I. - LA PLAOUE DE PELADE
Début. — Dans la grande majorité des cas, la chute des cheveux est sinon la première manifestation de l’affection, au moins celle qui frappe tout d’abord le malade. Le plus souvent c’est par hasard en se coiffant devant une glace, qu’il constate la présence d’une petite tache sur laquelle tous les cheveux ont disparu. D’autres fois c’est une personne de son entourage ou bien encore le coiffeur qui découvre la pelade. Mais si l'on interroge avec soin le malade, en attirant son attention sur les sensations anormales qu’il a pu éprouver antérieurement, on s’aperçoit que dans un certain nombre de cas, la chute des cheveux a été précédée d’un peu de prurit ou de fourmillements ou d’hyperesthésie; la peau était sensible à la pression, le passage de la brosse provoquait une sorte d’agacement à la racine des cheveux. Certains malades accusent des sensations anormales d’engourdissement, de brûlure ou de froid ( crycslhésie prépeladique de Jacquet). Dans quelques cas, ces paresthésies sont
(‘) Crocker a vu dans une famille la pelade atteindre un homme, sa mère cl son frère, bruns tous les trois, tandis qu’elle épargnait son père et sa fdle dont les cheveux étaient blonds. (Discases of lltc skin. 2e édit., p. 752.)
(2) Ml ller, Correspondenzblatt für schw. Aerzte, 1801, n° 1.
(3) Hardy a remarqué que les pelades ont élé particulièrement nombreuses à la suite du siège de Paris. (Art. Pelade du Dict. de Jaccoud.)
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SYMPTOMATOLOGIE.
si caractéristiques que le sujet qui les a déjà éprouvées ne se trompe pas sur leur signification (‘).
Parfois il s’agit de malaises d’un autre ordre, et avant même qu’on le questionne le patienl se plaint d’avoir eu récemment de la céphalée ou des névralgies, ou quelquefois une fluxion dentaire; Jacquet, notamment, a relevé plusieurs fois l’existence de ce dernier symptôme (*).
Mais dans tous les cas ces phénomènes doivent être expressément recherchés par le médecin, car à moins qu’ils n’aient été très intenses ou très persistants leur apparente banalité les rend négligeables aux yeux du malade qui, sa souffrance une fois passée, en perd bientôt le souvenir.
11 est difficile d’exprimer par un chiffre la fréquence relative de ces manifestations prépeladiques. E. Besnier les croit exceptionnelles; cependant le prurit à lui seul a été relevé 5 fois sur 25 observations par Courrèges (3) et si l’on faisait le pourcentage de l’ensemble des troubles dont nous avons parlé, pris en bloc et recherchés systématiquement, on obtiendrait certainement une proportion bien plus élevée.
Toute cette phase prémonitoire de la pelade échappe généralement à l’observation médicale, elle ne peut guère être suivie que sur les malades chez qui les plaques secondaires apparaissent au cours même du traitement. Hormis ces cas, du reste assez fréquents, le médecin n’est consulté d’ordinaire que lorsque l’aire alopécique est déjà constituée. A ce moment, c’est-à-dire quelques jours après son apparition, elle présente un aspect tout à fait caractéristique : sur une surface à peu près ronde et large comme une pièce de 1 franc en moyenne, les cheveux sont tombés, la peau est absolument glabre, lisse, sans squames, ni vésicules, ni croûtes. A la limite de cette tache décalvée les cheveux sont normaux d’aspect et de nombre, mais en les tâtant à la pince on constate qu’ils ont perdu leur adhérence et qu’ils se détachent sans opposer aucune résistance et sans que le malade ressente la douleur légère que provoque l’épilation d’un cheveu sain. Tels sont les phénomènes constants qui se révèlent immédiatement à l’examen le plus superficiel. Mais poussons plus loin l’analyse et examinons avec détail chacun des trois éléments qui s’offrent à notre observation, c’est-à-dire l’aire alopécique, la peau dénudée qui en constitue le fond et les cheveux qui en forment la bordure.
