DÉFINITION — HISTORIQUE
Étym. : Morbus, maladie.
La morve est une maladie microbienne, causée par une bactérie spéciale, atteignant le pl us souvent les solipèdes mais pouvant aussi se rencontrer chez, l'homme.
Connue des anciens, car on retrouve des descriptions s’appliquant à la morve de l'âne dans Aristote cl dans Hippocrate, on voit ensuite cette maladie signalée et étudiée dans les ouvrages d’hippiatrie et de médecine vétérinaire; toutefois, ce n’est qu’au siècle dernier que son existence chez l’homme a été nettement établie. Pendant une longue période, l’histoire de la morve est donc restée exclusivement sur le terrain vétérinaire; aussi ne m’arrêterai-je pas sur cette phase historique de la maladie. Je dois cependant, à ce sujet, faire remarquer combien, jusqu'à la dernière partie du xvme siècle, les notions étiologiques sur l’affection ont comporté une justesse et une précision remarquables.
Ainsi Solleysel, en 1682, proclame hautement la contagiosité de la morve; Gaspard de Saulnicr, en 1754, soutient la même opinion et, en 1746, Garsaull préconise l’isolement et l’abatage des animaux morveux.
Dans la fin du xviiiu siècle et au commencement du xixp, sous l’influence de conceptions théoriques et doctrinales, l’histoire de la morve semble au contraire faire un pas en arrière et nous voyons des auteurs comme Godine, Renaud, Delafond, Bouley, défendre la non-contagiosité de la maladie; et n’est-ce pas même en 1861 que l’Académie de médecine fut le théâtre d’une discussion où la spontanéité de la morve trouva encore des défenseurs? A Saint-Cyr revient l’honneur d’avoir rétabli la vérité sur ce point par ses belles expériences qui datent de 1865 et après lesquelles l’inoculabilité de la morve est définitivement prouvée et universellement reconnue.
En pathologie humaine la possibilité de la transmissibilité de la morve de l’animal à l’homme avait été signalée par Osiander en 1785, puis par Delabère Blaine en 1805 et par Sidow en 1817, mais la première observation de morve humaine date de 1821, elle est due à Schilling et fut suivie rapidement de la publication de faits analogues : I observation de Weisses, 2 cas de Muscroff, Il cas de Tarozzi, en 1821; I cas de Seidler, en 1825; 2 cas de Grub et Ivrieg, en 1829; 4 observations d’Ellioston avec autopsie et 1 cas d’ino-
(*) Pour tous les détails de l’iiistoriquc, je renvoie aux monographies suivantes : Bouley et Brouardel, art. Morve du Dict. encycl. des sr. méd. — Ladouldène, Histoire de la morve. Gaz. des hop., septembre 1895.
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ÉTIOLOGIE.
culation du pus à l’âne. D’autres preuves de la transmissibilité de la maladie à l’homme ne tardèrent pas à être données par Numan en 1850, par Hertwig en 1854, par Vogeli en 1855, par Wolf en 1855, par Brera en 1856, par Graves en 1856, par Hardwicke en 1859 et par Albin Gras la même année.
Réunissant ces documents et y ajoutant l’étude détaillée d’un cas de morve aiguë humaine avec inoculation positive au cheval, Rayer, en 1857, publia un important mémoire où se trouve la première description clinique minutieuse de la maladie chez l'homme, puis d’autres observations et d’autres travaux parurent qui contribuèrent à compléter l’histoire de l’affection, en sa partie symptomatique du moins. Qu’il me suffise, en ce rapide aperçu historique, de ciler les noms de Yigla, de Tardieu, de Monneret, de Sédijlot, de Gubler, de Bollinger, de Bouley et Brouardel, de Tardieu et Martineau, auxquels nous devons de nombreux et d’importants documents.
Enfin l’année 1882 apportait un fait capital avec la découverte de l’agent spécifique, du bacille de la morve, découverte réalisée en même temps en France par Bouchard, Capitan et Charrin(1), et en Allemagne par Loefflcr et Schutz(2); puis neuf ans plus tard Helman, Kalning, Nocard et Roux, faisaient connaître la malléine dont on sait tout l’intérêt.
Dès lors, les principaux traits de l’histoire de la morve sont fixés; l’agent causal spécifique est isolé, la symptomatologie est connue, le diagnostic devient aisé, grâce aux perfectionnements de la microbiologie, mais il y a une partie importante en laquelle les progrès sont plus lents, c’est le problème de la thérapeutique dont la solution, comme pour la tuberculose, reste à donner.
ÉTIOLOGIE
La cause de la morve est une et spécifique, c’est le bacille découvert par Bouchard, Capitan et Charrin : il importe donc ici de donner tout d’abord une étude sommaire de celte bactérie avec l’indication de ses principaux caractères et de ses propriétés biologiques; puis, cela fait, il me faudra envisager la provenance du microbe, les conditions dans lesquelles il s’inocule habituellement à l’homme, par quelles voies il pénètre dans l’organisme, et quelles sonl les circonstances susceptibles de favoriser cette inoculation. Ce sera la deuxième partie de ce paragraphe d’étiologie.
1° Le bacille de la morve.
A. Morphologie. Coloration. — Le bacille de la morve se présente sous la forme d’un petit bâtonnet (Fig. 107) très analogue à celui de la tuberculose et
I1) Bouchard, Capitan et Chardin, Sur la culture du microbe de la morve et la transmission de cette maladie à l'aide des liquides de culture. Bull, de l'Acad. de médecine , 1882-1885.
(4) Loeffler et Sciiutz, Ueber den Rotzi>ilz. Deutsche med. Woch., 1882.
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offrant des dimensions à peu près identiques (0^,5 xô à5ji). Tantôt rectiligne, tantôt un peu incurvé, il est légèrement mobile dans les cultures artificielles et possède celte particularité de ne pas fixer les matières tinctoriales d’une façon, uniforme ; aussi verra-t-on, dans la continuité de ce bacille, des espaces incolores à côté de parties vivement colorées, ce qui a conduit certains auteurs, comme Weischelbaum et Baumgarten, à considérer celle bactérie comme spondée, opinion qui doit être abandonnée, ainsi que nous le verrons ultérieurement.
