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LES RÉACTIONS PROVOQUÉES PAR LE BACILLE — IDÉE GÉNÉRALE DU LÉPROME

Ce qui caractérise la lèpre, comme la syphilis et la tuberculose, c’est l’édification, dans les tissus, d’une néoformation spéciale. Le léprome ou tubercule lépreux est remarquable par le nombre énorme des bacilles qui l'infiltrent, nombre tel, que les masses microbiennes contribuent pour une part importante au volume de la néoplasie. Outre les bacilles qui se présentent avec les caractères décrits plus haut, on trouve, — particulièrement dans les foyers déjà anciens, — des figures arrondies, d’un aspect cireux sur les coupes non colorées, et qui prennent comme les bacilles eux-mêmes les substances colorantes d’une façon intense et uniforme. Ces corps, désignés sous le nom de globi (mottes jaunes, gelbe Schollen, Hansen), ne sont que des conglomérats, nettement limités, de bacilles intriqués et lassés au point que les individus ne sont plus nettement distincts.

Des éléments cellulaires qui forment à proprement parler le léprome, les uns sont des éléments fixes du tissu, plus ou moins modifiés, les autres sont le résultat de l’immigration leucocytaire ; mais entre ces deux sources la part n’est pas facile à faire :

1° Les éléments, épithéliaux dégénèrent au contact du bacille (*). Le léprome jeune est presque exclusivement composé de cellules conjonctives et de quelques lymphocytes et leucocytes mononucléaires (2) . Plus tard, le nombre des éléments fixes reste encore prépondérant.

2° Les mastzellen d’Ehrlich sont fréquentes. Les plasmazellen (3) sont très nombreuses, particulièrement autour des vaisseaux où elles forment des amas(‘). Ces deux ordres de cellules contiennent rarement des bacilles.

r>° D’autres éléments appartiennent en propre à la lèpre (Fig. 1). Ce sont d’abord de grosses cellules, considérées comme spécifiques et dénommées par Virchow cellules lépreuses ( Leprazellen ). Leur diamètre est \ ou 5 fois celui d’un leucocyte. Elles ont, un ou plusieurs noyaux, gros et clairs, excentriques ou rejetés à la périphérie. Leur protoplasma est criblé de vacuoles

spécial qui établit la transition entre les bacilles proprement dits et les streptothricées. On a vu en effet, dans certaines conditions rarement réalisées, le bacille de Hansen se diviser et pousser de courtes ramifications, ce qui le rapproche de l’actinomycète.

(*) Pourtant ils peuvent exceptionnellement réagir et se multiplier pour constituer un véritable adénome, comme nous l’avons vu dans le testicule. Babes a vu également une glande sudoripare transformée en adénome.

n h i >eut y avoir des polynucléaires, par infection secondaire, quand le nodule s’ulcère.

(3) Ces éléments ont été définis au début de cet ouvrage (Darier, Anal, palhol. yen.. t. I, p. 80 et 81).

(.4) Unna a soutenu que la majeure partie des lépromes est formée de plasmazellen hypertrophiées et parfois devenues polynucléaires; il est revenu depuis ( Lepra-Confer .) sur cette opinion exagérée.

[17 JEANSELME et M. SÊE.]

LE BACILLE DE HANSEN ET LES RÉACTIONS Qü’lL DÉTERMINE.

rondes, d’abord petites, « en écumoire », qui grandissent par la suite au point d’envahir toute la cellule. Les bacilles, ordinairement dispersés en un grand nombre de petits amas, plus tard intriqués en grandes masses, finissent par farcir tout le protoplasma : celui-ci prend alors leur réaction colorante.

Les cellules géantes ( Riesenzellen ) ressemblent beaucoup aux précédentes. Ce sont des plaques protoplasmiques considérables qui contiennent de nombreux noyaux, groupés presque toujours au centre et non pas en couronne périphérique; ces corps cellulaires sont troués de grandes vacuoles, que comblent des amas de bacilles granuleux et noyés dans une substance fondamentale peu colorée. La masse microbienne finit par rejeter le protoplasma à la périphérie et se substituer à lui.

