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CHAPITRE XXIII HYSTÉRIE

Les hystériques, avec les manifestations protéiformes de leur maladie, ont toujours été l'efîroi des médecins. Ce sont des malades très vagabonds, qui s'en vont d'un cabinet de consultation ù l'autre, pour épancher dans l'oreille complaisante du médecin le récit de leurs longues souffrances.

Dans l'hystérie, comme dans la neurasthénie, la thérapeutique doit se proposer surtout de rétablir « l'équilibre mental » compromis, en améliorant l'état des fonctions de nutrition, par le régime, par le repos ou l'exercice, par le changement de milieu, par l'hydrothérapie. Tout ce que nous avons dit du traitement de la neurasthénie trouve encore ici son application. En effet, bien que ces deux maladies fonctionnelles du système nerveux présentent entre elles, à plusieurs points de vue, des différences profondes, leur thérapeutique est, à peu de chose près, la même.

Le grand neurologiste Charcot est certainement le médecin de notre époque qui a remporté le plus de succès dans le traitement des maladies nerveuses, non pas seulement parce qu'il possédait une connaissance parfaite de ces maladies, mais parce qu'il avait pu expérimenter sur de très nombreux malades les méthodes de traitement les plus différentes. Un certain nombre des méthodes qu'il a créées sont restées classiques, notamment la douche spéciale et quelques autres procédés hydrothérapiques. qui lui donnèrent des résultats merveilleux. « Certains établissements hydrothérapiques de Paris ont eu un succès complet avec des malades de ce genre, en ces quinze dernières années, constatait Charcot, parce qu'ils possèdent une installation convenant parfaitement au traitement de ces malades. »

Les heureux résultats qu'a obtenus Charcot sont peut-être

pour quelque chose dans la vulgarisation dune opinion erronée, qui est encore très répandue. On s'imagine volontiers que l'ablution d'eau froide, parce qu'elle réussit à calmer les convulsions d'une hystérique en crise, ouàranimer une hystérique évanouie, peut toujours être appliquée à tous les cas d'hystérie, convulsive ou non, sans distinction. D'autre part, on se représente souvent la douche de Charcot comme un jet d'eau froide frappant le corps tremblant de la malade. 11 est regrettable que cet illustre maître n'ait pas laissé des indications précises sur les procédés qui lui donnaient satisfaction, indications qui pourraient nous servir pour déterminer la durée des opérations, la température et la pression de l'eau employée. Il avait coutume d'envoyer ses malades à l'établissement du D' Keller, à Paris, ou à celui de Divonne. Cela permet de comprendre pourquoi la douche de Charcot est souvent appliquée dune façon défectueuse et donne des déceptions.

D'après mon expérience personnelle, la douche spinale est une ressource précieuse dans un grand nombre de cas d hystérie, où elle stimule les centres nerveux et rétablit l'équilibre troublé. L'efficacité de la douche spinale, contrairement à ce que beaucoup pensent, ne tient pas à une action directe qu'elle exercerait sur la moelle épinière, mais s'explique par ce fait qu'on peut l'appliquer à des températures très basses, sans quelle entraîne d'elTets dépressifs. Il en est ainsi, parce qu'elle n'atteint qu'une région restreinte de la surface cutanée, et parce que, portant sur une paroi osseuse et musculaire épaisse, elle ne fait pas refluer le sang vers les organes profonds. En outre, quand l'application froide est limitée à une région peu étendue de l'organisme, les autres parties fournissent plus facilement la réaction. Enfin, la colonne vertébrale peut supporter les pressions les plus fortes et permettre, ainsi, de provoquer les réactions les plus énergiques.

Je ne crois pas pouvoir attribuer aux douclies spinales le moindre effet spécifique, car rien ne permet de supposer qu'elles possèdent une action de ce genre. Le bénéfice réel qu'elles procurent tient exclusivement à ce fait qu'elles rétablissent le (( tonus » que le système nerveux a perdu et qu'elles favorisent l'appétit, la digestion et l'assimilation. Elles agissent surtout en fournissant aux nerfs périphériques, qui les transmettent au système nerveux central, des excitations toniquesengendrées par le choc de l'eau froide ou fraîche, sous pression sur la peau.

