PI. IX
[£. BODIN
DIAGNOSTIC
DIAGNOSTIC
De l’aperçu symptomatique précédent, on peut conclure sans peine qu’une maladie aussi protéiforme que la morve doit fréquemment prêter à l’erreur; il est cerlain, en effet, qu’elle présente des symptômes qui se retrouvent en bon nombre d’autres affections : par exemple la fièvre typhoïde au début, le rhumatisme articulaire aigu, l’infection purulente, certaines formes de grippe, l'érysipèle, l’œdème charbonneux, peuvent être confondus avec les types aigus de l’infeclion farcino-morveuse ; les inoculations septiques, les piqûres anatomiques, les lymphangites tuberculeuses ou autres, sont susceptibles de simuler des accidents morveux localisés d’abord à la peau cl à une section du système lymphatique , la tuberculose, la syphilis, le cancer, dans leurs formes ulcéreuses, ressemblent par certains caractères à ces accidents morveux mutilant la face comme chez les malades de Hallopeau et Jeanselme et do E. Besnier.
Ce n’est pas le lieu de reprendre ici l’une après l’autre ces diverses affections dont la symptomatologie se trouve en détail dans les ouvrages classiques de pathologie générale ou spéciale auxquels je renvoie sur ce point (’).
Il est évident que le diagnostic correct repose sur une analyse minutieuse des manifestations internes et externes présentées par le malade, il faut bien reconnaître toutefois que ce diagnostic ne peut être, en bien des cas, posé d’une façon définitive par la seule étude clinique et que c’est à l’examen bactériologique qu’il faut avoir recours pour obtenir la solution du problème d’une façon rapide et certaine.
Aussi n’hésiterai-je pas à insister ici sur la nécessité de cet examen, toutes les fois que l'on peut suspecter la nature morveuse d’une affection. Ce qu’il importe surtout, c’est de penser à cette maladie en se souvenant qu’elle 11e se présente pas toujours avec ses caractères classiques, s’accompagnant du jetage caractéristique.
Chaque fois donc que l’idée de morve pourra entrer en ligne de compte du fait de l’étiologie, de la succession et de la nature des accidents, de leur résistance au traitement, il faut, sans attendre, pratiquer l’examen microbien des sécrétions pathologiques et du pus s’il y a des abcès. Trois méthodes s’offrent alors à nous : l’examen microscopique, la culture et l’inoculation expérimentale.
De la première je ne dirai que peu de chose, car elle n’est pas, à mon sens, susceptible de trancher la question en dernier ressort. En outre de ce fait que les bactéries banales ou autres sont la plupart du temps associées en nombre considérable au bacille morveux, celui-ci ne possède en effet aucun caractère morphologique ni aucune réaction histo-chimique permettant d’en poser la diagnose avec certitude.
(b Pour la différenciation clinique de la morve, voir : Noyon, Diagnostic, clinique et bactériologique de la morve. Thèse de Montpellier, 1897.
MORVE
Sans perdre de temps à ces recherches microscopiques, il vaut mieux s’adresser à la culture sur pomme de terre qui, dans le cas de morve, donne l’aspect spécial que j’ai indiqué précédemment. Encore faut-il faire remarquer que celle méthode, qui donne des résultats parfaits quand il s’agit du bacille morveux à l’état de pureté, ne rendra que de rares services en raison des associations microbiennes.
Reste l’inoculation expérimentale dont la valeur est très grande. On sail que l’inoculation intra-péritonéale au cobaye mâle donne, dès le deuxième ou troisième jour, une orchite volumineuse dont il est facile d’obtenir la rétroculture du bacille à l’état de pureté. C’est donc un sûr moyen d'arriver au diagnostic de la nature morveuse d’un liquide pathologique et cela en quelques jours.
Une seule précaution doit être prise ici : si l’on se trouve en présence de sécrétions ou de produits riches en bactéries de toutes sortes, il se peut que l’animal présente des phénomènes de péritonite aiguë entraînant rapidement la mort avant que l’orchite ait pu être nettement constatée.
En ce cas, on devra commencer par faire une inoculation sous-cutanée d’une petite quantité du produit suspect. On verra alors, s’il s’agit de morve, se former une lésion locale avec engorgement des ganglions lymphatiques tributaires de la région inoculée; on sacrifie l’animal et on prélève un de ces ganglions enflammés dont on inocule un fragment dans le péritoine d’un cobaye mâle et, si le bacille morveux est en cause, on constatera l’orchite dans les délais régie men ta ires.
D’autres méthodes ont été préconisées pour le diagnostic de la morve, tels le séro-diagnostic et l’emploi de la malléine, mais elles ne peuvent être mises en ligne de compte ici. L’injection de malléine, qui rend de grands services en médecine vétérinaire, ne saurait en effet être pratiquée chez l’homme, car la réaction fébrile cl. générale qu’elle détermine est susceptible de causer des accidents auxquels le médecin ne doit en aucun cas exposer son malade.
Quant au séro-diagnostic de la morve, basé sur le pouvoir agglutinant du sérum de cheval morveux vis-à-vis du bacille spécifique, pouvoir constaté par Wladimiroff (1), Mac Fadyean(2), Bourges et Méry(r’), on ne peut lui concéder une valeur absolue, le sérum du cheval sain pouvant aussi, à certaines doses, déterminer l’agglutination du bacille morveux.
C’est donc l’inoculation intra-péritonéale au cobaye mâle, pratiquée dans les conditions que j’ai précisées, qui demeure la méthode de diagnostic la plus sûre et la plus rapide en pareil cas.
(■) Wladimiroff, Sur le phénomène d’agglutination dans la morve. Rec. de médecine vétér., 1897.
(2) Mac Fadyean, Preliminary note on the sero-diagnosis of gtanders. The Journal of comp. palhol. and llierap., IX, 1896.
(3) Bourges et Méry, Sur le séro-diagnostic de la morve. Complcs rendus de la Soc. de biol., 1898.
[E BODIN
TRAITEMENT
PRONOSTIC
Il suffit de se reporter aux indications données aux paragraphes précédents pour se rendre compte de l’extrême gravité de la morve, dont la terminaison habituelle est fatale après une période plus ou moins longue, suivant les formes cliniques. Le pronostic est donc très sévère en cette affection contre laquelle nous ne possédons pas de traitement véritablement efficace.
TRAITEMENT
1° Prophylaxie. — En l’absence d'un traitement curatif spécifique, les mesures prophylactiques constituent notre moyen d’action le plus énergique contre la morve et l’expérience a consacré l’efficacité de ces mesures, qui ont fait rapidement diminuer le nombre de cas de la maladie depuis qu’elles sont appliquées correctement.
La morve humaine provenant dans la majorité des cas de la morve équine, c’est surtout contre les animaux morveux que l’attention des hygiénistes doit se porter. Nous possédons d’ailleurs à ce sujet une législation sanitaire qui ne laisse rien à désirer, prescrivant l’abatage immédiat des animaux morveux, l’isolement avec surveillance des suspects. L’emploi de la malléine, devenu obligatoire dans l'armée depuis les instructions et règlements du 20 septembre 1895 et permettant le diagnostic rapide et certain de la maladie, est venu rendre ces mesures encore plus efficaces. 11 suffit d’ajouter que tout individu approchant un animal morveux doit être prévenu du danger de la contagion et qu’en semblable cas des mesures d’antisepsie et de désinfection que l’on conçoit sans peine sont de rigueur absolue.
Ces mêmes précautions d’antisepsie et de désinfection avec l’isolement sont évidemment nécessaires en cas de morve humaine, mais ces notions sont actuellement trop répandues pour qu’il soit utile d’insister ici et d’entrer dans le détail de leur application.
2" Traitement curatif. — Contre l’infection farcino-morveuse, nous ne possédons pas de remède spécifique tel que le mercure pour la syphilis ou le sérum antidiphtérique pour la diphtérie; nous sommes donc réduits, jusqu’à la découverte de ce remède, à mettre eu œuvre contre la maladie une thérapeutique purement symptomatique, visant la destruction des bacilles en leurs foyers faciles à atteindre et l’amélioration de l'état général de l’organisme afin de favoriser la lutte contre le parasite.
A. Traitement local. — Lorsque l’on se trouve en présence d’une inoculation récente et certainement morveuse, il importe de procéder immédiatement à une désinfection soigneuse de la plaie qui sera débridée au besoin, lavée avec des solutions antiseptiques et mieux cautérisée énergiquement au
MORVE
thermocautère; on peut ainsi, pourvu que l’action ait été assez hâtive, détruire le virus avant que l’organisme soit infecté.
Mais ces cas sont rares et, le plus souvent, c’est en présence de lésions farcino-morveuses confirmées que se trouve le médecin. Contre ces lésions, il devra agir par les antiseptiques et par les moyens de désinfection puissants. La cautérisation au fer rouge trouvera donc, en certains cas, son indication et nous voyons, grâce à elle, des lésions morveuses s’arrêter pour une période quelquefois assez longue, comme dans le cas de farcinose mutilante rapporté par Hallopeau et Jeanselme.
Parmi les antiseptiques pouvant modifier utilement des ulcérations morveuses, signalons l’iodoforme et le naphtol camphré vantés par E. Besnier.
S’agit-il de collections purulentes, l’indication formelle est de les ouvrir largement et de les curetter, puis de modifier profondément leurs parois à l aide de caustiques parmi lesquels le chlorure de zinc se place au premier rang.
Signalons aussi les bons résultats obtenus par Rémy avec une solution iodée (iode 1 gramme, iodure de potassium 20 grammes, eau 5 litres) employée en bains prolongés ou en lotions.
Enfin, lorsqu’il existe du jetage et des altérations naso-pharyngiennes, les lavages fréquents de ces régions sont nécessaires; on les fera avec des solutions antiseptiques phéniquées, d’eau créosotée ou avec la solution iodoiodurée de Rémy.
B. Traitement général. — Diverses médications ont été préconisées contre la morve, produisant des effets incertains et variés; parmi elles ce sont les médications mercurielle, sulfureuse, iodée, qui méritent surtout d'être retenues.
La médication mercurielle, qui semble n’avoir abouti d’abord qu’à des mécomptes, a été reprise en 1889 par Gold et, employée sous forme de frictions avec de l’onguent napolitain, elle aurait donné à cet auteur deux cas de guérison. Kondorski et Gralewski en auraient également constaté les bons effets et récemment Noyon (') a préconisé hautement cette méthode.
Il faut bien reconnaître cependant que ce sont les médications sulfureuse et iodée qui ont rallié le plus de suffrages dans le traitement de la morve. Dans les formes chroniques, les eaux sulfureuses ou le soufre en nature sont surtout indiqués d’après Tardieu et, dernièrement, Bolli (de Milan) a préconisé les hyposulfites qui lui auraient permis de guérir la morve du chien en deux cas.
En toutes les formes de la maladie, les auteurs sont d’accord pour reconnaître l’utilité de l’iode qui peut être employé sous forme d’iodure de potassium, comme le recommandent Amiral et Monneret, et surtout sous forme de teinture d’iode donnée à des doses progressivement croissantes, commençant à 2 gouttes par jour et pouvant aller à 20 gouttes dans la journée.
Notons aussi qu’en présence d’accidents toxhémiques Brault a usé du
(') Noyox, loc. cit.
[F. BODIN
MORVE. — MYGOS1S.
lavage du sang pratiqué d’après les règles modernes et que ce procédé peut trouver son application en certaines circonstances.
Il va sans dire enfin que tout cas de morve nécessite, quelle que soit la médication que l’on adopte, un traitement général tonique comprenant le régime alimentaire tonifiant, les préparations alcooliques et de quinquina.
MOUSTIQUES. — Étym. : tiré par inversion de lettres, de l’espagnol mosquito, diminutif de musca, mouche.
Le moustique est un insecte diptère.
Voir l’article : Dermatozoaires , t. I, p. 8-42 et 850.
MYASIS. — Étym. : pua, mouche.
On a décrit sous ce nom des accidents dus au dépôt sur des plaies mal tenues, ou dans des orifices naturels, de larves de certaines espèces de mouches.
Voir l’article : Dermatozoaires , t. I, p. 8-42 et 856.
MYCETOME. — Étym. : pjy.r,ç, pû/rpo:, champignon, et la désinence orne, qui, à titre
général, désigne une néoplasie.
Le mycétome est une des désignations du pied de madura.
Voir l’article : Madura ( Pied de), p. 448.
MYCOSIS. —
Voir 1 article ci-après.
MYCOSIS FONGOIDE.
MYCOSIS FONGOIDE.
l'ar LEREDDE.
MYCOSIS FONGOÏDK
Élym. : gu ver, ç, champignon cl ssoyyo;, éponge, tumeur fongueuse.
La notion du mycosis fongoïde est due à l’école de Saint-Louis; son existence fut indiquée par Alibert (*) ; le nom qu’il lui donna a été adopté d’une manière définitive. Alibert décrivit les caractères propres aux tumeurs et signala l’existence d’une période antérieure à leur apparition. L’étude symptomatique la plus importante est due à Bazin (2), qui décrivit trois phases successives et indiqua de la manière la plus précise les caractères cliniques essentiels.
