‹ La pratique de la chirurgie d'urgenceChapitre 14 sur 72 · TRAITEMENT DE LA GANGRENE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE LA GANGRENE

ces causes et prévenir ainsi la gangrène. Il n'aura pas à redouter cet accident s'il applique avec soin un bandage compressif ou un appareil à fracture; s'il visite fréquemment les régions sacrée et trochanlérienne chez les malades alités; s'il débride, dès le début de leur inflammation, les parties riches en aponévroses. Après une ligature d'artère, il entretiendra la chaleur du membre, en l'entourant de sachets de sable ou de son préalablement chauffés. A l'apparition de vésicules ou de pustules suspectes, chez les personnes que leur profession expose aux tumeurs charbonneuses, il n'hésitera pas à employer le fer rouge ou un liquide caustique, pour détruire le mal encore dans son germe.

La gangrène confirmée, le chirurgien doit chercher : 1° à arrêter ses progrès, en éloignant de la région toutes les influences qui peuvent contribuer à l'extension de la maladie ; — 2° à favoriser la chute des eschares, par des topiques émollients, s'il y a une réaction intense ; par des topiques stimulants, si l'inflammation éliminatrice marche avec lenteur; — 3° à hâter la cicatrisation de la plaie qui succède à l'élimination des parties mortifiées, par les moyens en usage dans le traitement des plaies suppurantes.

L'amputation est indiquée, si la séparation des

eschares laisse à découvert une vaste plaie, dont

la suppuration épuise les forces du malade, ou

met à nu une grande articulation, des vaisseaux

Corre. — Ghir. d'urg. 3

et des nerfs importants ; si la gangrène menace d'envahir le tronc, après s'être étendue sur tout un membre; si la gangrène comprend toute l'épaisseur d'un membre, mais reste bien limitée.

Art. 8. — dcj traitement de la brûlure et de la gelure.

1° Brûlure.

L'on a admis 6 degrés dans la brûlure :

1er degré : inflammation superficielle de la peau sans phlyctènes ;

2e degré : inflammation superficielle de la peau avec phlyctènes; .

3e degré : mortification du corps muqueux;

4e degré : mortification de la peau et du tissu cellulaire ;

oe degré : mortification d'une épaisseur plus ou moins considérable de parties molles au-delà de la peau ;

6e degré : mortification complète du membre.

Les brûlures du 1er degré se traitent par l'eau froide : la partie est immergée dans le liquide, soumise à des irrigations fréquentes, ou recouverte de compresses que l'on entretient dans un état d'humidité constante.

Les brûlures du 2e et du 3e degré se traitent également par l'eau froide. On peut aussi recou-

GELURE. 39

rir au coton cardé directement appliqué sur la brûlure, ou disposé par couches au-dessus d'un linge fenêtre et huilé. Il faut piquer les phlyctènes avec la pointe d'une lancette ou avec une aiguille, donner issue à la sérosité qu'elles renferment, mais éviter d'enlever l'épiderme qui les forme. Si la brûlure est étendue, le sujet jeune et vigoureux, la réaction générale intense, il est prudent d'ouvrir la veine, à moins qu'on ne prescrive une application de sangsues au voisinage ou sur la surface de la partie malade. — Les brûlures produites par la déflagration de la poudre appartiennent le plus habituellement à ces degrés : elles présentent une indication particulière, à laquelle il faut satisfaire immédiatement, si la région brûlée reste exposée aux regards (mains, visage, cou, épaules et partie supérieure de la poitrine chez les femmes) : on doit enlever avec une aiguille les grains de poudre incrustés sous la peau, ou favoriser leur sortie par des onctions huileuses.

Les brûlures du 4e degré réclament des topiques réfrigérants ou des topiques émollients. — Celles du 5e degré sont parfois une indication à l'amputation : les brûlures du 6e degré exigent toujours cette opération.

2° Gelure.

La congélation atteint les parties du corps les moins volumineuses, les plus saillantes et les plus

éloignées des centres de la circulation (nez, doigts, orteils); elle varie en étendue et en profondeur selon l'intensité et la durée du refroidissement.

Au 1er degré, la partie devient dure, racornie, blanche, froide et insensible : il faut éviter d'y ramener trop brusquement la chaleur : les frictions douces avec la neige ou l'eau glacée sont d'un usage vulgaire chez les peuples du Nord, et l'expérience des chirurgiens a sanctionné cette pratique.

Au 2e degré, il s'établit de l'inflammation et il se forme des phlyctènes : on se comporte alors comme dans les brûlures du 2e degré.

A un degré plus avancé, il y a menace de gangrène, ou déjà mortification de l'organe : dans le premier cas, on a recours aux applications stimulantes (eau-de-vie); dans le second, aux topiques émollients. (Voir Traitement de la gangrène.)

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