Si l'on veut colorer le bacille de la morve dans les cultures ou dans les produits pathologiques, on ne peut user de la méthode de Gram qui le décolore, mais on peut employer toutes les couleurs basiques d’aniline surtout dans ces
solutions qui, comme celles de Kuhne et de Loefller, sont additionnées de substances destinées à renforcer le pouvoir tinctorial.
Le microbe se colore ainsi très bien, mais il se décolore avec une égale facilité, surtout sous l’influence de l’alcool, et cette particularité rend la préparation des coupes de tissus morveux assez délicate.
Pour obtenir en ce cas de bons résultats, deux méthodes peuvent être mises en emploi :
1° La méthode de Weiggert, qui consiste à colorer avec un bain aniliné de violet ou de bleu, ou mieux avec le bleu de Kuhne, puis à laver et à sécher avec du papier buvard les coupes, qui seront éclaircies à l’huile d’aniline, lavées au xylol et enfin montées au baume.
2° Les méthodes qui consistent à colorer les coupes par une couleur que l’on fixe par un réactif approprié, permettant la déshydratation par l’alcool. On peut alors se servir du procédé de Nicolle au tanin (*), ou mieux du procédé au molybdate d’ammoniaque, qui est, à mon avis, le meilleur et que j’utilise de la façon suivante :
1° Coloration des coupes au bleu de Kuhne ou à la thionine phéniquée (formule de Nicolle) pendant dix minutes.
2° Lavage à l’eau distillée.
o° Action du molybdate d’ammoniaque en solution aqueuse à 1/10, en
Fig. 107. — Bacilles de la morve dans une coupe de testicule de cobaye morveux. (Oc. 1, immersion 1/12. Leilz, Ch.-Cl. Verick.)
G. Nicolle, Recherches sur le chancre mou. Thèse de Paris, 1895.
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ETIOLOGIE.
chauffant légèrement cl pendant huit à dix minutes, ayant pour but de fixer la couleur avec laquelle le molybdale forme un composé défini el insoluble.
4° Lavage soigneux à l’eau distillée.
5° Déshydratation à l’alcool absolu.
0° Éclaircissement au xylol el montage au baume.
Avec ce procédé on peut même obtenir des doubles colorations en faisant agir, avant de deshydrater par l’alcool, une solution aqueuse d’éosine. Le fond de la coupe est alors coloré en rose, les noyaux el les microbes en bleu.
B. Cultures. — La plupart des milieux usuels des laboratoires peuvent servir pour la culture du bacille de la morve qui est un aérobie poussant facilement à la température de+b7°. Au-dessous de -4- 25° et au-dessus de -h 42n, les cultures ne se développent pas; la gélatine ordinaire est donc à rejeter comme substratum nutritif, puisque ce milieu ne peut être exposé qu’à une t empérature ne dépassant pas H- 22°.
Sur bouillon de bœuf, le développement du bacille est rapide à -h 57° et donne un trouble général; puis, quand la culture vieillit, il se dépose au fond <1 u vase un llocon visqueux et le liquide s’éclaircit.
Sur gélose ordinaire, en vingt-quatre heures on voit se produire, le long de la strie d’ensemencement, une traînée grisâtre, transparente, qui s’épaissit ensuite et qui n’a rien de spécial.
Sur sérum de cheval, des colonies demi-transparentes et jaunâtres prennent naissance, puis deviennent opaques quand la culture avance en âge.
Avec tous ces milieux, la culture ne présente rien de caractéristique; il n’en est plus de même, si l'on emploie la pomme de terre, sur laquelle le bacille de la morve revêt des caractères particuliers et spéciaux, précieux par conséquent pour le diagnostic de la bactérie.
Le long de la strie d’ensemencement, à la surface d’une tranche de pomme de terre stérilisée, on voit, à l’étuve à -+- 7» 7°, se produire, dès le deuxième jour, une bande formée par un enduit humide, visqueux et de couleur jaunâtre ; puis celle culture se fonce en progressant, de telle sorte qu’au bout de quatre ou cinq jours elle est constituée par une large bande surélevée, visqueuse, de couleur brun chocolat, tranchant nettement sur la teinte claire du substratum nutritif. Cette culture est assez spéciale pour faire reconnaître immédiatement le bacille morveux; toutefois, je ferai remarquer que le bacille pyocyanique donne quelquefois, sur le même milieu, une apparence analogue; mais, dans ce cas, une expérience bien simple lève tous les doutes : il suffit d’arroser la pomme de terre avec de l’eau ammoniacale pour voir apparaître la réaction bleue de la pyocyanine, qui fait évidemment défaut quand il s’agit de morve.
C. Propriétés biologiques. — La chaleur détruit facilement le bacille de la morve qui périt à -h 55° au bout de dix minutes, ou à -b 60° au bout de trois ou quatre minutes. C’est donc un microbe peu résistant et ce seul fait permet de conclure qu’il ne produit pas de spores dans ses cultures.
Aux antiseptiques, il ne résiste pas mieux qu’à la chaleur, par exemple l’eau
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phéniquée à 5 pour 100, le crésyl à la môme dose, le tuent eu cinq minutes, le sublimé à 1/1000, le permanganate de potasse à 1/100, le détruisent en une minute, et, s'il subit la dessiccation lente, il peut périr en trois jours.
Dans les cultures artificielles, il meurt au bout d’un mois et sa virulence tombe dès le huitième jour. Vient-on à faire des passages successifs sur ces milieux artificiels, celle virulence diminue rapidement et devient presque nulle dès le cinquième passage.
Pour faire récupérer au bacille la virulence ainsi perdue, il faudra alors avoir recours aux passages en série par le milieu vivant. Ainsi Protopopoff a exalté la virulence par passages successifs sur le lapin; cette exaltation s’observe aussi, comme l’a montré Gamaleia (J), par passage sur le spermophile cl aussi par passage sur le lion, ainsi que Trasbota pu le noter. Zakharoff, au contraire, a relevé que l’organisme du chat possède un pouvoir atténuateur vis-à-vis du virus.