En 1809, Ranvier (s) étudia l’histologie des tumeurs mycosiques et leur reconnut une structure analogue à celle des ganglions lymphatiques. De son travail et des études consécutives de Gillot, Démangé, Landouzy, Debove, Galliard, date la théorie lymphadénique (*), qui est restée jusqu’à nos jours classique en France et à laquelle se rallièrent les auteurs italiens, entre autres De Amicis, Tanturri.
En Allemagne et dans les pays anglo-saxons, les cas de mycosis furent longtemps méconnus, rattachés au sarcome ou considérés comme appartenant à une maladie inflammatoire spéciale.
Parmi les travaux qui font époque dans l’histoire de la maladie, nous devons encore citer celui de Vidal et Brocq (s) sur la forme néoplasique d’emblée, celui de Besnier et Hallopeau (c) qui, en décrivant la forme érythrodermique, ont singulièrement étendu le cadre de la maladie et lui ont rattaché des dermatoses généralisées dont la place nosologique était restée indéterminée.
Le mycosis apparaît aujourd’hui comme une affection diffuse de la peau qui se révèle tantôt par une érythrodermie universelle, tantôt par des manifestations circonscrites épidermodermiques, d’abord superficielles, plus tard plus profondes et épaisses, plus tard largement végétantes et néoplasiques, maladie d’évolution extrêmement irrégulière — présentant des poussées éruptives et des phases de guérison apparente - — et de la plus haute gravité, presque toujours, sinon toujours mortelle. Les recherches cliniques et histologiques ont révélé des faits précis qui seront énumérés dans cet article; les
(*) Alibert, Clinique de l'hôpital Saint-Louis. Paris, 1833.
(*) Bazin, Dict. encycl. des sc. méd., t. XI, 2e série.
(3) Ranvier, in thèse Gillot. Thèse de Paris , 1809.
(*) Cornil et Ranvier, Man. d'hisl. palh., I. I.
(a) Viral et Broco, France méd., 1883.
(c) Besnier et Hallopeau, Des érythrodermies prémycosiques. Congrès de dermatologie. Vienne, 1892.
[LEREDDE ]
MYCOSIS FONGOÏDE.
recherches expérimentales, microbiologiques et autres, n’ont pas éclairé le problème des origines lointaines et des causes immédiates de celle dermatose mystérieuse.
Étiologie. — L’étiologie du mycosis est aussi mal connue qu’elle l’était au temps de Bazin. La maladie n’est ni héréditaire, ni contagieuse; ses causes occasionnelles sont ignorées; elle se développe lentement chez des sujets en parfait état de santé. Elle paraît plus fréquente chez l’homme que chez la femme; sur 10 cas, Bazin n’en signale que 5 chez celle-ci; les mêmes constatations ont été faites par Hyde et Montgomery (*).
Le mycosis apparaît de préférence après quarante ans, mais peut débuter à un âge beaucoup plus précoce; Gastou et Sabareanu (2) ont publié un cas survenu chez une jeune fille à l’àge de quinze ans. L’âge moyen fixé par Hyde et Montgomery est de quarante-cinq ans.
Étude clinique. — Sans nous préoccuper au début de notre description des détails d’une évolution qui n’a rien de régulier, et qui sera étudiée plus tard, nous diviserons, comme nous l’avons indiqué déjà, les formes du mycosis en deux groupes : forme circonscrite, forme érythrodermique, et nous nous attacherons d’abord à montrer sous quel aspect un malade atteint de mycosis fongoïde peut se présenter à l’observation du médecin. Dans tous les modes de la maladie, on peut toutefois observer, avant les symptômes caractéristiques, certaines manifestations cutanées mal définies; cette période initiale, latente, mérite d’être étudiée isolément, si incomplète qu’en puisse être la description actuelle (3).
Période initiale. — Un grand nombre de malades présentent, pendant un temps variable, du prurit diffus ou généralisé. La durée de ce prurit a atteint trois ans dans un cas de Hyde et Montgomery, quatre ans dans un cas de Leredde, dix ans chez un malade de Besnier. Déjà le prurit est intense et rebelle comme il le sera au cours de la maladie.
D’autre part, dès cette période, les mycosiques peuvent offrir des manifestations variées, analogues à celles des toxidermies, érythèmes, urticaire surtout. On a observé des bulles; certaines sont peut-être d’origine parasitaire et représentent une forme d’ecthyma due au grattage. Un cas de Lailler débuta sous l’aspect d’un lichen ruber avec érythème. Le corps était couvert de taches irrégulières légèrement saillantes, de couleur fauve, jaunâtre, vaguement rosée, confluentes, laissant quelques îlots de peau saine (4). Besnier en reconnut plus tard la nature mycosique (5). Wickham dit avoir observé des
(') Hyde et Montgomery, Journal o / eut. and gen.-urin. diseuses, juin 1800.
(2) Gastou et Sarareanu, Soc. de dermat-, avril 1900.
p) On pourrait donner à celte période le nom de prémycosique si, par un malentendu de langage, le mot n’était appliqué habituellement aux périodes qui précèdent l’apparition des tumeurs.
('*) Dans ce cas, la présence de petites végétations signalées au niveau des mamelons permettrait aujourd’hui de soupçonner le mycosis dès le début.
(5) Kaposi, Leçons sur les maladies de la peau. Trad. Besnier et Doyon. 2" édit.
MYCOSIS FONGOÏDB.
lâches érythémateuses, petites, très pâles, quelques-unes légèrement squameuses, sans prurit et admet l'existence d'une roséole prémycosique.
Aucun de ces phénomènes n’a rien qui soit spécial à l’affection et permette d’en affirmer l’existence, et cependant on peut être conduit à la soupçonner dans quelques cas; peut-être l’examen histologique et hématologique donnerait-il, à cette période précoce, des renseignements précieux?
Si l’on en juge d’après les symptômes qui viennent d’être énumérés, la maladie semble constituer dès son début une affection générale de l’organisme. Ce n’est pas l’avis de Hallopeau (*). Dans presque tous les cas qu’il a rencontrés, il aurait observé une localisation initiale, comparable au chancre syphilitique ou à la plaque initiale de pityriasis rosé, pouvant rester isolée pendant une ou deux années. Parfois c’est une simple tache rouge persistante, érythémateuse, ou furfuracée, ou croûlcuse, ou ulcéreuse; chez d’autres malades, on trouve des lésions plus différentes des lésions habituelles du mycosis et distinctes de toutes autres lésions cutanées : des plaques arrondies ou ovalaires, de consistance parfois mollasse, plus souvent fermes, indurées, ordinairement saillantes, parfois déprimées, comme enchâssées dans l’épaisseur du derme et de couleur rouge.
Ces faits très importants peuvent être interprétés autrement que ne le fait Hallopeau; cependant ils méritent la plus sérieuse attention, et pourraient conduire, une fois confirmés, à des découvertes importantes dans la pathogénie du mycosis fongoïde.
Quoi qu’il en soit, la maladie, une fois constituée, est, dans les formes circonscrites mêmes, une affection générale delà peau; je l’ai démontré en décrivant des lésions importantes de la peau saine en apparence , lésions représentées dans la Figure 109 (2).
Forme circonscrite. — Tacites et efflorescences mycosiques. — Lésions érythémateuses, eczémati formes, huileuses, lichénoïdes. — Infiltrations diffuses. — - La période des lésions véritablement spécifiques peut débuter par les manifestations de la période initiale. Ce sont des plaques érythémateuses dont certaines disparaissent, tandis que de nouvelles se développent, figurées, annulaires, serpigineuses parfois. Un cas de Hallopeau (3) montre au niveau des membres inférieurs des taches parfaitement arrondies, isolées ou coalescentes, en nappes à contours polycycliques, avec limite nettement marquée, hypercolorée. Simultanément, sur la face dorsale d’une main, existe une large tache érythémateuse, empiétant sur trois doigts, et se continuant de l’un à l’autre, en dessinant des arcs de cercle exactement comme dans l’érythème polymorphe. Parmi les lésions des membres inférieurs, certaines prennent, d’autre part, un caractère eczémalique.
Presque toujours, l’état érythémateux est, en effet, de durée courte; peu à peu chaque tache, chaque plaque étendue, offre des altérations épidermiques ;
(l) Hallopeau et Leredde, Traité pratique de dermatologie. J. -B. Baillière. Paris, 1900.
(*] Leredde, Contrib. 5 l’étude histologique du mycosis fongoïde. Soc. de derm., 1894.
(3) Hallopeau, Musée de l’hôpital Saint-Louis, moulages 1402 et 1405.
[LEREDDE ]
MYCOSIS FONGOÏDE.
à l’œil nu et. même à la loupe la parenté est étroite avec celle de l’eczéma. Cependant l’état vésiculeux n’est jamais qu’un accident. On observe surtout des squames fines, sèches, parfois de fines croûtelles. La disposition parakératosique peut être analogue à celle de l’eczéma séborrhéique (*). La ressemblance devient extrême lorsque les lésions prennent un caractère figuré.
A la pression du doigt, on constate souvent un état légèrement collant ; de
H. quiets
Fig. 109. — Mycosis fongoïde forme circonscrite (obs. Leredde, Ann. de dermai., 189i). — Peau macroscopiquement saine. Amas cellulaire formé de cellules fixes et de lymphocytes dans le derme. Dilatation légère des vaisseaux sanguins.
temps à autre il se produit sur certaines plaques ou sur toutes du suintement analogue à celui de l’eczéma vulgaire, séreux, opalin, gommeux (2). Il est
(*) D’où l’hypothèse émise par Unna d’une infection séborrhéique associée.
(*) Ce suintement, attribué à tort au grattage, comme celui de la forme érythrodermique, reconnaît la même cause histologique essentielle que celui de l’eczéma aigu, la spongiose du corps muqueux. Il ne faut cependant pas conclure à une identité réelle, peut-être relèvera-t-on un jour ou l’autre des différences au point de vue histochimique ou cytologique, par exemple la présence de lymphocytes (?).
/a Pratique Dernurtefeqnjiu
/orne /// H. A
>/ / / Ai
Mi/cooto /on i/o idc
// a n rè.v mon/aae Ha relia . f.° / 70 6 1 l/atlo/ieaa >
MYGOSIS FONGOÏDE.
surtout marqué dans les lésions des plis. En certaines régions seulement, a la paume des mains et à la plante des pieds de préférence, les squames peuvent s’accumuler et l’aspect rappelle assez grossièrement celui du psoriasis vulgaire.
Il existe des lésions à la fois eczémaloïdes et érythémateuses, les nappes eczématiques étant serties par une zone étroite offrant de la congestion et de l’œdème, sans lésions des couches épidermiques superficielles.
Les lésions eczémaloïdes forment des taches et des efflorescences de toutes les dimensions, certaines à peine visibles, d’autres dépassant le diamètre de la paume de la main ; souvent elles arrivent à se confondre : de vastes surfaces cutanées sont revêtues de nappes à contours plus ou moins bien définis, légèrement saillantes et surtout en leur centre. Au doigt, la peau est moins souple que d’habitude : il existe, d’une manière évidente, un œdème cutané prononcé. Dans les nappes confluentes, on peut trouver des îlots bien limités de peau saine, au moins en apparence, et c’est là déjà un caractère hautement spécifique.
Les lésions semblent débuter de préférence sur les parties supérieures du tronc, la face, mais bientôt toutes les régions du corps sont envahies indifféremment. La couleur est tantôt d’un rose tendre, tantôt sombre, rouge ou même violacée. On peut voir, comme le fait se constate chez un malade que j’observe actuellement, les poils tombés au niveau de ces zones eczématiques. Un caractère important est la variabilité des lésions d’un jour à l’autre; alors que, sur certains points, l’œdème et la congestion sont assez intenses, s’accompagnent déjà d’épaississement de la peau, et restent fixes, en d’autres où les altérations sont plus superficielles, on voit d’un jour à l’autre les taches disparaître, laisser une légère desquamation, pour reparaître quelques heures après. C’est là encore un caractère qui n’appartient pas à l’eczéma vulgaire.
L’existence de lésions bulleuses est commune, mais elles sont éphémères et ne constituent qu’un épiphénomène ; en général elles ne se développent que sur quelques points; il est rare qu’elles soient assez nombreuses pour simuler un pemphigus, cependant le fait a été relevé par Neumann et Kaposi. Dans certains cas, il peut s’agir d’un impétigo streptogène, isolé des lésions spécifiques, consécutif au prurit; mais, dans d’autres, il peut en être autrement : les bulles se développent sur des lésions déjà existantes, taches érythémateuses, lésions lichénoïdes. Secondairement, elles sont volontiers infectées par des agents pyogènes et s’emplissent de pus; après ouverture, elles laissent une collerette circulaire, un décollement superficiel annulaire de la couche cornée, lequel s’étend excentriquement, tandis qu’au centre se forme ou s’agrandit une exulcération.
