TRAITEMENT DES PIGMENTATIONS PATHOLOGIQUES
Il est bien difficile de résumer en quelques lignes le traitement des dyschromies et mélanodermies.
Dans un bon nombre de cas le traitement du symptôme hyperchromie se confond avec celui de la maladie générale dont il dépend : maladie d’Addison, mélanodermies des tuberculeux, des lépreux, des syphilitiques, des paludéens, des diabétiques, etc.; d’autres fois, c’est la cause même des pigmentations (pie l’on peut supprimer : haie, phthiriase, arsenicisme, argyrie.
Ce n’est donc qu’exceptionnellement que l’on sera appelé à prescrire une médication locale dirigée directement contre l’accumulation de pigment : éphélides, lentigo, chloasma, macules pigmentaires.
Les agents décolorants que l’on peut utiliser sont l’eau oxygénée, en lotions ou crèmes; les mercuriaux, en emplâtres, lotions ou pommades, et notamment le sublimé et le calomel; les sulfureux; les acides organiques : acétique,
[J DAMER
484 TRAITEMENT DES PIGMENTATIONS PATHOLOGIQUES. — MENTAGRE.
citrique, tartrique, lactique, salicylique, ou minéraux, dilués. C’est à des substances de l’un de ces groupes que les « lotions virginales », les « laits antéphéliques » et autres préparations complexes empruntent leur vertu, si tant est qu’elles en aient une. Le traitement médicamenteux des hyperchromies est en effet des plus décevants. S’il y a lieu de débarrasser à tout prix un malade de pigmentations par trop déplaisantes, ou pourra avoir recours à des moyens plus énergiques.
Contre les éphélides et le chloasma, Unna a proposé un traitement exfoliant qui consiste en applications d’une pâte à l’oxyde de zinc contenant 50 pour 100 de résorcine, qu’on remplace au bout de trois ou quatre jours par une couche de colle de zinc. Pour ma part, j’ai eu maintes fois l’occasion de provoquer l’exfoliation de la peau de la face, soit pour pigmentations, soit pour acné ou séborrhée intense avec épiderme épaissi et coloré. Je fais, trois soirs de suite, badigeonner la figure, en forme de masque bien symétrique, en ménageant le pourtour des orifices, avec un mélange composé comme suit : teinture de savon de potasse au 1 /5e, 40 grammes; résorcine et soufre précipité, ââ 10 grammes. On laisse sécher; le matin on calme f inflammation à l’aide de pulvérisations, lotions ou crèmes rafraîchissantes. La douleur est assez vive le premier soir pendant quelques heures ; la desquamation commence le quatrième jour et est achevée le huitième. Le résultat est très satisfaisant, mais le pigment tend à reparaître au bout de quelques mois.
Les nævi pigmentaires, dans lesquels le pigment est plus profondément situé, pourraient exceptionnellement être soumis au traitement préconisé par Variot (‘) pour la destruction des tatouages. On verse sur la tache une solution concentrée de tannin ; à l’aide d’un jeu d’aiguilles à tatouer, on fait des piqûres serrées sur la surface à décolorer; on passe sur la surface ponctuée un crayon de nitrate d’argent; la croûte se détache au bout de quinze à dixlmit jours. Il s’agit, en somme, d’un procédé d’escharrification par le tannate d’argent, qui peut être utile à connaître; cependant, avec un peu d’expérience, on arrive à limiter en profondeur à son gré l’action des caustiques ou du thermocautère, et à atteindre ainsi le but par des moyens plus simples et plus expéditifs.
MÉLANOSE LENTICULAIRE . — Nom donné au xeroderma pigmenlosum. Voir l’article : Xeroderma pigmenlosum.
AIENT ACRE . — Étym. : mentagra ; de menlum, menton, et aypa, prise.
Pline appelle ainsi une maladie de la face qui affligea Rome dans les premiers temps de l’empire et dont la nature est absolument inconnue.
(*) Variot, Soc. de biol., juillet 1888.
MERCURE. — MILIUM ET PSEUDO-MILIUM.