D. Produit* solubles. — Malléine. — - Le bacille de la morve élabore des produits toxiques dont Finger a démontré l’existence en tuant les animaux sensibles par injection de cultures chauffées à 100 degrés et dans lesquelles, par conséquent, tous les bacilles étaient détruits. Kalning (2), Helman, Protopopoff, Nocard (r>) et Roux, ont étudié les produits solubles de ces cultures; mais il faut bien reconnaître que l’isolement de ces substances chimiques n’a pas encore été réalisé et que le nom de malléine , sous lequel on désigne l’ extrait de culture de morve, ne s’applique pas à une substance chimique définie et unique, mais bien à un ensemble de substances diverses sur la nature desquelles nous sommes loin d’être fixés (;,j.
Nous verrons que, contrairement à ce qu’on aurait pu penser au premier abord, la malléine n’a donné jusqu’ici aucun résultat dans les essais d’immunisation contre la morve; elle offre cependant un grand intérêt car elle possède une propriété qui rend les plus grands services en médecine vétérinaire.
Injectée à un animal morveux à petite dose, même alors que les lésions sont tout à fait au début et cliniquement non reconnaissables, elle détermine chez lui une réaction dont on conçoit la valeur au point de vue du diagnostic, car cette réaction ne se produit pas chez l’animal non morveux.
Sur un sujet morveux, après injection de malléine, on constate, au point d’inoculation et au bout de quelques heures, une tuméfaction œdémateuse, douloureuse et chaude (réaction locale) qui disparaîtra ensuite sans passer à
(*) Gamaleia, Annales de Vlnst. Pasteur , 1890.
(2) Kalning, Diagnostic de la morve. Arch. des sc.vélér. Saint-Pétersbourg, 1801.
(3) Nocaud, Application de la malléine au diagnostic de la morve latente, liée, de mécl. vélér., 1892. — Sur la malléine. Médecine mod., 5 sept. 1804.
(4) Nocard a indiqué le procédé de la préparation de la malléine de la façon suivante : On fait, sur bouillon glycériné, une culture de bacille morveux exalté par passage sur le lapin, puis, au bout d’un mois, on stérilise la culture par chauffage à 100 degrés pendant trente minutes; ensuite on évapore au bain-marie jusqu’à réduction du liquide à 1/10° de son volume primitif, et enfin on filtre sur papier. Le produit ainsi obtenu, de couleur brune et de consistance sirupeuse, constitue la 'malléine brute dont 1 centimètre cube tue le lapin en injection sous-cutanée.
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la suppuration ; en outre, l'animal présente une réaction organique, il est abattu, anxieux, le tronc est le siège de tremblements, et la respiration est accélérée; enfin il se produit une réaction thermique accusée consistant en une élévation de 1°,5 à 2°, 5, commençant dès la huitième heure après l’injection et atteignant son maximum à la douzième ou quinzième heure.
Ainsi que Nocard l’a établi, cette réaction à la malléine est un signe d’une précision très grande, mais il importe, afin de ne pas commettre d’erreur, de n’affirmer la morve qu’après avoir constaté les trois réactions réunies : locale, organique et thermique.
E. Inoculations expérimentales. — Parmi les animaux sensibles à la morve, il faut placer les solipèdes : âne, cheval, mulet, puis vient le cobaye qui offre une réceptivité très marquée ainsi que la souris des champs; le chat est également sensible mais moins que le cobaye. Le chien, le lapin, la souris blanche, sont très peu réceptifs, enfin les bovidés et les oiseaux sont réfractaires au virus.
Sans m’arrêter à la description de la morve expérimentale chez les diverses espèces sensibles, j’indiquerai ici ce que l’on observe chez le cobaye après inoculation du virus, car c’est souvent à cette expérience qu’il faut avoir recours pour trancher un diagnostic douteux.
On peut procéder de façons différentes : inocule-t-on le virus par frottis sur une région préalablement scarifiée, on voit se produire une plaie ulcéreuse, véritable chancre morveux avec lymphangite et adénite, puis l’animal, au bout d’un mois ou deux, maigrit et succombe, et, à l’autopsie, on trouvera le poumon, le foie, la rate, plus ou moins envahis par de petits tubercules miliaires à centre caséifié ou non.
On peut inoculer aussi par injection sous-cutanée, à la base de la cuisse par exemple, il se produit alors un abcès avec lymphangite et adénite et l’évolution de la maladie se fait comme dans le cas précédent.
Plus intéressante est l’inoculation intra-péritonéale faite au cobaye mâle, car elle est suivie, dès le deuxième ou troisième jour, de la production d’une orchite volumineuse (Fig. 108) aboutissant, quand l’animal survit assez longtemps, à la production d’abcès caséeux et de fistules au niveau des testicules. La mort survient au bout de trois semaines environ, sauf dans le cas où le virus est très actif et peut tuer en sept à huit jours.
C’est Strauss (*), en indiquant celte orchite morveuse rapide, volumineuse avec vaginalite caséo-suppurée, qui a fait ressortir son intérêt au point de vue du diagnostic de la morve. 11 est vrai de dire que ce n’est pas un fait absolument spécial à la morve comme l'ont montré Hallopeau (2) et Kutscher (3), mais l’orchite expérimentale déterminée chez le cobaye par les bactéries dont parlent ces auteurs n’est pas identique au sarcocèle morveux, elle est moins
(b Strauss, Sur un moyen de diagnostic rapide de la morve. Archives de médecine expérimentale, 1889.
(â) Hallopeau, Un cas de mycosis fongoïde. Soc. de dermat., 1898.
(5) Kutscher, Zeitschrift für tlyg., t. I, p. 156.
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rapide, moins volumineuse et, de plus, la rétroculture ne donne pas l’aspccl caractéristique de la morve sur pomme de terre, de sorte que la valeur diagnostique du sarcocèle morveux chez le cobaye ne saurait être contestée.
F. Essais de vaccination et de sérothérapie. — - Jusqu’à présent les essais faits parklivers savants pour conférer l’immunité artificielle aux animaux sensibles à la morve, par les procédés actuellement connus, n’ont donné que des
Fig. 108. — Orchite morveuse chez le cobaye au cinquième jour.
résultats négatifs ou dont la valeur est contestable et, sous ce rapport, nous ne sommes pas plus avancés que pour la tuberculose.