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Dans riiystérie, comme dans laneuraslhéiiie, les cas peuvent se grouper, au point de vue du traitement, en deux espèces distinctes : la forme irritable et la forme dépressive. Quand il s'agit d'un cas appartenant à la forme irritable, on doit éviter de faire intervenir une tempéi-ature trop liasse ou une percussion trop énergique. Le maillot humide, dont le D'' Mary Putnam Jacobi a étudié les effets avec tant de soin, est le procédé qui donne les meilleurs résultats. On l'administre une fois par jour, au moyen d'un drap que l'on plonge dans de l'eau à une température de 60" à TOo F. (15, o" à 21. 1° C), et que l'on exprime avant d'en envelopper le malade, qu'on laisse dans son maillot pendant une heure ou plus, les fenêtres de la salle étant -ouvertes. Lorsque l'application doit être prolongée, on se sert d'un double drap. Après le maillot on donne au malade, soit un demi-bain de dix minutes à 80° F. (26,6'^ C), lorsqu'on le traite à son domicile, soit une douche de quinze secondes à8-j° F. (29,5" C.),sous une pression de i 13 atmosphère, lorsqu'on le soigne dans un établissement spécial. Une ou deux fois par semaine, on peut faire suivre le maillot humide d'une douche en cercles de dix secondes à une température plus basse et sous une pression plus élevée, par exemple, eu partant de 90" F. (32,2» C.) pour arriver rapidement à 75" F. (23,8° C). avec une pression de 1 2/3 atmosphère, après laquelle on administre une douche en éventail de cinq secondes de 85» à 65° F. (29, 5o à 18,3° C), avec la même pression. Dans la clientèle, on donne, à la suite du maillot humide, quand on ne peut faire prendre un demi-bain, une alfusion d'un demi-seau d'eau à 85"-60° F. (29,5''-15,5° C). Pour recevoir cette atTusion, le malade ."je place debout dans une baignoire vide, et, pour la donner, l'opérateur monte sur une chaise.

Lorsqu'on traite à domicile, un cas appartenant à la forme dépressive, on obtient de bons résultats des aft'usions froides quotidiennes. On donne l'affusion au malade alors qu'il garde encore la chaleur du lit, après l'avoir fait placer debout dans de l'eau chaude, qui lui arrive jusqu'aux chevilles; on emploie, pour l'affusion, de l'eau à 80", et on abaisse la température de deux degrés (1° C.) par jour. Lorsqu'on traite le malade dans un établissement, on le soumet, d'abord, au bain dair chaud, qui stimule les vaisseaux cutanés et les remplit de sang ; puis, on lui donne une douche en cercles de trente secondes, à 85° F. (29,50 C) sous une pression de 1 2/3 atmosphère ; on abaisse la température de l'eau à 70' F. (21,1° C.) durant la première

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séance, et jusqu'à 60° F. (15,5'* C.),dans les séances ultérieures.

On peut administrer enfin une douclie en rosée de cinq secondes à 63" F. (18, 3" C.), et, dans la suite, une douche en jet de trois secondes à 65°-3oo F. (18,3°-12,8o C). Si la température la plus basse (50° F., 10° C.) est très bien supportée, on peut augmenter la pression, de façon à la porter, en deux où trois jours, à deux atmosphères. Dans les cas de ce genre, le procédé le plus utile, en même temps que le plus simple, est peut-être celui qui consiste à appliquer sur le dos seulement une douche en jet plein, dont on abaisse la température et dont on élève la pression chaque jour.

Dans un traitement à domicile, au lieu du bain d'air chaud et de la douche, on administrera successivement au malade une friction pour dilater les vaisseaux, un maillot sec d'une durée d'uneheure, une afl'usion rapide suivant latechnique indiquée ci-dessus, mais à une température plus basse.