L’expression de lésions lichénoïdes , sous laquelle on désigne depuis Bazin les plaques et les nappes mycosiques, ducs à l’infiltration plus dense et plus profonde des lésions eczématoïdes, est devenue impropre ; en particulier les caractères anatomiques sont assez différents de ceux des lichénifications vraies. Au niveau des régions squameuses, rouges, la peau est difficile à
[LEREDDE ]
MYCOSIS FONGOÏDE.
plisser entre les doigts, et les plis sont épais. La saillie au-dessus du niveau de la peau devient des plus nettes.
La tuméfaction acquiert souvent son maximum dans les régions centrales des nappes mycosiques; les bords sont diffus, se confondent peu à peu avec la peau saine. Ces plaques à limites vagues peuvent atteindre de grandes dimensions, recouvrir une partie d’un membre, par exemple les deux tiers de la face externe de la cuisse, comme dans un cas de Ouinquaud et Leredde (1): L’épiderme étant sain, au moins en apparence, prend un aspect lisse, paraît tendu par l’intiltration sous-jacente. Sur certains points, au contraire, il peut s’affaisser, se plisser, se chagriner, l’œdème profond ayant diminué. La tuméfaction, l’aspect tendu de la surface, la couleur, parfois d’un rouge franc, parfois violacée, donnent fréquemment à ces altérations un aspect érysipélatoïde. Il en est ainsi dans un cas d’Hillairet, représenté par deux moulages du musée de Saint-Louis, où l’on constate une infiltration diffuse de la face, prédominant sur le front, la région intersourcilière, les joues, au voisinage du nez, accompagnée d’un œdème des paupières ; simultanément existe une large nappe érysipélatoïde occupant les deux tiers de l’avant-bras.
A côté de ces lésions, on peut placer des œdèmes qui existent souvent aux extrémités et à la verge et qui ont quelquefois le caractère d’œdèmes brightiques, sans albuminurie cependant.
La surface des lésions lichénoïdes s’altère habituellement; elle devient suintante, squameuse, humide, d’une manière persistante. On peut y voir des grains arrondis, cohérents, d’où un aspect mamelonné, grains souvent disposés régulièrement à une certaine distance les uns des autres. L’aspect peut alors se rapprocher de celui d’une peau d’orange. Il est rare que les plis de la peau soient exagérés entre ces saillies, et que l’aspect soit strictement lichénoïde. Assez souvent des nodosités isolées ou agglomérées, de consistance ferme, correspondant au stade initial des tumeurs, se développent en plein derme, et forment des saillies irrégulières, bosselant la surface.
Outre les nappes à limite vague, diffuse, on peut en observer qui sont surtout remarquables par leur limite précise, la netteté avec laquelle elles sont séparées de la peau saine. Leurs bords sont polycycliques, ou dessinent des lignes courbes irrégulières. Parfois il y a une guérison centrale presque complète et on peut observer des figures annulaires. Au doigt, les bords sont résistants, dessinant un bourrelet peu élevé ; parfois ce bourrelet n’existe que sur une partie des plaques qui, sur d’autres régions, n’ont pas de limites précises. La nappe, ainsi limitée, est parfois sans épaisseur, et ses caractères sont ceux de la période eczématoïde. Parfois enfin, le bourrelet persiste seul, les lésions qu’il circonscrivait ayant disparu, d’où la formation de figures étranges. L’aspect se rapproche souvent de celui des lésions d’érythème polymorphe, mais les lésions mycosiques sont franchement saillantes, et surtout résistent au doigt.
t1) Quinquaud et Leredde, Ann. de dermat. et de sypliil., 1893.
MYCOSIS FONGOÏDE.
Enfin, le tableau se complété par la présence de régions de peau, d’apparence saine, comprises dans les nappes mycosiques, nettement séparées du tissu infiltré.
Les lésions lichénoïdes, comme les tumeurs, peuvent s’ulcérer, leur ulcération reste superficielle, mais offre les mêmes caractères que celle des tumeurs; elle laisse souvent un bourrelet d’extension qui a une évolution indépendante et peut persister pendant un long temps à l’état isolé; elles guérissent sans laisser de traces, parfois avec une macule, parfois avec une cicatrice superficielle. Dans quelques cas, les surfaces ulcérées végètent, l'aspect rappelle celui du pemphigus de Neumann, dit E. Besnier.
Nodosités. — Tumeurs. — A toutes les périodes de la maladie, on observe, comme 1 ont vu Darier, Hallopeau, la tuméfaction des nævi préexistants et de petites excroissances en forme de condylomes, qui paraissent dues à l’émergence de nævi, non apparents jusqu’au début du processus pathologique.
Nous avons déjà signalé, à l’occasion de l’étude des lésions lichénoïdes, des saillies mamelonnées superficielles; elles peuvent être isolées, presque indépendantes des plaques lichénoïdes. Elles ne paraissent pas donner lieu à des tumeurs.
Les véritables tumeurs, qui ont du reste la même structure fondamentale que les lésions mycosiques déjà décrites, eczématoïdes et lichénoïdes, peuvent être extrêmement petites et ne se révéler qu’à la palpation ou à un examen attentif de la surface cutanée. Wickham a insisté sur la présence de petits nodules durs, profonds, indolores, qu’il compare à des grains de plomb hémisphériques à base superficielle; à leur niveau, l’épiderme est tendu, légèrement rosé; ces grains auraient une importance au point de vue du diagnostic précoce (').
Plus volumineux, les nodules restent rarement inclus dans le derme, et tendent à faire une saillie, parfois dépourvue de coloration propre, lorsque les couches superficielles du derme sont respectées et soulevées par les plans profonds. Presque toujours elles sont envahies : la surface des nodosités est rose ou rouge terne, ou violacée, parfois brunâtre et d’aspect pigmenté. Au doigt, les nodules sont fermes, sans dureté, élastiques. Cette consistance sera celle d’un grand nombre de tumeurs adultes. Lorsque les nodosités s’étalent, se confondent avec une infiltration périphérique, les tissus deviennent moins résistants au doigt.
Le développement des nodules, leur confluence, déterminent la formation de masses où on peut encore reconnaître les nodules primitifs, même à la vue, se révélant par des saillies arrondies, contiguës, inégales de hauteur el de diamètre. Nous avons déjà fait observer qu’elles peuvent être comprises dans des zones d’infiltration diffuse de la peau.
Régulièrement, chez les malades arrivés à une période avancée de l’évolution mycosique, certaines nodosités se développent dans tous les sens, sauf
(*) Wickiiam, Ann. de dermat. et de syphil., 1896, p. 1425.
[LEREDDE ]
MYCOSIS FONGOÏDE.
vers l’hypoderme, et prennent peu à peu des dimensions considérables; la masse qui en résulte, et qui mérite au point de vue clinique le nom de tumeur, peut atteindre, dépasser même le volume d’une grosse orange ; la plupart ont les dimensions d’une noix. La forme est très régulière, d’abord hémisphériques, les tumeurs tendent à s’aplatir en se développant. La couleur, avant toute ulcération, est tantôt d’un rouge foncé, comparable à celui du minium, tantôt violacée, plus ou moins brunâtre, parfois d’un rouge ardent, érysipélatoïde. Après l’ulcération, la coloration persiste au niveau de l’anneau périphérique épidermisé; tout autour la peau est normale, plus rarement infiltrée et de coloration anormale.
La surface présente des caractères très remarquables; l’épiderme semble, pendant une période plus ou moins longue, tendu par la pression des parties profondes : cet état paraît être de règle dans les tumeurs qui sont destinées à la formation d’érosions et d’ulcérations. Au moment où la tumeur cesse de s’accroître, la tension diminue et l’aspect de la surface devient irrégulier, squameux, eczématiforme, souvent elle offre des saillies, des dépressions assez profondes; l’aspect est comparable à celui d’un gâteau aplati, d’un macaron, d’une tomate : ces lésions sont mollasses, et tout à fait caractéristiques du myeosis fongoïde.
Dans les cas où, au contraire, les dimensions de la tumeur augmentent continuellement, ce qui se traduit par une tension de plus en plus grande de l’épiderme, il est bien rare qu’une érosion n’apparaisse pas d’assez bonne heure. Très petite d’abord, et exclusivement centrale, elle s'étend à toute la surface aplatie de la tumeur. Bientôt celle-ci offre un aspect très particulier spécial encore au myeosis : celui d’une demi-sphère insérée dans le derme, et qui aurait été largement abrasée à sa partie supérieure, parallèlement à la surface de la peau, à peu de distance de celle-ci, de sorte que la hauteur ne dépasse pas 2, 5 centimètres, alors que le diamètre à la base est de G, 8 centimètres et plus. Il s’agit d’abord d’une érosion, et non d’une ulcération, érosion tout à fait régulière et circulaire.
Au moment où cette érosion se produit, l’épiderme persiste sur les faces latérales de la tumeur; il constitue un anneau parfaitement régulier, inséré sur la peau saine et qui présente au plus haut degré le caractère de tension sur lequel nous avons déjà insisté. Cet anneau sera encore l’origine d’un bourrelet, qui se dessine de mieux en mieux autour de la région centrale aplatie et qui peut même faire saillie au-dessus de celle-ci; il est alors érodé sur son versant interne, la crête et le versant externe étant recouverts d’épiderme, ou bien il est entièrement épidermisé et d’aspect ortié.
Les caractères cliniques ultérieurs sont dus à l’infection de la région centrale, infection qui respecte en général le bourrelet, du moins pendant une longue période. Au début, l’érosion est couverte de croûtes aplaties, sanguinolentes; ces croûtes enlevées, on constate un aspect granuleux comme si la surface était formée par des bourgeons charnus, et une coloration rouge vif. L’aspect bourgeonnant s’exagère, du pus apparaît, qui se
MYGOSIS FONGOÏDE.
concrète en croûtes irrégulières. Peu à peu, une ulcération profonde se produit, et on peut voir la tumeur transformée en une cavité purulente, une véritable caverne, limitée par le bourrelet épais, ferme, dur au toucher, qui a persisté et surplombe l’ulcération. Jusque-là indolentes, les tumeurs mycosiques deviennent dès lors douloureuses spontanément et à la pression.
On a signale le début de l’ulcération par les régions centrales qui se ramollissent. Plus tard paraissent des fistules.
La profondeur de l'ulcération ne dépasse guère le niveau de la peau voisine, et la guérison peut se produire sans complications; cependant cette
Fig. 110. — Schéma du développement des tumeurs mycosiques.
1. Tumeur hémisphérique en voie de développement. Tension et amincissement de l’épiderme. — 2. Tumeur adulte. Apparition d’une érosion centrale en a. Aplatissement du centre. — 5. Érosion centrale complète couverte d'une croûte mince. — - i. État granuleux. Bourrelet en b. — 5. État végétant. Bourrelet en b. — 6. Caverne. Bourrelet en b.
bénignité locale n’est pas constante : l’infection peut s’étendre à distance au-dessous de la peau, et déterminer la formation de fusées purulentes, superficielles ou profondes, vers les muscles et les os qui sont dénudés. Kübel a observé l’ouverture de l’articulation scapulo-humérale (’). On peut observer également des accidents de gangrène. Ces accidents s'accompagnent de phénomènes généraux, de fièvre, de symptômes infectieux et d’inflammations septiques dans différents organes, par exemple d’endopéricardite, dans une observation de Hallopeau et Bureau.
Dans d’autres formes, l’ulcération des tumeurs est suivie d’une prolifération intense de la surface, d’un étal végétant; parfois l’exubérance est telle que la base de la tumeur est complètement débordée et ne forme plus qu’un pédicule sur lequel s’insèrent des masses irrégulières, divisées par des sillons étroits et profonds, sécrétant un liquide purulent, ichoreux, fétide, mêlé de sang.
La guérison des tumeurs, comme celle de tous les autres accidents mycosiques, peut se faire par résorption simple. Parfois elle est extrêmement rapide. Elle se produit d’abord dans les parties centrales, ou bien elle est consécutive aux phénomènes d’ulcération. Le bourrelet peut persister pendant un temps fort long à la suite, au moins sur une partie de la limite; il en est ainsi surtout
(*) Kübel, Ein Fall von Mykosis fungoides. Tübingen, 1883.
[LEREDDE]
MYCOSIS FONGOÏDE.
lorsque des tumeurs au contact se sont partiellement confondues par ulcération; on voit alors des saillies d’aspect chéloïdien, de couleur violacée ou pigmentée, disposées en arcs de cercle plus ou moins étendus, parfois en courbes irrégulières; la peau, dans la concavité, est normale, ou d’aspect cicatriciel, souvent pigmentée. Parfois le bourrelet se déplace et progresse par son bord externe, tandis que sur son bord interne peu à peu la guérison se produit; la saillie garde ainsi une épaisseur constante.
