‹ La pratique de la chirurgie d'urgenceChapitre 5 sur 72 · SAIGNÉE DU BRAS · texte numérisé non relu

SAIGNÉE DU BRAS

times avec une artère (l'humérale, ou l'une de ses branches terminales, dont les anomalies d'origine et de situation sont assez communes), ou, dans le cas contraire, une veine de moindre volume, mais plus éloignée du vaisseau qu'il importe d'éviter ; il immobilise le membre en plaçant la main du malade-sous son aisselle gauche, s'il s'agit d'une saignée du bras droit, sous son aisselle droite, s'il s'agit d'une saignée du bras gauche, et, en embrassant le coude de la main qui correspond à l'aisselle fixatrice, il marque avec le pouce le lieu de l'incision.

De la main restée libre, le chirurgien tient sa lancette par la lame (celle-ci à angle droit sur la châsse), entre les dernières phalanges du pouce et de l'index, appliquées à une distance de la pointe

Fi-, i,

Saignée du bras.

qui indique le degré de pénétration de l'instrument ; les trois autres doigts prennent un point d'appui sur l'avant-bras du malade (fig. 1). La

pointe de la lancette est enfoncée dans la veine un peu obliquement, puis relevée, par un mouvement de bascule qui abaisse le talon : l'opération comprend ainsi : 1° un temps de ponction , 2° un temps d'élévation ou d'agrandissement de l'incision.

La veine ouverte, on aide la sortie du sang par de légères pressions exercées sur la partie antérieure de l'avant-bras, du poignet vers le coude, ou par des contractions qu'on fait exécuter au malade, en lui donnant à serrer entre ses doigts une bande roulée ou un étui à lancettes. On veille à ce que le parallélisme des lèvres de la plaie tégumentaire et des lèvres de la plaie veineuse ne soit pas détruit par des mouvements intempestifs, à ce que des caillots ou des pelotons graisseux ne se déposent pas à l'orifice d'écoulement.

Lorsqu'on a tiré la quantité de sang nécessaire, on applique le pouce sur l'ouverture produite par la lancette, on enlève la ligature, on lave rapidement le bras, on recouvre la plaie d'une petite compresse triangulaire, et on entoure le coude d'un bandage en 8, dont on a soin de serrer plus fortement les anses inférieures, afin de prévenir les hémorrhagies (Piorry).

Un accident grave est à redouter pendant l'opération : l'artère humérale peut être blessée. Jamais un chirurgien prudent ne s'exposera à un pareil danger : il s'abstiendra toujours de saigner la médiane basilique, dont les rapports avec l'artère sont trop directs ; il sera toujours en garde

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contre les anomalies artérielles, et ne pratiquera la phlébotomie qu'après un examen minutieux du pli du bras. Il vaut mieux, dit Jamain, passer pour trop timide que d'avoir à déplorer une imprudence. Si l'opérateur n'a pas su éviter l'artère, s'il l'a piquée avec la veine (ce qu'il reconnaîtra à un écoulement de sang rutilant, spumeux, par jets saccadés et isochrones aux battements du pouls, suspendus par la compression au-dessus de la plaie, accrus par la compression au-dessous de celle-ci), qu'il conserve son calme et qu'il prenne au plus vite une détermination . La compression directe, sur la plaie, au moyen de compresses graduées, d'une pièce de monnaie, etc., seule ou alliée à la compression indirecte, sur le trajet de l'humérale, réussit quelquefois à provoquer la cicatrisation de la plaie artérielle; mais, le plus souvent, elle n'empêche pas le développement d'un anévrysme faux consécutif ou d'un anévrysme variqueux. La ligature de l'artère au-dessus et audessous de la blessure est préférable à la compression : si l'on peut justifier une semblable opération aux yeux du malade, il ne faut pas hésiter à la pratiquer*: on découvre l'artère en agrandissant l'incision tégumentaire, ou en se guidant sur le bord interne du muscle biceps, comme dans la ligature de l'humérale au pli du bras. (Yoy. Ligatures.)