On doit toujours essayer d'un traitement à domicile avant d'envoyer le malade au dehors. On ne doit jamais traiter ces malades avec impatience. C'est en unissant la douceur à la fermeté qu'on obtiendra de bons résultats dans leur traitement, comme dans tout traitement hydrotherapique.il est une autre condition du succès: c'est que le médecin ait des idées larges, qu'il ne mette pas toute sa confiance en un unique procédé thérapeutique, hydriatrique ou autre.

Dans l'hystérie, comme dans beaucoup d'autres maladies, l'adjonction de l'hydrothérapie au traitement ordinaire donne des résultats tout à fait remarquables. Les observations cliniques que l'on peut citer à l'appui de cette opinion ne se comptent plus. Nous nous contenterons d'en reproduire quelquesunes empruntées à la pratique hospitalière, qui fournit descas mieux étudiés.

Les rapports annuels des médecins de Montefiore Home contiennent habituellement quelques observations résumées de cas d'hystérie, qui sont admis dans l'établissement après avoir été soignés en vain pendant des années, et parce qu'ils sont réputés incurables, et qui y sont traités suivant la méthode que j'ai instituée. Voici ce que dit d'un cas de ce genre le D"" Ettinger, dans son rapport pour l'année 1890 :

Une jeune fille nous arrive avec une paralysie totale du bras gauche et une amaurose de l'œil gauche de nature fonctionnelle. Depuis deux ans, elle cherche partout la guérison, sans succès. On nous l'envoie comme un cas désespéré. Nous sommes assez heu-

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reux pour lui rendre complètement la motilité du bras et la vision, et pour mettre un à la dépression morale qui l'avait envahie. Actuellement elle gagne sa vie comme domestique.

K L'observation précédente, ajoute le D^ Ettinger, représente le type d'un certain nombre de cas d'une gravitémoindre, qui nous ont également donné des succès thérapeutiques. Dans tous ces cas, c'est l'hydrothérapie qui a été l'élément le plus important du traitement. Dans un cas, où il s'agissait d'un homme atteint d'une forme grave d'bystjéro-épilepsie, l'hydrothérapie a été la seule cause de l'amélioration obtenue.

« J. S..., 58 ans; Hollandais; rien dans les antécédents familiaux; dit avoir des cris<^s con^mlsives depuis vingt-cinq ans, crises qui se répétaient souvent dix à quinze fois par jour. Après son entrée, le malade a de une à trois crises chaque jour. Diagnostic : hystéro-épilepsie. Traitement : douche de Charcot sur la colonne vertébrale, une fois par jour. La fréquence des crises convulsives diminue progressivement et elles cessent au bout de trois mois. Il reste encore trois mois sans avoir de crise et quitte l'établissement. »

« L'hydrothérapie, dit le D'' Rosenthal (1891), employée dans la thérapeutique du mal de Bright, du rhumatisme et de différentes maladies du système nerveux soutient sa réputation passée.

« T. R..., hystérie avec catalepsie, est renvoyée guérie; elle peut entrer comme employée dans une des maisons les plus imitoitantes de New-York et n'a plusaucunemanifeslalion de sa maladie.

« T. H... présente une forme grave d'hystérie ; elle aune paralysie partielle du bras droit etune paralysie totale avec contracture des doigts, accompagnée de lésions organiques des doigts et du poignet. Ces troubles disparaissent progressivement sous l'influence du traitement. Elle était traitée précédemment par un médecin des plus éminents, qui n'avait obtenu aucun résultat. »

Le D"" C. Bloch rapporte le cas suivant (1892) :

« L. H... est sujette à des crises convulsives épileptiformes et choréiformes, qui s'associent parfois à des hallucinations, à de l'aphasie, à une paralysie totale. Elle présente des zones hystérogènes; on peut provoquer les accidents en touchant ces zones. Depuis trois ans elle a été soignée par beaucoup de spécialistes distingués eta fait des séjoursdansdifFérenlshô]ùtaux, tantôt sans succès, tantôt enobtenant quelque amélioration. A son entrée, elle dit avoir six à dix

crises par jour. Au bout de cinq mois de traitement, les troubles dis[»ai'aissent progressivement, et, peu après, elle sort guérie. »