Lorsque le bourrelet disparaît, il peut laisser une macule, d’aspect différent de la partie centrale. On peut voir par exemple, à la suite de la guérison d’une tumeur, une large tache ovale, blanchâtre, entourée d’un anneau pigmenté, ou une tache pigmentée entourée d’un anneau blanchâtre (*).
Tumeurs conglomérées. — La coalescence des nodosités, des tumeurs, de lésions d’infiltration diffuse, donne lieu à la formation de masses irrégulières, parfois extrêmement étendues, pouvant constituer une sorte de cuirasse qui entourait un côté de la poitrine chez un malade de Besnier, couvrir une partie du dos comme dans un cas où Hallopeau a vu une énorme masse de 47 centimètres de long, 38 de large, 5 d’épaisseur (2), forçant par son poids le malade à se tenir plié. On trouve, à côté les unes des autres, des lésions à tous les stades que nous avons décrits, tumeurs sans ulcérations, tumeurs avec cavernes centrales, lésions végétantes. Les tumeurs conglomérées sont susceptibles de guérison comme les tumeurs isolées, cependant elles se développent de préférence au dernier stade de la maladie, et leur régression est souvent un signe grave, qui peut s’associer aux troubles profonds de l’organisme et précéder de peu la mort.
Mentionnons ici qu’IIallopeau a observé dans un cas (3) l’existence de tumeurs profondes des membres, adhérentes aux muscles, indépendantes de la peau elle-même (4).
(4) Hallopeau insiste sur la différence entre ces cicatrices et celles des syphilides : celles-ci se confondant entre elles lorsqu’elles sont dues à des ulcérations multiples; au contraire, à chaque ulcération mycosique correspond une cicatrice, qui conserve ses limites au milieu des autres.
(2) Hallopeau, Soc. de dermat. et de syphil., 1897.
(3) Hallopeau, Bureau et Weil, Ann. de dermat ., 1897, p. 571.
p) Forme pigmentaire. — Une observation de Quinquaud, inédite, dont nous avons retrouvé le résumé au Musée de Saint-Louis, et qui a trait à un malade que nous avons vu et dont le moulage est déposé dans le môme musée, permet d’établir l’existence d’une forme pigmentaire du mycosis fongoïde.
Elle concerne un homme âgé de cinquante ans qui, en 1890, présenta sur l’avant-bras une tumeur d’abord de coloration rouge, puis noirâtre; en 1891 une nouvelle tumeur apparut sur le sternum, puis survinrent des tumeurs multiples sur le corps, sans prurit. Au mois de juillet, les lésions disparaissent en totalité, mais reparaissent en août. En octobre, il existe une hypertrophie universelle de la face avec exagération des plis, des sillons, de l’œdème des paupières, une tuméfaction intense des lèvres; la couleur générale est d’un violet sombre, les poils tombent, il existe sur le cuir chevelu, le cou, le tronc, les membres, des tumeurs de même coloration qu’à la face, en général isolées, quelques-unes agglomérées. Le malade meurt peu après.
L’examen histologique montra la structure du mycosis absolument caractéristique, sans hémorragies, mais avec une pigmentation considérable.
MYCOSIS FONGOÏDE.
Localisations du mycosis fongoïdc. • — État de la peau en dehors des lésions congestives. — Etat des phanères. — Lésions des muqueuses. — Aucune région <le la peau n’offre d’immunité à l’égard des accidents mycosiques, et partout on peut observer des manifestations eczématiques, lichénoïdes, néoplasiques. Certaines parties du corps, cependant, sont atteintes avec prédilection ; je veux parler des régions où la peau est fine (régions de flexion) et surtout de celles où le système lymphatique est développé : face, racine des membres, régions mammaires.
Les lésions de la face, souvent étendues et saillantes, modifient l’aspect du masque. Elle peut offrir une infiltration diffuse, envahissant surtout les régions centrales. Elle peut être couverte de tumeurs. Dans un fait de Hallopeau et Roché (•), il existait une énorme masse occupant la région droite du front, la moitié droite du visage, s’étendant vers la paupière gauche et la joue gauche. A la fin, l’invasion des paupières fut complète et amena la perte de la vue.
Telle est la variété des combinaisons éruptives du mycosis fongoïde, qu’il n’existait pas chez ce malade de manifestations autres, en dehors de l’une des mains. Il existe, d’autre part, des cas où les lésions du corps sont très importantes et où la face reste entièrement indemne.
L’invasion du mamelon est extrêmement commune ; à une période précoce, on peut observer autour de lui un état végétant qui doit attirer l’attention. Parfois, d’après Hillairet, le sein entier est envahi chez la femme.
Le rôle du système lymphatique dans la distribution des lésions de la peau est mis en évidence dans un cas de Hallopeau oii les tumeurs se distribuaient le long des lymphatiques de l’avant-bras.
En dehors des régions occupées par les manifestations déjà étudiées, la peau semble saine à première vue : or, il n’est pas rare qu’à un examen attentif on constate des altérations réelles. C’est ainsi que j’ai noté chez une malade l’épaississement universel, également observé par Hallopeau et Salmon (i). Ces auteurs ont vu de vastes régions offrant l’aspect de la chair de poule avec dilatation des orifices sébacés (3).
Ces cas, où une congestion diffuse peut apparaître à un moment donné, constituent des formes de transition entre le mycosis à lésions circonscrites et le mycosis érythrodermique. Je rappelle que dans le premier type la peau est altérée histologiquement dans les points où elle paraît tout à fait saine, et je reviendrai plus loin encore sur ce fait.
Le cuir chevelu, habituellement respecté par les tumeurs mycosiques, offre souvent un état pityriasique avec ou sans rougeur. Souvent on observe de l’alopécie incomplète ou très étendue. Les poils du corps tombent, surtout
(') Hallopeau et Roché, Ann. de dermat. et de syphil., 1900.
(2) Hallopeau et Salmon, Ann. de dermat. et de syphil., 1895.
(3) Dans le même cas, il existait des zones décolorées, gaufrées, avec orifices pilosébacés dilatés, pouvant être entourées d’une aréole érythémateuse, simulant la morphée.
[LEREDDE ]
MYCOSIS FONGOÏDE.
à une période avancée de la maladie. Les ongles sont normaux ou épaissis, parfois striés transversalement.
Philippson a signalé la tuméfaction des amygdales, Kübel le gonflement de la langue; de nombreux auteurs ont vu des nodules sur le palais, le pharynx, la base de la langue, l’épiglotte et les régions supérieures du larynx. Hallopeau et Jeanselme ont vu des tumeurs au niveau du palais.
Les ulcérations qui ont été observées sur les diverses régions de la muqueuse buccale et pharyngée sont, en général, superficielles, sans gravité.
Signes subjectifs. — Après avoir énuméré les modifications anatomiques de la peau, il nous reste à insister sur un phénomène subjectif fondamental, le prurit. A toutes ses périodes, sauf de rares exceptions, le mycosis fongoïde est une affection prurigineuse. Rarement léger, sans gravité, sans exacerbations, le prurit est, en général, intense, parfois atroce; il peut, pendant des mois, amener une insomnie totale. Il s’exagère au moment des poussées éruptives. Dans tous les cas, il résiste aux moyens thérapeutiques, parfois d’une manière complète. Il est l’origine d’accidents qui complètent le tableau clinique que nous avons dessiné : pustules périfolliculaires, ecthyma, furoncles, etc.
Certains malades accusent en même temps un état douloureux de la peau, des sensations de brûlure, des picotements extrêmement pénibles.
Lésions des ganglions et des viscères. — La tuméfaction des ganglions accessibles au toucher, même dans les périodes précoces de la maladie, constitue encore un des signes essentiels. Il est bien rare qu’elle ne soit pas notée dans les observations récentes. Elle suit l’évolution du mycosis, augmente lors des poussées cutanées, diminue avec elles et par l’action de l’arsenic (*).
La rate et le foie sont souvent augmentés de volume.
Bruchet (2), Ouinquaud ont signalé des accidents testiculaires.
Durée. — Évolution de la forme circonscrite. — Terminaison. — La
durée du mycosis à forme circonscrite est des plus variables; Dubreuilh (3) a observé un cas de trente ans; dans un fait de Malherbe (*), les tumeurs parurent au bout de six mois, la durée moyenne est de quatre à cinq ans, d’après Tilden, Ilammcr, Wolters.
L’évolution des lésions cutanées du mycosis obéit à certaines lois, que Bazin (s) a précisées en admettant l’existence d’une période eczématoïde, d’une période lichénoïde et d'une période de tumeurs. Ces périodes sont interrompues par des phases de guérison apparente, complètes ou presque complètes, survenant entre les périodes eczématiques, lichénoïdes, néoplasiques ou indifféremment durant leur cours.
(*) YVolters, Mycosis fungoidcs. Bibliolheca mcdica. Stuttgart, 1890.
(â) Bruchet, Ann. de donnât, et de syphil., 1889.
(3) Dudreuilh, Ann. de policlinique de Bordeaux, 1893.
(4) Malherbe, Thèse de Paris, 1895.
(3) Bazin, art. Mycosis fongoïde du Dict. encycl. des se. mcd.
MYCOSIS FONGOÏDE.
La succession des phénomènes cliniques, dans l’ordre indiqué par Bazin, est habituelle sans être nécessaire. Il faut, du reste, noter que des nodosités, qui sont déjà des tumeurs de petit volume, existent souvent dès les premières périodes de la maladie. D’autre part, il est de règle d’observer, chez les malades atteints de tumeurs volumineuses, des manifestations eczématiformes et lichénoïdes; on peut également observer chez eux celles plus superficielles encore de la période de début, érythèmes, urticaires, purpura, œdèmes.
Les caractères importants de l’évolution des phénomènes éruptifs peuvent être résumés de la manière suivante :
1° Dans la grande majorité des cas, les accidents cutanés superficiels précèdent les accidents profonds;
2° La maladie devenant plus ancienne, la polymorphie des accidents augmente, puisque, à chaque stade, on observe, d’une manière commune, ceux des stades précédents;
5° Cependant l’étendue des lésions apparentes ne dépend à aucun point du stade de la maladie, et tel malade qui aura offert des manifestations eczématiques presque généralisées, n’offrira pas, à la période de tumeurs, des accidents d’une étendue considérable. D’où celte conclusion que, sur chaque point de la peau ayant été atteint d’une manifestation mycosique, la guérison définitive peut se faire au moins en apparence;
4° Les périodes de guérison apparente sont de moins en moins nombreuses et de plus en plus courtes avec les progrès de la maladie. La période qui précède les tumeurs a une durée très longue relativement à la période néoplasique.
La maladie progresse par poussées; en quelques jours, on voit des manifestations nouvelles apparaître, les manifestations anciennes s’accroître. Les ganglions se tuméfient, le prurit augmente, la leueocytose survient ou s’exagère, il existe de la fièvre. Ces poussées se développent sans causes connues. De même, sans raisons apparentes, en quelques jours, toutes les éruptions se flétrissent, s’affaissent, disparaissent; une plaque eczématiforme, quelques nodosités, ou simplement un prurit persistant, des papules urticariennes révèlent seuls la persistance de l'affection.
La forme à tumeurs d’emblée de Vidai et Brocq paraît avoir une durée beaucoup plus courte que la forme complète et ne guère dépasser trois ou quatre ans.
Il existe une observation de Hallopeau où la maladie débuta par des tumeurs; dans la suite seulement survinrent des manifestations eczématiformes et lichénoïdes.
L’état général des malades reste longtemps assez satisfaisant. J’ai observé des poussées sudorales analogues à celles de la forme érythrodermique, parfois limitées à certaines régions. En dehors des poussées éruptives, la santé est surtout troublée par le prurit, l’insomnie qu’il détermine. A la période des
[L EREDDE]
MYCOSIS FONGOÏDE.
tumeurs, et surtout lorsque les ulcérations sont apparues en grand nombre et ont persisté longtemps, l’état général s’altère, le malade arrive à la période cachectique.
La cachexie des mycosiques s’accompagne d’un amaigrissement intense, de décoloration des muqueuses et de la peau, de troubles intestinaux et surtout de diarrhée profuse cl presque incoercible, de phénomènes fébriles. Des sueurs intenses apparaissent, des œdèmes se développent.
Le malade meurt d’affaiblissement progressif et de diarrhée, ou succombe à des complications infectieuses, pleurésie, broncho-pneumonie, néphrite, érysipèle.
Il semble qu’une infection streptococcique soit fréquemment l’origine de la mort; parfois l’origine cutanée en est évidente; c’est ainsi que Hallopeau a vu chez un malade des phénomènes d’ecthyma aigu avec signes d’infection extrêmement grave. La mort n’est pas absolument constante; mais il n’existe que deux ou trois cas de guérison de mycosis fongoïde.
