LÉSIONS TOXIQUES
Arsenic. — La manipulation des produits arsenicaux soit en poudre, soit en solution peut déterminer de l’inflammation de la sertissure des ongles. Dans l'intoxication arsenicale chronique, Brooke et Roberts ont observé de l'accélérai ion dans la croissance des ongles, que les malades sont obligés de couper plus souvent que normalement; ils offrent quelquefois des bosselures transversales ou de l’hyperkéralose sous-unguéale.
Maladie des confiseurs. — Poucet, Albcrtin, Chausscnde ont décrit une forme spéciale d’onyxis chez les ouvriers qui manipulent les fruits confits et qui toute la journée plongent les doigts dans du sirop de sucre chaud pour en retirer les Iruits. La sertissure de l’ongle s’enflamme, se gonfle, devient douloureuse, il se fait un suintement purulent sous l’ongle qui se déchausse, devient inégal et fragile. La maladie guérit promptement en en supprimant la cause.
Mégissiers. — - Brocq et Laubry ont décrit chez les ouvriers teinturiers en peaux, des ulcérations très douloureuses des doigts que les ouvriers qualifient de pigeonneau ou de rossignol. Quand les ongles sont atteints, il se fait une ulcération du pourtour de l’ongle qui est déchaussé.
DERMATOSES DIFFUSES
Les ongles peuvent être atteints secondairement dans un grand nombre de dermatoses superficielles. Bien que la description de ces lésions unguéales trouve mieux sa place au titre des diverses maladies, il est utile d’en dire ici quelques mots au moins au point de vue du diagnostic.
Eczéma. — C’est la plus fréquente des maladies de la peau et c’est celle aussi qui atteint le plus souvent les ongles (*).
L’eczéma aigu, vésiculeux et suintant peut envahir le lil et la matrice; la lame unguéale est alors déchaussée, soulevée par le suintement et peut tomber tout à fait. Si le processus continue, la matrice ne pouvant pas former de substance unguéale normale, le lit se couvre de productions cornées mal venues, soulevées parfois par les vésicules.
L’eczéma chronique est beaucoup plus fréquent. Dans sa forme commune il coïncide avec de l’eczéma craquelé ou parfois vésiculeux des doigts. Le repli sus-unguéal cl les replis latéraux sont tuméfiés, rouges dépourvus de leur ourlet épidermique. L’ongle est dans les cas intenses irrégulièrement bosselé
(l) \Y. Dubheuilii et Fkèciie. Eczéma des ongles. Journal de Médecine de Bordeaux,
14 avril 1901.
[VT. DUBREUILH ]
DERMATOSES DIFFUSES
avec de larges inégalités, il est par places écailleux ou même est remplacé par
une lame molle et dépressible.
A son extrémité il est fragile el soulevé par des masses cornées friables qui le séparent du lit pour peu que celui-ci soil intéressé. A un degré un peu moindre et coïncidant toujours avec la tuméfaction du repli susunguéal, l'ongle présente une série de vallonnements transversaux rectilignes ou courbes, tous parallèles, larges de 2 à 4 millimètres, qui occupent toujours la partie moyenne de l’ongle et n’arrivent pas toujours jusqu’aux bords latéraux. Ces ondulations trans-
Fig. io”2. — Eczéma des doigts et des ongles. versales de la zone moyenne de
(Musée de l liôpital Saint-Louis, n°561.)
l’ongle sont à peu près caractéristiques de l’eczéma; elles peuvent persister après la guérison des lésions cutanées voisines et permettre de faire un diagnostic. L’eczéma des ongles peut enfin se réduire à quelques ponctuations de la surface, mais c’est là un phénomène assez banal et qu’on r e t r o uve n o l a m m e n l dans le psoriasis.
Psoriasis. — Lorsque le psoriasis attaque la matrice de l’ongle, il supprime la kératinisation normale et il ne se forme plus qu’un ongle friable, squameux, inégal ou même pas d’ongle du tout. Il est rare cependant que la matrice tout entière soil atteinte, plus souvent le psoriasis pro-
Fig. 153. — Psoriasis chronique des ongles. (Musée de l'hôpital Saint-Louis, n0 1512.) (Thibierge.)
MALADIES DES ONGLES
page du repli sus-épidermique n’atteint que la partie la plus postérieure de la matrice, celle qui lait la partie superficielle de la lame unguéale. Il en résulte surtout des piquetures. Au moment de leur émergence sous le repli sus-unguéal, les piquetures sont constituées par des points squameux larges de 1/2 à
I millimètre. Un peu plus tard, la desquamation étant achevée, il en reste des dépressions arrondies de 1/2 millimètre de large qui, lorsqu’elles sont très nombreuses, donnent à l’ongle l'aspect d’un dé à coudre.
Le psoriasis sous-unguéal est de beaucoup la forme la plus fréquente.