«De plusieurs cas d'hyslérie à forme grave que nous avons observés, disent les D""* Bloch et Frankel (1893), nous nous contenterons de citer celui d'un malade, qui était atteint, en même temps, de la maladie de Ménière, et qui était, depuis sept ans, un pilier d'hôpital. Ce malade était condamné au lit et souffrait extrêmement depuis des années. Actuellement, il va et vient ; il sera bientôt complètement guéri. »

Le rapport des D'^'' Bloch et Frankel pour l'année 1894 contient les observations suivantes :

B. M..., 22 ans, domestique, à la suite d'une chute faite d'une échelle d'appartement, présente les troubles suivants: le bras droit, les'muscles du dos et du cou, la langue elles muscles masticateurs sont paralysés et coniracturés , lorsqu'elle essaie de se promener, elle se laisse choir souvent; la sensibilité est presque abolie sur toute la surface du corps. Actuellement l'état de cette malade est satisfaisant ; elle sortira bientôt. Pendant les deux années qui précédèrent son entrée dans notre établissement, elle avait été traitée par un grand nombre de médecins.

L. II..., 55 ans; entré eu octobre 1893, atteint d'une paraplégie des membres supérieurs et des membres inférieui's ; est actuellement complètement guéri, et doit prochainement quitter l'établissemenl.

Nous allons résumer maintenant uncas remarquable, dontle D*" Bourneville a publié l'observation détaillée dans le Progrès Médical du 26 août 1882. Il démontre combien les douches sont utiles dans le traitement des troubles hystériques graves. Nous nous permettrons d'exprimer le regret que l'auteur n'ait donné aucune indication concernant les températures employées.

Le père et le grand-père de la malade sont des nei-veux et ont des migraines ; la mère a eu des convulsions et un torticolis dans son enfance ; une tante maternelle est idiote ; plusieurs frères et sœurs ont eu des convulsions. Le malade avait des crises convulsives depuis neuf mois. En février 1880, on constate l'existence d'une hémianesthésie sensorielle et de zones hystérogènes. Les crises revenaient avec une grande régularité ; elles étaient suivies d'accès de rire et de délire. On administra des toniques, du bromure de, camphre, des bains et on prescrivit des exercices de gymnastique- Puis on administra des douches froides, en pluie et en jet, de trente, puis de quarante secondes, une fois par jour. On fit conti-

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nuer ce traitement liydrothérapique jusqu'à la fin de l'année. Au mois d'août les crises devinrent plus rares et plus courtes ; en décembre elles cessèrent tout à fait. Pendant les premiers mois de l'année 1882, l'enfant était encore irascible : il était parfois sujet à des rires nerveux. On reprit les douches. Le 24 août 1882, ce malade était en excellent état, il n'avait pas eu de nouvelles attaques (1).

L'observation suivante, que j'ai recueillie dans ma clientèle privée, peut servir de guide dans l'administration d'un traitement hydriatrique.

A. F..., 15 ans, est amené à ÏHydnatric Institute, le 19 juillet 1892, par son père, qui nous raconte que l'enfant a eu une syncope le 31 mars 1892, le jour des obsèques de sa sœur. Dix jours plus tard ccyarron avait une nouvelle défaillance alors qu'il se trouvait à l'école, et une autre deux jours après. Le médecin de la famille, renseigné sur l'accident qui était survenu à l'école, conclut qu'il s'agissait d'épilepsie On garda l'enfant à la maison, et on lui administra du bromure de potassium.