2° Saignée du pied.

Cette opération porte un nom très-impropre; car elle ne consiste pas à ouvrir une des veines du pied, mais la saphène interne ou la. saphè?ie externe, à la partie inférieure de la jambe.

On saigne la saphène interne en avant et un peu au-dessus de la malléole tibiale ; la saphène externe, en arrière et un peu au-dessus de la malléole péronière.

Manuel opératoire. — Le malade est assis. On lui fait placer les deux pieds dans un vase rempli d'eau chaude pour déterminer une congestion vers les extrémités et rendre les vaisseaux plus apparents. Lorsque ceux-ci sont suffisamment gonflés, le chirurgien met sur son genou, recouvert d'une alèze, le pied sur lequel les veines se dessinent avec le plus de netteté, choisit la plus apte à fournir un écoulement de sang convenable, et applique une ligature à deux ou trois travers de doigt au-dessus des malléoles ; la bande est fixée par une rosette du côté opposé à la veine qui doit être ouverte.

Après une nouvelle immersion du pied dans l'eau chaude, on pratique la saignée. Il ne faut pas oublier que, « en raison de leur position, les saphènes ne peuvent être piquées perpendiculairement à leur axe, dans la crainte de blesser le périoste, ou même de laisser la pointe de la lancette dans l'une des malléoles ; par conséquent on

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devra faire l'incision parallèlement à l'os, et la lame formera avec la châsse un angle aigu. » (Jamain.)

On tient le pied hors de l'eau et on reçoit le sang dans une palette, ou on remet le pied dans l'eau et on laisse le sang se mêler avec elle. Lorsqu'on juge à propos d'arrêter l'écoulement, on enlève la ligature, on essuie le pied, et on recouvre la piqûre d'une petite compresse, qu'on fixe par un bandage en 8, dit bandage de l'étrier.

Art. 2. — de l'ouverture des abcès.

Règle générale, on ouvre les abcès lorsqu'ils sont à maturité, c'est-à-dire quand le pus, réuni en foyer, donne une sensation de fluctuation bien nette.

Mais cette règle n'est pas sans exceptions. Les abcès doivent être ouverts prématurément :

1° Lorsque la suppuration est profonde et étendue, établie au milieu de parties inextensibles, susceptible d'envahir des régions abondamment pourvues de tissu cellulaire, ou de fuser dans une grande cavité ;

2° Lorsque la suppuration menace d'envelopper des vaisseaux et des nerfs importants, des organes dont la dénudation compromet la fonctionnalité ;

3° Lorsque la suppuration tend à se porter vers

une région où l'ouverture de l'abcès peut demeurer fistuleuse;

4° Lorsque enfin la suppuration est occasionnée par l'infiltration ou l'épanchement d'un liquide irritant, comme la bile, l'urine ou les matières fécales (G. Denonvilliers).

L'ouverture se fait ordinairement avec la lancette ou avec le bistouri.

1° Si V abcès est superficiel, on l'ouvre avec la pointe de la lancette, par simple ponction ou par ponction suivie (ï élévation.

2° Si l'abcès est peu profond, on l'ouvre : a, par ponction, avec le bistouri droit tenu comme une plume à écrire, le tranchant en haut; b, -par ponction suivie d'élévation, avec le bistouri droit tenu comme une plume à écrire ou comme un archet, le tranchant en haut; c, par incision de dehors en dedans, ou des parties superficielles vers les parties profondes qui recèlent le pus, avec le bistouri droit tenu comme une plume à écrire, le tranchant en bas.

3° Si V abcès est très-profond, d 'étendue médiocre et bien limité, on a recours aux procédés suivants : a, incision de dehors en dedans, et couche par couche, des parties molles qui recouvrent l'abcès, avec le bistouri convexe tenu comme une plume à écrire, le tranchant en bas; b, incision de la peau avec le bistouri, écartement ou déchirement des parties molles sous-jacentes avec la sonde cannelée ou avec le doigt; c, incision de la peau et

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