Beaucoup plus tard ce nom lut donne a une variété de sycosis parasitaire du menton.
Voir l’article : Trichophytie.
MERCURE. — Ce médicament, intus et extra , peut causer des éruptions diverses.
Voir l’article : Éruption s artificielles , t. II, p. 423 et 453.
MILIAIRE . — Étym. : miliarius, de milium, millet.
Au sens étymologique du mot, le nom de miliaire devrait être réservé aux éruptions dont les lésions élémenlaires ne dépassent pas le volume d'un grain de mil.
En réalité on désigne ainsi des affections de deux ordres distincts :
1° Une fièvre exanthématique spéciale caractérisée par une éruption de petites papulo-vésicules rouges. Cette affection épidémique est du domaine de la pathologie générale.
2° Une série d’éruptions à fins éléments vésiculeux ou papulo-vésieulcux, incolores ou roses, qui semblent liées à un trouble fonctionnel des glandes sudoripares.
Voir l’article : Sudoripares [Glandes).
MILIUM COLLOÏDE . — Sous ce nom, et sous celui de Pseudo-milium colloïde, on désigne la dégénérescence colloïde du derme.
Voir l’article : Colloïde ( Dégénérescence ), t. I, p. 629.
MILIUM ET PSEUDO-MILIUM.
Par BALZER.
MILIUM ET PSEUDO-MILIUM
Etym. : milium, mil.
Syn. : Milium sebaccum seu Grutum ; acné miliaria seu albida ; strophulus albidus. Granulation perlée; Molluscum granuleux.
Définition. — On donne le nom de milium (grain de millet) à de petits corpuscules d’un aspect perlé, durs, saillants, siégeant au visage, et constitués par des petits kystes cornés, fermés, distincts des kystes sébacés.
Description. — Les corpuscules de milium se voient principalement sur le visage. Ils se détachent nettement en saillie sur la peau saine, sous la forme de petits grains blanchâtres ou blanc-jaunâtres, d’une apparence perlée. Ils sont durs et ne se laissent guère déformer par la pression. Leur surface est
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MILIUM ET PSEUDO-MILIUM.
lisse, recouverte par un épiderme transparent, sans ouverture visible, sans point noir. Leur forme est globuleuse, tantôt sphérique, tantôt irrégulière, ou un peu allongée. Souvent disséminés, ils sont quelquefois disposés en groupes. Leur volume est celui d’un grain de millet ou d’une tête d’épingle; les plus volumineux peuvent atteindre le volume d’un grain de poivre.
Le milium siège de préférence à la face, aux paupières, sur les joues, les tempes, le front, le nez, plus rarement les lèvres et les parties inférieures de la face. Celle-ci est le véritable siège du milium ; on l'a signalé encore chez
l’homme sur le pénis et le scrotum, chez la lemme sur les petites lèvres. Mais ces dernières localisations sont rares, ont été moins étudiées, et inspirent même assez de doutes pour que des examens spéciaux soient jugés nécessaires.
Tant qu’ils sont rares et disséminés sur le visage, les malades ne s’en préoccupent guère ; il n’en est pas de même quand ils deviennent très nombreux, au point d’enlaidir le visage qui les porte. Ils préoccupent surtout les jeunes sujets, chez lesquels ils se développent fréquemment. Pourtant ils ne s’accompagnent d'aucune rougeur, d’aucune irritation de la peau, à moins qu’ils ne soient compliqués d’acné; leur évolution se fait lentement, d’une manière insensible. Au bout d’un temps plus ou moins long, ils peuvent disparaître spontanément en s’énueléant, ou bien ils durent indéfiniment, sans modification appréciable.
Bazin considérait le milium comme très fréquent chez les jeunes filles, au moment de la puberté, mais il n’est pas rare non plus chez les jeunes gens. En lait, on l'observe souvent aussi pendant tout l’âge moyen de la vie, et certaines personnes doivent présenter pour cette petite affection une prédisposition particulière.