Les attaques devinrent plus fréquentes. On demanda en consultation un éminent neurologiste. Le même traitement fut maintenu. L'enfant continua à avoir des crises une fois et très souvent deux fois par jour, crises qui duraient de cinq à dix minutes. Au début, il perdait connaissance et restait sans mouvement ; plus tard les crises devinrent tellement violentes qu'on fut obligé de faire tenir le malade, parfois par plusieurs hommes, afin d'empêcher qu'il ne se blessât. Le médecin consultant fut appelé de nouveau et lit un pronostic défavorable sur l'évolution de la maladie. Différents médecins, qui jfurent appelés aux moments où le malade était en crise, lui firent des injections de morphine. Son médecin habituel le soumit, en outre, à un traitement jtar l'électricité.

Etat actuel. — Le visage est pâle, couvert d'acné ; le regard est inquiet; les mains présentent du tremblement; la démarche est sautillante. Le malade a un apjtétit capricieux; il se plaint de pesanteur de l'estomac après les repas ; il est constipé.

Traitement. — Résorcine, vingt centigrammes dans un vcire d'eau très chaude, une heure avant le déjeuner et le dîner. Après avoir fait laver le malade à l'eau et au savon, on lui administre un maillot humide, au moyen d'un drap trempé dans de reauà70°F. (21,10 c.) et exprimé. On recommence la même opération une fois par jour, en abaissant la température de l'eau de 1° C. chaque jour. On fait suivre le maillot humide d'une douche en pluie à 90° Y. (32,2» C), sous une pression de 1 2/3 atmosphère, et d'une durée de trente secondes. On abaisse la température de l'eau de 90° à To» F. (32,2° à 23,8»C.) pendant cette douche.

(1) Cité par Duval : Trallc pratique et clinique d'hydrothérapie.

20 août. — On soumet le malade au mémo traitement hydriatiiqu(', en a])ai.ssant cluKiue Jniii' de 1" C. la tempéralui'e de l'eau employée. Le malade a eu une petite crise cinq jours après le début du traitement; il n'en a |ias eu de[iuis. On l'envoie à Long Branch prendre des bains de mer.

29 septembre. — Le malade revint me voir à plusieurs reprises; il allait de mieux en mieux. Il s'en alla yué'ri. Il est resté en bonne santé de[iuis cette époque.

Résumé. — Je considère l'hydrothérapie comme un élément essentiel du traitement de l'iiystérie ; ce n'est pas que je crois que les douches spinales froides aient une action spécifique sur cette maladie ; mais je constate qu'elles exercent une influence marquée sur la nutrition générale et, par conséquent, sur la nutrition du système nerveux. Si le médecin demande à Thydrotliérapie un résultat de ce genre, elle lui donnera, associée ù l'isolement, à; la cure de repos, aux diverses médications, les plus grands succès. Ces dernières méthodes suffisent souvent à ramener le malade à la santé. Mais si l'on y ajoute l'hydrothérapie, lesprogrès sont beaucoup plus rapides et le traitement est beaucoup plus facile pour le médecin et plus agréable pour le malade. Grâce à l'hydrothérapie on est assuré d'avoir des résultats duiables ; en effet, le malade s'accoutume à supporter les pratiques hydriatriques; il y prend goût; il les continue chez lui, parexemple sous forme d'affusions ou d'immersions froides ; il maintient ainsi les modifications favorables que le traitement a amenées dans ses fonctions de nutrition et dans ses fonctions nerveuses; il conserve en outre de cette façon d'excellentes liabitudes de discipline mentale.

Autres névroses. — J'ai obtenu, au moyen de l'hydrothérapie, des succès remarquables dans le traitement de diverses névroses, en particulier dans la maladie de Graves, la chorée, les céphalalgies rebelles, les paresthésies de formes variées, les névroses traumatiques et les névroses professionnelles .