Formes érythrodermiques. — L’éruption se présente à son origine sous forme de taches rouges, isolées, accompagnées d’un prurit violent, qui s’étendent et finissent par confluer peu à peu. Balzer et Mercier (’) l’ont vue apparaître sous forme d’œdème diffus avec taches purpuriques et ecehymotiques. Parfois, disent Besnier et Hallopeau, elle parait provoquée ou exaspérée par des causes accidentelles : bain trop chaud, ingestion de médicaments actifs (atropine). En général, le tégument entier est envahi, quelquefois certaines régions conservent une apparence normale; elles ont des limites nettes; l’existence du prurit à leur niveau prouve qu’elles sont en réalité altérées (2). Parfois, enfin, le tégument est couvert de plaques qui ne sont pas tout à fait confluentes.
La rougeur de la peau est foncée, rappelle même celle de la scarlatine ; parfois elle prend une nuance violacée. Elle augmente dans les plis et les régions de pression. La congestion varie dans son intensité d’un jour à l’autre et d’un moment de la journée à l’autre. Chez un malade, que j’ai observé avec Brocq, j’ai vu sur les membres, à des heures où la rougeur diffuse était peu marquée, des taches rouge foncé disséminées ou confluentes, inégales. Parfois on voit, au contraire, des centres de décoloration et de régression, en forme de disques, légèrement déprimés au-dessus des parties voisines, de couleur blanchâtre.
L’épaississement de la peau est un phénomène constant; en outre, elle devient trop large pour les parties sous-jacentes, en raison de l’amaigrissement et des lésions du réseau élastique; elle peut former dans les aines, les aisselles, sur le bas-ventre, des bourrelets volumineux qui disparaissent lorsqu’on l’étend, séparés par des plis profonds. Besnier et Hallopeau ont signalé
P) Balzer et Mercier, Ann. de dermat. et de syphil., 1898.
(2) Hallopeau et Tostivint, Ann. de dermat. et de syphil., 1899.
MYCOSIS FONGOÏDE.
l’augmentation de la consistance normale. L’œdème, c’est-à-dire l’imbibition séreuse permettant, par la pression, de créer des godets dans la peau, est rare, mais a été signalé au niveau des membres inférieurs et même sur toute l’étendue de la peau.
Le cuir chevelu est habituellement squameux, même un peu rouge.
La face prend, dans quelques cas, un aspect étrange dû au gonflement et à la disparition des plis normaux de la peau, ou bien, dit Hallopeau, la peau est tuméfiée, indurée sans rougeur, les oreilles sont tuméfiées, presque toujours les paupières sont gonflées, la muqueuse rouge et hypertrophiée. On a souvent noté un véritable ectropion. La conjonctive offre des sécrétions séreuses identiques à celles de la peau.
La peau sur le tronc est sèche; on peut observer l’aspect brillant de la surface, la saillie des follicules pileux, parfois l’élargissement des orifices sudoraux, l’exagération du quadrillage rappelant une lichénification. De nombreux malades présentent des accès de sueurs profuses, quelques-uns un suintement limité ou généralisé, analogue à celui des eczémateux, déterminant la formation de croûtelles. Parfois la surface est lisse, parfois elle offre une fine desquamation; enfin Besnier et Hallopeau ont vu, chez un de leurs malades, des poussées de rougeur intense, suivies d’une exfoliation complète prolongée, simulant la dermatite exfoliatrice. L’exfoliation peut être partielle, se limiter à la plante des pieds. Du Castel et. Leredde (‘) ont observé, sur le dos des mains, un état pellagroïde caractérisé par une sécheresse intense avec tendance à l’atrophie. Cet état peut également se manifester à la face tactile des extrémités, accompagné d’une desquamation de l’épiderme en couches minces, pelure d’oignon.
Le prurit constitue un des symptômes fondamentaux. Apparaissant dès le début et même avant l’érythrodermie, il est remarquable par sa généralisation, sa continuité, son intensité habituelle, sa résistance à tout traitement. Souvent il est inconscient, le malade se gratte sans s’en rendre compte; un malade de Besnier et Hallopeau n’éprouvait de soulagement qu’à la condition de se déshabiller et de se frotter le corps avec une brosse. Ce prurit est l’origine d’une série de complications cutanées, ulcérations, ecchymoses, périfolliculites, furoncles, ecthyma. 11 n’y a pas, en général, de prurigo consécutif; il a cependant été observé par Hallopeau et Lemierre(2).
Les ongles sont intacts ou usés par le grattage; ils peuvent offrir des saillies et des dépressions transversales. Parfois ils sont striés longitudinalement, semblables à la moelle de jonc. L’alopécie, au niveau du cuir chevelu, des aisselles, du pubis, est de règle.
Parmi les lésions accessoires et éventuelles de la peau, signalons la présence d’excoriations dues au grattage, — de lésions végétantes au niveau des différents plis, et surtout dans les aisselles, — de petites nodules miliaires blanc
(fi Du Castel et Leredde, Ann. de dermat. et de syphil., 1898.
(-) Hallopeau et Lemierre, Ann. de dermat. et de syphil., 1900.
[LEREDDE ]
MYCOSIS FONGOÏDE.
jaunâtre, dus à l’oblitération des orifices sudoripares, suivant Hallopeau, — de condylomes, ayant une surface identique à celle des téguments voisins et que l’on peut considérer comme des nævi tuméfiés, — de nodules de volume variable, un peu pâteux, inclus dans l’épaisseur de la peau, qui sont peutêtre des tumeurs mycosiques restant profondes, peut-être d’origine inflammatoire banal, — de taches pigmentaires, disséminées, plates ou saillantes, claires ou foncées; Besnier et Hallopeau, Du Castel et Leredde ont observé des nappes pigmentaires et des nappes claires avec pigmentation périphérique donnant l’aspect du vitiligo, — de bulles : Hallopeau a même observé une forme bulleuse de l’érythrodermie se rapprochant de la dermatite herpétiforme. Parfois il existe des bulles limitées, entre les orteils par exemple.
Au bout de plusieurs années, l’érythrodermie peut disparaître.
Parmi les symptômes constants, il faut signaler au premier plan l’adénopathie qui se traduit par des saillies nombreuses conglomérées dans les aisselles, dans les oreilles, à la nuque; certains ganglions peuvent atteindre les dimensions d’un œuf de poule. La rate, le foie sont habituellement volumineux.
La fièvre est fréquente ; pendant plusieurs jours, et même plusieurs semaines, on observe des températures de 58°, 58°, 5 ; elle accompagne les poussées cutanées, l’exagération de l’érythrodermie, l’apparition d’un suintement étendu.
L'amaigrissement est constant, parfois excessif; certains malades ont perdu 20, 50 kilogrammes en plusieurs mois. Il peut s’accompagner, lorsque l’affection est déjà ancienne, d’une asthénie excessive. La mort survient avec des phénomènes de cachexie analogues à ceux de la forme vulgaire.
Lymphodermie pernicieuse de Kaposi. — A côté du mycosis à forme érythrodermique, on peut classer, suivant l’opinion émise par Besnier (‘) et Vidal, l’affection décrite par Kaposi sous le nom de lymphodermie pernicieuse; entre elle et la forme érythrodermique, il n’y a de différence importante que celle due à l’existence d’une leucocytose plus considérable.
Le cas sur lequel Kaposi a fondé sa description était caractérisé par des lésions eczématiques diffuses et en foyers, de distribution irrégulière, squameuses en certains points, humides en d’autres, très prurigineuses. La peau peu à peu se tuméfia, s’épaissit, enfin survinrent des tumeurs peu volumineuses, dures, pâteuses; certaines présentèrent des ulcérations. La tuméfaction était considérable au niveau de la face, couverte de nodosités, ainsi que sur le thorax et les bras. Les ganglions lymphatiques étaient universellement augmentés de volume ainsi que la rate. L’examen hématologique, fait par Paltauf, montra une leucocytose intense (125 000 globules blancs).
Une observation publiée par Besnier, en 1889, à la réunion clinique des médecins de l’hôpital Saint-Louis et intitulée « Lymphodermie pernicieuse de Kaposi », rentre complètement dans le cadre de l’érythrodermie mycosique.
(*) Kaposi, Leçons sur les maladies de la peau, Irad. de Besnier et Doyon, 2e ôd., p. 041.
MYGOSIS FONGOÏDE.
Il s'agit « d’un vieillard de soixante-seize ans, offrant une des variétés de l'espèce, caractérisée par une dermatose absolument universelle, à plis épais, et à peau trop large pour les parties sous-jacentes, avec alopécie, prurit inextinguible, exfoliations épithéliale et eczématique modérées et partielles, hyperadénie, anémie avec leucocytose peu accentuée, pseudo-furoncles ou anthrax précoces et successifs, nappes infiltrées rouge bleu, tumeurs en macaron ».
J'ai publié avec Danlos (*) l’histoire d'un malade chez lequel existait une érythrodermie générale, exfoliante, très prurigineuse; la peau était trop large pour les parties sous-jacentes, les cheveux et les poils étaient tombés en grand nombre, les ganglions étaient tuméfiés. Dans la suite survint un suintement abondant; la peau prit une coloration rouge violacée, le visage devint d’un brun foncé, en certains points existaient des zones de dépigmentation. Enfin, il existait à la face interne des cuisses des nodosités indolores du volume d'une lentille ou d’une groseille.
L’examen du sang montra en janvier 1896 une leucocytose de 17 000 (éosinophilie 27 pour 100, mononucléose 50 pour 100), en novembre une leucocytose intense de 112500 (éosinophilie 57 pour 100). L’étude histologique de la peau montra toutes les lésions essentielles du mycosis fongoïde; la seule différence était due à l'accumulation d’éosinophiles dans le derme, évidemment en rapport avec l’éosinophilie sanguine, d’une intensité extraordinaire, les éosinophiles étant devenus 270 fois plus nombreux que chez un sujet sain.
Anatomie pathologique (2). — 1° Lésions cutanées. — A. Lésions érythémateuses , ér y thr o dermiques, eczémati formes, lichénoïdes. — L’étude des lésions éphémères qui surviennent dans la période de début n’est pas faite; nous ne savons si les érythèmes, les urticaires qui lui appartiennent, ont une structure particulière au mycosis fongoïde.
Les altérations eczématiformes et érythrodermiques, dont la structure est identique , apparaissent dans les plans superficiels du derme, où l’on voit, à un faible grossissement, les vaisseaux sanguins et lymphatiques dilatés, le tissu conjonctif œdématié, des cellules, plus nombreuses qu’à l’état normal, formant en certains points de petits amas autour du réseau sous-papillaire. Les papilles sont volumineuses et déjà on constate l’épaississement plus ou moins marqué du corps muqueux.
Lorsque les lésions ont pris leurs caractères complets, les amas dermiques deviennent plus nombreux et plus volumineux; les papilles hypertrophiées, larges et hautes, atteignent presque la surface de la peau; simultanément les cônes épidermiques se développent en profondeur. Cette acanthose initiale s'accompagne à un fort grossissement de figures de karyokinèse; les fentes
(*) Danlos et Leredde, Soc. franc, de dermat. et de syphil., janv. et nov. 189G.
(*) Piiilippson, Histologie du mycosis fongoïde. Ann. de dermat., 1892. — Leredde, Contribution à l’étude hist. du mycosis fongoïde. -Soc. de dermat., 189i<et 1895. — Unna, Histopathologie der Uautkrankheiten. — Wolters, toc. cil.
[ LEREDDE ]
MYCOSIS FONGOÏDE.
épithéliales sont accentuées; il n’est pas rare d’y trouver des éléments cellulaires immigrés du derme, sous forme de noyaux très colorables, allongés, étirés, déformés par la compression des cellules voisines; j’ai indiqué qu’il existe souvent alors des lymphocytes assez nombreux dans les vaisseaux sanguins. La couche granuleuse et la couche cornée sont normales ou hypertro-
Lcs éléments constituants des amas dermiques sont des cellules conjonc-
Fig. 111. — Mycosis fongoïde. — Lésions initiales. Acanthose. — OEdème des papilles avec infiltration cellulaire. Sclérose légère du derme au niveau du réseau vasculaire superficiel.
tives, à noyaux clairs, ovales, à longs prolongements anastomosés avec ceux des cellules voisines, recouvrant les fibres qu’on trouve à la périphérie des amas ou dans leur épaisseur, et des cellules sans prolongements, à noyaux arrondis, plus colorables que ceux des précédentes, pourvus de grains chromatiques distincts, à protoplasma très peu abondant. Suivant Unna, ce sont des plasmazellen imparfaites, et on constate des formes de transition entre
MYCOSIS FONGOÏDE.
elles et les cellules fixes. Toutes les cellules qui forment essentiellement l’infiltration mycosique auraient ainsi une origine locale, étant dues à l’évolution de cellules fixes vers le type plasmazelle. L’absence de plasmomes bien caractérisés, identiques à ceux de la syphilis ou de la tuberculose, serait due à ce que la plupart des plasmazellen sont de formation récente et, d’autre part, à un processus de désintégration qui a une importance majeure dans l’histologie du mycosis et qui a été démontré par Unna.