Pour examiner de près un corpuscule de milium, on peut procéder de deux façons : 1° inciser le derme à sa surface avec un petit bistouri, saisir le milium avec une fine pince et l’exciser; 2° le racler avec une petite curette tranchante. Au moment de l’ablation, on peut parfois reconnaître qu’il tient à la peau par un petit pédicule qu’il faut arracher.
Cette petite opération montre que le milium est constitué par une petite masse dure, blanchâtre, arrondie plus ou moins régulièrement. Elle montre aussi que le milium devient superficiel en se développant; il refoule le derme qui s’est aminci à sa surface et tend à s’énucléer spontanément.
Anatomie pathologique. — L’étude des corpuscules de milium a été faite par plusieurs auteurs et les a conduits à des interprétations différentes :
1" L’ancienne école de l’hôpital Saint-Louis a annexé l’histoire du milium à
Fig. 102. — Granulations perlées. (Rayer, Traité des Maladies de la peau, PI. VIII, Fig. 10.)
MILIUM ET PSEUDO-MILIUM.
celle de l’acné. Rayer avait noté son aspect perlé spécial et l’absence d’ouverture visible.
2° Pour d’autres, le milium est tout simplement un petit kyste sébacé. C’était l’opinion de Hebra, de Kaposi, de Veiel, etc. ; pour eux le milium est constitué par un lobule de glande sébacée ou même par une petite glande entière; par suite de son développement ce lobule se sépare, à son point d’insertion, du bulbe pileux et se fixe en s’élevant dans le lit de la peau.
Un argument de réelle valeur contre celte opinion est la facilité de l’énucléalion des corpuscules de milium, facilité qui lui est spéciale et n’appartient pas aux kystes sébacés.
5° Virchow a attribué le premier le milium à un groupement de cellules cornées situé dans le follicule pileux. Les couches de cellules sont disposées comme des écailles d’oignon, autour d’un point dont la situation varie et qui peut être à la périphérie du corpuscule. Virchow a le premier observé le vrai siège du milium, mais trompé par certaines analogies il n’a pas évité tout à fait la confusion entre le milium et d’autres altérations des glandes sébacées.
En effet, Virchow remarqua de plus la présence d’amas de graisse sébacée et de cristaux de cholestérine et il expliqua les variations qui peuvent sur ce point exister entre plusieurs corpuscules de milium par les différences de siège occupé par le follicule pileux et par les relations qui unissent le follicule à la glande sébacée. Les produits graisseux manquent lorsque le milium se développe au fond du follicule pileux ; ils sont abondants, au contraire, lorsque le milium se développe dans les glandes sébacées volumineuses. Ici Virchow abandonne la description du véritable milium et, comme le fait remarquer Unna, il la mêle avec celle du comédon.
4° Après Virchow, les idées au sujet du milium se sont progressivement modifiées avant d’aboutir h la notion actuellement acceptée.
Rindfleiseh considère comme Virchow le milium comme un kyste profond du follicule pileux.
Vidal et Leloir admettent que le milium a son siège à la superficie du derme qui l’entoure; il est constitué par des couches concentriques de cellules sèches et se développe dans le follicule sébacé.
Robinson admet deux formes de milium : l’une, le milium vrai, sans graisse, sans orifice visible, serait produit par un germe embryonnaire détaché de la couche des cellules épineuses et provenant soit de l’épiderme, soit de la gaine du follicule; l’autre est un comédon avec sébum et cholestérine, situé profondément, et présentant une ouverture.
Philippson émet une opinion qui se rapproche de celle de Robinson; le milium est constitué par des perles d’épithélium corné qui restent libres dans la peau, sans connexion avec l’épiderme, ni avec les follicules pileux, ni avec les glandes sébacées, bien qu’elles dérivent de groupes de cellules épithéliales d’origine embryonnaire.
Unna reconnaît l’exactitude de la description de Virchow. Le milium est constitué par une petite perle de cellules cornées en couches concentriques,
[ BALZER ]
MILIUM ET PSEUDO-MILIUM.
parfois encore en connexion avec des cellules malpighiennes. On peut distinguer ordinairement un noyau plus compact; point de cellules graisseuses ni de graisse libre, parfois seulement quelques granulations graisseuses colorées par l’osmium dans les couches extérieures du noyau. Pas de micro-organismes. Le milium vrai apparaît donc comme un kyste corné.
