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LE BACILLE DE LA LÈPRE

Le micro-organisme de la lèpre est un bâtonnet délié qui présente «à peu près tous les attributs morphologiques du bacille de la tuberculose : cependant il est plus rigide que ce dernier, plus court, moins grêle et parfois ses extrémités

sont effilées au lieu d’être arrondies. Ses dimensions sont assez variables ('); dans les nodules récents, il est souvent plus long que dans les foyers anciens. Suivant l’opinion de Hansen, il serait doué de mouvements propres, mais cette opinion n’est pas adoptée généralement (2).

Ses réactions microchimiques sont à peu près identiques a celles du bacille de Koch, ce qui paraît tenir à ce qu’ils sont tous deux pourvus d’une enveloppe de matière grasse (r’). Pour le colorer , on peut se sci\ir de violet de méthyle ou de rubine en solution aqueuse,

(*) 4 à 6 ;x sur 0,35 à 0,45 g.

(2) Babes, après Neisser, a cru voir les bacilles animés de mouvements propres, mais il n’a jamais réussi à leur colorer des cils.

(3) Neisser et Unna ont démontré que l'osmium colore en noir foncé ces deux espèces bacillaires. Babes, traitant des produits lépreux par la chaleur, a obtenu un extrait glycériné de la substance qui résiste à la décoloration : elle offrirait de grandes analogies avec la nouvelle tuberculine de Koch, et produirait comme celle-ci des phénomènes réactionnels quand on l’injecte à des lépreux ou à des tuberculeux. Ces recherches tendent à établir que le bacille de Hansen, comme le bacille de Koch, sécrète des toxines intimement liées à la substance qui retient les colorants. Celle-ci peut s’isoler spontanément des corps microbiens et se réunir en gouttelettes dans les gaines nerveuses, les canaux séminifcrcs et les glandes sudoripares.

Fig. 1. Coupe de lu rate. — Cellules lépreuses de Virchow, farcies de bacilles.

des méthodes de Gram, d'Ehrlich et de Zield ('). En vieillissant, il perd son homogénéité, la substance qui fixe la matière colorante se dispose sous forme de grains arrondis, séparés par des espaces incolores (2). Outre ces lacunes, il renferme souvent des points brillants qui depuis Neisser sont généralemenl regardés comme des spore s.

Le bacille de la lèpre, surtout quand il forme des amas, est entouré d’une capsule ou glée réfringente et d’apparence homogène, qui se colore comme lui-même, mais d'une manière moins intense. On la considère généralement comme un produit de sécrétion du microbe; d’après Unna, elle résulterait de la transformation des individus bactériens, gonflés et morts, en une matière muqueuse (3). Elle réunit les bacilles en colonies , dont l’aspect a été comparé à un paquet de cigares, à une gerbe, à une boule épineuse^).

Jamais on n’a pu jusqu’ici cultiver le bacille de Hansen, malgré les expériences nombreuses et variées à l’infini de Campana, Leloir, Arning, Ducrey, Kanthack et Barcklay, etc. : les divers milieux connus, la culture en anaérobiose ont échoué. Quelques essais récents ont pourtant donné des résultats moins défavorables : tels ceux de Bordoni-Uffreduzzi, Babes, Gzaplewski, Leredde, Bezançon et Griffon (s).

(') Le bleu de méthylène donne des résultats inconstants. Le procédé de Gram-Wdgerl fournit de belles préparations. Les méthodes de choix sont celles d'Ehrlich et de Ziehl, mais elles doivent être quelque peu modifiées. Le bacille de la lèpre se colore plus facilement et plus rapidement que celui de la tuberculose, et quand il est jeune et vivace, il retient bien les couleurs d'aniline : cela est vrai d’une manière générale, mais il y a des exceptions. Dix à vingt minutes suffisent ordinairement pour colorer une coupe , si l’on chauffe jusqu’à développement de faibles vapeurs ; dans certains cas cependant il est nécessaire de faire séjourner les préparations une à deux heures dans l’étuve à 55°. — L’acide nitrique au 1/3 et l’acide sulfurique au 1/4 risquent de décolorer les bacilles, surtout dans les foyers anciens; il vaut mieux employer des solutions très étendues, au 1/10 et même au 1/20°; il est bon de suivre la décoloration sous le microscope à l’aide d’un faible grossissement qui permet de distinguer les amas bacillaires. Une solution acide trop concentrée décolore une partie des bacilles, en général les plus vieux : ceux-ci prennent dans ce cas la teinte de contraste qui nuance le fond, ils sont, par exemple, colorés en bleu alors que les autres, plus vivaces, le sont en rouge ; si tous sont décolorés, ils peuvent passer inaperçus. C’est pour parer à cet inconvénient que Scbæffer, après avoir traité la préparation par le liquide de Ziehl, substitue à l'acide l’éthylendiamine à 10 pour 100. — Babes ( Untersuch . über d. Leprabac., etc. Berlin, 1808) qui emploie comme bain colorant une solution anilinée de safranine, remplace l’acide par l’iodure de potassium et par l’alcool. — Baumgarten colore cinq minutes à froid dans le violet d’Ehrlich, puis décolore avec de l’alcool absolu additionné de 1/10” d’acide nitrique; cette méthode ne colore pas le bacille de Koch.

(2) Suivant toute vraisemblance, cet état granuleux est une altération régressive; l’agent figuré de la lèpre ne doit pas être considéré comme un agrégat de cocci juxtaposés et ne mérite pas le nom de coccothrix qui lui avait été donné par Lutz. — Diverses colorations font voir, outre ces granulations, des grains plus gros et plus foncés, diversement situés, au nombre de 1 à 3 dans un bacille ( corpuscules métacliromatiques de Babes).

