‹ La pratique dermatologiqueChapitre 110 sur 233 · C. — NÆVI VERRUQUELX DURS · texte numérisé non relu

C. — NÆVI VERRUQUELX DURS

Dans ce groupe où viennent se placer bon nombre de nævi linéaires ou systématisés, on comprend les lésions connues sous les noms de nævi kératodermiques, d’hvperkératoses congénitales circonscrites, d’ichtyoses partielles, de nævi cornés, etc. Sous leur forme la plus simple, papillome simple

ou corné , elles se présentent comme des saillies aplaties, assez mal limitées par rapport à la peau saine environnante, dures, grosses comme une lentille, ou atteignant les dimensions d’une paume de main . Leurs contours sont souvent des plus irréguliers. Leur couleur varie, de celle de la peau normale au jaune grisâtre ou au brun noirâ-

Fic. 125. — Nævus verruqueux. (Musée de l’hopilal Saint-Louis, n° 798.) (j.g des productions

cornées. Lès petits

nævi verruqueux durs se présentent généralement par groupes plus ou moins compacts ; leur surface rude, grenue, donne au doigt une sensation toute spéciale. Les nævi étendus, siégeant en des régions où la peau n’est pas fréquemment mobilisée — cuir chevelu, dos — -ont souvent une surface mamelonnée ou écailleuse, dont l’aspect rappelle vaguement celui d’une cicatrice chéloïdienne.

Quant aux nævi kératosiques systématisés, unilatéraux ou bilatéraux et

NÆVI.

symétriques, ce sont ordinairement des nappes rugueuses, hérissées d’élev urcs papuleuses ou acuminées, longues de quelques millimètres, plus ou moins serrées les unes contre les autres, et donnant à la main une sensation râpeuse. Leur couleur varie du gris au brun noirâtre. Les nappes verruqueuses s’égrènent parfois en petits éléments séparés sur le prolongement d’une des traînées principales. Aux

régions très mobiles au contraire : pli

du coude, paume des mains, etc., la surface du nævus est en général brisée en une multitude de petits prismes séparés par des sillons plus ou moins profonds.

Il faut rattacher aussi à ce groupe la curieuse affection décrite par Résilier sous le nom de kératodermie symétrique des extrémités , congénitale , héréditaire et familiale. L’hyperkératose siège à la plante des pieds, sur toute la surface en contact avec le sol, particulièrement au niveau du talon et du gros orteil, et elle déborde en cothurne. La limite avec les parties saines est marquée brusquement par une fine bordure érythémateuse. Aux mains, la lésion occupe les faces palmaires dans leur entier, empiétant sur une partie seulement de la face dorsale des phalangines et des phalangettes. Les

plis de

forment

Fig. 121. — Nævus verruqueux. (Musée de l’hôpital Saint-Louis, n° 1178.) (Besnier.)

a peau,

une mosaïque à petits éléments. Les ongles sont sains. Les sujets sont relativement gênés dans l’exercice de certains travaux, et le travail excessif amène quelquefois de légères crises de dermite fissurale.

On peut rapprocher de cette maladie une forme molle de kératose hypertrophique familiale décrite récemment par Ehlers sous le nom de maladie de Meleda, et dont il a observé plusieurs cas dans une île de la côte dalmate. La production pathologique, de teinte jaune-verdâtre, a une consistance spéciale qui rappelle celle de la celloïdine. C’est encore parmi les nævi verruqueux durs qu’il faut ranger les kératoses ponctuées de la paume des mains eide la plante des pieds que l’on a décrites sans raison suffisante sous le nom de nævi cornés des orifices sudoripares, les

[E. R1ST

DESCRIPTION CLINIQUE ET ANATOMIQUE

cornes multiples juvéniles, etc. Toutes ces diverses lésions ont été décrites en détail à l’article Kératodermies de cet ouvrage.

Au point de vue anatomique, les nævi qui font l’objet de ce paragraphe se distinguent nettement des nævi mous. Ce sont de simples hypertrophies épidermiques, sans aucune prolifération épithéliale intra-dermique. Les recherches histologiques d’Unna montrent qu’ils sont soit akanthoïdes, soit kéraloïdes, c’est-à-dire que l’hypertrophie peut porter presque exclusivement sur le corps muqueux ou au contraire sur la couche cornée. Dans le premier cas, l’épaisseur du corps muqueux dépasse jusqu’à 4 ou 8 fois la normale. Le derme sous-jacent est parfois presque sain; c’est à peine s’il est un peu épaissi et s’il y a quelque augmentation du nombre des cellules autour des vaisseaux. Cette augmentation peut pourtant devenir assez considérable, en particulier dans la maladie de Meleda. Le corps papillaire est comprimé cl aplati, et le naevus ne possède ordinairement que des papilles très fines et droites. Dans les vieux nævi kéraloïdes, la limite entre l’épiderme et le derme est même souvent presque rectiligne. Les nævi kéraloïdes vrais sont remarquables par un épaississement souvent considérable de la couche cornée et, parfois, par un amincissement correspondant du corps muqueux. Les poils sont atrophiés, et les follicules peuvent dans certains cas se kératiniser aussi. Le pigment fait généralement défaut, et la couleur de ces nævi est due à la substance cornée et non à la crasse, comme on l’a prétendu.

Ces nævi peuvent se trouver associés à des nævi mous ou adénomateux, ou encore à des nævi vasculaires.

Ils existent souvent au moment de la naissance, mais ils se montrent surtout dans les premiers mois ou les premières années de la vie. Il en est ainsi surtout des nævi linéaires, que l’on peut voir augmenter en étendue, jusque vers l’àge de douze ou quinze ans, à partir duquel leur état reste stationnaire. Le début se fait soit par des traînées verruqueuses qui augmentent en épaisreur, soit, plus ordinairement, par des bandes rouges ou saillantes dont la surface ne devient que progressivement verruqueuse et cornée. Ce mode de début, comme le fait remarquer Dubreuilh, est important parce qu’il établit nettement la parenté avec les autres formes de nævus, qui pour la plupart débutent de la même façon; cette traînée rouge peut en effet, suivant les cas, être le point de départ d'un nævus dur de forme papillomateuse ou adénomateuse, d'un nævus angiomateux ou kératosique; elle peut même évoluer dans deux sens différents, comme dans le cas de Mackenzie, où l’on voit coïncider des nævi kératosiques et angiomateux.

C’est surtout au niveau de la plante des pieds et de la paume des mains que le diagnostic de ces difformités pourra parfois paraître malaisé. Les notions de congénitalité, de permanence, ou d'évolution très lente, ont ici une importance capitale. Elles permettront d’éliminer l’eczéma palmaire corné de Wilson, le psoriasis palmaire, la syphilide palmaire, les kératodermies accidentelles professionnelles. La disposition linéaire, plus ou moins zostériforme, de certains nævi est aussi, cela va sans dire, un précieux élément de diagnostic.

NÆVT.

Page 1