Leprazellen et cellules géantes n’apparaissent que dans les foyers anciens. On croit généralement qu elles proviennent des endothéliums qui tapissent les vaisseaux ou les espaces lymphatiques. Mais ces figures ont donné lieu à des interprétations très diverses, et pour Unna en particulier il n’y a là que des apparences de cellules.

La genèse du néoplasme lépreux peut être comprise de la façon suivante :

1° Apporté dans les tissus par la voie sanguine, le bacille se greffe dans un espace lymphatique, y prolifère, et provoque soit une réaction des cellules conjonctives, soit un apport des cellules lymphatiques provenant du sang; d’oii formation d’un nodule.

2° Le bacille pénètre dans les éléments du léprome qu’il farcit de grosses colonies intra-cellulaires (*). Le protoplasma se tuméfie et se vaeuolise, le noyau se multiplie par division endogène, et ainsi prennent naissance la cellule de Virchow et la cellule géante.

5° En même temps, les bacilles restés libres dans les fentes lymphatiques se multiplient sous forme de globi (2).

(*) La colonie microbienne se comporte à peu près comme un corps étranger qui n’éveillerait qu’une faible réaction : bien qu’environnées et infiltrées d’amas bacillaires, les cellules continuent à vivre et à se multiplier. La phagocytose, qui intervient assurément, semble donc n’avoir qu’un rôle effacé. Cependant l’action du bacille n’est pas seulement mécanique, car s'il ne produit jamais la caséification, il détermine du moins une altération très spéciale, la vacuolisation du protoplasma.

(2) Cette manière de concevoir la structure du léprome n’est pas admise par tous les histologistes. Unna notamment est resté fermement attaché à l’idée — émise par lui depuis plus de quinze ans — que les bacilles sont toujours situés en dehors des cellules. Lorsqu’ils arrivent au contact des plasmazellen, ils s’y accolent sans les pénétrer; le protoplasma de ces éléments disparait, leur noyau s’éclaircit, en même temps que la plupart des bacilles subissent la transformation mucoïde. .Ainsi se constitue, d’après Unna, la prétendue cellule lépreuse : son pseudo-protoplasma ne serait que la glée microbienne, avec ses réactions colorantes; scs noyaux représenteraient les derniers vestiges de cellules étouffées, mais non envahies. Parfois les plasmazellen, avant d’être détruites, ont le temps de se développer en grandes plaques polynucléées ; ces cellules géantes (chorioplaxes) entourent les boules bacillaires à la manière d’une gouttière. — Lubarsk explique la genèse de la cellule géante par un mécanisme très analogue : les endothéliums lymphatiques, irrités par une boule bacillaire, se souderaient autour d’elle en une masse unique qui l’emprisonnerait. — Quant aux figures appelées globi, elles correspondent,

LÈPRE

LES MANIFESTATIONS CLINIQUES DU BACILLE — ESQUISSE GÉNÉRALE DE LA LÈPRE

Charrié par la circulation, le bacille provoque des signes généraux plus ou moins intenses, qui se raviveront à chaque poussée subséquente. Puis il se fixe dans divers organes où il colonise et détermine des réactions anatomiques qui se traduisent par les signes locaux les plus variés. Or, dans un cas donné, sans qu’on en sache la raison étiologique, l’agent spécifique cultive de préférence dans tel ou tel système de l’économie.

a. Dans un premier ordre de faits, l’appareil tégumentaire semble lui offrir un terrain particulièrement propice; d’où le nom de lèpre systématisée tégumentaire donné à celle forme. Cette désignation ne doit pas faire oublier que les lésions viscérales prennent, elles aussi, dans cette forme, une part importante. Dans la lèpre tégumentaire , le début est marqué par des éruptions successives de macules érythémateuses et pigmentaires. Puis, aux taches, devenues de plus en plus fixes, se joignent les véritables tubercules cutanés dont les uns sont circonscrits, sous forme d’élevures noueuses, tandis que les autres représentent des placards rénitents et diffus. En se multipliant, ils déforment les parties qui en sont le siège, le visage plus particulièrement, cl donnent aux malades ce faciès hideux qui permet de reconnaître de prime abord la lèpre tuberculeuse.