Dans le traitement de Vépilepsie, je me suis toujours félicité d'avoir ajouté l'hydrothérapie à l'administration des bromures et au régime. Lorsque les épileptiques ont delà dépression physic[ue, on peut leur appliquer la méthode cjue nous avons exposée à propos du traitement de la neurasthénie (page o77) ; lorqu'il s'agit d'individus pléthoriques et obèses, on peut les soumettre avec avantage aux bains d'air chaud, en même

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temps qu'on leur fait des lavages d'intestin pour les débarrasser desptomaïnes, des scybales, etc. Le D'' Foster, dans son rapport sur l'asile d'aliénés de Washington pour l'année 189.S, montre que l'application méthodique du drap mouillé ruisselant, du maillot humide, de la douche, chez les épileptiques, empêche que ces malades n'aient de l'acné bromique et de l'asthénie, ou atténuent ces complications lorsqu'elles surviennent, ce que j'ai pu constater moi-même. Dans son rapport, le D'' Foster déclare avoir reconnu les bons effets que les classiques disent avoir obtenus de l'hydrothérapie dans le traitement de l'épilepsie.

Fleury, dans son célèbre « Traité thérapeutique et clinique d'hydrothérapie » (Paris, 1875), résume en ces termes l'enseignement fourni par un nombre considérable d'observations :

« De tous les traitements préconisés contre l'épilepsie, l'hydrothérapie est celui qui présente les chances de succès les plus sûres. »

Tous les auteurs sont, sur ce point, d'accord avec Fleury. Weiss, Duval, Delmas rapportent les guérisons qu'ils ont obtenues. Becquerel, Franck, Rosenthal, Marcet, Nothnagel, Bottey recommandent tous l'hydrothérapie dans des termes analogues à ceux que nous avons cités.

P. Bricon,dans sa thèse inaugurale consacrée au traitement de l'épilepsie, expose en détail la méthode appliquée à Bicètre dans le service de M. Bourneville. Le traitement hydrothérapique était habituellement maintenu pendant deux mois sans interruption; parfois on le répétait ; dans un des cas rapportés par l'auteur on le prolongea plus de cinq mois. Sur 46 cas, 34 furent améliorés par ce mode de traitement. Sur ces 34cas, 17 avaient été traités exclusivementparl'hydrothérapie. Parmi ces derniers on trouve lOcasoùramélioration fut très marquée.

Dans un article plus récent (1), Bourneville, s'appuyant sur une expérience de vingt années, affirme que les bains et les douches, associés à la gymnastique et au travail manuel, constituent le meilleur traitement des diverses formes de l'épilepsie et de leurs complications. Bourneville fait observer avec raison que les bromures alcalins et le bromure de camphre, qui sont les médicaments les plus utiles aux épileptiques, peuvent être employés sans inconvénients à des doses élevées chez ces malades, lorsqu'on administre à ceux-ci des

(i) r.e Progrès Médical, n» 0, 1903.

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purgatifs en même temps qu'on les soumet à un traitement hydrolhérapique. Cette méthode entretient si parfaitement l'activité des fonctions de la peau, qu'il n'a jamais observé de bromisme chez les malades auxquels il l'avait appliquée.

Les opinions que je viens de rapporter confirment celle que j'ai retirée de mou expérience personnelle. Je n'ai pas toujours réussi à éviter l'acné à mes malades ; mais je suis toujours arrivé à les mettre à l'abri des etîets déprimants des bromures en leur appliquant les procédés hydriatriques.

D'après mes observations, lorsqu'ils'agit de malades atteints depuis longtemps, l'amélioration est moins marquée dans les deux ou trois premiers mois du traitement que plus tard. Lorsqu'un premier résultat est acquis les progrès deviennent plus rapides. Il semble, par conséquent, que la durée moyenne du traitement à Bicétre soit insuffisante pour qu'il fournisse les meilleurs résultats possibles.