II se montre généralement sous le bord libre ou près d’un angle de l'ongle, sous forme d’une tache brunâtre ou un peu enfumée, due à l’épaississement de l’épiderme corné du lit; puis cette couche hyperkératosique se laisse pénétrer par l’air, et l’ongle paraît blanc et opaque. A ce moment, si l'on considère le bord libre de l’ongle, on voit qu’il est décollé et séparé du lit par une couche plus ou moins épaisse d’une substance cornée friable qui s’effrite en une poussière nacrée. Si on l’examine par la surface, on voit vers le bord libre une bande plus ou moins large, blanchâtre, opaque, due à l’infiltration d’air et qui est formée par la confluence de fines stries blanches longitudinales; il en résulte ([lie sa limite est généralement déchiquetée. Au delà de celle zone blanchâtre est une deuxième zone bistrée correspondant à l’hyperkératose compacte (pii précède l’infiltration d’air. Enfin à la limite de la zone brunâtre on remarque parfois un peu de congestion du lit unguéal, sous forme d’un liséré rougeâtre ou d’une série de points rouges allongés suivant la longueur de l’ongle; ces points rouges, qui mesurent généralement 1 millimètre de longueur sur I /4 de millimètre de large, sont dus à la congestion des crêtes papillaires du lit. Schiitz, qui les a décrits, les considère comme caractéristiques du psoriasis, ce qui est vrai; mais ils manquent souvent.
Le psoriasis sous-unguéal est très fréquent et très caractéristique; il permet de faire un diagnostic même quand il est isolé et qu’il constitue la première et la seule manifestation du psoriasis; il peut également aider au diagnostic dans les cas où l’éruption cutanée est ambiguë.
Le psoriasis des ongles est assez tenace, bien qu’on ail toute liberté d’employer les topiques les plus énergiques. On peut appliquer des pommades à 5 ou même 10 pour 100 de chrysarobine, et je n’ai jamais, même à ces doses,
PRATIQUE DERMATOLOGIQUE. — III. 40
Fig. 151. — Psoriasis aigu des ongles.
(Musée de l'hôpital Saint-Louis, n° 2115.)
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DERMATOSES DIFFUSES.
vu se produire d’érythème chrysarobinique. Pour que la pommade resie bien sur les ongles et ne soit pas transportée en d’autres points où elle serait moins bien tolérée, il est bon d’employer une pommade très dure comme la suivante :
Lanoline . ) „
... • aa o errammes.
Lire jaune . )
Huile d’olives . 4 —
Chrysarobine . 2 —
On peut encore appliquer sur les doigts un pansement avec un linge mouillé d’une solution faible de sublimé, à I pour 2000 ou 4000 recouvert d’un doigt de gant en caoutchouc. L’un ou l’autre de ces traitements a l’inconvénient de tacher les ongles : la chrysarobine leur donne une teinte plus foncée mais moins persistante que le sublimé.
Pityriasis rubra pilaire. — Les lésions unguéales sont une des manifestations habituelles de cette maladie, mais je ne crois pas qu’on les ail jamais observées isolément. L’ongle est jaune d’ambre strié de lignes blanchâtres, avec quelques flammèches hémorragiques noires; sa forme générale n’est guère altérée, cependant la courbure transversale est un peu augmentée. Vu par son extrémité libre, l'ongle paraît démesurément épaissi, il atteint quelquefois 1 centimètre. Cet épaississement est dû à la production entre l’ongle et son lit d’une masse cornée adhérente à l’un et à l’autre, dure, résistante, quoique plus poreuse que la substance unguéale, qu’il est facile d’en distinguer. L’hyperkératose forme un coin dont la base est à l’extrémité du doigt et qui s’étend en s’effilant jusqu’à la matrice.
Maladie de Darier. — Les lésions des ongles y sont de règle. Ils sont épaissis, cannelés, allongés et courbés en griffe.
Pemphigus atrophique. — Dans les formes de pemphigus décrites sous les noms de pemphigus successif à kystes épidermiques, d’epidermolysis bullosa hereditaria, etc., et qui sont caractérisées par l’atrophie cicatricielle de la peau qui succède aux bulles, les ongles sont particulièrement atteints. Les bulles naissent généralement à la suite d’un choc, or aucun point n’est plus exposé aux chocs que le bout des doigts. Les heurts et les pressions portant sur l’ongle déterminent la production de bulles sur le lit ou la matrice et ultérieurement l’atrophie cicatricielle de ces parties. Aussi voit-on chez les malades les ongles disparaître d’une manière précoce. Les sillons rétro- et latéro-unguéaux disparaissent et un épiderme mince et lisse couvre la place de l’ongle.
Acrodermatites suppuratives. — - Dans le groupe assez mal défini décrit sous ce nom, les ongles sont souvent le point de départ de la maladie. Il se fait une sorte de tourniole, l’ongle est graduellement éliminé et ne se reproduit pas. Le lit est occupé par un enduit pulpeux d’épiderme mal formé et constamment soulevé par de nouvelles pustules.
MALADIE DE PAGET
ON} CHOGR } PHOSE . — Étym. : ôvuij, ongle, ol gri/f' (allemand), aclion de saisir.
Hypertrophie avec déformation spéciale de l’ongle, qui le rend semblable à une griffe.
Voir l’article : Ongles, p. G 15.
ON YCHOM Y C OSE. — Étym. : ovA, ongle, el gûxr,;, champignon.
Envahissement de l’ongle par certains champignons parasites.
Voir les articles : Favus , t. Il, p. 617 et G55, et Trichopliytie.
ONYXIS . — Étym. : ôVj-, ongle.
Inflammation des ongles.
Voir l’article : Ongles, p, 622.
OPHIASIS. — Étym. : de oepo?, serpent.
L’ophiasis est une des variétés régionales de la pelade.
Voir l’article : Pelade, p. G 47.
OSMIDROSE. — Étym. : ôsa-r,, odeur, et lopûî, sueur.
L’osmidrose est la sueur fétide.
Voir l’article : Sudoripares ( Maladies des glandes).