Unna a toujours trouvé le milium en rapport avec le follicule du poil follet. Autour de chaque corpuscule corné se retrouvent même des restes de follicule pileux attenant aux cellules malpighiennes en contact avec le corpuscule, généralement à la hauteur de sa partie médiane. Le kyste corné semble donc se développer vers sa partie médiane aux dépens du follicule pileux et s’accroître de ce côté seulement en prenant une forme globuleuse.
La position des kystes cornés peut faire penser qu’ils se forment dans les glandes sébacées, mais pourtant celles-ci sont situées plus profondément que les kystes, à la hauteur du fond des follicules pileux. Le kyste miliaire s’agrandit sur le côté du follicule pileux, et tend à s’élever vers la surface libre de l’épiderme en repoussant le follicule pileux dont il dépend et quelquefois aussi les follicules voisins. Autour de lui les cellules conjonctives sont un peu en prolifération et le tissu fibrillaire est condensé. Le début de l’affection, encore mal connu, se reconnaîtrait à une petite formation cornée, claire, homogène, qui distend le follicule.
En résumé, pour Unna, le milium résulte d’une hyperkératose du follicule pileux; elle descend jusqu’à son tiers moyen sans atteindre le fond et arrive à constituer un corpuscule corné sur le côté du follicule ainsi tuméfié.
L’aspect clinique du milium vrai, son absence d’ouverture, sa disparition spontanée, son énucléation facile se trouvent ainsi expliqués par la situation superficielle de ce kyste corné.
Nous uc sommes pas encore fixés sur la durée du milium. 11 est probable qu’il dure longtemps dans les cas oii il se développe surtout du côté de la couche papillaire du derme, et que son élimination est moins tardive lorsqu’il progresse du côté de l’orifice de la glande sébacée.
Étiologie. — Nature. — Classification. — Les causes du milium, tel qu’on le comprend aujourd’hui, sont inconnues. Il ne faut pas les chercher dans une affection spéciale des conduits excréteurs des glandes sébacées, car ils paraissent libres. Il y a quelquefois de l’acné ou des comédons, mais c’est là une simple coïncidence, qui n’est pas rare, il est vrai. Tout ce qu’on a écrit concernant les troubles de l’évolution de l’épithélium des glandes sébacées, ou l'inflammation du canal excréteur de ces glandes avec ou sans rétraction cicatricielle oblitérante, s'applique aux kystes sébacés, aux comédons, mais non au milium. Celui-ci semble bien être une affection spéciale distincte des affections des glandes sébacées avec lesquelles on l’a confondu.
Les recherches bactériologiques sont demeurées, jusqu’à présent, sans résultat.
Virchow a classé le milium dans les Tumeurs de rétention , dues à l’occlusion
MILIUM ET PSEUDO-MILIUM.
passagère ou persistante des conduits excréteurs des follicules cutanés. Unna en fait une hyperkératose limitée et globuleuse de la gaine épithéliale du follicule pileux aboutissant à la formation d’un petit kyste corné. Il semble bien, en effet, qu’il s'agisse d’une déviation dans l’évolution normale de l’épithélium du follicule.
Bien que le siège, la constitution et la marche diffèrent complètement, l’affection est à rapprocher, dans une certaine mesure, du Mollnscum contagiosum. Jarisch voit des analogies encore plus étroites d’autre part entre le milium corné et les kystes cornés que l’on trouve dans les tractus épithéliaux de l’épithélioma adénoïde kystique.