Unna a constaté, et tout le monde a vu après lui, dans les amas dermiques, des grains arrondis, inégaux, légèrement colorables par les couleurs basiques; on les trouve encore en abondance dans les régions où ils peuvent être entraînés par un courant liquide, dans les fentes lymphatiques et interépithéliales. Ce phénomène cytolytique s’observe à toutes les périodes de la maladie; nous l’avons retrouvé récemment dans un cas d’érythrodermie.
La plupart des auteurs, avec Darier et nous-même, admet que les cellules ainsi décrites comme des plasmazellen doivent être considérées comme des lymphocytes, ce seraient donc des cellules lymphatiques et non des cellules dérivant des cellules fixes comme le pensent Philippson et Unna. Nous avons récemment repris l’étude de la question et nous sommes arrivé à cette conclusion que la plupart de ces éléments n’ont pas de protoplasma nettement apparent et qu’on doit bien les considérer comme des lymphocytes; il faut ajouter que la présence de petits mononucléaires et de lymphocytes dans les vaisseaux dilatés est de règle. Parfois ils emplissent la lumière. La discussion peut du reste être portée sur un autre terrain: elle perd beaucoup d’intérêt si l’on admet, contrairement à Unna, que la plasmazelle elle-même a une origine lymphatique et ne naît pas sur place. Le fait paraît établi aujourd’hui ().
En dehors de ces cellules conjonctives et lymphatiques, qui depuis le début jusqu’à la fin du mycosis domineront dans les lésions, on constate : a. des plasmazellen adultes, groupées en petits amas ou isolées; — b. des mastzellen, sur 1 abon-
p) Les recherches de Marschalko, Jadassohn n’ont pas entièrement résolu le débat; Menahem llodara {Ann. de dermat. et de syphil., 181)5) n’a pu le trancher; pour lui la plasmazelle est un produit uniquement pathologique.
Mais, d’après Dominici, l’origine des plasmazellen se trouve dans un lymphocyte très petit, à noyau extrêmement condensé, à protoplasma extrêmement basophile. Il est facile de voir dans les ganglions ou la rate des formes de passage entre ce lymphocyte et une plasmazelle typique comme le démontrent les planches ci-jointes provenant delà rate d un lapin saigné. Ce protoplasma se développe en restant très basophile; le spongioplasma devient évident; une aréole claire paraît près du noyau. La plasmazelle n’est pas d’après cela exclusive à l’organisme humain, qui ne présente du reste aucune forme cellulaire étrangère aux animaux mammifères. Cellule d’origine lymphatique, elle peut se rencontrer en circulation sanguine dans la vaccine, la variole, certaines anémies, certaines dermatoses.
Dans le tissu mycosique la présence même de formes qu’on ne peut rattacher d une manière certaine au type lymphocyte ou au type plasmazelle est un argument en laveui de la filiation de ces deux éléments.
PRATIQUE DERMATOLOGIQUE. — III.
Fig. 112. — Pclites plasmazellen en voie d’accroissemenl. (D’après Dominici, Arch. d'anal, path. et de méd. expér., janvier 1901.)
[. LEREDDE ]
MYCOSIS FONGOÏDE.
dance desquelles j 'ai attiré l’attention ; elles sont souvent en 1res grand nombre, allongées, cubiques, ne se groupant pas en amas; on les trouve de préférence sur le bord des vaisseaux dans le sens desquels elles s’orientent; — c. des noyaux très petits, irréguliers, excessivement colorables; il est impossible de les rattacher à un type cellulaire classé; pour Dominici (‘), il s’agit d’éléments propres aux tissus lymphoïdes, car on les trouve régulièrement dans la rate et les ganglions; — cl. des cellules éosinophiles en nombre très variable (s); — e. d’une manière commune des cellules pigmen
Fig. 115. — Évolulion des plasmazellen dans la rate du lapin saigné.
taires : je rappelle qu’il existe une forme pigmentaire du mycosis fongoïde, — - f. dès la période initiale des cellules géantes qui offrent dix, quinze, vingt noyaux; elles sont comparées par Unna aux mégacaryocytes de la moelle osseuse, en raison de la dissémination des noyaux dans le protoplasma et viennent des plasmazellen; mais il existe aussi des cellules analogues à celles de la tuberculose, avec noyaux rangés à la périphérie, sans traces de caséification toutefois ; — g. enfin, de grandes ■cellules contenant, dans leur protoplasma, des granula
tingible Kôrper de Flemming.
L étal du tissu conjonctif doit maintenant attirer notre attention; on sait combien les auteurs français, après Ranvier, ont insisté sur la présence d’un tissu réticulé de nouvelle formation dans les lésions du mycosis. A la période de tumeurs, surtout étudiée par Ranvier, le réticulum est constant ; il se rencontre presque toujours à la période prénéoplasique, comme je l’ai constaté dans les examens que j’ai faits. Mais il ne s’agit pas, le plus souvent, à cette période, d’un réticulum fin, délicat, tel qu’on l’observe dans les follicules des ganglions lymphatiques; d’autre part, à étudier ce stade où le réticulum apparaît en même temps que les autres lésions de la maladie, il est facile de se rendre compte qu’il n’est pas dû à une néoformation; on voit, en effet, les fibres du tissu conjonctif, assez épaisses, s’écarter, se dissocier, s’émietter pour comprendre dans leur intervalle les
(*) Dominici, Communication orale.
(-) La présence de ces éléments est sans doute en rapport avec réosinophilie sanguine assez commune et l’accumulation possible d’éosinophiles dans certains organes.
lions basophiles irrégulières :
Fig. lü. — Section d’une papille.
Cellules géantes. (D’apres Wolters.)
MYCOSIS FONGOÏDE.
éléments cellulaires en plus ou moins grand nombre, de telle sorte que l'existence d’un réticulum au sens strict du mot est parfois douteuse.
L’opinion classique exprimée par Unna est en outre que le tissu conjonctif est passif dans le mycosis. Ayant été frappé de l’importance de ses lésions dans les viscères, j ai voulu étudier de près l'état où il se présente dans la peau, autour des amas mycosiques. Dans leur épaisseur, on ne trouve pas de condensation de tissu conjonctif; il est cependant facile de constater à la période initiale, dans le derme superficiel, la présence de fibres plus nombreuses que dans la peau saine et plus denses, surtout à la partie profonde des cônes interpapillaires; parfois il s’agit d’une véritable formation de tissu scléreux qui se prononcera à la période néoplasique et séparera l’épiderme de l'infiltration dermique.
Dans le derme profond, de structure normale serrée, la réaction du tissu conjonctif ne se traduit, si elle existe, par aucun phénomène visible. L'invasion cellulaire qui survient à une période plus avancée tend même à faire disparaître ce tissu.
Les vaisseaux sanguins, dilatés, du réseau sous-papillaire et leurs branches papillaires offrent des parois épaisses, même en dégénérescence hyaline, comme La montré Philippson ; les fentes lymphatiques sont dilatées, le tissu élastique tend à disparaître ainsi que les filets nerveux dans les amas cellulaires importants du derme.
A\ rec les progrès de la maladie, l’épiderme peut offrir des lésions que nous n’avons pas encore signalées : le corps muqueux devient très succulent, les cellules sont larges, œdématiées, les fentes sont dilatées (, spongiose ) et à la suite de ces altérations, la couche granuleuse perd ses grains de kératohyaline, tandis qu’on trouve des noyaux plats dans la couche cornée souvent épaisse (parakéralose).
Des formations cavitaires apparaissent fréquemment; les plus importantes et les plus originales, signalées par Darier, se forment entre les cellules du corps muqueux; elles sont remplies de lymphocytes ou de plasmazellen, tassés les uns à côté des autres. Elles ont, suivant Darier, une grande valeur au point de vue du diagnostic histologique de l’affection. Unna, Leredde, Wolters ont vu des vésicules et des bulles d’une autre espèce à l’union du derme et du corps muqueux ou sous la couche cornée; l’étude de ces formations est encore incomplète.
Telles sont les lésions de la peau jusqu’à la période néoplasique; les lésions lichénoïdes ne diffèrent des lésions cczématoïdes que par leur intensité et l’invasion plus profonde du derme; les unes et les autres se compliquent souvent d’infections superficielles, consécutives à la pénétration par des fissures, apparentes ou non, de cocci venus de la surface et qu’on peut même colorer assez souvent dans les coupes; la réaction phagocytaire qui en est la conséquence se traduit par la présence de polynucléaires disséminés dans le derme, l’épiderme, les vaisseaux sanguins; parfois ils formeront les pustules péripilaires qui se voient à l’œil nu.
[LEREDDE ]
MYCOSIS FONGOÏDE.
B. Lésions néoplasiques. — Les tumeurs mycosiques sont dues principalement à l’accumulation de cellules, qui devient considérable dans le derme cutané. Dans un grand nombre de cas l’épiderme ne prend pas part à leur formation; on le voit s’aplatir et former une couche légèrement onduleuse, d’épaisseur régulière sur toute son étendue, envoyait à de longs intervalles des prolongements épidermiques, longs, minces, semblant comprimés par la pression des tissus dermiques. Sous cette couche épithéliale existe une couche conjonctive non vasculaire, modérément dense, homogène, à fibres parallèles à la surface de la peau. Ce type répond aux tumeurs en voie d’extension, s’érodant en plateau à leur parlie centrale; dans d’autres cas, l’épiderme végète irrégulièrement ( acanthose secondaire de Unna). On peut retrouver toutes les formations cavilaires de la première période, plus importantes, plus étendues, ainsi que tous les accidents histologiques qui résultent de l’invasion des cocci superficiels, staphylocoques et streptocoques.
Les lésions du derme sont devenues universelles, les faisceaux conjonctifs ont disparu; on observe une infiltration cellulaire diffuse, assez peu serrée en général, disposée sur le réseau décrit par Ranvier. A sa limite on trouve des foyers isolés. L’infiltration peut s’étendre jusque dans le tissu cellulaire souscutané, plus loin sans doute dans certains cas; elle est souvent cloisonnée par des travées conjonctives, denses, où se groupent volontiers des cellules pigmentaires.
Les cellules fixes et les lymphocytes qui forment l’infiltration offrent des indices de division active et des figures de karyokinèse ('). Les mastzellen
nous ont paru moins nombreuses qu’au début; elles se groupent surtout autour des vaisseaux et dans les cloisons conjonctives. On trouve enfin, à litre accessoire, des cellules géantes Comme à la première période.
En dehors de cette infiltration cellulaire excessive, la période néoplasique est caractérisée par des lésions considérables des vaisseaux. Un grand nombre d’entre eux disparaissent; des artérioles oblitérées ne se reconnaissent plus qu’à la présence de fibres élastiques disposées en cercle ; on voit des veines thrombosées. Les vaisseaux qui persistent sont dilatés, ampullaires, leur endothélium prolifère. La circulation est assurée par des capillaires à parois hyalines, mais elle est difficile sur certains points; certains se dilatent, d’autres sont oblitérés et la nécrose peut être, d’après Hallopeau et Jeanselme,.
Fig 115. — Mycosis fongoïile. — Lésions vasculaires. (D’après Wolters.)
(*) Leredde, Soc. de dermat., 1895.
MYCOSIS FONGOÏDE.
la suite de l’ischémie habituelle. Certaines régions, surtout à la surface, peuvent offrir un œdème intense, les voies lymphatiques sont dilatées, forment de véritables ampoules, comme le prouve la Figure 115 que nous empruntons à Wolters.
Dans les tissus ainsi altérés on ne trouve plus en général trace de follicules pileux ou de glandes sébacées ; les glandes s u d o r i pares persistent par contre, à moins de lésions anormales dans leur intensité et leur extension. Le tissu élastique ne se rencontre plus qu’à l’état épars, autour de quelques vaisseaux sang u i n s dans les tumeurs récentes ; il peut
Oimei des amas Fig. ÎKJ. — Mycosis fongoïde. — Dilatation des vaisseaux lymphatiques, profonds comme si (D’après Wolters.)
tout le réseau avait
été refoulé par l’infillrat de dehors en dedans ('). Tous les éléments nerveux ont disparu.
L infection, la gêne de circulation d’autre part, expliquent les accidents qui se manifestent dans les tumeurs, gangrène, suppuration.
L’étude histologique des tumeurs guéries n’a pas donné la raison de leur disparition; Wolters a vu à la suite de guérison par l’arsenic l’épiderme épais, des cônes petits, des papilles larges et basses, des cellules pigmentaires dans le corps papillaire. Paltauf a constaté la nécrose des cellules de l’infdtrat, de petits amas cellulaires persistant autour des vaisseaux dilatés et un grand nombre de petites granulations très colorées par les couleurs basiques, sans cellules géantes.
Lésions du sang. — Leur étude est assez incomplète. Le nombre des globules rouges semble peu diminue, même dans des cas avancés : ainsi Philippson a trouvé 4185 000 hématies dans une forme néoplasique, Gaston 5 940 000 dans une forme érythrodermique.
Le nombre des leucocytes est normal dans un grand nombre de cas, selon Doutrelepont, Leredde ; mais on peut observer une leucocytose marquée dans des formes circonscrites : 25 000, 59 000, 55 000. Elle es! surtout fréquente
P) WOLTF.RS, loc. CÎl.