L'aire peladique. — La dimension de l’aire alopécique est très variable ; on peut voir des plaques de la largeur d’une lentille; au contraire, si l’affection a une marche rapide, déjà en une semaine la décalvation s’étend sur une surface égale à une pièce de 2 francs, de 5 francs ou même davantage.
(*) Ainsi Jamieson a vu une dame chez qui l’apparition des aires alopéciques était précédée d’un sentiment de malaise et de tension tellement spécial qu’elle pouvait prédire d’avance l’imminence d'une plaque nouvelle. (Diseuses of the skin ., p. 408.) Jacquet, chez une de ses malades, a pu assister à l’éclosion d’un disque, en un point spécifié quelques jours auparavant par l’hyperesthésie.
(2) Voir plus loin page 699 l’interprétation que Jacquet donne de ces différents symptômes.
(3) Courrèges, Thèse de Paris, 1874.
PELADE
La forme de la lâche est dans son ensemble ronde ou ovalaire, mais si l’on prend soin d’écarter les cheveux de la périphérie on se rend compte que le contour ne suit pas une courbe régulière, souvent il est sinueux ou coupé par de petites échancrures qui toutefois n’altèrent pas son aspect général, circulaire, elliptique, allongé, très différent en tout cas de l’orbicularité géométrique de l’herpès circiné. Parfois la dépilation dessine une bande allongée ou même une surface triangulaire, dont le sommet est tourné vers le sommet de la tête tandis que la base s’élargit à la lisière des cheveux (').
Le mode suivant lequel s’accomplit la dépilation n’est pas identique dans tous les cas. Chez la plupart des malades elle est massive d’emblée; chez d’autres, surtout au début, elle est incomplète; suivant l’expression très juste de Sabouraud, il se fait une dépilation diffuse sur une surface circonscrite , de telle sorte que sur l’aire peladique quelques cheveux longs clairsemés persistent encore, mais déjà décollés et cédant à la moindre traction. Que la chute se fasse d’emblée ou graduellement, le résultat final est le même : tous les cheveux compris dans les limites de la tache peladique sont destinés à tomber; la peau reste alors absolument glabre, ou bien elle se recouvre de follets minces, incolores, qui persistent indéfiniment, ou dont les générations successives se succèdent en s’affaiblissant de plus en plus pour disparaître enfin complètement.
L 'accroissement de la plaque de pelade se fait dans tous les cas par extension graduelle et centrifuge de ses bords; mais la rapidité de cet accroissement est extrêmement variable. Tandis que dans certains cas l’aire glabre atteint en quelques jours la dimension d’une pièce de 5 francs, de la paume de la main, d’autres fois elle s’étend si lentement que même après un intervalle de plusieurs semaines le changement est à peine perceptible.
La durée de la période d’augment n’est pas moins variable; elle ne dépasse pas quelques jours dans les pelades bénignes ou quelques semaines dans les cas moyens; mais dans certaines formes rebelles, elle peut se prolonger pendant des mois et même des années. Dans ce cas l’accroissement n’est pas nécessairement continu; il peut se faire par poussées successives séparées par des périodes d’immobilité.
Les téguments peladiques. — Quoique la peau ne présente au niveau de l’aire alopécique aucune lésion caractéristique, son aspect n’est cependant pas tout à fait normal. Gomme l’a signalé le premier Devergie, elle est parfois le siège d’une sorte d'œdème ou d’empâtement hypertrophique. Dans les pelades étendues, cet épaississement des téguments est très fréquent; il est souvent lié à l’hyperstéatose et persiste pendant toute la durée de l’affection; au contraire, dans les formes circonscrites, c’est un phénomène passager qui souvent échappe à l’observation et manque dans bien des cas. Il est beaucoup plus habituel de constater sur l’aire peladique un affaissement plus ou moins marqué de la peau; au cuir chevelu notamment, sur la surface régulière du crâne
(*) Sciiütz, Münch. mecl. Woch., 1889, n° 19.