D’ailleurs, ne sait-on pas que, comme pour la tuberculose, une première atteinte de morve ne confère pas l’immunité et que les lésions morveuses sont même auto-inoculables à un animal atteint de cette affection?
Strauss (*), Finger (2), ZakharolT (r>) ont essayé, par des inoculations répétées de virus atténué chez le cheval, le lapin, le chien, de produire l’immunité, mais leurs tentatives ont échoué; il en a été de même avec les inoculations de malléine qui se sont montrées sans action immunisante.
Quant à la sérothérapie, tentée par Malzeff avec le sang des bovidés, et par Chénot et Picq (4) avec le sérum du sang de bovidés, que I on sait être nalu-
(*) Strauss, Essai de vaccination contre la morve. Arch. de méd. expér., 1889.
(a) Finger, Zur Frage der Immunit. und Phagocyt. beim Rotz. Beitrdge zur palh. Anal, und zur allg. Pathol., VI, 4, 1889.
(3) Zakuaroff, Sur la production de l’immunité chez les chevaux contre la morve. Comptes rendus des travaux spéciaux de l'Institut vétér. de Charko/f, II, 1889.
(4) Chénot et Picq, Action bactéricide du sérum de sang de bovidés sur le virus morveux et action curative de ce sérum dans la morve expérimentale du cobaye. Société de biol., 1892.
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rellement immuns contre la morve, elle semble avoir donné quelques résultats, mais qui appellent de nouvelles expériences et qui demandent à être confirmés.
2° Provenance du bacille et conditions de son inoculation à l’homme.
De tous les animaux, celui chez lequel la morve est la plus fréquente est certainement le cheval; on peut donc penser dès l’abord que la presque totalité des cas de morve humaine ont une origine équine, et c’est ce que l’observation confirme; il importe de remarquer toutefois qu’un petit nombre de cas reconnaissent une provenance différente. Ainsi, il peut y avoir transmission de la maladie de l’homme à l’homme, tel le cas de Girard, qui prit la morve en faisant l’autopsie d’un individu morveux; tels les cas de Iveldisch(1), où deux hommes, en ayant soigné un autre atteint de morve, furent contaminés par lui; tel enfin ce fait curieux rapporté par Ellioston et dans lequel une blanchisseuse contracta la maladie en lavant le linge d’un cocher morveux.
La contamination peut aussi avoir lieu au cours de manipulations ou d'expériences de laboratoire portant sur le virus cultivé artificiellement et les annales de la science ont malheureusement à enregister déjà la perte de plusieurs savants qui ont ainsi succombé.
Dans la grande majorité des cas, la morve humaine étant d’origine équine, il s’ensuit qu'elle se rencontre plus fréquemment chez l’homme que chez la femme qui, par ses conditions de vie, a moins de contact avec le cheval : ainsi Bollinger sur 120 cas de morve n’en a trouvé que 0 chez la femme; de plus, il est évident que certains individus seront, du fait de leur profession, plus exposés que d’autres à contracter la maladie : ce sont les palefreniers, les cochers, les cultivateurs, les vétérinaires, les cavaliers, les équarrisseurs, les bouchers, qui vendent de la viande de cheval.
Si l'on examine maintenant le mode de pénétration du virus dans l’économie, on voit que le plus souvent la contamination a lieu par inoculalion du microbe, contenu dans les sécrétions pathologiques, au niveau d’un traumatisme cutané quelconque. Par exemple, un palefrenier, en bouchonnant un animal morveux, se blesse avec un de ces piquants qui se trouvent souvent dans la paille et le bacille peut ainsi pénétrer à travers l’épiderme. D’autres fois, c’est un vétérinaire qui se coupe en faisant l’autopsie d’un cheval morveux ou qui reçoit du jetage sur une région au niveau de laquelle existe une excoriation si minime qu’elle soit.
On a bien pensé que le virus pouvait pénétrer à travers la peau saine et certaines expériences de Babes, donnant la morve à des cobayes par simple friction de la peau normale avec une pommade renfermant des bacilles morveux semblent confirmer celte opinion ; mais ne sait-on pas (pie pour la pénétration d’une bactérie qui mesure 0, 5 de largeur un traumatisme impercep-
(*) Keldiscii, Arch. de mcd. mil., 1887, p. 8L
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tilde est suffisant pour constituer une large porte d’entrée et qui peut affirmer qu’un semblable trauma n’existe pas, surtout après une friction de la peau?
En dehors de la voie cutanée, la transmission de la maladie peut se faire par les muqueuses : on trouve des cas de contamination chez des palefreniers ayant bu dans le même seau qu’un cheval morveux ou s’étant mouchés avec un linge ayant servi à essuyer le jetage s’écoulant des naseaux.
Quant à l’ingestion de viandes morveuses, elle peut aussi communiquer la maladie ainsi que cela résulte d’observations faites par Gerlach sur le chat et par Trasbot sur le lion et l’ours dans les ménageries.
On sait cependant, à ce sujet, que Decroix, soutenant l’innocuité de la viande morveuse, osa en ingérer lui-même et qu’il n’en éprouva aucun accident, mais ce fait négatif ne saurait diminuer en rien le danger de la viande provenant d’animaux morveux dont la proscription doit être absolue.
Reste enfin la possibilité de la transmission du virus par l’appareil respiratoire. D’après Bollinger, ce serait un mode d’inoculation fréquent et pour Kelscli la morve aiguë résulterait de l’inoculation microbienne par cette voie. Aujourd’hui cependant celte opinion n’est plus généralement admise, surtout depuis que Cadéac et Mallet (') ont publié une série d’expériences desquelles il ressort nettement : que l’air expiré par un animal morveux ne contient pas de bacilles, que le bacille contenu dans le jetage et dans le pus ne peut être entraîné hors de ces liquides et que, s’il passe dans l’air avec les poussières, ce n’est qu’après dessiccation qui amène la chute de la virulence.
En résumé, c’est surtout par le contact avec un animal morveux ou un objet souillé par cet animal et par inoculation de la bactérie spécifique au niveau d’une lésion quelconque de la peau que la morve humaine prend naissance, notion qu’il importe de ne point perdre de vue, car c’est elle qui dictera les mesures prophylactiques.