[LEREDDE ]
MYCOSIS FONGOÏDE.
sinon constante chez les érythrodermiques, on a compté : 16 800, 22 000, 24 880; dans la forme lymphodermique elle devient considérable puisque Kaposi a observé le chiffre de 110 000, Leredde celui de 112 000.
L’équilibre leucocytaire est fréquemment modifié. Bensaude a observé la lymphocytose dans un cas et je l’ai plusieurs fois rencontrée, mais il est aujourd’hui certain qu'il peut exister de l’éosinophilie, vue par Ivobner (10 pour 100), Lafitte (10 pour 100), Gaston (10 pour 100); dans trois cas d'érythrodermie, je l’ai également constatée ; dans le cas de forme lymphodermique <pie j'ai observé avec Danlos, il existait une éosinophilie de a0 pour 100.
Lésions viscérales (!). — Lésions macroscopiques. — - Les lésions viscérales sont encore mal connues, la plupart des autopsies qui ont été faites étant incomplètes, même au point de vue macroscopique. Il faut du reste éliminer une série d’altérations consécutives à 1 infection à laquelle les malades peuvent succomber et qui occupent le poumon, la rate, les reins, etc.
Quelques documents nous donnent déjà des renseignements utiles sur l’état du système lymphatique. Celui-ci est toujours intéressé par le mycosis fongoïde; la tuméfaction ne se borne' pas aux ganglions auxquels aboutissent les lymphatiques cutanés, mais atteint fréquemment les ganglions lombaires, mésentériques et médiastinaux. Certains ganglions sont-ils indemnes au point de vue microscopique comme ils peuvent l’être par exception à l’œil nu? Aucune autopsie ne permet encore de résoudre cette question importante, et qui intéresse la conception générale de la maladie.
Les ganglions sont gros, blanchâtres, un peu mous; à la coupe, l'aspect est homogène, sans traces de caséification. Ajoutons que l’amygdale, les follicules lymphatiques du rhino-pharynx et du larynx et surtout ceux de l’épiglotte peuvent être intéressés. Kôbner a signalé la tuméfaction des plaques de Peyer.
Le foie est en général augmenté de volume et de poids et peut dépasser celui de Û kilogrammes. L'aspect de la surface et de la coupe indique dans la plupart des cas un état de dégénérescence graisseuse avancé; la congestion, l’aspect muscade fréquents résultent peut-être simplement des infections terminales. L’épaississement de la capsule, la résistance à la coupe indiquent un certain degré de sclérose. La rate, même dans des cas où l’infection ne paraît pas avoir joué un rôle important, est grosse; à la coupe, le tissu est résistant, les trabécules sont épaissis; en général l’organe offre une congestion intense, parfois il est pâle; Kübel a noté dans ces conditions la mise en évidence des follicules. Les reins sont souvent volumineux^ on a noté l’épaississement de la capsule, l’état granuleux de la surface. Une néphrite terminale peut modifier leur aspect.
Outre les altérations diffuses des organes abdominaux, plusieurs autopsies signalent des lésions localisées; par exemple, Kaposi a vu dans le foie, le rein, h' poumon, le pancréas, la moelle fémorale, des nodules miliaires durs, blan-
(') Leredde el Weil, Arch. de méd. expérim. et d'anal, palhol., 1898, p. 12.4,
MYCOSIS FONGOÏDE.
châtres, homogènes à la coupe, quelques-uns atteignant le volume d’un haricot et même d’un œuf de pigeon. Hallopeau a constaté un nodule rénal sous-capsulaire des dimensions d’un pois, mou, pâle, succulent à la coupe. Falk (J) a vu sous la plèvre une masse très volumineuse donnant à la coupe l'aspect d’un ganglion lymphatique; des tumeurs blanchâtres existaient dans le poumon. Kübel a constaté des nodules néoplasiques à la surface et dans la profondeur des lobes pulmonaires, et une tumeur de 10 centimètres de large au niveau de la plèvre se continuant avec une tumeur de la peau, adhérente aux côtes.
Lésions microscopiques. — Les lésions histologiques des ganglions, du foie et du rein sont assez comparables dans tous les cas; celles de la rate sont beaucoup plus complexes.
Dans un cas nous avons vu au niveau d’un ganglion inguinal une sclérose diffuse, surtout marquée à la périphérie où elle formait une coque fibreuse à libres parallèles; le réseau ganglionnaire était épais et les capillaires offraient des parois denses. Les lésions artérielles étaient peu prononcées, mais il existait une périphlébite et une endophlébite intenses, les veines dilatées contenaient de nombreux lymphocytes ; des plasmazellen se trouvaient en grand nombre à la périphérie, certaines comprises dans les fentes lymphatiques. La masse du ganglion était formée de lymphocytes; on trouvait moins de mononucléaires qu’à l’état normal et en grand nombre des cellules fixes. Les plasmazellen étaient rares dans le tissu du ganglion. Dans un autre cas, les lésions étaient, à très peu de chose près, semblables : sclérose périganglionnaire, sclérose diffuse de la masse ganglionnaire avec épaississement du réticulum, épaississement des parois capillaires, disparition des follicules. Il n’existait pas de phlébite; au point de vue cytologique, le ganglion était formé, comme le précédent, de lymphocytes surtout, mais contenait des plasmazellen en plus grand nombre.
Les lésions histologiques du foie peuvent se résumer de la manière suivante : sclérose biveineuse et capsulaire; présence d’amas cellulaires, parfois réticulés au niveau des espaces portes et autour des veines sus-hépatiques; dégénérescence graisseuse.
Nous représentons ici (Fig. 117) une coupe de cet organe provenant du malade de Ouinquaud atteint de mycosis fongoïde à forme pigmentaire. On peut constater l'existence d’amas cellulaires importants formés de cellules lassées les unes sur les autres. A un fort grossissement les unes sont des cellules fixes, d’autres de petites plasmazellen, quelques-unes des éosinophiles; les polynucléaires sont rares; enfin on constate un réticulum délicat, isolant les éléments les uns des autres.
Dans les autres cas que j’ai étudiés, la formation de ces amas cellulaires était moins importante; cependant j’ai toujours constaté la prolifération des cellules fixes, la présence de plasmazellen et la sclérose.
O Falk, Ein Fall von Myk. fung. Rostock, 1899.
[LEREDDE ]
MYGOSIS FONGOÏDE.
La dégénérescence graisseuse que présente l’organe n’offre rien de particulier que son intensité parfois considérable; on peut observer la pigmentation ocre des cellules hépatiques. La sclérose des espaces portes se présente sous forme d’ilots limités sans prolongements importants en général. On peut y trouver des néocanalicules biliaires. Enfin, sous la capsule, toujours épaissie, et dans l’intervalle des fibres conjonctives, on peut trouver de petits plasmomes.
J’ai publié avec E. Weil (') l’observation histologique d’un cas de Hallopeau dans lequel on trouva à l’autopsie un lymphadénome rénal, ayant la forme et
sas
msm
hmkwÆ
mm
spss
Fig. 117. — Mycosis fongoïde à forme pigmentaire (obs.'de Quinquaud). — Foie. Les espaces portes et sus-liépatiqaes sont occupés par des amas cellulaires qui ont lu structure de lymphomes. Légère sclérose biveineuse. Dégénérescence graisseuse du foie.
les dimensions d’un petit pois, légèrement proéminent sous la capsule. De couleur blanchâtre, la tumeur non enkystée était constituée d’un amas de cellules éosinophiles, de cellules fixes en moins grand nombre et de quelques plasmazellen, enfin d’un réticulum à fibres très fines, très nettes en quelques endroits. Les éléments du rein étaient refoulés à la périphérie où on voyait peu à peu reparaître les tubes contournés et les glomérules, dissociés par les éléments de la tumeur.
En dehors de cette lésion exceptionnelle, en général les reins sont altérés. Au niveau des glomérules et des tubes contournés, les lésions se rattachent à un certain degré de néphrite. La sclérose des glomérules et du tissu conjonctif, les lésions vasculaires sont peut-être le résultat d’une néphrite interstitielle
(*) Leredde et Weil, /oc. cil.
MYCOSIS FONGOÏDE.
banale, mais on les observe trop fréquemment pour qu’on ne soit pas conduit à les attribuer plutôt au mycosis fongoïde lui-même.
Quant à la rate, elle peut offrir des lésions assez analogues à celles des ganglions : sclérose périsplénique et intrasplénique, épaississement du réticulum dans les follicules et la pulpe, périphlébite et endophlébite, lésions artérielles, présence de plasmazellen en grand nombre.
Pathogénie. — Nature de la maladie. — Les recherches multipliées qui ont été consacrées au mycosis fongoïde n’ont encore permis d’éclaircir à aucun degré les problèmes pathogéniques que soulève cetle étrange maladie. S’adresse-t-on à la bactériologie, elle montre simplement dans l’épiderme, parfois dans le derme, des cocci dont la présence est évidemment le résultat d’infections secondaires locales (').
Aucun fait expérimental ne démontre encore que le mycosis soit une affection microbienne. S’adresse-t-on à l’anatomie pathologique, elle met en évidence des détails de structure qui peuvent permettre de rapprocher le mycosis d’autres maladies, mais l’origine même de celles-ci est également loin d’être déterminée. Il n’est même pas certain que le mycosis puisse rentrer dans nn groupe morbide déjà établi et être classé à côté d’affections ayant avec lui une affinité naturelle.
Les théories anatomo-pathologiques du mycosis peuvent être classées sous trois chefs :
1° Le mycosis est une forme de sarcomatose;
2° Le mycosis est une forme de lymphadénie;
5° Le mycosis ne peut être rapproché ni du sarcome ni de la lymphadénie et constitue une espèce pathologique indépendante.
Toutes ces théories ne peuvent être jugées que sur des faits histologiques.
La théorie sarcomateuse a été soutenue par un grand nombre d’auteurs allemands, Kaposi, Funk, en France par Siredey.
La théorie lymphadénique, émise par Ranvier, a été adoptée par les observateurs français; après Darier nous nous y sommes rallié et nous croyons qu’elle peut être encore admise, mais sous une forme différente de celle donnée par Ranvier.
Il n’est peut-être pas certain que le mycosis soit une forme de lymphadénie; ce qui nous paraît démontré, c’est qu’il n’a aucune parenté avec les sarcomes de tout ordre. Après Rrault (-) il convient de réserver la désignât ion de sarcome à la série des néoplasmes développés aux dépens des formes les plus
(') Un grand nombre d’aulcurs ont trouvé des staphylocoques. Rindfleisch (1885) a trouvé un « streptocoque » dans les lésions de l’épiderme et du derme, Ilochsinger et SchitT ont vu un microcoque en chapelets et en groupes, Vidal et Perrin des streptocoques. Kübel (1893) a trouvé dans les tissus des éléments en bâtonnets dont il obtint une culture; il lui fut impossible d’obtenir les cultures suivantes. La bactériologie de la peau mycosique est complètement étudiée dans la monographie de Wolters (Stuttgart, 1899).
F) In Cornil et Ranvier, Man. d'hist. pathol., 5‘- édit. Paris, 1900.
[LEREDDE]
MYCOSIS FONGOÏDE.
simples des 1 issus conjonctifs cl vasculo-conjonctifs, régulièrement ordonnés par rapport aux aires vasculaires qui les traversent. Dans la plupart des cas, ils sont formés de cellules appartenant à une seule variété.
Cependant il existe des sarcomes à cellules géantes, comprenant plusieurs formes cellulaires. Encore est-il que, dans ce cas même, toutes les cellules ont une origine conjonctive. On ne peut ranger le mycosis dans les sarcomes, si on admet que la plupart des éléments de l’infiltration mycosique sont des cellules d’origine lymphatique.
Il est vrai que pour Unna et Philippson les éléments du mycosis sont d’origine conjonctive. Mais si l’on admet cette théorie, on est forcé de renoncer à tout argument histologique, aucun sarcome n’ayant la structure exacte du mycosis. Il apparaît alors que le sarcome est une maladie locale à début local, à évolution progressive, et se propageant par métastases. Ces caractères n 'appartiennent pas au mycosis fongoïde qui apparaît plutôt comme une maladie diffuse d’emblée donnant lieu à des lésions locales toujours mobiles et susceptibles de régression, quoique de plus en plus graves.
La théorie lymphadénique a été fondée sur l’examen des tumeurs mycosiques et sur leur identité de structure avec les ganglions lymphatiques. Or il n’est pas exact que celle analogie de structure soit complète, même s’il s’agit de tumeurs à l’état adulte; la distribution des formes cellulaires n’est pas. dans celles-ci ce qu’elle est dans un ganglion; d’autre part, à l’état initial des lésions, on voit le réticulum naître par dissociation, émiettement des fibres, préexistantes. La théorie lymphadénique n’a donc pas de base histologique absolue : on peut cependant admettre dans le cadre de la lymphadénie des lésions formées essentiellement de cellules lymphatiques, ne se disposant pas au point de vue topographique comme dans un ganglion et sans réticulum néoformé.