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SYMPTOMATOLOGIE.
la dépression du tégument s’accuse avec une netteté parfaite à la façon d’un méplat ou d’une cupule , dont on peut, les yeux fermés, apprécier du doigt les limites. Elle peut se manifester dès le début ou bien succéder à l’œdème des premiers jours et dure aussi longtemps que l’alopécie elle-même.
La consistance des téguments alopéciques est en général modifiée; ils ont perdu leur élasticité et se laissent mobiliser et plisser beaucoup plus facilement qu’à l’état normal. Ce symptôme, indiqué par Hyde ('), a été soigneusement étudié par L. Jacquet (*); il dérive, ainsi qu’une série d’autres phénomènes analogues, d’une atonie des tissus d’origine mésodermique que L. Jacquet désigne sous le nom de syndrome hypotonique.
Dans certains cas, au-dessous de la surface peladique, on peut voir apparaître des dilatations vasculaires ; ce sont ou de petites télangiectasies dessinant un fin réseau d’aspect violacé, ou parfois même des varicosités saillantes. Sabouraud (3) les signale surtout dans les formes ophiasiques. D’après Ciarrocchi, ces télangiectasies ne seraient pas nécessairement sous-jacentes aux plaques de pelade, elles se produiraient souvent dans leur voisinage; dans quelques cas il les a vues apparaître avant la dépilation, et disparaître une fois celle-ci effectuée.
La décoloration de la peau décalvée est très frappante, et Bateman l’a considérée ajuste titre comme un des symptômes caractéristiques de l’affection. Toutefois cette décoloration ne se rencontre pas dans tous les cas ni à toutes les phases de la maladie et certaines taches peladiques sont au contraire le siège d’une rougeur manifeste. Plusieurs auteurs ont insisté sur l'importance de cet érythème. D’après Behrend (4) ce serait un symptôme initial très fréquent, mais passager et qui disparaîtrait en général dès le quatrième ou cinquième jour. Pour Blaschko (3), l’érythème et le gonflement seraient régulièrement associés au début de la maladie et témoigneraient de sa nature inflammatoire. Enfin Dubreuilh (6), précisant davantage encore, a constaté dans la moitié des cas de pelade en voie d’accroissement l’existence d’une sorte de bourrelet érythémateux entourant le centre légèrement déprimé de la tache
(*) IIyde, Diseuses of the skin, p. 502.
(-) L. Jacquet, Nature et traitement de la pelade. Annales de Dermat. et de Syphiligr., 1900, p. 603; p. 21 du tirage à part.
(3) Sabouraud, Tr. des mal. de Venf. de Grancher, Comby, Marfan, p. 581.
(4) Behrend, Virchow's Arcli., 1887. Bd GIX, p. -495.
(5) Blaschko, .Comptes rendus du Congrès intern. de dermat. Londres, 1890, p. 705.
(6) Dubreuilh, De la pelade. Bordeaux, 1889.
Fig. 113. — Hypotonie des téguments peladiques. La peau se plisse anormalement.
(Figure empruntée à Dauzats.)
PELADE
alopécique ; celle bordure, large de quelques millimètres à I centimètre, correspond à la zone d’extension de 1 alopécie, elle peut être incomplète et ne se montrer que sur une partie du pourtour de la plaque, indiquant ainsi dans quelle direction celle-ci continue à progresser. L’érythème n’est pas nécessairement lié à l'œdème : les téguments dans la pelade peuvent être à la fois épaissis et achromiques ou, inversement, érythémateux et déprimés. Inutile d’ajouter que, pour tous ces faits relatifs à l’état de la peau, seules peuvent être utilisées les pelades absolument vierges de traitement.