Il convient donc de classer le milium, comme l’a fait Jadassolm, dans les néoplasies épithéliales, dont le point de départ est dans les annexes de la peau. Celle néoplasie serait-elle, comme on l’a dit, le résultat d’une malformation? Cette opinion est peut-être en contradiction avec la dissémination parfois étendue et progressive du milium, avec sa marche et sa disparition spontanée dans certains cas. Jarisch admet que le milium peut se développer dans les excroissances que l’on observe dans la gaine externe des poils au stade bulbaire. Il paraît rationnel de chercher dans un défaut du développement et de l’évolution du poil la cause d’une affection qui s’observe avec un siège si constant, mais on peut se demander aussi si cette petite néoplasie épithéliale n’est pas simplement le résultat d’un acte pathologique spécial, dont la raison jusqu’à présent nous échappe. Il faut ajouter encore que, dans l’épithélioma adénoïde, les kystes que l’on trouve dans les tractus sont mous, constitués par des couches de cellules peu serrées, tandis que la néoplasie épithéliale miliaire est caractérisée par sa consistance élastique et ferme, comparable à celle de certaines hyperkératoses. L’opinion de Unna paraît se rapprocher le plus de la vérité.
Affections confondues avec le milium et variétés diverses de pseudo-milium. — Le milium corné de la face nous apparaît donc actuellement comme une néoplasie épithéliale assez bien définie pour pouvoir être séparée désormais des diverses affections que l’on décrivait avec elle sous le nom de milium.
1° Le milium de l’enfance présente une coloration jaunâtre et une petite ouverture que l’on peut reconnaître. Il est considéré par Unna comme un kyste sébacé. Le contenu de ces productions est constitué par des cellules cornées, des cellules graisseuses, de la graisse en gouttelettes et des cristaux gras.
2° Kyste sébacé également, le milium qui se développe parfois sur la poitrine et le dos, en coïncidence avec l’acné.
5° Il faut sans doute aussi considérer comme pseudo-milium les corpuscules miliaires qui ont été décrits aux petites lèvres chez la femme, et au niveau de la couronne du gland chez l’homme.
4° Un pseudo-milium à grains multiples se développe aussi souvent à la suite des bulles des pemphigus en voie de guérison, principalement dans la variété dite pemphigus à kystes épidermiques. Cette variété, signalée d’abord
[BALZER.]
MILIUM ET PSEUDO-MILIUM.
par Barensprung, Hebra, Kaposi, a une évolution rapide. Elle est constituée par une production cornée assez analogue au milium en apparence, mais qui doit être attribuée à la prolifération de l'épithélium des canaux des glandes sudoripares (').
Il en est de même sans doute des corpuscules de milium observés à la suite
de l’érysipèle par Kaposi. C’est à ces cas divers que convient la dénomination de pseudo-milium ; ils ont entre autres caractères cliniques celui de s’exfolier plus facilement que le milium primitif et de disparaître assez rapidement.
Il faut peut-être rattacher à cette série le cas observé par Veiel et dans lequel cet auteur a vu se développer une formation de milium en cinq ou six semaines à la suite d’un trau¬
matisme qui avait excorié les joues. On ne considère pas non plus comme du milium vrai les productions cornées d’apparence miliaire et kystique que l’on observe quelquefois à la suite des brûlures, à la suite du lupus et des sypli ilides tertiaires. Il y a seulement analogie, mais non identité entre ces productions et le milium vrai.
En somme, toutes ces variétés de pseudo-milium diffèrent déjà notablement du milium vrai par le seul fait d’être secondaires et comme un reliquat de dermatoses définies, tandis que le milium vrai se développe primitivement et d’emblée dans la peau saine. L’identité pourtant ne serait peut-être pas toujours impossible pour certains miliums placés en d’autres régions que la face, (') Voir article Pemphigus.
Fig. 105. — Pseudo-milium de la face dorsale de la main. (Musée de l’hôpital Saint-Louis, n° 2010).
MILIUM ET PSEUDO-MILIUM.
mais il faudrait au moins qu’elle fût constatée par des vérifications nouvelles.
Quant au pseudo-milium colloïde, aussi bien par sa constitution que par ses caractères cliniques, il s’éloigne du milium vrai plus encore que les variétés de pseudo-milium que nous venons de passer en revue (').
Diagnostic. — Le diagnostic du milium vrai, perlé, petit, dur, saillant sur la peau saine des joues, des tempes ou des paupières, sans orifice, ne présente pas de difficultés réelles. Pourtant quelques affections méritent de lui être comparées au point de vue du diagnostic.