Ou’est-ce donc aujourd’hui que la lymphadénie? C’est une maladie, peutêtre un groupe de maladies qui ont pour caractère commun la tendance à la prolifération du tissu lymphoïde dans tout l'organisme. Sa forme la plus commune est la forme ganglionnaire ; cependant rien n’oblige à considérer qu’elle en soit la forme unique, et on peut admettre que dans certains types de lymphadénie la prolifération du tissu lymphoïde prédomine, par exemple, au niveau de la peau.
Dans la lymphadénie ganglionnaire même, l’affection présente de très bonne heure un caractère de généralisation, dans des cas même où l’hypertrophie ganglionnaire est encore peu marquée.
Si la lymphadénie apparaît connue un syndrome morbide, si l'on admet même qu’elle peut se développer dans des points différents de l’appareil lymphatique, et, suivant les cas, dans telle ou telle région de cet appareil, la peau par exemple, le mycosis fongoïde devra rentrer dans le cadre où rentrent déjà des polyadénopathies peut-être essentiellement différentes les unes des autres, mais dont l’origine directe est inconnue et qui offrent une tendance à la diffusion sans caséification, sans suppuration, avec association assez
MYCOSIS FONGOÏDE.
fréquente de lésions sanguines. Les lésions mycosiques sont formées également surtout de cellules d’origine lymphatique. Elles ne suppurent que par suite d’accidents locaux dus à leur exposition aux germes de la surface cutanée; elles envahissent la peau d’une manière diffuse, formant des lésions susceptibles de régression, caractère qui appartient également à certains types de lymphadénie. Les lésions viscérales dont elles s’accompagnent rappellent par leur structure les lésions lymphadéniques plus que toutes autres; on peut même, et c’est là un argument essentiel, constater la présence de tumeurs qui ne peuvent rentrer absolument dans aucun autre groupe anatomique que celui des lymphomes.
Celte théorie lymphadénique sous la forme que nous venons de lui donner n’explique, du reste, en aucune manière le mycosis fongoïde et la cause réelle nous échappe entièrement. L’origine infectieuse d’une telle maladie paraît bien probable ; elle se rapproche de la lèpre et de la syphilis par ses manifestations diffuses, comparables aux lésions secondaires et par des lésions tardives plus graves, plus importantes que les lésions initiales.
Cependant, la maladie n’est pas contagieuse. Les lésions seraient-elles dues à des parasites habituels de l’organisme acquérant une virulence élevée en raison de modifications du milieu de culture organique? Dès lors, comme dans les maladies infectieuses dues à des saprophytes, la notion du parasitisme n’éclaircirait qu’un côté de la question.
Diagnostic. — Le diagnostic du mycosis fongoïde à forme circonscrite ,
facile à la période de tumeurs et même dès le moment des infiltrations diffuses et des lésions lichénoïdes, l’est infiniment moins au début de la maladie. Chez des sujets qui vers quarante ou cinquante ans présentent un prurit prolongé, rebelle, on pourra soupçonner le mycosis ; plus encore si des accidents érythémateux, de l’urticaire, du purpura se développent de temps à autre, mais il est impossible d 'affirmer l’existence de la maladie en se fondant sur les faits cliniques; les caractères histologiques, à cctle période, n’ont pas, rappelons-le, été déterminés.
Des lésions érythémateuses, disséminées et persistantes, occupant une grande étendue de la surface du corps, un pruril prolongé fourniront déjà des indications précises; le diagnostic deviendra indiscutable, s’il existe en même temps des adénopathies et surtout si on trouve à la palpation, ici ou là, des nodosités agminées.
A la période de lésions eezémafoïdes, la difficulté dépend des détails particuliers à chaque cas. On peut observer tel sujet qui depuis cinq, dix ans, a eu de temps à autre des accidents éruptifs disséminés, passagers, qualifiés d’eczéma. Un jour ou l’autre, des placards cczématiques envahissent des régions étendues; en même temps survient un prurit intense. Eruption et prurit sont rebelles à tout moyen thérapeutique; l’idée d’un mycosis s’impose, mais comment la vérifier?
Les placards eczématiques n’ offrent aucun caractère pathognomonique; on
ILEREDDE ]
MYCOSIS FONGOÏDE.
ne trouve aucune nodosité sur le corps; les ganglions, un peu tuméfiés, ne le sont pas d'une manière considérable. Seul, l’examen histologique peut résoudre la difficulté; s’il montre des lésions d’acanthose et de spongiose de l’épiderme, des vésicules contenant des lymphocytes ou des plasmazellen accumulées, des amas réticulés dans le derme, comprenant des cellules fixes et des lymphocytes, des phénomènes de cytolyse, le diagnostic deviendra certain, l’eczéma devra être éliminé.
A une période plus avancée, le diagnostic devra simplement éliminer telles lésions de la peau qui peuvent à la rigueur simuler certaines tumeurs mycosiques, en particulier la sarcomatose à distribution irrégulière. Les tumeurs sarcomateuses peuvent simuler celles du mycosis, surtout tant que celles-ci ne sont ni ulcérées, ni végétantes. Il est exceptionnel que toutes celles qu’on observe chez un mycosique se trouvent dans ce cas, et qu’on ne voie ni lésions eczématoïdes, ni lésions d’infiltration. Cependant il en e6t ainsi dans le type Vidal-Brocq. Les sarcomes ont une évolution lente. Leur aspect n’est pas frambœsiforme, l’ulcération est exceptionnelle et n'a pas les mêmes caractères que dans les tumeurs mycosiques. Si certaines néoplasies sarcomateuses peuvent entrer en régression, la sarcomatose de la peau a toujours une évolution progressive, sans phases de guérison apparente. Le microscope enfin permet toujours de lever tous les doutes.
Les grandes érythrodermies exfoliantes, primitives et secondaires, le pityriasis rubra type Hebra(') peuvent simuler le mycosis sous ses formes érythrodermique et lymphodermiqite ; une erreur est toujours possible à un moment donné durant le cours d’une de ces maladies, mais les détails d’une observation régulière et poursuivis pendant un temps suffisant permettront de rectifier le diagnostic à un moment donné. Du reste, tant que des signes décisifs ne sont pas apparus, on ne devra parler que d'une érythrodermie subaiguë ou chronique, sauf à préciser dès qu’un symptôme nouveau permet de le faire. La gravité du pronostic du mycosis fongoïde justifie, à cet égard, les plus grandes réserves.
Les érythrodermies exfoliantes primitives s’accompagnent d'une exfoliation abondante qui est rare chez les mycosiques et ne demeure pas continue. Il n’y a pas de prurit, pas d’hypertrophie ganglionnaire importante. La fièvre, les troubles de l’état général sont des phénomènes communs aux deux maladies, l’examen des urines fournit un élément de valeur pour le diagnostic, l’hypoazoturie paraît constante dans ces érythrodermies et y est excessivement prononcée.
Les érythrodermies exfoliantes secondaires s’accompagnent d’une exfoliation encore plus marquée que les affections précédentes, le prurit est inconstant, il n’y a pas d’adénopathies importantes, l’urée est diminuée.
Le pityriasis rubra ne s’accompagne ni d’épaississement du derme, ni de suintement, et aboutit à une période d’atrophie cutanée.
(*) Voir Bi'.oco, art. Erythrodermies. In La Pratique dermatologique , l. II, p. 548.
AIYCOSIS FONGOÏDE.
II semble certain que l'examen microscopique peut toujours servir à trancher le diagnostic entre ces maladies et le mycosis fongoïde.
Traitement. — De tous les traitements dirigés contre celle maladie incurable et qui ont seulement pour but d'en atténuer les manifestations et d’en prolonger la durée, le traitement arsenical est celui qui a rencontré le plus de faveur, malgré les échecs dont il peut être suivi fréquemment, il mérite d’être appliqué d’une manière systématique; il a à son actif des améliorations indéniables, ce qui n’est par malheur le cas d’aucun autre agent; on ne devra y renoncer qu’après insuccès constaté. L'injection d’arséniate de soude à doses croissantes, jusqu’à 50 milligrammes par jour, peut amener la résorption des infiltrats des tumeurs et des ganglions, suivant Wolters. Tous les composés arsenicaux peuvent également être utilisés.
Sous la forme cacodylique, l’arsenic paraît être un agent thérapeutique encore plus précieux. Dans un cas récent d’érythrodermie où le cacodylate de soude avait été prescrit par Brocq, à des doses progressives de 20 à GO centigrammes par jour, nous avons observé des effets remarquables (!).
Dans un autre cas (forme néoplasique), chez un malade qui avait perdu une vingtaine de livres, les injections de cacodylate produisirent, en un mois, une augmentation de poids de 4 kilogrammes.
Le cacodylate peut du reste échouer comme l’arséniate de soude, et l’un et l’autre peuvent amener des troubles intestinaux et des phénomènes de dépression générale.
Les résultats de la thyroïdine sont nuis ou mauvais, ceux dus à l’iodure de potassium et au mercure incertains.
Dans un cas de Hallopeau (forme néoplasique grave), le chlorate de potasse à la dose de 5 grammes par jour amena une amélioration passagère.
Le but du traitement local est de maintenir les téguments en état d’asepsie suffisante, de réduire les lésions dans la mesure du possible et surtout de calmer le prurit.
Le malade sera pansé, dans la forme érythrodermique et les formes étendues, au moyen de corps gras, axonge fraîche , vaseline, cérat Irais sans eau, cold-cream, huiles stérilisées. L’emploi des pâtes épaisses ne m’a pas jusqu’ici donné d’effets favorables.
Les préparations pyrogalliques semblent produire, mieux que toutes autres, l’affaissement des infiltrais et des tumeurs; Brocq emploie des pommades contenant de 2 à 5 pour 100 d’acide pyrogallique, associé à 1 ichtyol.
Kôbner, Wolters font des badigeonnages sur les tumeurs avec l’acide pyrogallique à 10 ou 20 pour 100.
(>) Le malade avait maigri d’une vingtaine de kilogrammes dermie, et continuait à maigrir. La peau était le siège d’un s des poussées fébriles fréquentes. Dès l’administration du s’arrêta, le poids remonta graduellement de 5 kilogrammes, manière presque complète ainsi que les poussées fébriles.
3 depuis le début de l’érythrouintement habituel. 11 existai L cacodylate, l’amaigrissement le suintement disparut d’une
[LEREDDE]
MYCOSIS FONGOÏDE. — NÆVI.
Rappelons que lorsqu’on emploie les préparations pyrogalliques à doses fortes ou sur des régions un peu étendues, l’état des urines doit être exactement surveillé.
Les préparations phéniquées, salicylées, l’application de poudres à l’aristol, à l’iodol, au sous-nitrate de bismuth peuvent être faites sur les tumeurs avant l’ulcération profonde. Il est surtout important de nettoyer quotidiennement et exactement la surface, par des pulvérisations, des lotions, puis d'appliquer des poudres absorbantes, non irritantes.
Lorsque l’ulcération d’une tumeur est suivie de suppuration abondante, à plus forte raison si celle-ci s’étend en profondeur, s’il y a des phénomènes de gangrène locale, d’infection générale, il est indiqué d’intervenir chirurgicalement et de pratiquer l’ablation au bistouri ou au thermocautère. Les résultats favorables obtenus par les dermatologistes qui ont suivi cette ligne de conduite permettent d’en faire une règle générale.
Les phénomènes prurigineux sont parfois tellement rebelles qu'on ne peut les apaiser par aucun moyen et que la série entière des antiprurigineux doit être essayée. Les pommades au salicylate de méthyle à 5, 10 pour 100, renouvelées deux fois par jour, les pommades phéniquées, mentholées, ichtyolées, au goudron, les lotions chaudes contenant du coaltar saponifié (5 pour 100), paraissent applicables dans la plupart des cas. Les effets des douches statiques, de l’hydrothérapie tiède sont bons, mais non constants.
J'ai essayé à plusieurs reprises de faire des injections sous-cutanées de sérum artificiel hypertonique.
Chlorure de sodium . 12 grammes
Eau . 1000 —
Ce traitement qui chez tous les prurigineux, mycosiques ou non, amène la sédation du prurit, offre l’inconvénient de produire facilement un état lipothymique, lorsque les doses dépassent 200 grammes. On ne pourra donc l’essayer que dans des cas de prurit extrêmement violent et avec une très grande surveillance; du reste la sédation qu’il détermine est passagère.
MYOMES. — Étym. : jxû?, jasjoî, muscle, et le suffixe ome, qui en composition, de manière
générale, désigne Lumeur.
Les myomes sont des tumeurs formées de tissu musculaire.
Voir l’article : Tumeurs de la peau.
NÆVI . — Voir l’article ci-après.
NÆVI •
NÆVI.
Par E. RIST
vi;\ i
Étym. : Nævus, en latin, a le sens de marque, signe. La dérivation d enalivus, à laquelle font allusion certains auteurs, est erronée.