b. Le bacille peut concentrer son action nocive sur le. système nerveux (lèpre systématisée nerveuse , aphymatode). Il occasionne, dans ce cas, le développement d’une névrite hyperplasique, escortée de troubles variés, qui ont fait donner à celle forme le nom de lèpre anesthésique ou trophoneurotique .

d’après Unna, à la coupe de boyaux allongés, dus à la thrombose des vaisseaux lymphatiques par des amas bacillaires. Celte explication a été vérifiée, du moins en partie, par Musehold, Lubarsk, Bergengrün et Dohi. Les coupes en série démontrent que les globi peuvent être des formations tubulées avec renflements ampullaires et divisions dichotomiques. — En résumé, le léprome est formé de deux réseaux enlacés : l’un, ténu, comprenant toutes les cellules, représente la charpente conjonctivo-élastique de la peau; l’autre, constitué par des cordons moniliformes et anastomosés, où l’on ne retrouve que des amas bacillaires avec leur glée, représente le système des lacunes lymphatiques distendues. C’est une tumeur bacillaire, où les modifications de tissu, toutes mécaniques, n’ont qu’une part secondaire.

L’hypothèse d’Unna contient assurément une part de vérité, mais elle pèche par son exclusivisme. Même si on l’admet pour la cellule de Virchow, on ne peut nier que le bacille puisse être constaté à l’intérieur d’un grand nombre de cellules : nous l’avons vu avec netteté dans les cellules malpighiennes de la pituitaire, Babes dans celles de l’épiderme. Les frottis de lamelles faits avec le mucus nasal montrent de la façon la plus démonstrative des cellules bacillifères; Schæffer a suivi avec soin leur envahissement et assisté à la corrosion du noyau gardant ses propriétés tinctoriales. Sa méthode, conservant la structure des tissus, est d’ailleurs bien préférable à la « méthode de dessiccation » (Antrocknungsmethode) préconisée par Unna ( Monatshefte für praktische Dermn- / nlofjie , 1886).

PRATIQUE DERMATOLOGIQUE. — III 2

[£. JEANSELME et M. SEE ]

ÉTUDE ANALYTIQUE' DES LOCALISATIONS LÉPREUSES

Ce n’est pas que loule manifestation éruptive y fasse défaut; il est presque constant de la voir précédée ou accompagnée de poussées maculeuses ou plus rarement bulleuses qui, pendant un certain temps, constituent à peu près les seuls signes. Mais la névrite, dans ce type clinique, se manifeste d’une façon précoce, par l’épaississement moniliforme des troncs nerveux, notamment du cubital. Celle-ci détermine d’abord, dans la sphère des nerfs atteints, des signes irritatifs, — névralgies et hyperesthésies, — auxquels succèdent bientôt les signes de dégénération. L’un des principaux est une anesthésie spéciale, qui débute par l’extrémité libre des membres pour remonter dans la suite vers leur racine. En même temps que l’anesthésie et dans les territoires qu’elle occupe, se développent des troubles trophiques graves, qui affectent l’appareil locomoteur ou la peau et aboutissent finalement aux plus terribles mutilations.

c. Les localisations qui viennent d’être exposées, sont rarement dissociées d’une manière aussi absolue : la lèpre, maladie générale, frappant les téguments, les viscères, le système nerveux, prédomine sur l’un ou l’autre de ces systèmes, mais ne s’y cantonne guère d’une façon exclusive ; en sorte que les formes mixtes , qui méritent bien le nom de complètes, sont, en réalité, les plus fréquentes.

Il n’est, en somme, aucune lésion, aucun signe qui appartienne en propre à une forme donnée; c’est pourquoi nous étudierons d’abord en eux-mêmes les signes avec les lésions qui en sont le substratum; nous les classerons par appareils, abstraction faite de toute association artificielle. Ensuite, nous pourrons les grouper pour montrer leur ordre de succession, c’est-à-dire la marche et les types cliniques de la lèpre.

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