La virulence du bacille morveux joue-t-elle un rôle important dans l’étiologie de la maladie chez l’homme et n’y a-t-il pas un rapport entre les formes généralisées ou localisées, aiguës ou chroniques de la maladie et celle virulence?
A cette question les auteurs les plus compétents répondent par la négative, en faisant observer que les formes chroniques chez l’animal, où la virulence de la bactérie semble amoindrie, peuvent tout aussi bien chez l’homme donner lieu à une forme aiguë qu’à une forme chronique. Il y aurait plutôt à tenir compte sur ce point de la quantité de virus inoculé.
A ce propos, il est bon de faire remarquer que les cas chroniques chez l’animal sont plus dangereux que les cas aigus; ici en effet le diagnostic est rapidement fait et entraîne l’abatage de l’animal, tandis que certaines manifestations chroniques peuvent prêter à l’erreur, laisser le diagnostic en suspens pendant une période plus ou moins longue, au cours de laquelle l’animal peut contaminer ceux qui l’approchent et cela d’autant plus facilement qu’ils sont sans méfiance, la nature de l’affection étant incertaine.
(’) Cadéac et Mallet, Revue de mêd., 1887.
PRATIQUE DERMATOLOGIQUE. — III.
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ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Une dernière condition entre en jeu dans l’inoculation du bacille morveux à l’homme c’est l’état du lorrain , mais ici je ne pourrais que reproduire les notions classiques à ce sujet; aussi ne m’arrêtera i-je pas autrement.
Il me reste maintenant à indiquer quelle est la fréquence de la morve chez l’homme; à ce propos, je n’ai pas trouvé de statistiques récentes, et les seuls chiffres que je puisse citer sont ceux de Felisch qui, de 1870 à 1880, a noté en Prusse 1 7 047 cas de morve équine avec 20 contaminations humaines. Aujourd’hui que la morve est activement recherchée et combattue chez le cheval, le danger devient certainement peu fréquent et l'on peut dire que la maladie est heureusement un fait rare chez l’homme.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Essentiellement, les lésions morveuses sont constituées par des granulations que Virchow (*) a rangées à côté du tubercule et dont Renaut (2) a repris ensuite l’étude, montrant qu’elles se rapprochent plutôt des lésions pyohémiques que du tubercule véritable, opinion confirmée depuis par divers auteurs et notamment par Leredde(3).
La granulation morveuse étant la même dans toute la série des animaux sensibles au virus, on peut prendre comme type de sa description le tubercule expérimental du foie ou le tubercule pulmonaire du cheval. Par l’étude de ces lésions, on verra que l’élément débute par une agglomération de leucocytes polynucléaires s’entourant souvent d’une zone de cellules à noyau unique et qui sont, d’après Leredde, des mononucléaires; de plus, tout autour de cette granulation, il est fréquent de noter des zones inflammatoires, caractérisées par l’abondance des exsudais fibrineux, donnant à ces altérations une allure un peu spéciale et qui se rapproche de celle des inflammations pneumococciques.
Une fois constituée, la granulation morveuse évolue rapidement vers la caséification qui s’opère ici, comme dans la tuberculose par nécrose du protoplasma et fragmentation du noyau, se distinguant cependant pour Leredde par la persistance presque indéfinie des fragments nucléaires, lesquels disparaissent au contraire assez vite dans le cas de tubercule vrai.
Les bacilles morveux existent bien entendu en ces lésions mais ils sont difficiles à déceler et se voient surtout dans les zones caséifiées.
Ainsi donc, comme le tubercule, la lésion morveuse élémentaire est une granulation mais différant, au point de vue de sa structure anatomique, du tubercule par sa constitution presque exclusivement leucocytaire, par l’abondance des exsudats fibrineux périphériques et par l’absence des cellules géantes et épithélioïdes qui ne se rencontrent pas dans la morve aiguë. Notons toutefois que, dans certains cas de morve chronique, on peut voir, dans la
(1) Virchow, Pathologie des tumeurs, tract. Aronsohn, 1809, t. II. p. 541.
(2) Revaut, Lésions anal, de la morve équine. Comptes rendus de l’Acad. des sc., 1875.
(s) Leredde, Étude sur l'anatomie pathologique de la morve. Thèse de Paris. 1893.
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région des mononucléaires entourant l’amas de leucocytes polynucléaires, se former des cellules à type épithélioïde et meme des cellules géantes provenant des mononucléaires; en ce cas l’analogie avec le tubercule vrai est très
grande.
Je ne puis m’arrêter ici à décrire ces lésions morveuses dans les divers organes qu elles atteignent et je renvoie sur ce point aux monographies où la question peut être traitée complètement, par exemple, au travail de Leredde.
Au point de vue dermatologique, j’indiquerai seulement que les pustules morveuses sont, ainsi que l'a montré Cornil, semblables aux pustules varioliques dont elles se distinguent seulement, d’après Leredde, par une tendance gangreneuse qui est probablement sous la dépendance du bacille morveux.
SYMPTOMES
Les manifestations symptomatiques de la morve sont multiples et variées : aussi, pour la commodité de la description clinique, a-t-on établi à ce sujet des divisions que j’adopterai ici, me conformant à la tradition classique, en faisant toutefois remarquer que les choses ne sont pas, en réalité, aussi nettement tranchées, qu’il existe des formes hybrides et que ces divisions n’ont rien d’absolu. C’est ainsi que, suivant que les premières voies respiratoires sont frappées ou non, on distingue deux types cliniques de la maladie : la morve et le larcin, chacun de ces types comprenant lui-même deux formes, l’une aiguë, l’autre 'chronique.
1° Morve aiguë.
La morve aiguë peut se montrer d’emblée ou, au contraire, succéder à une forme chronique de l’affection; elle débute de deux façons différentes : tantôt faisant suite à une infection interne, ce sont des manifestations générales qui ouvrent la scène, tantôt prenant naissance à la suite d’une lésion cutanée d’inoculation. En tout cas, il existe toujours une période d’incubation, mais qui varie suivant les circonstances : s’agil-il par exemple d’infection interne, celle phase peut durer douze à quinze jours, tandis qu’après une inoculation cutanée elle n’excède pas généralement quatre ou cinq jours.
