P D£HU
HISTORIQUE
Après lui c’csl surtout vers l'étude des causes que s’orientèrent les rechereftes, et aussitôt apparurent les divergences.
Déjà on s’était heurté à un premier obstacle quand il s’était agi de trouver une place à la pelade dans les cadres étroits de la classification willanique ; et pour la ranger à côté des teignes , dans l'ordre des pustules , Bateman avait du supposer contre toute vraisemblance, l’existence dans la pelade de pustules sèches, très petites et très éphémères.
Ce rapprochement forcé eut de fâcheuses conséquences; rangée à côté des teignes vraies et désignée du même nom générique, la pelade ou Porrigo decalvans fut de plus en plus considérée comme une espèce différente mais très voisine du favus et de la tondante. Lorsque, en I85‘J, Schônlein découvrit le champignon du Porrigo favosa , la question de l’origine cryptogamique de la pelade se trouva donc, par contre-coup, tout naturellement posée. On la crut résolue, lorsque Gruby (:) annonça la découverte du microphyte pathogène du Porrigo decalvans , qu’il désignait sous le nom de Microsporon Audouini. Bazin, pendant de longues années, lutta pour la défense de la théorie cryptogamique (2) ; or cette théorie était fondée sur une erreur de diagnostic : il est en effet démontré que le Microsporon Audouini est l’agent pathogène non de la pelade, mais bien de la variété de teigne aujourd'hui connue sous le nom de teigne à petites spores de Gruby-Sabouraud.
En même temps que Bazin, Hardy soutenait la nature parasitaire et contagieuse de l'alopécie en aires, et Gibert, poussant plus loin encore la confusion, la considérait non plus comme une espèce distincte, mais comme une simple variété, comme une forme invétérée de la teigne tonsurante.
Cependant, depuis longtemps, des protestations s’étaient élevées contre la théorie de Gruby et de Bazin : les recherches de contrôle instituées de tous côtés montraient qu'il n’existe, dans les cheveux peladiques, ni miscroporon, ni microphyte d’aucune sorte.
En face de la doctrine parasitaire, une autre prenait corps : celle de l’origine trophonévrotique de la pelade. Déjà Cazenave, heureux de protester
qu’elles sont environnées d’un aussi grand nombre de cheveux que dans l’état naturel. La surface du cuir chevelu est, au centre des taches, unie, brillante et d’une blancheur remarquable.... Les aires des taches s’agrandissent progressivement; elles deviennent quelquefois confluentes, produisant un état chauve sur une grande partie du cuir chevelu.... Les cheveux qui commencent à croître ont une contexture plus fine et une couleur moins prononcée que les autres. »
(fi Gruby, Comptes rendus de l’Acad. des sciences. Paris, 1843, t. XVII, p. 301.
(2) C’est Bazin qui a spécifié le sens et vulgarisé l’emploi du mot pelade ; mais on ne peut pas dire qu’il lui ait donné le premier son acception actuelle. Le terme de pelade était usité dans la vieille langue populaire comme synonyme de dépilation en général; depuis le xvn° siècle on l’employait surtout pour désigner l’alopécie syphilitique; mais, dès cette époque, il était déjà appliqué à l’affection qui nous occupe, comme en témoigne le passage suivant de Guillemeau : « Pelade, dit-il, c’est quand le poil de la tète change sa couleur en blancheur, et qu’enfin il tombe laissant des places vides en icelle ». Sauf l’interversion chronologique des symptômes, c’est bien là, à n’en pas douter, le tableau de notre pelade.
PELADE
contre « les illusions de la micrographie », avait nié le parasite, et assimilé la pelade au vitiligo.
Mais c’est en Allemagne surtout que la théorie nerveuse s’affirmait avec Bærensprung (l), Ilebra e( son école. En France, elle rencontrait aussi quelques défenseurs; Horand (s), notamment, dans une série de mémoires, s’efforçait de démontrer l’inanité de la théorie fondée sur le parasitisme. Tous ces efforts ne furent pas stériles : « En 1874, à la Société médicale des hôpitaux, dit E. Besnier(3), personne ne défendait plus la nature parasitaire de la pelade ». A l’étranger, la théorie dystrophique ne trouvait presque plus de contradicteurs; la doctrine cryptogamique de la pelade semblait abandonnée.
Pourtant l’accord n’était pas fait sur cette obscure question. Tout en renonçant au microsporon, on inclinait encore en France à admettre la possibilité de la contagion. Bientôt la bactériologie vint apporter aux partisans de cette opinion des arguments nouveaux et remit en vogue la théorie parasitaire rajeunie.
A l’heure actuelle, le débat n’est pas clos; les deux partis sont toujours en présence, et ce ne sera pas le côté le moins important de notre élude de discuter les arguments qui militent en faveur de l’une et de l’autre opinion et d’exposer l’état actuel de la question, telle qu’elle ressort de l’examen attentif et impartial des faits.
Fit;, li i — Pelade. (D'après «ne aquarelle déposée au musée de l'hôpital Saint- Louis par Cazenave, sous le nom de vitiligo.)
CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES
Les documents médicaux dont nous disposons montrent que la pelade existe chez tous les peuples civilisés (4) ; sa fréquence toutefois varie dans des limites assez étendues suivant les pays. C’est en Russie qu’elle paraît le plus
C) Bærensprung, Annalen des Charité-Krankenhauses . Berlin, 1858, YIH, p.
(2) IIorand, Ann. de dermat. et de syph. , 1814-1875, p. 408; et 1875-1870, p. 5.
(3) E. Besnier, Sur la pelade. Rapport à l’Aead. dernéd. Paris, Masson, 1888.