(3) On pourrait ainsi reconnaître les bacilles jeunes, uniformément colorés, des bacilles plus âgés, d’abord fragmentés en rangées de pseudo-cocci, puis gonflés et méconnaissables : nous retrouverons ces divers aspects à propos de la structure du léprome.

(4) C’est un des caractères majeurs des bacilles que leur nombre colossal dans les tissus.

(5) Bordoni-Uffredfzzi, Zeitschrift /'. Hyg., 1887. — Bares, Idem , 1880. — Cornie et Babes, les Bactéries , 5e é d . : Paris, 1800. — Czaplewski ( Centralbl . /'. Bakt., 1808) a retiré

[£ JEANSELME et M SÉE ]

LE BACILLE DE HANSEN ET LES RÉACTIONS QU’lL DÉTERMINE.

L 'infection expérimentale également a toujours échoué, malgré des tentatives innombrables d’inoculation aux animaux les plus divers(').

On ignore totalement si le bacille lépreux peut vivre hors de l'organisme humain. On l’a cherché en vain dans le sol, même, comme Ralke, dans la terre des cimetières de lépreux et dans les aliments (poisson el porc salé, pois d’Angole) qui passent pour favoriser le développement de la maladie (*).

du mucus nasal d'un lépreux un bacille qui pousse bien sur sérum de mouton solidifié avec G pour 100 de glycérine; ce bacille rappelle par sa forme celui de la lèpre et possède la réaction de Kocli-Ehrlich. — Spiionck {Sera, méçl., 1898), en parlant de la moelle osseuse et de tubercules, aurait obtenu 2 fois sur 3 cas de lèpre mixte un bacille morphologiquement semblable à celui de Hansen, cultivant à 58° sur pomme de terre glycérinée et neutralisée: au bout de dix jours apparaissent de petites colonies qui ne se laissent pas réensemencer sur pomme de terre, mais se transportent facilement sur le sérum de cheval gélatinisé de Lôffler ; ce bacille pourrait servir au séro-diagnoslic. — Leredde, Bezançon et Griffon (Soc. de biol., 1899; XIIIe Congrès internat ., Paris, 1900) ont ensemencé sur sang gélosé (milieu de Bezançon-Griffon) des tubercules lépreux : ils ont obtenu une multiplication notable des bacilles, mais une seule fois une colonie visible à l’œil nu; jamais ils n’ont pu repiquer leur première culture. — Jeanselme, ayant ponctionné un ganglion lépreux suppuré, recueillit le pus dans des tubes stérilisés et le mit à l’étuve; dans ce pus existaient des boules bacillaires et des bacilles isolés résistant à la décoloralion par la méthode d’Ehrlich; en même temps, avec le même pus, il inocula un cobaye et ensemença du sang gélosé. Trente-trois jours après, apparurent sur ce sang de petites colonies de bacilles donnant la réaction d’Ehrlich : on aurait donc pu croire qu’on avait obtenu une culture de bacilles lépreux. Mais le cobaye devint tuberculeux; un de ses ganglions excisé, montra au microscope des nodules tuberculeux typiques, et la réinoculalion de ce ganglion à un autre cobaye détermina chez ce dernier la tuberculose. On voit avec quelle réserve il faut accueillir les résultats, donnés pour positifs, en ce qui concerne la culture du bacille de Hansen.

(') Melcher et Ortmann ont inoculé la lèpre au lapin, dans la chambre antérieure de l’œil. Les lésions qu’ils ont déterminées ont été attribuées par maints auteurs à une tuberculose, ou à une pseudo-tuberculose comme celle qu’a décrite Nielsen chez la souris et qui est transmissible au lapin; Vossius, Wesener, ont fait des expériences analogues, mais il n'est pas prouvé qu’ils aient obtenu une multiplication des bacilles. — Tedesclii, d’expériences sur le singe, conclut que les bacilles peuvent se développer dans le liquide céphalorachidien. — Babes et Kalindero, par inoculation de lépromes à la région malaire d’un singe, ont obtenu un nodule contenant des bacilles dont la multiplication n’était pas évidente. Un singe inoculé par nous est mort de méningite luberculeuse. — Les expériences sur l'homme seront étudiées plus loin.

(*) Bien que le bacille de la lèpre et celui de la tuberculose aient à peu près même forme et mêmes réactions, ils se distinguent néanmoins l'un de l’autre par des caractères importants : 1° Les bacilles lépreux sont en général réunis en colonies, et leur nombre dans les tissus est énorme. — 2° On ne peut les cultiver ni les inoculer. — 3° Les cellules envahies par eux ne présentent qu’une faible réaction; jamais on ne constate dans les nodules lépreux le groupement qui appartient au follicule tuberculeux, et la caséification n’est pas un mode de terminaison des productions lépreuses. — 4° Le lépreux et le tuberculeux ne réagissent pas d’une manière identique aux injections de tuberculine. — 5° La résistance du bacille lépreux aux agents physiques et chimiques est bien moindre que celle du bacille de Koch : laissé cinq à six jours dans une solution d’acide sulfurique à 5 pour 100, il ne se colore plus, tandis que le bacille tuberculeux résiste onze à douze jours.

Malgré tout, les analogies sont telles entre ces deux microbes, qu’on peut se demander s'ils ne sont pas issus d’une souche commune. Quoi qu’il en soit de cette hypothèse'’, impossible à vérifier, il est certain que dans le présent ils constituent deux espèces distinctes. Avec le bacille de la tuberculose aviaire, ils forment probablement un groupe

LÈPRE

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