Ou’elle ait été ou non érythémateuse au début, la tache de pelade, une fois arrivée à sa période d’état, présente en général une blancheur absolument typique qui tranche nettement à la périphérie avec la couleur rosée ou brunâtre de la peau normale. Cette blancheur, que l’on a comparée à celle du lait, mieux encore à celle de l’ivoire, ne s’explique pas par l’hypothèse d’une anémie locale des tissus, elle implique nécessairement un trouble dans la fonction pigmentaire de la peau (pelade achromateuse de Bazin)-. Si l'on songe qu’elle constitue un des signes les plus frappants et les plus constants de l’aire alopécique, on comprend comment Cazenave a pu décrire l’alopécie en aires comme une variété de vitiligo. La décoloration dès plaques persiste jusqu’à la guérison de l’alopécie ; quelquefois même, elle ne disparaît pas lors de la repousse, et la peau comme les poils reste définitivement achromique.
Sur le fond blanc des plaques alopéciques on voit, sous forme de points noirs, les orifices un peu saillants, quelquefois dilatés, des follicules pileux déshabités; leur aspect est variable comme l’état des glandes sébacées dont ils dépendent. Quelquefois il y a exagération évidente de l’excrétion sébacée, la peau est grasse au toucher, luisante à l’œil; elle marque d’une tache huileuse le papier de soie; les orifices folliculaires sont alors dilatés et la pression en fait sourdre de petits cylindres de sébum et de fines gouttelettes de sueur : c’est le phénomène que E. Besnier désigne du nom d ' hyp e rs téa t idrose ; on l’observe au maximum dans les pelades anciennes et étendues de l’adulte, avec épaississement des téguments. Dans d’autres cas, les téguments sont secs, brillants; les orifices folliculaires sont effacés; la surface peladique, lisse, polie, douce au toucher, ne montre ni spontanément, ni par la pression aucune exsudation de sébum ou de sueur ; elle a l’aspect d’une plaque d'ivoire.
La desquamation n’est en aucun cas un symptôme peladique; si la présence de squames abondantes n’est pas expliquée par l’existence d’un pityriasis surajouté, on doit songer à la possibilité d'une erreur de diagnostic.
Des troubles de la sensibilité peuvent être constatés sur la peau décalvée; tantôt la finesse du tact est émoussée sur toute l’étendue de la plaque, il peut y avoir même anesthésie véritable; tantôt, au contraire, les sensations de contact et de douleur sont notablement exagérées. Parfois l’hyperesthésie diffuse du cuir chevelu contraste avec l’anesthésie des plaques elles-mêmes. Les réactions électriques peuvent être aussi modifiées : Nachtigall (’) a con-
(*) Nachtigall, M illheilungen ausder Würzlmrger Klinik, Bd. II.
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SYMPTOMATOLOGIE
staté que la sensibilité était exagérée pour le courant faradique, tandis qu’elle était à peu près normale pour le courant galvanique.
Ces divers symptômes démontrent qu’il existe sur toute l’étendue de Faire glabre des désordres nerveux surtout d’ordre paralytique; ces désordres affectent non seulement les nerfs sensitifs, mais aussi les vaso-moteurs et les nerfs sécrétoires. On a remarqué, en effet, que la résistance aux topiques irritants était souvent accrue sur les plaques peladiques par comparaison avec la peau normale périphérique; ce fait semble imputable à un phénomène de parésie vasculaire. D’autre part Kaposi a montré que l’injection de pilocarpine provoquait la sudation autour des plaques, mais non sur les plaques ellesmêmes; Jacquet ('), dans une décalvante, a vu l’anidrose jaborandique presque absolue. De l’ensemble de ces constatations on peut conclure en toute certitude qu’il existe dans la pelade un trouble profond de l’innervation locale, trouble qui se manifeste par la perversion de toutes les fonctions du système nerveux cutané.
Les poils peladiques. — Si l’on en croit certains auteurs, notamment Bazin et Bailler, il serait possible de constater quelques modifications des poils et de la peau, avant même le début de la phase de dépilation : le cuir chevelu aurait un aspect tomenteux et les poils seraient ternes, décolorés, poudreux, recouverts d’un duvet grisâtre. Ces caractères 11e sont pas signalés par les observateurs modernes, ils rappellent plutôt le tableau de la teigne microsporique, et leur existence dans la pelade ne doit être acceptée qu’avec réserve.