Fleury et Bottey ont également signalé l'avantage qu'il y a à soumettre aux opérations hydriatriques les malades qui prennent du bromure à hautes doses. Ces pratiques diminuent dans des proportions considérables l'action nuisible que le médicament. exerce sur les fonctions physiques et mentales. Cet efi'el est dû à deux causes. L'hydrothérapie facilite et régularise l'absorption du bromure; elle nous permet ainsi d'obtenir des résultats égaux de l'administration de doses un peu plus faibles. D'autre part, en stimulant et tonifiant l'organisme, en facilitant l'élimination de la substance médicamen-. teuse, l'hydrothérapie augmente la tolérance du sujet à l'égard de ce produit et en atténue les efTets nocifs.

Le choix du procédé hydriatrique à employer dans les difTérentes névroses que nous avons indiquées doit être déterminé d'après l'étiologie de la maladie, d'après l'état du malade et ses conditions d'existence, et d'après la durée antérieure de la maladie. Nous avons donné, à propos des traitements de la neurasthénie et de l'hystérie, des renseignements assez détaillés sur ce sujet, pour que nous ne jugions pas nécessaire d'y revenir; on peut tenir compte des règles que nous avons indiquées, dans le traitement de toutes les névroses. Voici une observation prise parmi beaucoup d'autres également démonstratives.

Crises pseudo-anfjineiises. — M. D..., négociant, 40 ans, poids : 86 kilogrammes, d'aspect robuste : soufTre di-puis jifusieurs mois de douleurs angoissantes de la région précordiale, qui surviennent

G16 PRATIQUE DE L'HYDROTnÉRAPIE

toutes les fois qu'il essaie de se promener d'un pas un peu rapide, particulièrement après les repas. Il lui est devenu tout à fait impossible de continuer ses occupations. Son médecinhabituelconsidère ces douleurs comme dues à une angine de poitrine ; un médecin éminent consulté admet également ce diagnostic. On lui piescrit d'employer le nitrite d'amyle au moment des accès, et on lui con- .seille d'abandimner ses affaires. Quand il s'est soumis à cette décision, il tombe dans la mélancolie. Il a Fair absolument désespéré, lorsqu'il vient nous trouver pour nous demander de le traiter. Son histoire est celle d'un goutteux. Ses urines sont normales, mais elles laissent déposer des urates. Ses digestions sont paresseuses, sa tension artérielle est élevée. On le met à un régime excluant les viandes; on lui administre delà trinitrine et de la strychnine. On lui fait prendre tous les jours un maillot humide à 60» F. (15,5° C.) d'une durée d'une heure, suivi d'une ablution rapide avec de l'eau à 50» F. (10° C). On lui fait placer sur l'abdomen une compresse imbibée d'eau à 60° F. (15,5oC). On juge inutile de le soumettre à un traitement hydriatrique préparatoire pour déterminer sa capacité réactionnelle, car c'est un homme très robuste. On se propose, en prescrivant ce traitement, d'augmenter les échanges organiques, de produire un effet sédatif suivi d'une certaine stimulation. On en obtient d'excellents résultats, car le malade, inquiet de son état, l'applique avec soin et persévérance. Presque toujours le sommeil le gagne quand il se trouve dans le maillot. Au bout de trois mois, la fréquence et l'intensité des crises ont tellement diminué que je permets au malade de faire un voyage de plusieurs semaines. Quand il revient ses troubles dyspeptiques sont plus marqués. On lui fait prendre à son déjeuner et à son dîner, du bœuf haché, qu'il absorbe après avoir bu un demi-litre d'eau très chaude; au milieu de la journée, des huîtres et du lait chaud. On suspend les applications de compresses; on prescrit chaque jour un maillot humide à 70» F. (21, lo Ô.). Quatre mois après le malade ne souffre ])lus ; il a un peu maigri, mais il est capable de supporter les soucis des affaires. 'Ce résultai s'est maintenu depuis cinq ans.

J'*ai obtenu des succès analogues dans des cas moins graves, en employant des procédés hydrialriques plus doux, ablutions et douches. Toutefois, les insuccès ne sont pas rares. Chez un malade qui m'avait été envoyé par le professeur \\^illiam Osier, de Baltimore, un traitement hydrothérapicjue maintenu pendant une période de quatre mois ne donna aucun résultat.

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