(4) Il serait intéressant de savoir si on l'observe aussi dans les aulres pays et si toutes les races humaines y sont également sujettes. On la dit très rare chez les Arabes et au Soudan, et des médecins ayant voyagé en Indo-Chine ne l’ont pas rencontrée chez les indigènes; mais ces renseignements absolument insuffisants ne permettent, quant à présent, aucune conclusion définitive.
[P DÉHU ]
CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES.
rare, mais l'absence de toute statistique nous interdit de préciser davantage. En Autriche, à Berlin ('), à New-York (-), elle représente de 1 à I 1/2 pour 100 du nombre total des maladies cutanées; en Angleterre et en France elle atteint son maximum de fréquence avec une proportion de 4 pour 100 et même davantage.
Très différente des teignes, qui sont infiniment plus répandues dans la population pauvre, la pelade se rencontre également dans toutes les classes de la société. D'après les résultats concordants de toutes les statistiques, elle est même plus fréquenté parmi la clientèle aisée (5).
D'une façon générale, l’affection est partout en voie d’augmentation progressive; ainsi Ciarrocclii (4), qui ne voyait à Rome, en 1892, que 1,90 pour 100 de peladiques, en voit 5,50 en 1896. La proportion a donc presque doublé en l’espace de quatre ans.
La maladie frappe les deux sexes, mais dans des proportions qui varient suivant les différents âges. Tandis que, dans les premières années de la vie, le sexe féminin est plus atteint (17 filles pour 9 garçons, d’après Ciarrocclii ; 8 filles pour 2 garçons, d’après Bulkley), au delà de vingt ans, au contraire, le nombre des hommes égale presque le triple de celui des femmes. La moyenne générale donne, en somme, une notable majorité de sujets mâles.
Certaines périodes de la Aie jouissent d'une immunité relative, tandis que d’autres présentent, au contraire, une prédisposition marquée. Ainsi l’affection est rare avant 5 ans; puis, brusquement, elle devient très fréquente chez les enfants de 6 à 15 ans; un peu plus rare de 14 à 20 ans, elle augmente ensuite rapidement pour atteindre son maximum entre 20 et 50 ans. Cette dernière période fournit à elle seule le 1/5 du nombre total (3). Après 50 ans, la fréquence diminue légèrement ; de 40 à 50, elle est déjà trois fois moindre que de 20 à 50. Après 60 ans, la maladie devient tout à fait rare.
On a cru remarquer (pie certaines chevelures étaient prédisposées à la pelade; d’après Hébra elle serait plus fréquente sur les chevelures luxuriantes;
(*) Lassar, Comptes rendus (lu Congrès intern. de dermat. Paris, 1901, p. 574.
(2) Duncan Bulkley, Medical Record , mars 1880, p. 251.
(s) Ainsi Crocker (Brit. med. and surg. Journal , août 1891, p. 194) ne compte, à l'hôpital, que 2 pelades sur 100 maladies cutanées; dans sa pratique particulière, il en compte 5 pour 100. Duncan Bulkley en trouve 1 pour 100 à l'hôpital el 1,5 en ville. Lassar, en Allemagne, arrive à des chiffres analogues. C'est donc un fait général; il est conforme aussi à l'observation de nos maîtres parisiens, et L. Brocq, notamment, est d’avis que la pelade est plus fréquente dans la classe aisée, qu’elle y est surtout plus souvent grave et rebelle.
(*) Ciarrocchi, Comptes rendus du Congrès intern. de dermat. Londres, 1890, p. 707.
(°) Les statistiques décennales ne suffisent pas pour bien mettre en évidence ces variations successives; ainsi Ciarrocclii, sur 517 cas de pelade, en compte 109 de 0 à 10 ans, 117 de 10 a 20 ans, 145 de 20 à 50 ans. D’après ces chiffres, l’augmentation parait régulière; en réalité, si l’on remarque qu’il y a seulement 17 cas avant 5 ans, on s’aperçoit qu il y en a 92 de 5 à 10 ans, beaucoup plus, par conséquent, que dans la période suivante, qui n’en a que 117 pour 10 années. Encore serait-il intéressant de savoir comment se répartit ce chillre de 117 et quelle est la part afférente aux 5 ou 4 premières années de la seconde période décennale.
PELADE
Crocker (') croit que la couleur des cheveux n’est pas indifférente et que la pelade atteint surtout les chevelures foncées.
A côté de ces causes prédisposantes dont l imporlancc est au moins bien secondaire il en est d’autres qui ont sur l’apparition de l’alopécie en aires une influence indéniable : Tous les cliniciens ont noté avec bailler que la pelade frappe avec une prédilection très marquée les sujets pâles, anémiques, d’une nervosité excessive. D’autre part les maladies générales, quelles quelles soient, et notamment la syphilis, la typhoïde, la rougeole, l’érysipèle, l’influenza, voire la blennorragie (2) ont manifestement pour effet de provoquer, d’entretenir ou d’aggraver l’évolution du processus peladique. Il en est de même des émotions morales, des traumatismes, des fatigues de toute sorte (3). D’une façon générale, on peut dire qu’il est très habituel de constater chez les peladiques des troubles divers de la santé qui sont, dans une certaine mesure, proportionnels à l’étendue et à la gravité de la décalvation. Certains auteurs ont même interprété celte coïncidence dans le sens d’un retentissement de la pelade sur l’état général; mais c’est l’inverse qui nous paraît être la vérité, et nous pensons que les troubles dont il s’agit sont en réalité antérieurs à l’apparition de l’alopécie et qu’ils en sont l’origine et la condition nécessaire.
SYMPTOMATOLOGIE