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DYSCHROMIES DE CAUSE LOCALE

Toute irritation cutanée un peu forte ou prolongée peut donner lieu à de la pigmentation. Ce principe étant posé, nous pourrons nous dispenser d'entrer dans le détail et d’énumérer les causes innombrables et les circonstances intiniment variées de la production des macules pigmentées artificielles.

11 y a lieu cependant d’en énumérer quelques-unes, soit en raison du pouvoir particulièrement hyperchromisant de certains agents, soif pour mettre le lecteur en garde contre les imprévus de la clinique.

Avant tout il importe de hautement proclamer que les pigmentations qui vont nous occuper ont pour la plupart le caractère d’une réaction vitale contre l’irritant, que par conséquent leur manifestation et leur intensité dépendront souvent moins de la nature de l’agent causal que de la tendance réactionnelle du sujet; celle-ci est liée à sa race, à sa pigmentation cutanée préalable, à sa constitution (pigmentation des cachectiques) et à des conditions en somme individuelles et difficiles à apprécier. Ou pourrait sur ce sujet introduire des

[J. DAMER

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hypothèses cl des dissertations sur l’activité relative du « centre des réactions pigmentaires » des divers sujets; les données positives manquent pour le faire avec fruit.

Agents physiques. — Le Uule est la coloration brune de la face el des parties découvertes qui se produit à la suite de l’exposition au soleil, ou simplement à l’air vif. La modification du teint, qui constitue le hâle, se voit plus

nettement chez les citadins qui momentanément sont appelés à vivre au grand air, écoliers en vacances, touristes, canotiers, chasseurs, que chez les campagnards. La congestion due à la Chaleur ou au froid peut intervenir, mais le rôle principal revient à la lumière et particulièrement aux rayons chimiques du spectre. Aussi voit-on le halo se produire très nettement chez les personnes qui travaillent à la lumière électrique vive. Le terme de pigmentation actinique est donc justifié. La dermite par rayons X est, elle aussi, fortement pigmentée.

Oue la chaleur à elle seule puisse provoquer des pigmentations, même sans avoir causé de brûlure apparente, cela est prouvé, par exemple, par la pigmentation des mains et avantbras chez les forgerons, boulangers, etc., et celle des membres inférieurs chez les marchandes en plein air qui s’assoient au-dessus de leur chaufferette. On verra sur la figure ci-jointe (Fig. 101) une tache pigmentaire dont le siège est singulier et dont l’origine est vraiment imprévue.

Fig. 101. — Tache pigmentaire a ccilore. — Cetle tache a été observée sur la poitrine cl un ouvrier raffîneur et produite par l’action répétée sur la peau des pains de sucre chauds qu'il transportait. (I.cs taches et stries blanches que l'on remarque sur la figure correspondent à une desquamation légère). (Musée de l’hôpital Saint- Louis, n" 1583. Quinquaud, 1891.)

Agents chimiques. — Toute la série des révulsifs, rubéfiants et caustiques, peut causer des pigmentations, parfois persistantes, et dont le médecin ne devra pas oublier l’éventualité. Sinapismes, vésicatoires, teinture d’iode sont à signaler ici, pl us encore le chlorure de méthyle employé en siphonnage ou stypage, dont une seule application peut laisser des traces extrêmement prolongées; le chloroforme exerce aussi sur la peau une action remarquablement chromogène. La forme, l’étendue, l’intensité el la durée des dyschromies de cet ordre échappent à toute description.

MÉLANODERMIES.

Dans l’emploi de la chysarobine ou de Yacidc chrysophanique , si précieux dans le traitement du psoriasis entre autres, il est fréquent de voir survenir plus ou moins rapidement un érythème bronzé, bientôt remplacé par une pigmentation brun rouge. La coloration s’étend souvent en nappe assez loin de l’endroit précis de l’application ; elle tient à la solubilisation du médicament sous l'influence des alcalis de la sueur; les plaques psoriasiques guéries se détachent en blanc sur le fond mélanodermique. Bien des semaines peuvent se passer avant le retour à l’état normal.

Agents mécaniques. — Ici encore il est impossible, et d’ailleurs inutile, de faire une énumération complète. Rappelons les pigmentations dues au frottement des corsets, ceintures, bandages herniaires, colliers, jarretières, chaussures, et des innombrables instruments professionnels; elles se produisent même en l’absence de toute excoriation.

Il faut seulement une mention spéciale aux grattages répétés, qu’ils soient pratiqués avec les ongles ou avec des brosses, linges rudes, etc. Le grattage est d’autant plus efficace, pour hyperchromiser, qu’il est chronique pour ainsi dire; aussi l’urticaire, la gale, les prurits accidentels, en tant que maladies à pigmentation mécanique secondaire, cèdent-ils le pas au prurigo chronique, aux névrodermites ou lichens simplex, et surtout à la phthiriase.

Agents parasitaires. — La mélanodermie phthiriasique mérite de faire l’objet d’une description spéciale par son intensité, son étendue, et les erreurs de diagnostic auxquelles elle peut donner lieu malgré ses caractères spéciaux; elle offre un intérêt réel par les questions complexes de pathogénie qu’elle soulève.

On l’observe chez les miséreux, les sans-foyers, les chiffonniers, qui vivent dans une incurie sordide, sont en proie à toutes les vermines, et dont les vêtements recèlent des pediculi corporis ou vestimenti , en nombre parfois invraisemblable ; son nom de vagabund's discase est d’ordinaire pleinement justifié. La pigmentation prédomine à la nuque, sur les épaules, à la ceinture et dans la région lombo-sacrée, mais peut s’étendre au tronc tout entier, aux membres et à la face. On doit aux observations de Thibierge, confirmées par plusieurs, la notion que la muqueuse buccale peut être le siège de taches pigmentées, en tout comparables à celles de la maladie d’Addison.