Dans ce dernier cas, on trouvera au point inoculé, siégeant d’habitude en une région découverte, une plaie qui, comme dans une observation de Duval, Gasne et Guillemot (*), peut s’être cicatrisée pendant que le virus s’installe à l’intérieur et qui, le plus souvent, revêt l’aspect d’une plaie inflammatoire, chancriforme, avec tendances extensives, ressemblant parfois à certaines piqûres anatomiques, s’accompagnant de traînées de lymphangite
(l) Duval, Gasne et Guillemot, Arch. de mcd. expér., niai 18!)6.
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SYMPTÔMES
el déterminant l’engorgement des ganglions tributaires de la région malade.
Quoi qu’il en soit, qu’il existe ou non des lésions cutanées, le début se fait par des phénomènes généraux qui n’ont en eux-mêmes rien de caractéristique el qui peuvent aisément donner lieu à l’erreur.
On note de la céphalalgie, de l’anorexie, des nausées, une faiblesse très grande et souvent des manifestations articulaires qui en imposeraient facilement pour une poussée rhumatismale. Ces phénomènes revêtent habituellement le type douloureux sans lésions des jointures, ce qui n’est pas toutefois la règle car, dans I /1 0e des cas, d’après Morel ('), on trouve de véritables arthrites purulentes.
Au bout de quelques jours, apparaissent les manifestations caractéristiques de la morve, ce sont des lésions cutanées et des troubles de l’appareil respiratoire atteint en toutes ses parties, mais particulièrement au niveau des premières voies.
Symptômes cutanés. — Deux manifestations doivent attirer ici notre attention : le gonflement érysipélatoïde de la face et l’éruption pustuleuse.
Ordinairement, l’érysipèle morveux débute par la face et se traduit par un œdème dur, mal délimité et ne présentant pas ce bourrelet périphérique que l’on sait être un des signes de l’érysipèle vrai. Le nez, le front, les paupières, le cuir chevelu sont le plus souvent envahis et l’on voit, sur ce gonflement, des vésicules et des phlyctènes prendre naissance puis se rompre en laissant couler une sérosité sanguinolente. En d’autres points de l’œdème, on observera des plaques violacées de sphacèle qui donnent lieu à des escarres et à des pertes de substances gangreneuses, à tendances extensives, déformant le visage et lui donnant un aspect hideux.
En même temps que cet érysipèle morveux, vers le sixième jour de la maladie, on voit survenir une éruption plus ou moins étendue et quelquefois généralisée, mais dont les sièges de prédilection sont la face, les membres, les muqueuses oculaire el bucco-pharyngée.
Caractérisée au début par de petites taches rosées qui ne tardent pas à devenir papuleuses, puis à se transformer en pustules en moins de vingtquatre heures, l'éruption est, à ce moment, composée de pustules arrondies mais non ombiliquées, isolées ou confluentes, pouvant en cette occurrence donner lieu à un soulèvement plus ou moins considérable de l’épiderme par le pus.
Par la suite, ces pustules se rompent en donnant issue au liquide purulent qu’elles contiennent et laissent après elles des ulcérations à tendances extensives qui peuvent se transformer parfois en plaques gangreneuses.
Symptômes dus aux lésions des voies respiratoires. — En même temps qu’apparaît l’éruption pustuleuse et quelquefois même un peu auparavant, on note chez le malade une gêne marquée au niveau du nez, la voix est nasonnée, l’expiration nasale pénible et sifflante, et, à tout instant, le malade fait un
(') Morel. Dos déterminations articulaires de la morve chez l'homme. Th. de L y on, 1897.
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effort pour chasser les mucosités qui obstruent les cavités nasales et qui s’écoulent sous forme d’un liquide visqueux.
A cette période, il est aussi fréquent de noter des épistaxis répétées et abondantes. Rapidement l’écoulement nasal augmente, il ne tarde pas à devenir persistant et n’est plus seulement constitué par de simples mucosités, mais bien par un liquide purulent, strié de sang, visqueux, qui coule en déterminant sur les lèvres et sur les joues des excoriations; c’est le jetage morveux, analogue à celui que l’on observe chez le cheval, mais ordinairement moins abondant que chez cet animal (') et pouvant, lorsque le malade est dans le décubitus dorsal, manquer totalement, caries mucosités s’écoulent alors par la cavité pharyngée.
Vient-on à examiner la muqueuse nasale, on la trouve rougie, excoriée, avec des ulcérations recouvertes de mueo-pus et qui peuvent amener, lorsqu’elles gagnent en profondeur, la perforation de la cloison ou du vomer.
On trouvera enfin un gonflement marqué de la racine du nez avec œdème des paupières entre lesquelles s’écoule un liquide muco-purulent analogue au jetage.
La muqueuse bucco-pharyngée est également atteinte, et, au niveau des gencives, des amygdales, du pharynx, il existe des pustules dont la rupture laisse des ulcérations recouvertes de pus et exhalant une odeur fétide.
Ces lésions se trouvent, en outre, probablement au larynx, car, dans les quelques cas où il a été examiné, à l’autopsie, elles s’y sont rencontrées plus ou moins nombreuses.
Mais ce n’est pas tout: le poumon, lui aussi, ne tarde pas à être envahi; au bout d’un temps variable, des symptômes annoncent que l’organe est atteint. Quelquefois il se produit un violent point de côté, comme chez un malade observé par Joubert (i); d'autres fois, les choses se passent moins bruyamment, et c’est à l’auscultation et à la percussion qu’elles se révèlent : submatité aux bases, gros raies disséminés ou foyers de raies fins, enfin dyspnée de plus en plus marquée, qui constituent des phénomènes de la plus haute gravité, avant-coureurs de la terminaison fatale.
État général. — En même temps que ces divers symptômes évoluent, l’état général devient de plus en plus grave : de rémittente et de peu élevée qu’elle était au début, la fièvre ne tarde pas à augmenter, se traduisant par une élévation de température atteignant 40 degrés environ, sans rémission, ou avec de faibles rémissions matutinales; le pouls est petit, faible, rapide; le délire, d’abord nocturne, s’installe pendant le jour; puis surviennent des vomissements, de la diarrhée avec selles fétides et involontaires, des hémorragies, particulièrement des épistaxis.