Les lésions des poils ne s’observent, en général, qu’une fois la tache alopécique constituée. Souvent les cheveux qui se trouvent à la surface ou sur la bordure d’une plaque de pelade récente 11e se distinguent en rien à première vue des cheveux sains du voisinage, mais ils ont perdu leur adhérence, et leur épilation se fait sans douleur. D’autres fois au contraire, la simple inspection du cuir chevelu permet de constater la présence d’un nombre plus ou moins considérable de petits tronçons pilaires offrant à leur extrémité supérieure un renflement de couleur foncée. 11 existe, par conséquent, deux variétés de cheveux peladiques : ceux qui ont leur longueur normale et ceux qui sont cassés. La loupe permet d’étudier de plus près les caractères de ces deux variétés.
Sur les cheveux longs , c’est l’état de la racine qui attire tout particulièrement l’attention. En premier lieu, la gaine vitreuse, qui lors de l’épilation d’un cheveu sain reste adhérente à la racine, fait ici complètement défaut ou il n’en existe que des débris insignifiants. En second lieu, on 11e voit pas, à l’extrémité de la racine, le bulbe creux qui à l’état normal coiffe la papille ; il est remplacé par un bouton plein comme dans les cheveux dont la papille est morte et l’évolution physiologique terminée; mais ce bouton plein. 11’a pas son
') L. Jacquet, Nature et traitement de la pelade; in Annales de Dermat. et de Syphiligr. 1900, p. 588 et Action de la pilocarpine sur l’excrétion sudorale, in Festschrift de Neumann. Vienne, 1900.
PELADE
volume normal, il csl aminci, nombre de cheveux même il
allongé en forme de navet. Sur un certain a totalement disparu et la racine atrophiée,
Fig. lit.
Fig. 145.
I ig. 144. — A gauche : Cheveu massue, en point d’exclamation. (D’après Behrend.)
A droite : Cheveu momliforme : en v dilatations de la tige, un peu au-dessus du hulbe on voit la lésion de la trichorrexie. (D'après Behrend.)
I ig. 145. Cheveux a racine atrophiée; la tige est infiltrée d’air. Sur le cheveu de gauche lésion de trichorrexie. (D’après Behrend.)
PRATIQUE DERMATOLOGIQUE. — III.
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SYMPTOMATOLOGIE.
n’ayant que la moitié ou le tiers de son calibre normal, se termine par une pointe effilée comme une aiguille. L’extrémité peut aussi en être diversement contournée, irrégulière, coudée en crosse ou en racine de colza , suivant la comparaison de Lailler; enfin dans toute sa partie radiculaire, le cheveu a perdu sa couleur normale, il est plus ou moins complètement dépigmenté. Quant à la tige elle peut être légèrement amincie et décolorée à sa partie inférieure, mais elle est en somme peu modifiée et conserve son aspect et son brillant normaux.
Les cheveux cassés présentent des altérations plus complexes. Ce sont des fragments de 5 à 10 millimètres de longueur en moyenne; leur racine se termine par un bulbe plein aminci et décoloré; leur extrémité supérieure très foncée est coupée obliquement en biseau ou fourchue, ou bien effrangée en pinceau; elle paraît d’autant plus volumineuse par rapport à la racine que celle-ci est elle-même plus atrophiée; le tronçon prend ainsi dans son ensemble un aspect nettement conique qui l’a fait comparer à une massue ou à un point d’exclamation (!). Sur quelques-uns de ces tronçons, on peut surprendre le mécanisme de la fracture des cheveux. Le long de la tige, et plus souvent encore au niveau du collet, existent des renflements qui parfois s’échelonnent en alternant avec des parties amincies et donnent au cheveu un aspect monili forme. Ces renflements sont constitués par une sorte d’éclatement du cheveu dont les cellules sont dissociées dans le sens longitudinal; le poil ainsi désagrégé perd toute solidité et le moindre contact suffit à le briser au milieu de la nodosité de telle façon que chacun des fragments se termine par une extrémité effrangée en balai. C’est, en somme, un processus analogue à celui de la trichorrexie noueuse ; d'après Unna, il ne serait cependant pas tout à fait identique : les pinceaux terminaux seraient moins longs, moins réguliers et moins pigmentés (pie dans la trichorrexie. Tout cheveu noueux est un cheveu fragile ; si on cherche à l’épiler il peut se briser soit au dehors soit h l’intérieur même du follicule; spontanément ou par le fait de la brosse et du peigne, il se casse à une hauteur variable au-dessus de son point d’émergence : les tronçons peuvent donc avoir des longueurs très différentes depuis ceux qui apparaissent à peine à l’orifice du follicule jusqu'à ceux qui atteignent une hauteur de 1 centimètre et même davantage.
