J. VARIER
DES DYSCHROMIES EN PARTICULIER
DYSCHROMIES TOXIQUES
La seule mélanodermie toxique dont l'existence soil bien établie, qui survienne indépendamment de toute congestion ou inflammation locale, est celle qui est due à l’absorption médicamenteuse, professionnelle ou accidentelle de l'arsenic. Je rangerai aussi dans ce groupe l’argyrie, quoiqu'il s’agisse dans ce cas d’une dyschromie non pigmentaire.
Mélanodermie arsenicale. — Mentionnée sous sa forme maculeusc chez les psoriasiques par Devergie (1857), par Thomas Hunt sous sa forme généralisée, la pigmentation arsenicale a surtout été étudiée à propos des épidémies de Brighton, par Power et Prince Morrow, de celle d’Hyères (1887), par Vidal et Barthélemy. Depuis lors on en a rapporté des observations nombreuses et variées (').
L’âge, le sexe, le mode d’introduction et le genre de la préparation arsenicale n’influent pas sur son. action hyperchromisante. Les cacodylates, si en faveur en ce moment, ne peuvent pas être considérés comme innocents au point de vue qui nous occupe. Chose curieuse, il n'est pas indispensable que la dose soit élevée et l’administration du toxique prolongée; on cite des cas de mélanodermie pour 18 gouttes de liqueur de Fowler prises en deux ou trois jours. D’ordinaire cependant, c’est l’absorption prolongée qui est en cause.
Le début est insidieux, et se fait tantôt par hyperchromie diffuse des régions normalement colorées ou soumises à des pressions, tantôt par des taches qui ultérieurement grandissent et confluent. La teinte est gris de fer, crasseuse et plus tard bronzée ou même noire; quelquefois la surface est farineuse. Contrairement à ce qui a lieu dans la maladie d’Addison, les parties découvertes sont relativement épargnées, ainsi que les régions palmaires et plantaires où peut exister de l’hyperkératose. Cependant la face était prise dans les cas de Iiaffter, Audry et Hirschgasser. Les muqueuses ont toujours été trouvées intactes, à deux exceptions près, notées par Audry (gencives) et Smelana (gorge et larynx). Les affections cutanées préexistantes, notamment les lichens et névrodermiles, traitées par l’arsenic, laissent souvent des macules remarquablement foncées et persistantes.
Les biopsies de Wyss et de IL Müller ont montré du pigment épidermique cl surtout dermique sans caractères chimiques spéciaux.
Auguste Voisin (1870) et Gonzales Echeverria (1872) ont signalé des mélanoses diffuses de la face et du cou chez les épileptiques traités par les bromures ; on n’en a pas observé depuis leur époque.
(*) G. Brouardel, De l’arsenicisme. Thèse de Paris, 1897. — Ed. Richard, Les pigmentations cutanées d’origine médicamenteuse. Thèse de Paris , 1898.
MÉLANODERMIES.
L antipyrine aux doses habituelles provoque chez certains sujets des éruptions variées, parmi lesquelles des taches ér\ (hémato-pigmentaires fixes étudiées par Brocq. Rondes ou ovalaires elles surviennent brusquement eu un point quelconque des téguments. Quand leur teinte congestive a pâli, elles restent jaune rouge, brun rouge ou même noires, et persistent pendant plusieurs semaines. A chaque ingestion nouvelle, elles se congestionnent et il peut en apparaître d’autres. La connaissance de ces macules, dues à l’antipyrine, devrait être plus répandue et éviterait aux médecins bien des hésitations et erreurs de diagnostic.
Argyrie. — L 'argyric occupe une place tout à lait à part parmi les mélanodermies. On dénomme ainsi une coloration gris sale, gris bleuté, ou ardoisée qui se développe chez les malades soumis pendant bien des mois à la médication par le. nitrate d’argent; cette coloration peut occuper toute l’étendue des téguments, mais est surtout marquée sur le visage, sur les mains et sur les faces de flexion des membres; elle atteint aussi les muqueuses.
Par une exception unique la coloration n'est pas ici causée par du pigment, mais par un dépôt d’argent réduit et peut-être combiné, qui se fait en bande au-dessous de l'épiderme et ne pénètre jamais dans ce dernier. La membrane vitrée, les fibres élastiques et les capillaires sont imprégnés d’argent. Les éléments cellulaires et notamment les épithéliums sont indemnes.
On observe aussi des taches d’argyrie locale chez les argentiers comme font vu Lewin, Blaschko, et sur les muqueuses qui ont été cautérisées fortement à la pierre infernale.