DÉFINITION ET CLASSIFICATION
minuscules, imperceptibles, latents, ou même n’avoir pas encore fait efflorescence à la surface. Il arrive, sans cesse, que I on rencontre des lésions que leurs caractères cliniques, aussi bien que leurs caractères histologiques, démontrent être des nævi (vasculaires ou autres) que les parents ou les sujets déclarent n’exister que depuis un temps remontant plus ou moins loin après la naissance. » Hallopeau, dans une leçon restée classique, a fait voir, lui aussi, que « les nævi ne sont pas nécessairement congénitaux, dans le sens étroit et littéral de ce mot ». La statistique qu’il donne, et qui provient d’un service d’adultes, indique 24 malades atteintes de nævi sur 27 femmes, et 50 sur 62 hommes. Celle de Ilutinel, qui porte sur des enfants pris au hasard dans son service des Enfants-Assistés, donne une proportion déjà moindre de 28 sur 90, et dans celle de Renault, dressée à la Maternité sur des nouveau-nés de un à douze jours observés pendant trois semaines, le taux s’abaisse à 6 sur 40.
11 est donc hors de doute qu’un grand nombre de nævi n’apparaissent qu’un certain temps après la naissance. Cette apparition peut même être parfois très tardive : 18 ans, dans un cas de iiævus verruqueux publié par Th. Simon. Vidal, Hallopeau et d’autres encore ont décrit des cas analogues, et Pollitzer a même cru pouvoir ranger parmi les nævi les verrues séborrhéiques des vieillards. Nous verrons que ces vues ont reçu dernièrement, au moins pour certaines variétés de nævi, une confirmation anatomique des plus intéressantes, grâce aux recherches de Unna.
A dire vrai, le mot congénital n’est plus tout à fait assez élastique pour le sujet qui nous occupe, et la limite établie par le passage de la vie fœtale à la vie extra-utérine ne saurait plus avoir pour nous de valeur absolue. Les nævi sont considérés aujourd’hui comme des anomalies cutanées de développement. C’est dans ce sens qu’il faut chercher à les définir, en s’efforçant de ne pas préjuger de ce qu'il peut y avoir encore d’hypothétique dans leur origine, leur nature, ou leur évolution. Les termes employés par Hallopeau qui appelle nævi « toutes les néoplasies cutanées bénignes d’origine embryonnaire » ne nous semblent pas tout à fait irréprochables : en effet, il peut paraître hasardeux de ranger parmi les néoplasies les simples nævi pigmentaires, et il n’est pas certain, d’après des recherches récentes, que l’évolution, pour très lente qu’elle soit, de quelques nævi ne puisse aboutir à des proliférations cellulaires de caractère malin. Unna les décrit : « petites difformités circonscrites de la peau d’origine héréditaire ou embryonnaire, apparaissant à divers stades de la vie, se développant avec une extrême lenteur, et se distinguant à la surface de la peau par leur forme et leur couleur ». A cette longue périphrase, nous préférerons la définition claire autant que compréhensive de Brocq, et nous donnerons avec lui le nom de nævi à toute s les difformités cutanées circonscrites.
Les nævi ont été, dès le début de leur étude scientifique, classés selon leur nature anatomique. Mais les cadres de cette classification ont été modifiés à plusieurs reprises, tant par suite des progrès de l’histologie pathologique qu’à cause de l’admission dans la famille naturelle des nævi d’un certain nombre d’affections nouvellement décrites dont la structure anatomique était fort
NÆVI.
différente de celle des anciens nævi tant pigmentaires que vasculaires, mais que leur origine et leur nature devaient faire rattacher forcément aux difformités cutanées circonscrites. Ainsi le groupe des nævi pigmentaires a dû être dissocié, depuis que l’on a reconnu que la pigmentation constituait un caractère*, contingent et en tout cas peu important des nævi verruqueux et molluscoïdes qui s’y trouvaient englobés. A côté des angiomes cutanés sanguins sont venus se ranger certains lymphangiomes. Et enfin il a fallu faire place parmi les nævi à quelques affections rares, connue les nævi adénomateux sébacés et les cystadénomes épithéliaux bénins.
L’ancienne classification, — qui jusqu’à nouvel ordre est peut-être encore aujourd’hui la plus commode — comportait : 1° les nævi pigmentaires; 2° les nævi verruqueux et 5° les nævi vasculaires.
Le groupe des nævi vasculaires a conservé une individualité homogène et il n’y a aucun obstacle à son exacte délimitation. On y comprend d’une part les lymphangiomes et d’autre part les hémangiomes qui se divisent en nævi vasculaires lisses ou plans , eu nævi télangiectasiques stellaires et ponctués , et enfin en angiomes tubérenx.
On peut ensuite classer à part les nævi pigmentaires lisses y rais, nævi spili, tout en remarquant que les limites cliniques de ce groupe dépassent probablement un peu celles de sa définition anatomique, qui en fait des difformités constituées exclusivement par une anomalie de distribution de pigment et sans caractères néoplasiques.
Restent tous les autres nævi : ils forment un ensemble assez hétérogène que nous proposerons d’embrasser provisoirement sous le nom de nævi tubéreux non vasculaires. Nous y trouvons d’abord les nævi verruqueux mous, entendus dans le sens des verrues molles d’Unna, c’est-à-dire considérés comme dus à un dépôt, le plus souvent d’origine embryonnaire, de cellules épithéliales devenues atypiques, dans les couches superficielles du derme. Ce sont les nævi pigmentaires saillants, et les nævi pilaires et kérato-pilaires. A côté de ce groupe, et ayant avec lui, si l’on en croit Unna, des rapports étiologiques étroits, mais que beaucoup d’auteurs mettent en question, se placerait celui des nævi molluscoïdes, tumeurs fibreuses cutanées que l’on subdivise d’ordinaire en molluscum pendulum, fibroma molluscum et molluscum lipornatode. Les nævi verruqueux durs sont des proliférations épithéliales ayant conservé leur situation épidermique et par conséquent leur structure cornée : nævi kératodermiques, ichtyoses partielles. Un dernier groupe enfin, assez composite, comprendrait les nævi adénomateux, nævi adénomateux sébacés, syringocystadénomes , kystes dermoïdes (loupes).
Nous pouvons donc dresser le tableau suivant :