Ces deux types de poils peladiques, le cheveu long atrophique et le cheveu court massué, correspondent-ils à deux variétés ou à deux stades différents de la pelade? Pour Behrend les cheveux massués seraient rares dans les cas chroniques, nombreux au contraire dans les cas aigus. Mais d’autres observateurs arrivent à des conclusions opposées : Unna(') notamment pense que l’atrophie radiculaire simple caractérise les pelades rapides, tandis que les lésions compliquées du cheveu massué témoignent d’un travail de désorganisation prolongé qui suppose plus de lenteur dans la marche de la dépilation. D’autre part, Blaschko (2) considère la présence des cheveux cassés comme
(b Unna, Histopathologie, p. 111).
(-) Blaschko, Monatshefle für prakt. Dermat., 181) 1 . Bd., XIII, p. 105.
PELADE
un phénomène initial constant. Enfin Sabouraud ('), qui distingue deux espèces de pelade, attribue à chacune d’elles une forme spéciale de cheveux : dans la pelade vulgaire de l’adulte, les poils seraient cassés avec leur extrémité coupée en biseau ; dans l’ophiasis des enfants, les cheveux auraient leur longueur normale et cependant ils seraient effrangés en balai.
Ces résultats sont trop peu concordants pour qu’on puisse conclure à un rapport constant entre les lésions des cheveux et l’évolution de la maladie.
Siège des cheveux péladiques. — Sur toute plaque de pelade, dès le début do la dépilation et aussi longtemps que le processus reste actif, on trouve dos cheveux présentant quelques-unes des altérations que nous venons de décrire. Cliniquement on reconnaît les cheveux malades à ce fait qu’ils ont perdu leur adhérence et se détachent sans douleur à la moindre traction. Leur soli dité est proportionnelle au degré d’atrophie de la racine; par conséquent les cheveux longs à racine en pointe d’aiguille sont les moins adhérents de tous; au contraire, les cheveux cassés dont le bulbe persiste, en général, quoique aminci, offrent un peu plus de résistance et sont plus sensibles à l’épilation.
Les poils malades se trouvent au pourtour immédiat de la tache alopécique sur une zone d’autant plus étendue que le processus est plus intense et qui mesure en moyenne quelques millimètres de largeur; au delà de cette zone ils deviennent de plus en plus rares, puis disparaissent tout à fait. D’une façon générale, les cheveux atrophiés occupent surtout la bordure, tandis que les cheveux cassés s’observent plutôt à la surface même des taches dépilées (-).
Dans certains cas on peut voir des aires de dépilation incomplète recouvertes de cheveux cassés; il en résulte un aspect très spécial qu'on a comparé à celui d'une barbe rasée. La ressemblance objective de celle forme de pelade avec la teigne microsporique est telle que Bazin l’avait rattachée à la trichophytie vraie sous le nom de fausse pelade] Lailler plus exactement la restitua à la pelade en lui appliquant la désignation de pseudo -tondante] enfin pour éviter toute équivoque, E. Besnier l a décrite sous le nom de pelade à cheveux fragiles. Tout le monde s'accorde à considérer cette forme comme une simple variété clinique dans laquelle les cheveux cassés identiques à ceux qu’on voit si souvent dans les pelades en évolution sont seulement plus nombreux que dans les formes communes.
