RQUMATISME CHRONIQUE ET GOUTTE
augmentation de la motilité du membre. 11 permet à beaucoup de malades de supporter facilement, pendant des années, un état qui, dans d'autres conditions, serait la source de douleurs très pénibles. Dans certains cas, où il existe une immobilisation relative de l'articulation, par suite, non d'une ankylose vraie, mais d'une rétraction de la capsule, la douche écossaise, associée à un massage très prudent et à des mouvements passifs, aide beaucoup à rétablir la mobilité de l'articulation. Schiiller a, notamment, constaté l'efficacité de cette méthode dans des cas intéressant le poignet et. le cou-de-pied. Ces articulations sont particulièrement sensibles, et il est impossible de leur imposer le massage, même le plus délicatement exécuté, si l'on ne commence pas par les soumettre à l'action de la douche. Quand on associe ces deux agents thérapeutiques, l'état des malades s'améliore; ils marchent ou remuent leurs membres avec moins de peine et souffrent moins, tant qu'on continue le traitement. » (Voir le paragraphe consacré à la douche écossaise de vapeur.)
Chez les malades atteints de rhumatisme chronique dont l'étaS général est mauvais, c'est avec une grande prudence qu'on doit appliquer le traitement par les bains chauds. Ces malades tirent avantage delà sédationqueproduisentces bains etdela sudation qui les suit, à condition qu'on ne les répète pas trop souvent. On doit les administrer deux fois par semaine au maximum. D'ailleurs, on peut en atténuer les effets débilitants, en faisant intervenir d'autres procédés hydriatriques. Par exemple, on. fait prendre au malade une ablution quotidienne, dont on abaisse chaque jour la température; puis on le soumet à l'un des procédés que nous avons indiqués à propos du traitement de l'anémie. Cette méthode a, en outre, pour résultat de relever la tension artérielle et d'augmenter l'élimination rénale. Pour obtenir les meilleurs effets cliez les malades de cette catégorie, il faut employer l'eau à la température la plus basse possible et donner à l'opération une durée très courte, tout en cherchant à déterminer une bonne réaction.
Là encore, la douche écossaise sur les articulations et l'enveloppement de celles-ci dans des compresses humides sont des procédés qui se montrent fort utiles. Il convient aussi d'appliquer aux malades dont nous nous occupons la méthode du maillot sec (décrit page 291) ; après que le maillot sec a produit son effet, on sèche rapidement le corps do sujet et on le frictionne à l'aide d'une serviette de tolie plus ou moins
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imbibée d'eau à 60'^ F. (15, o° C.) ; puis on enveloppe les articulations de compresses mouillées à GO** F. (15, 5° C), et le malade reprend son linge de corps. On arrive, par l'emploi de ces moyens, à rendre des malades atteints de rhumatisme chronique ou subaigu capables de marcher, àaméliorerleurs fonctions de nutrition et à les ramener à la santé. Si ce traitement ne suffit pas, on peut envoyer le malade dans un établissement où il prendra des bains d'air chaud deux ou trois fois par semaine ; à la suite de chaque bain d'air chaud, il devra passer sous la douche en pluie ou sous la douche en jet, ainsi qu'on l'a indiqué dans un chapitre précédent. Si l'on demande au traitement des effets plus toniques et une action altérante plus marquée, on doit administrer au malade, d'abord un bain d'air chaud oîi on le laisse transpirer pendant peu de temps ; puis une douche en cercles d'une minute à 000-85° F. (32,2°-29,o'^ C.) et une douche en éventail de quinze secondes, dont on abaisse progressivement la température et dont on augmente la pression, jusqu'à ce que le sujet puisse tolérer une température de oQo F. (10° C.) et une pression de deux atmosphères; enfin, une douche écossaise de quinze secondes portant sur les régions tuméfiées et douloureuses.
En accoutumant ainsi progressivement un malade timoré •aux températures froides et aux pressions fortes, on développe son pouvoir réactionnel, on le fortifie, on améliore son hématose et sa circulation. Les congestions locales disparaissent; la circulation des articulations devient plus active ; les raideurs diminuent ; il n'est pas rare de voir un malade guérir dans ces conditions, et, comme il s'est habitué à faire chaque matin à son lever une ablution ou une immersion froides, de constater qu'il s'est ainsi mis à l'abri des récidives continuelles qui empoisonnaient son existence.
Dans les cas rebelles de rhumatisme chronique et de goutte, le massage sous la douche, tel qu'il est pratiqué dans les stations thermales d'Arkansas et de Virginie, en Amérique, d'Aixles-Bains et d'Aix-la-Chapelle, en Europe, offre une précieuse ressource (fig. 74).