(•) Pour la description de la morve équine, nous renvoyons aux ouvrages de médecine vétérinaire et à la monographie suivante : Prieur, De la morve chez l’homme et chez le cheval. Thèse de Paris, janvier 1898.
(*) Joubert, Contribution à l’étude clinique et thérapeutique de la morve humaine. Thèse de Paris , 1897.
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Enfin la mort arrive dans le coma, la maladie ayant duré de cinq à six jours à trois semaines, suivant qu’elle est survenue d’emblée ou qu’elle s’est déclarée à la suite de manifestations chroniques morveuses.
C’est cette terminaison qui est la règle dans la morve aiguë ; certains auteurs ont bien cité des cas de guérison, mais, comme le fait remarquer Roger (’), la plupart de ces observations manquent de contrôle et une seule d’entre elles mérite d’être retenue, elle est due à Hertwig.
2° Farcin aigu.
Ces cas sont rares et encore assez mal connus; ils débutent par des manifestations générales et articulaires, ne différant pas de celles que j’ai indiquées au paragraphe précédent; puis, vers le sixième jour, se montrent, en diverses régions, des abcès plus ou moins nombreux. Ce sont tantôt de petites tumeurs fluctuantes, tantôt des collections plus vastes situées dans le tissu sous-cutané ou en plein muscle, tantôt de véritables phlegmons érysipélateux. La plupart du temps, des traînées de lymphangite partent de ces abcès, dont l’ouverture peut donner lieu à des ulcérations gangreneuses profondes. Au bout d’un temps variable, mais qui n’excède pas trois semaines généralement, une éruption pustuleuse survient, qui ne diffère pas de celle de la morve aiguë, la durée de l’affection étant, en général, un peu plus longue que dans ce dernier cas et pouvant atteindre un mois à un mois et demi.
Cette forme clinique se rapproche donc beaucoup de la morve aiguë avec laquelle Bollinger l’avait d’ailleurs confondue. Notons, toutefois, que le jetage et les altérations des premières voies respiratoires manquent dans le farcin aigu, ainsi que l’on pourra s’en convaincre en reprenant les quelques observations qui existent à ce sujet, telles que celles de Villemin (2), de Kclsch (3), de Forestier (*), de Bucquoy (5).
5° Farcin chronique.
Plus fréquent que la forme aiguë du farcin, le type chronique débute, lui aussi, comme la morve aiguë, soit par inoculation cutanée, soit par infection interne, donnant lieu aux manifestations générales que j’ai signalées pour la morve aiguë, puis, au bout de quinze jours à trois semaines, apparaissent les lésions caractéristiques du farcin qui consistent en abcès.
Localisées habituellement aux membres et à la face, ces collections purulentes, dont le volume est très variable, sont habituellement mal circonscrites
(') Roger, art. Morve du Traité deméd. de Chareot-Boucliard , t. I.
(â) Villemin, Farcin aigu. Gaz. des hop., 184G.
(3) Kelscii, Arch. de phys., 1875.
(4) Forestier, Farcin aigu. Thèse de Morel. Lyon, 1897.
(;i) Bucquoy, Farcin aigu chez l’homme. Bull, de VAcad. de mèd ., 1884.
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cl recouvertes d'une peau violacée; elles n'occasionnenl que peu de douleur cl ne revêtent que rarement l’allure d’un phlegmon à évolution rapide. Quant à leur terminaison, elle est variable. Tantôt on les voit disparaître brusquement, c’est le cas le plus rare; tantôt, c’est ce qui arrive le plus souvent, elles s'ouvrent à l’extérieur après un temps plus ou moins long, quelquefois après plusieurs mois et, à la suite rie cette ouverture, deux solutions sont possibles : la cicatrisation ou la persistance de fistules qui ne tardent pas à se transformer en ulcérations à bords calleux et saillants, ayant tendance à s’étendre et à creuser et dont la profondeur est telle que parfois les tendons et meme les os sont mis à nu.
Ajoutons que les angioleucites sont fréquentes au voisinage de ces abcès et que les ganglions sont souvent mais non constamment engorgés.
Les abcès peuvent se guérir et l’on peut voir, au bout de deux ou trois mois, le malade présenter une amélioration qui laisse espérer la guérison, mais ce n’est là qu’une amélioration passagère (dont la durée cependant peut être longue puisque dans un cas d’Hallopeau elle a persisté trois ans) cl après laquelle les accidents reparaissent et continuent leur évolution.
On voit alors, en même temps que les abcès, le malade présenter des manifestations articulaires ou plutôt périarticulaires douloureuses, du gonflement du testicule (sarcocèle morveux), des troubles digestifs avec anorexie, vomissements, diarrhée rebelle, puis la fièvre, qui est très irrégulière pendant toute la durée de la maladie, revêt le type de la fièvre hectique, et le sujet tombe dans un état d’amaigrissement et de cachexie auquel il ne tarde pas à succomber.
L’évolution totale dure plusieurs mois, généralement douze à quinze, exceptionnellement plusieurs années; d’autres fois, c’est la morve aiguë qui termine la scène après une période plus ou moins longue d’accidents chroniques ainsi que nous le voyons dans l’observation de Vidal (*).
La guérison est un fait rare dans le larcin chronique mais elle s’observe néanmoins quelquefois. Ainsi Tardieu en a cité 6 cas, Rémy(2) a publié l’histoire d’un malade dont la guérison semble bien définitive, Jakowski a rapporté un fait analogue et Holmes (5) a donné l’observation d’un farcin terminé favorablement .
11 est bon toutefois de se tenir sur la réserve au sujet de ces guérisons du farcin chronique, en raison des périodes d’amélioration dont je parlais tout à l’heure et qui pourraient laisser croire à la disparition définitive de la maladie alors que les accidents reparaîtront ultérieurement; une très longue période d’observation est donc nécessaire avant de pouvoir affirmer l'heureuse issue de l'affection.
Telle est la forme habituelle du farcin chronique, mais il en existe deux
(*) Vidal, Arch. de méd. et de pharm. milit., 1890, p. 468,
(2) Remy, Un cas de morve chronique de l’homme. Arch. de méd. expér., 1897.