Le molluscum contagiosum est constitué par une petite tumeur arrondie, globuleuse, lisse, saillante, mais moins bien délimitée à la périphérie que le molluscum. A son centre se voit une petite ouverture d’où la pression fait sortir un peu de substance blanchâtre dans laquelle le microscope montre des cellules avec des corpuscules hyalins caractéristiques. Le doute ne peut donc pas exister. De plus, le molluscum est fréquent à la face, mais plus disséminé et sans siège constant comme le milium dans le voisinage des yeux. Comme le milium, le molluscum est une néoplasie épithéliale bénigne, mais qui a toujours son point de départ dans la portion plane de l’épiderme, tandis que le milium prend naissance dans les annexes de l’épiderme, dans le follicule pileux, et est intra-dermique lorsqu’il a atteint son plein développement.
Le comédon se distingue du milium par sa coloration souvent noirâtre, par son siège au goulot dilaté d’une glande sébacée, et enfin par sa constitution élémentaire.
La confusion serait plus facile entre le milium et les petits kystes sébacés , d’autant plus qu’ils peuvent siéger dans la région péri-orbitaire comme le milium. Mais les kystes sébacés, qui constituent vraiment une tumeur de rétention, avec oblitération plus ou moins complète du conduit de la glande, sont munis d’un orifice habituellement reconnaissable. Dans le cas contraire, on peut voir encore qu’ils ne sont pas saillants comme le milium; ils sont situés plus profondément dans l’épaisseur de la peau et ne peuvent être énucléés. Enfin si l’on examine leur contenu obtenu par pression, on voit qu'il est constitué par des cellules épidermiques grasses, par de la graisse libre, par des cristaux gras, etc. Il faut reconnaître que certains cas sont embarrassants et justifient les confusions faites par les auteurs.
Quant au xanthome , malgré quelques analogies d’ailleurs peu évidentes de coloration et de siège à la paupière, son infiltration plus ou moins étendue dans l’épaisseur de la peau ne permet pas de le confondre avec une tumeur petite et superficielle comme le milium.
Traitement. — Le milium fait parfois à la surface de la peau une saillie telle que certains malades arrivent à le détacher avec l'ongle.
On peut recourir aux procédés que nous avons indiqués plus haut pour son extraction : simplement après une bonne désinfection de la peau, raclage à la
C) Voir t. I, p. 629.
[BALZER]
MILIUM ET PSEUDO-MILIUM. — MOLLUSCUM CONTAGIOSUM.
curette sur la peau bien tendue, ou bien incision de la peau avec un fin bistouri au niveau des corpuscules, suivie de l’extraction de ceux-ci, par simple pression ou bien avec la pince et la pointe du bistouri. Lorsque les miliums ne sont pas nombreux, on peut se contenter d’appliquer ensuite une petite couche de collodion ou même se dispenser d’appliquer un pansement ; la petite plaie guérit promptement sans laisser de trace visible.
Ce traitement expéditif et sûr nous semble préférable aux savonnages et à l’emploi de l’électrolyse qui a été proposé par Hardaway.
Récemment K. Gerson a employé le procédé suivant : après avoir soigneusement dégraissé la peau au moyen de l’éther, en ayant soin de protéger les yeux, l’auteur prend un petit pinceau de coton conique et ferme, il l’imbibe d’acide phénique pur liquide et l’applique sur le milium pendant quinze secondes environ en le faisant tournoyer. Le pinceau doit être imbibé pour chaque milium. Le plus souvent une seule cautérisation suffit. Les miliums, ainsi cautérisés, s’éliminent en cinq ou six jours, sans laisser de trace.
Iv. Gerson a employé aussi ce même procédé avec succès dans le lichen plan.
Les pseudo-miliums disparaissent souvent spontanément. Dans un cas où de nombreux corpuscules s’étaient produits à la suite d’un pemphigus, Kaposi obtint leur rapide exfoliation à l’aide du savon noir.
Bibliographie.