Les substances minérales contenues dans l'eau n'ont pas grande importance, nous l'avons dit. Mais ce traitement agit très bien à cause de la température et de la pression de l'eau, et grâce au massage que l'on associe à la douche. On peut traiter isolément chaque articulation au moyen de la douchemassage. On amène à la salle d'hydrothérapie le malade enve-
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loppé dans des couvertures chaudes, soit sur une chaise à porteur, comme à Aix-les-Bains, soit par un ascenseur, comme dans le nouveau Kaiserhad d'Aix-la-Chapeile ; ou bien encore, — excellente pratique adoptée dans les établissements de Vir-
llilM^
Fig. 74. — La douche-massage à Aix-les-lîains (d'après Glax)
ginie etàPaso Robbes (Californie) — après l'avoir placé sur un petit lit dans une chambre contiguë à la salle de douches, où il a pu transpirer abondamment.
On peut administrer des douches suivant la même méthode partout où l'on dispose d'une installation permettant de régler la température et la pression du jet ; mais on ne saurait réaliser partout les conditions ollertes par le milieu dans les stations thermales.
Actuellement, le traitement du rhumatisme chronique est trop souvent abandonné aux mains d'empiriques ou d'ignorants. Il donnerait des résultats beaucoup plus satisfaisants pour le médecin aussi bien que pour le malade, si les opérations hydriatriques qu'il comporte étaient exécutées d'une
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façon rationnelle, adaptées aux nécessités de chaque cas particulier, surveillées avec autant de rigueur que celles qu'on applique dans la pneumonie ou toute autre maladie aig-uë. La négligence que l'on apporte au traitement, qu'il soit médical, diététique, climatologi(jiie, hydriatrique, ou autre, dans cette maladie comme dans d'autres atTections, est la cause d'un grand nombre d'échecs. Le praticien qui, connaissant à fond les particularités du cas qu'il traite, a des connaissances suffisantes en hydrothérapie pour régler la température et la durée des bains chauds qu'ilprescrit, peutentreprendre le traitement de ses malades rhumatisants, et les dispenser de l'ennui de quitter leur famille pour aller se soigner dans une ville d'eau.
11 est très important d'adapter le traitement à l'état du malade. Si on néglige de le faire , on va à une déconvenue ; si on observe cette règle, c'est le succès ; malheureusement, c'est la première de ces deux conditions qui se trouve le plus souvent réalisée. On peut diviser en quatre groupes, au point devue du traitement, les cas de rhumatisme chronique, si j'en juge d'après ceux quejai traitésdansma clientèle etàl'hôpital, au nombre de vingt-cinq environ.
1" Rhumatisme chronique atteignant les grandes articulations, chez des sujets qui ont eu plusieurs attaques de rhumatisme articulaire aigu, surtout chez les hommes ;
2° Rhumatisme chronique à développement lent, ayant envahi progressivement une ou plusieurs articulations, habituellement le genou, le cou-de-pied, l'épaule ou le coude. On peut rapprocher de cette forme le rhumatisme blennorrhagique.
Nous pouvons exposer en un seul article le traitement qui convient à ces deux formes. Les bains d'air chaud et les bains turcs répétés sont contre-indiqués. Ils exigent que le malade fasse beaucoup d'exercice et peuvent augmenter considérablement l'inflammation locale, que l'action irritante de la grande chaleur sur les articulations aggrave, de son côté; en outre, ils diminuent l'énergie cardiaque. Les bains turcs, surtout, qui obligent le malade à respirer un air surchaulTé dans des salles dont la ventilation est défectueuse, se sont montrés désastreux dans les cas de ce genre, et ont donné de grandes déceptions. Au contraire, les opérations qui déterminent une rétention du calorique dans l'organisme donnent les meilleurs résultats. On place dans une chambre, à une température agréable, une baignoire, que l'on remplit aux deux tiers d'eau à 95" F. (So° C). Après avoir bassiné d'eau glacée le visage du malade, et lui
