‹ La pratique de la chirurgie d'urgenceChapitre 13 sur 72 · PLAIES AVEC INOCULATION. • B · texte numérisé non relu

PLAIES AVEC INOCULATION. • B

ils sont garnis d'une dizaine de petites dents pointues, dirigées d'avant en arrière. Cette disposition rend l'extraction du dard pénible et laborieuse : elle nécessite l'agrandissement préalable de la petite plaie avec la lancette ou avec le bistouri. Il faut avoir soin de ne pas saisir l'aiguillon par son extrémité renflée qui est toujours remplie de venin : on le prend au-dessous de cette partie, qu'on évite de comprimer, de peur de faire couler une nouvelle quantité de venin dans la plaie (I).

Il importe de mettre bien à découvert toutes les voies qui ont livré passage au principe toxique, et de s'assurer s'il ny a pas des blessures multiples : une seule plaie, non aperçue et par suite non traitée, rend

(1) A ces corps étrangers, nous croyons devoir ajouter les poils de certaines annélides, qui occasionnent des blessures si douloureuses, et les piquants de quelques poissons. Nadeaud a décrit l'appareil vénéneux du Nuhu des Tahitiens (Synancheia brachio). Nous pensons que l'aiguillon dorsal de plusieurs espèces de Pimélodes (mâchoirans)sert de conduit excréteur à une glande toxifère : une espèce, que nous avons observée au Mexique, à l'embouchure du Rio- Grande, a cet aiguillon creusé d'un canal étroit, dont l'orifice inférieur paraît s'aboucher avec une poche glanduliforme, que la base du piquant comprime en se redressant, et dont l'orifice supérieur est situé à la partie postérieure de l'extrémité libre, un peu au-dessous de la pointe. Ce piquant, comme celui des pectorales, est dentelé à la manière des flèches ou des harpons ; il a une force de pénétration remarquable (nous lui avons vu traverser les semelles de soulier les plus épaisses), et son extraction exige un débridement parfois assez étendu de la plaie.

inutiles tous les soins appointés au traitement des autres plaies. Les piqûres de serpent sont ordinairement doubles, et d'autant plus rapprochées que l'animal est moins gros : elles sont plus nombreuses, lorsque le reptile a pu mordre sa victime à diverses reprises. A la Martinique, dit Rufz, on se sert du citron pour faire ressortir les piqûres du trigonocéphale : on prétend que, frottées avec le suc de ce fruit, les plaies se mettent à saigner, ce qui les rend bien évidentes. Il est plus probable que la douleur si cuisante déterminée par l'action du citron sur la blessure fait reconnaître celle-ci : des frictions avec le vinaigre rendraient le même service. Les piqûres d'abeilles sont parfois innombrables : les mains et le visage peuvent en être criblés. Les morsures d'animaux enragés sont presque toujours multiples.

3° Plaies compliquées de pourriture d'hôpital.

La pourriture d'hôpital, l'un des accidents les plus redoutables des plaies, doit être reconnue à son début et traitée avec énergie. Elle se présente sous deux formes principales :

a. Ulcéreuse. — La plaie est très-douloureuse, rouge, tuméfiée : elle offre bientôt une série de petites excavations à bords relevés et violacés, à surface recouverte d'un ichor brunâtre et tenace, qui s'agrandissent peu à peu en largeur et en

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profondeur, et finissent par se confondre en une seule ulcération ;

b. Pulpeuse. — Les bourgeons charnus revêtent une teinte grise ou violacée, disparaissent sous une couche de pus visqueux, sous une sorte d'exsudation membraniforme, mollasse et jaunâtre, qui s'accroît chaque jour aux dépens des tissus normaux.

En chirurgie d'urgence, un seul mode de traitement est applicable : c'est la cautérisation au fer rouge, après qu'on a enlevé la couche ichoreuse ou visqueuse qui recouvre la plaie, soit avec la spatule, soit avec un jet d'eau pure.

3° Cautérisation.

Nous n'entendons parler ici que de la cautérisation inhérente, qui consiste à appliquer un cautère métallique chauffé à blanc sur des tissus dégénérés, sur des plaies de mauvais caractère, compliquées de pourriture d'hôpital ou d'inoculation, sur des surfaces saignantes, pour arrêter une hémorrhagie. « La forme du cautère et les précautions à prendre pour garantir les tissus voisins varient selon les cas et les régions. Quant à la force avec laquelle il faut appuyer, le chirurgien doit se rappeler que les effets du cautère s'étendent toujours au delà du point où il s'est arrêté, et que s'il a brûlé les tissus dans une épaisseur de 6 millimètres, l'eschare en aura 4 de plus. Pour garantir les parties voisines, on a proposé de les recouvrir de linges mouillés ; mais l'eau qui s'en

écoule refroidit le cautère ; il est préférable d'appliquer un emplâtre ou un morceau de carton, percé au centre d'une ouverture suffisante. Si l'on cautérise au fond d'une cavité naturelle, la muqueuse sera protégée par une canule de bois ou de métal. » (Malgaigne.)

Art. 7. — du traitement de la gangrène.

La gangrène reconnaît pour causes : 1° la ligature d'une artère importante; 2° la compression permanente des vaisseaux . qui alimentent une région (bandage trop serré, appareil à fracture mal appliqué, décubitus dorsal prolongé : esehares au niveau du sacrum et du grand trochanter, dans les fièvres graves) ; 3° la contusion violente des parties molles ; 4° l'inflammation (étranglement des tissus enflammés par les aponévroses); 5° l'action désorganisatrice du feu ou des caustiques ; 6° l'action de substances virulentes, mises en contact avec la peau (charbon, pustule maligne) ; 7° l'action du seigle ergoté, qui détermine une contraction exagérée des capillaires et ferme leurs voies à la circulation; 8° l'altération des artères ou des veines, oblitérées à la suite d'une inflammation de leurs tuniques, ou rendues impropres à la circulation par une dégénérescence de leurs parois (gangrène spontanée, sénile).

Le chirurgien peut écarter un grand nombre de

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