Rayer, Bazin, Virchow, Rindfleisch, Neumann, Kaposi (Trad. Bcsnier et Doyon). — Leloir, Atlas des maladies de la peau, 1889-93. — Robinson, Ilandbook of Dermatology, Milium, p. 57. — Piiilipson, Die Bezieliungen des Kolloïd-M ilium, der Kolloïden Degeneration des Cutis, und des llydradenom zu einander (Monat., 1890. Bd. Xi, s. 1). — Unna. Histopathologie des maladies delà peau. Art. Milium. — Jariscii. Die Haulkrankheiten. Wien, 1900. — K. Gerson, Zur Behandlung der Milien. Dermat. Zeitschrift, Bd. VIII, Ileft G.
MOLLUSCUM. — Étym. : molluscum, nœud de l’érable, ressemblant vaguement à cette
tumeur. Ou mieux, peut-être, mollusca, noix dont l’écorce est fort tendre, d’où le rapprochement avec des tumeurs molles.
Sous le nom de molluscum , on désigne deux genres dermatologiques : L le molluscum non contagieux, ou fibroma molluscum , décrit à l’article Nævi (voir p. 559) et le molluscum contagiosum décrit à ce mot.
MOLLUSCUM CONTAGIOSUM. — Voir l’article ci-après.
plu* des pi* tour de le* l’affection est la région mammu Quant au nombre u ment variable : quelquefoi.
petits groupes de trois ou quau sont confluents, particulièrement v.
l’ heure et qui sont les sièges de prédn cas, très rares il est vrai, l’éruption peut ê*
Que l’on prenne maintenant une petite tun et que l’on suive son évolution, voici ce que l'oi A l’origine, il s’agit d’une petite élevure, d’une d'un point central, presque imperceptible et qui esi Pendant des semaines, quelquefois pendant des mois,
un en sa .a variolicentre de la xitérieur de cette .lies à la grosseur de jt une recherche attentive x,n par un petit bouchon dur, ^arce qu’il est teinté par les pous- ■ comédons ou des tannes. Enfin une is latérales d’une tumeur de molluscum ehors et par l’ombilic central du contenu de .ostance blanche demi-solide, constituée, ainsi ater au microscope, par des cellules épidermiques, s cristaux de graisse et par des corps arrondis ou x, que l’on désigne sous le nom de corpuscules de mol-
MOLLUSCUM CONTAGIOSUM.
luscum. Il est bon de savoir cependant qu’il n’est pas toujours possible, par une pression même énergique, de faire sortir le contenu de la tumeur par l’ombilic, l’expression n’aboutit alors à un résultat positif qu’après agrandissement préalable du pertuis central à l’aide d’un instrument quelconque.
Ordinairement l’éruption de molluscum contagiosum est absolument indolente; dans le cas cependant de localisation à la zone génitale et quand le nombre des tumeurs est assez grand, on observera des sensations de prurit qui sont l’origine de grattages, lesquels déterminent des excoriations et contribuent à la dissémination des éléments éruptifs; lorsque les tumeurs sont confluentes, ces phénomènes de prurit peuvent également être notés.
Ajoutons maintenant que ces petites tumeurs ne s’accompagnent d’aucune réaction inflammatoire, que la peau avoisinante semble parfaitement et abso lument normale, et nous aurons donné un tableau des caractères du molluscum contagiosum classique.
Parvenue à sa phase adulte, l'éruption reste ordinairement stationnaire et la durée de ses éléments peut être indéfinie, sauf en certains cas où la guérison spontanée survient par suite de l'issue au dehors du contenu de la poche et aussi en quelques circonstances où une complication d’ordre inflammatoire intervient. On voit alors la base de la petite sphère rougir et un écoulement latescent, puis purulent, se faire par la dépression centrale en ombilic, une croûte ne tarde pas à se former qui masque l’élément et qui, après sa chute, laissera une ulcération toujours assez longue à guérir.
Soumis à un traitement rationnel, le molluscum contagiosum guérit facilement sans laisser de cicatrices, si toutefois ses éléments n’ont pas de grandes dimensions : celles d'une noisette par exemple.