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avoir placé mie compresse mouillée froide sur la tête, on le fait entrer dans la baignoire. On ajoute de l'eau chaude jusqu'à ce que la température du bain se soit élevée à 105° F. (40, 5° C.) le premier jour, puis les jours suivants un plus haut, jusqu'à 108'> et 110" F. (42,2° et 43, 3o C.)- Le bain doit durer cinq minutes; moins encore, si le malade ne s'y trouve pas bien; mais chaque jour on le prolonge d'une minute, jusqu'à ce que le sujet puisse y rester dix minutes sans malaise. Pendant toute la durée du bain, on pratique un massag-e léger, à l'aide des doigts, sur les articulations-malades, ou, si elles sont trop douloureuses, sur les régions voisines. Lorsque le malade a quitté la baignoire, on l'enveloppe d'un drap de toile préalablement chaufï'é, puis, sans le sécher, on l'étend sur trois couvertures de laine. On recouvre le malade de ces couvertures, en ayant soin d'éviter de réveiller ses douleurs; on le laisse ainsi, afin que la rétention de calorique se prolonge, pendant une heure, ou moins s'il éprouve quelque malaise. Pendant que le malade demeure dans ce maillot, on lui baigne le visage d'eau glacée, on renouvelle son turban mouillé, et on lui fait prendre, toutes les dix minutes, soixante grammes d'eau glacée ; on a soin d'ouvrir alors une fenêtre de la salle, assez pour l'aérer, mais sahs abaisser notablement la température de l'atmosphère. Dans des cas rebelles, j'ai maintenu le malade dans le maillot de deux à six heures; je répétais ensuite le bain et le maillot, après avoir laissé le sujet se reposer un certain temps et avoir veillé à ce qu'il urinât et allât à la selle. Avant d'enlever le maillot, on ferme la fenêtre et on chaufTe la chambre. Puis on écarte les couvertures et le drap au niveau du tronc ; on sèche la peau à l'aide d'un linge chaud et on la frictionne rapidement avec de l'alcool étendu d'eau. On traite de la même façon les membres inférieurs. Enfin on fait retourner le malade, pour lui sécher et lui frictionner avec de l'alcool les régions postérieures; après quoi on le place dans son lit. Il est bon d'installer le maillot sur un des côtés du lit, quand on traite un malade à son domicile, afin de lui éviter de marcher après l'enlèvement des couvertures. Lorsque l'on suit exactement cette technique, il se produit une sudation intense, pendant que le malade est emmaillotté.
On a trouvé quelque avantage à remplacer, un jour ou deux
chaque semaine, l'opération que nous venons de décrire, par
un procédé tonique, par exemple, une ablution rapide avec de
l'eau à 60" F. (15, o" C), ou une alfusion à une température plus
Baruch. — Hydrothérapie. 40
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basse. Si l'exercice [physique n'augmente pas trop les phénomènes douloureux, on peut employer encore le bain d'air chaud (avec sudation de courte durée), que l'on fait suivre d'une douche en cercles à 9o°F. (35° C), d'une minute, et d'une douche en éventail à 85° F. (29, 5° C), d'une demi-minute. Il est nécessaire de faire intervenir ces procédés toniques plus fréquemment que les procédés diaphorétiques, dans les cas où la faiblesse est grande et où la perte de poids est considérable. Pour les personnes obèses il convient d'user des opérations qui amènent une rétention de calorique; elles déterminent de l'amaigrissement en augmentant l'énergie des échanges organiques. Là encore, nous pouvons constater la grande souplesse de la méthode hydrothérapique, qui offre assez de ressources pour répondre aux indications les plus diverses. Dans l'intervalle des bains, on peut envelopper les articulations malades de compresses mouillées; ces compresses sont formées de deux épaisseurs de vieille toile; on les recouvre d'un bandage de flanelle, que l'on attache avec des épingles; la compresse peut être renouvelée toutes les quatre heures.
3° Les cas du troisième groupe appartiennent à la goutte vraie à forme subaiguë; ils sont parfois, quoique rarement, la suite d'un accès de goutte aiguë. La maladie débute par des douleurs et des raideurs dans les petites articulations, celles des phalanges et du tarse; elle s'étend souvent ensuite aux poignets, aux coudes et aux cous-de-pied. On constate presque toujours de l'anémie et un affaiblissement général de l'organisme chez les malades. Beaucoup d'entre eux présentent des troubles neurasthéniques.
4° Notre quatrième groupe est constitué par les cas de rhumatisme musculaire; les douleurs débutent le plus communément par la région lombaire, comme le lumbago, et intéressent ensuite les différents muscles du dos, parfois aussi les muscles qui s'insèrent dans la région sacro-iliaque.
Ces cas appartiennent si souvent à des individus affaiblis qu'il est nécessaire d'apporter une grande prudence dans leur traitement. Comme ils ont habituellement la forme subaiguë, ils supportent très mal les bains de hammam : parfois la sudation et le massage diminuent les raideurs articulaires; mais, dans la plupart des cas, le soulagement n'est que passager, et l'organisme reste grandement débilité à la suite de ces bains. Il est regrettable que certains médecins prescrivent souvent ces bains justement à des malades gravement atteints, qu'ils remet-