(3) Holmes, Journal amer. mcd. Hssoc., 12 août 1891.
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autres plus difficiles à reconnaître, ce sont : l’angioleucite farcineuse et la farcinose mutilante de la face.
Angioleucite farcineuse. — Décrite par Tardieu, celte variété du farcin chronique se caractérise par la localisation des accidents au voisinage du point d'inoculation. Il s’agit par exemple d’une piqûre à la main ou aux doigts suivie de gonflement œdémateux du membre avec traînées de lymphangite et engorgement ganglionnaire, s’accompagnant de fièvre plus ou moins élevée. Puis l’orage s'apaise et, au bout d’un certain temps, on voit se produire, le long des lymphatiques atteints au début, des abcès qui prennent le caractère des collections purulentes du farcin chronique, aboutissant à la résorption ou plutôt à l’ouverture, laissant alors des fistules ulcéreuses, à tendances extensives ou non.
En ce cas, la guérison survient plus souvent qu’en toute autre forme de l’infection morveuse, mais ce 'n’est pas la règle et l’on peut observer des récidives à longue échéance ou la transformation de ce farcin localisé en farcin généralisé qui aboutit à la mort comme je l’ai indiqué, tel par exemple un cas rapporté par Joubert.
Farcinose mutilante de la face. — C’est une forme rare, si l’on en juge par les observations publiées, car je n’en ai rencontré que deux dans la littérature médicale, l’une de Hallopeau et Jeanselme ('), et l’autre deE. Besnier(2) ; mais, en raison de la connaissance relativement récente de cette forme de morve, on peut se demander si elle n’a pas été, en certains cas, méconnue et prise pour des accidents syphilitiques ou tuberculeux d’allures mutilantes.
J’ajouterai que, parmi les divers types cliniques que peut revêtir la morve, celui-ci est certainement l’un des plus intéressants au point de vue dermatologique. Dans les deux cas que je viens de citer, la farcinose mutilante de la face n'est apparue que longtemps après le début de la maladie donl le premier acte a été, pour le cas de E. Desnier, la morve chronique pulmonaire et, pour le cas de Hallopeau et Jeanselme, des manifestations de farcin chronique, puis, après une période de rémission assezlongue, puisqu’elle a duré trois ans dans l’un des cas (celui de Hallopeau), les lésions mutilantes de la face sont apparues.
Essentiellement, ces lésions sont constituées par une infiltration tuberculogommeuse des tissus, aboutissant à la production d’ulcères à tendances destructives par suite de la fonte de ces gommes farcineuses.
Les muqueuses pituitaire et buccale sont d’abord atteintes, puis le processus destructif gagne l’extérieur, déterminant des pertes de substance, des ulcères qui se continuent avec ceux des cavités nasale et buccale et qui mutilent les lèvres, le nez, les joues. Tel est le schéma des deux observations de morve mutilante de Hallopeau et Jeanselme et de E. Besnier; quant au
(*) Hallopeau cl Jeanselme, Étude clinique et expérimentale sur un cas d’infection farcino-morveuse chronique. Ann. de dermat., 1891, p. 273.
(4) E. Besnieh, Farcinose mutilante de la face survenue au cours d’un équinia chronique. Ann. de dermat., 1891, p. 296.
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détail évolutif de ces lésions, on voit qu elles se présentent au début avec une base infiltrée, rouge, livide, pâteuse, sur laquelle se développent ultérieurement de petites saillies ou boutons farcineux dont le centre se perfore en laissant échapper un liquide puriforme. Rapidement la perforation s’agrandit en se dentelant irrégulièrement sur ses bords et, en même temps, l’ulcéralion se continue en la profondeur, décollant les tissus et formant un ulcère à fond plus large que l’ouverture et c'est par coalescence de ces ulcères que l’on arrive à ces vastes pertes de substance dont le malade de E. Besnier offre un exemple si remarquable (PL IX); pertes de substances à bords déchiquetés, irréguliers, décollés en dessous, à fond anfractueux, mamelonné, donnant pendant toute la durée de l’évolution un pus jaunâtre et abondant.
Enfin, caractère important, ces ulcérations sont douées d’une puissance destructive intense et peuvent aboutir en peu de jours à la mutilation totale de la partie atteinte.
Je noterai ici que Hallopeau et Jeanselme ont relevé chez leur malade des douleurs à type névralgique occupant toute la face, tandis que E. Besnier signale l’indolence des lésions.
Après une durée de plusieurs mois, la mort est survenue, chez le malade de Hallopeau et Jeanselme, par une poussée de morve aiguë et, chez le sujet de E. Besnier, par des complications rénales à évolution rapide.
Il est certain que de pareilles lésions, lorsqu’on n’est pas prévenu, peuvent faire penser tout d’abord à toute autre chose qu’à la morve, par exemple à certaines syphilides ulcéreuses. On se rappellera en ce cas que les syphilides sont moins irrégulières, à bords moins déchiquetés, qu’elles sont moins suintantes et qu’elles déterminent, par destruction des os du nez, des déformations spéciales avec affaissement de l’organe; de plus, le traitement antisyphilitique produit ici des effets qu’il ne saurait amener dans le cas de morve. Moins facile est la confusion avec la tuberculose ou avec l’épithéliomatose malignes, car on ne retrouve aucun tubercule vrai dans ces lésions morveuses, qui suppurent bien plus que dans la tuberculose et qui sont molles et indolentes, ce (pii ne s’observe pas généralement dans l’épithélioma.
4° Morve chronique.
Dans la majorité des cas, ce type clinique succède au larcin chronique; on voit alors survenir des symptômes dus à des lésions des premières voies respiratoires et (pii sont, en somme, ceux de la morve aiguë mais atténués. A ces symptômes ne lardent pas à se joindre tous ceux qui traduisent l’affaiblissement de l’organisme et la gravité de l’état général, comme dans h* larcin chronique à l’étude duquel je renvoie afin d’éviter des répétitions.
La mort survient comme dans le farcin chronique, mais elle est tardive^et peut n’arriver qu’au bout de cinq ou six ans dans celte forme qui est certainement le type clinique le plus prolongé de la maladie. Quant à la guérison, on n’en connaît pas de cas authentique.