A côté de cette forme classique du molluscum contagiosum, il importe de signaler quelques cas, très rares, et qui méritent le nom de forme généralisée de l’affection. C’est à cette forme généralisée qu’il faut rattacher les observations de Geber(’), de Vidal (2), de Ivaposi (3), dans lesquelles toute la surface cutanée était atteinte mais d’une façon inégale : en certains points les éléments de molluscum étaient abondants et classiques, en d’autres parties telles que le front, les régions inguino-scrotales et mammaires, les éléments éruptifs, très rapprochés et confluents, avaient déterminé la formation de véritables tumeurs de consistance mollasse, d'aspect irrégulier et dont l’allure générale ne rappelait en rien le molluscum.
DI AGNOSTIC
Dans la majorité des cas, le diagnostic du molluscum contagiosum est aisé
(*) Gebeiî, Viertelj. /ur Dermat. und Syph., 1882, p. 403.
(-) Vidal, France méd., juin 1889.
(3) Kaposi, Société vien. de dermat., 29 avril 1896.
[£. BODIN
ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET PATHOGÉNIE
et ne peut prêter à l’erreur dans les formes classiques de la maladie : aussi n’insisterai-je pas sur ce point et ne m’arrêterai-je pas à le différencier des verrues et du molluscum simple, ainsi que le font certains auteurs. Où la difficulté commence, c’est quand l’éruption confluente de molluscum a déterminé la production de masses conglomérées, irrégulières où les caractères de l’élément ombiliqué ne se perçoivent plus aisément et qui peuvent simuler par exemple des nævi frambæsioïdes, comme le fait remarquer Hallopeau (*) (PI. VIII, Molluscum contagiosum du mollet).
A la zone génitale également, si l’éruption est abondante et tant soit peu altérée par des excoriations plus ou moins infectées, les végétations, les papules syphilitiques, les simples folliculites pourraient donner lieu à l’erreur. En ce cas, il est bon de se souvenir que la constatation de la tumeur ombiliquée, dont on peut extraire le contenu par pression, est le signe qui lèvera tous les doutes et que, dans le cas de confluence, il est rare qu’on ne rencontre pas, à la périphérie de l’éruption, quelques éléments isolés offrant les caractères classiques suffisant pour lever tous les doutes.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET PATHOGÉNIE
L’élude anatomo-pathologique du molluscum contagiosum est délicate, car il existe à ce sujet un nombre considérable de travaux et les divers auteurs émettent sur ces lésions des opinions diverses en les interprétant en des sens différents. Afin de donner à cet exposé plus de clarté, je commencerai par résumer les caractères et l’aspect des altérations anatomiques sur lesquelles tous sont en somme à peu près d’accord, puis j’indiquerai les théories qui ont été invoquées pour expliquer leur production. J’emprunterai ici largement aux auteurs français qui, comme Renaut(2), Leloir(r’) et Vidal ('*), Audry (*), ont contribué pour une grande part à l’histoire anatomo-pathologique de la dermatose.
Une tumeur de molluscum contagiosum est constituée par un nodule de forme plus ou moins nettement arrondie et qui est composé de lobules irréguliers, se divisant parfois eux-mêmes en lobules secondaires; d’une manière générale et comme l’indique très nettement Renaut, ces lobules
(‘) Hallopeau, Sociélé de dermat., 9 février 1899.
(2) Renaut, Comptes rendus de la Soc. de biol., 1877, et Ann. de dermat., 1888.
(3) Leloir, Bull, de la Soc. anat., 1883. Ann. de dermat., 1885. — Leloir et Vidal, Traité des maladies de la peau, 1889-1894, p. 54.
(4) Vidal, Comptes rendus de la Soc. de biol., 1877.
(5) Audry, Annales de dermatol., 1899, p. 621.
PLANCHE VIII. — Molluscum contagiosum du crâne. (Musée de l’hôpital Saint-Louis, n° 2150.) — Molluscum contagiosum du mollet. (Musée de l’hôpital Saint-Louis, n" 2050.)
La Pratique Derrnato/ecjicjue