Les surfaces hyperchromiques sont jaune brun, brun sale ou noires, mais inégalement teintées, marbrées d’excoriations disséminées ou linéaires, dues aux coups d’ongles, ou de taches blanches qui sont les cicatrices d’excoriations anciennes. Il y a souvent des pyodermites secondaires et une lichénisation diffuse de la peau. C’est dans les vêtements où ils se réfugient, et non sur la peau, qu’il faut chercher les parasites.

L’histologie montre que dans le corps papillaire les vaisseaux sanguins et lymphatiques sont entourés de cellules d’infiltration, dont un bon nombre sont chargées de pigment. L’épiderme malpighien est hypertrophié et parsemé de

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granulations pigmentaires. Les lésions sont donc assez différentes de celles de la peau des addisoniens.

Pour expliquer la pigmentation on peut invoquer l’action banalement irritante de la morsure des acariens, celle du grattage, auquel s’ajoute le hûle sur les parties découvertes; mais le fait seul de la présence possible de la pigmentation des muqueuses indique qu’il y a autre chose, et autorise à supposer que le venin des pediculi a une action excitante sur l’appareil pigmentaire. On pourrait faire valoir en faveur de cette hypothèse, qu’il n’est pas rare de voir les mélanodermiques par phthiriase présenter une cachexie marquée avec asthénie véritable.

En tout cas, il n’y a qu'une analogie, suggestive mais incomplète, entre la mélanodermie produite par les pediculi et les taches bleues de la phthiriase inguinale : le phthirius ingu-inalis secrète un venin qui localement produit la tache, comme l’ont prouvé les expériences de Duguet, lequel a réussi à en provoquer en inoculant le suc de ces acariens préalablement écrasés.

Le demodex folliculorum , quand il est exceptionnellement abondant, est capable aussi de provoquer une pigmentation locale (*).

Dyschromies secondaires des dermatoses. — J’ai indiqué plus haut que les excoriations et plaies de toute nature, brûlures, etc., peuvent chez certains sujets laisser des macules pigmentaires. On peut en dire autant des dermites artificielles ou infectieuses et des dermatoses surtout chroniques; quelquesunes s’accompagnent d’une pigmentation précoce qui survit à la disparition des éléments.

Parmi les érythèmes méritent une mention spéciale, au point de vue qui m’occupe, les érythèmes solaires et caloriques; l’origine solaire de l’érythème pigmenté de la pellagre a été démontrée par Bouchard.

L 'urticaire pigmentée est constituée par des élevures jaunâtres ou brunâtres généralement nombreuses et disséminées, promptes à se congestionner, qui sont dues à une infiltration locale de « mastzellen » ; le pigment n’y joue qu’un rôle effacé de même que dans le xanthome. h' urticaire dite hémorragique est au contraire une urticaire vraie dans laquelle il y a extravasation de globules rouges et consécutivement dépôt de pigment ferrugineux. A cet égard elle est à rapprocher des ecchymoses et des taches des purpuras , lesquelles laissent quelquefois des pigmentations assez prolongées dues à l’hémosidérine. Tout à fait analogue et relevant du même mécanisme est la pigmentation en nappe des membres inférieurs chez les sujets ayant souffert d 'eczéma variqueux. Les ulcères de toute nature et notamment les ulcères de jambe, gommeux ou non, laissent une cicatrice souvent blanche avec un liâle brun indélébile.

On a depuis longtemps relevé la tendance hyperchromisante des syphilides. Les papules secondaires, malignes précoces ou sans caractère spécial, peuvent

(*) \V. Dubreuilh, Journal de méd. de Bordeaux, 1901, n° 4. — De Amicis et Majocchi avaient rapporté des faits semblables.

chez certains sujets, plus souvent chez ceux du sexe féminin, laisser des macules brunâtres ou même noires qui font leur désespoir.

D’autres fois ce sont au contraire des macules blanches ou leuco-atrophiques que l’on observe. Les syphilides tertiaires, tuberculeuses ou gommeuses, laissent des cicatrices qui peuvent avoir une véritable valeur diagnostique rétrospective par leur forme, leur groupement et le halo pigmentaire «pii entoure leur centre décoloré.

Les bulles des pemphigus et de la dermatite polymorphe de Duhring, Y herpès et le zona, Y impétigo et Yecthyma , les folliculites et les furoncles , les tuberculides papulo-nécro tiques (folliclis), sont aussi l’origine de stigmates dyschromiques, décolorés ou plus souvent surpigmentés, qu’il suffit de mentionner.

Dans le lichen simplex chronique ou névrodermite, dans le prurigo, et dans le lichen plan de Wilson, on observe souvent plus que des reliquats pigmentaires; pendant l’évolution même de ces dermatoses et dès leur début il y a fréquemment une pigmentation périphérique, avec ou sans décoloration centrale, indice d’une véritable tendance à b « ataxie pigmentaire ».

En dehors des affections où, soit l’hémorragie, soit la diapédèse des globules rouges, expliquent pleinement la formation locale de pigment hématique, la pathogénie des dyschromies propres à certaines dermatoses n’est pas élucidée. L’action surajoutée de la médication arsenicale peut être parfois invoquée, mais non dans tous les cas, notamment dans beaucoup de lichens.

On voit donc que sur la question des dyschromies secondaires, non moins que sur celles d'ordre primitif, la science est loin d’être complètement fixée et que bien des recherches sont encore à faire.

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