a démontrer l'utilité des applications alternées de chaud et de froid dans la névralgie. 11 pré- 'end que « la chaleur rend les nerfs plus susceptibles à l'égard des modifications de l'activité nerveuse et des efïets révulsifs que déterminent les températures inférieures que l'on fait agir ensuite ».

« jNous pouvons, dit-il, faire précéder avec avantage les appii-

cations froides dune exposition du corps à la chaleur ou d'une application de compresses chaudes.

;( En somme, le traitement que nous avons institué peut se résumer comme suit: Emploi de températures très différentes et applications de courte durée; action mécanique ajoutée à laclion thermique, massage, sudation, mouvements de résistance, mouvements actifs énergiques toutes les fois que la chose est possible, mouvements passifs lorsqu'on ne peut faire autrement, frictions, manipulations mécaniques, électricité, boissons chaudes, et, dans quelques cas, médication interne. Une action intense sur le système nerveux, une révulsion, une excitation des filets nerveux, une influence marquée, directe et réflexe, sur la circulation, la production d'une fluxion active dans les différents organes, une stimulation des sécrétions et excrétions, tels sont, serable-t-il, les facteurs qui ont déterminé la guérison de cinquante-deux malades sur cent, et qui ont amené une amélioration marquée dans l'état de beaucoup d'autres. »

Sciatique. — Le D'' Otto Pospischl (1) a publié un travail comprenant cent trente-cinq cas de sciatique plus ou moins rebelle qui ont été traités à Kaltenleutgeben en ces vingt-cinq dernières années. De ces malades, six pour cent seulement ne tirèrent aucun bénéfice du traitement; cinquante-sept pour cent furent complètement guéris, et trente-sept pour cent eurent une amélioration bien nette. L'auteur rapporte, notamment, Tobservalion, très intéressante, d'un malade sur lequel l'action du traitement fut tout à fait remarquable ; nous reproduisons cette observation en abrégé, parce qu'elle donne un exemple de l'efficacité de l'hydrotiiérapie dans un cas désespéré et qu'elle peut servir de guide dans la direction d'un traitement.

A..., 24 ans, a contracté une sciatique très grave et fort douloureuse à la jambe gauche, en restant assis sur des pierres humides et froides. Sa colonne vertébrale s'est incurvée à droite et en avant ; elle ne peut être redressée sans une grande difficulté et sans douleurs vives. Le malade a été traité avec l»eaucoup d'application par ditférents médecins, sans arriver à luie atténuation de ses souffrances. Il demande maintenant un traitement hydrotliérapique. La ligure ci-contre (a) montre quelle est l'attitude du malade au repos, une semaine après le début du trai-

(1) Blàtler fur kliniache Ilydrolkerupie. 1891.

PRATIQUE DE L HYDROTHERAPIE

tement. Il était, tout d'abord, impossible de le photographier ; car la douleur était si intense qu'il ne pouvait se tenir debout. On est obligé de lui donner de la morphine toutes les nuits, durant quatre semaines. Pendant ce temps, on lui fait prendre trente bains, d'une durée d'un quart d'heure à une demi-heure, à 104o F. (40 C.) et huit grammes dacide salicylique par jour, sans effet bien marqué. On

Page 1