La limitation du processus peladique et par conséquent des cheveux malades à une zone plus ou moins nettement circonscrite n'est pas absolue. Dans certains cas, au début de l’affection, on peut constater que toute l’étendue du cuir chevelu, selon l’expression de Besnier, est en imminence morbide : il se lait
une dépilation généralisée mais discrète et l’on trouve çà et la disséminés sur toute la tête quelques cheveux atrophiés semblables à ceux qui bordent la plaque principale.
L’atrophie radiculaire du cheveu et la perte consécutive de son adhérence
(*) Sabouraud, Traite des maladies de l'enfance de Grancher, Cosiby et Mare an, article Pelade.
{-) Unna, loc. cil.
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SYMPTOMATOLOGIE.
avec la paroi folliculaire; étant les signes avant-coureurs et la condition même de sa chute prochaine, s’observent aussi longtemps que dure la phase active de dépilation; elles ont donc une valeur diagnostique de premier ordre, elles permettent de reconnaître immédiatement si une plaque est en voie d’extension rapide ou lente, ou si au contraire ses progrès sont arrêtés. Quand l’aire alopécique a cessé de s’accroître, on ne trouve plus de cheveux malades à son pourtour; mais à sa surface même, les follets, s'il y en a, restent grêles et caducs, et ils ue récupèrent leur solidité que lorsque la guérison est imminente.
Guérison de la plaque peladioue. — Repousse. — Après une durée infiniment variable qui peut se compter par semaines ou par années, la plaque de pelade peut guérir même spontanément. La repousse commence quelquefois par la périphérie, le plus souvent par le centre de la plaque; elle peut se faire sur toute la surface à la fois, on a même signalé des cas de repousse en cocarde avec un îlot central et une zone périphérique de cheveux séparés par un anneau resté glabre (*).
La réparation est brusque ou graduelle; dans le premier cas il apparaît sur la surface décalvée des follets d’abord fins, décolorés mais déjà solides et qui très rapidement se transforment en cheveux adultes pigmentés; dans d’autres cas au contraire ces follets de repousse restent grêles; ils sont peu adhérents et tombent bientôt pour faire place à d’autres un peu plus gros, un peu plus solides, un peu plus pigmentés; ce n’est qu’après une série de générations successives que les poils reprennent enfin leurs caractères normaux.
En règle générale les cheveux de repousse sont complètement blancs pendant un certain temps et ce n’est qu’après plusieurs mois qu'ils reprennent leur couleur normale ; encore n’est-il pas rare, chez les sujets qui ont passé l’àge moyen de la vie, de voir la canitie persister définitivement, et si le reste de la tête n’a pas encore grisonné, les touffes de cheveux blancs simulent des plaques de vililigo. Chez les sujets jeunes, on peut voir cette canitie transitoire; mais le phénomène inverse s’observe également; les cheveux nouveaux repoussent plus foncés et longtemps après la guérison marquent d’une tache noire le siège des plaques disparues.
Parfois la réparation est incomplète, surtout dans les formes graves et anciennes, et les poils peuvent rester rares, grêles et clairsemés.
Récidives. — Même quand la guérison est effectuée le malade n’est pas toujours débarrassé d’une façon définitive, car dans près de la moitié des cas il se produit des récidives. Ces récidives peuvent se répéter plusieurs fois, séparées par des intervalles de plusieurs années. Chez quelques malades la pelade reparaît avec une persistance extraordinaire, si bien qu’on peut à peine parler de récidives, il s’agit plutôt de poussées à peu près subintrantes ; la guérison n’est jamais durable et la durée de la maladie n’a pas de limites; ce sont ces cas que E. Besnier qualifie d e pelades perpétuelles.
Parfois la maladie reste stationnaire : il persiste sur le cuir chevelu une
(*) Brault, Ann. de dermat. et de syph., 1897, p. 217.
PELADE
région plus ou moins étendue d’alopécie qui s'immobilise indéfiniment; mais môme après des années de sommeil apparent la pelade peut reprendre sa marche aiguë el aboutir à l'extension de la plaque ancienne ou à la formation de points d’attaque nouveaux.