‹ La pratique dermatologiqueChapitre 130 sur 233 · I. — - THÉORIE PARASITAIRE · texte numérisé non relu

I. — - THÉORIE PARASITAIRE

1° Argument bactériologique. — L’étude bactériologique de la pelade a été l’objet de travaux nombreux, et, à plusieurs reprises, on a cru trouver l’agent spécifique de celle affection. Mais aucune de ces découvertes n’a été confirmée et elles n’ont plus aujourd’hui qu’un intérêt purement historique. Nous nous bornerons donc à citer les travaux de Malassez (â), Thin (3), Eichhorst (4), Pellizzari (5), von Sehlen (c), Robinson (7), etc.

Le seul microbe dont la valeur étiologique dans la pelade soit encore soutenue à l'heure actuelle est le microbacille décrit par Sabouraud. Dans un important travail publié en 1896 sur les origines de la pelade (8), cet auteur a

C) Leloir, Bullct. de l'Acad. de Méd., 1888, p. 940.

(2) Malassez, Arch. de physiol. norm. et patliol. , 187 1, p. ‘205.

(3) Tiiin, British med. Journal , 1882.

(4) Eichhorst, Virchow's Arch ., Bd. LXXVIII, p. 197.

(5) Pellizzari, Ann. de dermat. et de syph., 1881, p. 510.

(°) Von Sehlen, Virchow’s Arcli., 1885.

(7) Robinson, loc. cit.

(8) Sabouraud, Étude sur les origines de la pelade. Ann. de demi, et syph., 1895.

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proposé une conception toute nouvelle : celle de l’origine séborrhéique de la pelade.

Théorie séborrhéique delà pelade, d'après Sabouraud. — D'après Sabouraud, la séborrhée est caractérisée histologiquement par une modification spéciale des infundibula pilaires, dont la cavité dilatée est remplie par un cylindre de sébum et de cellules cornées. Dans ce cylindre ou « cocon séborrhéique » existent, en quantités prodigieuses, des colonies d’un bacille très fin, autrefois décrit par Unna et Menahem Hodara sous le nom de bacille de l’acné,

Fig. 1o8. — Coupe de peau peladique montrant la déformation caractéristique des follicules à leur partie inférieure, et la dilatation de leur extrémité supérieure (utriculc peladique). (D’après Sabouraud.)

mais qui, pour Sabouraud, serait le « microbacille de la séborrhée ». Or, l’étude des deux grands processus alopéciques, la calvitie et la pelade, montre que, sur toutes les régions où se produit la dépilation, la peau présente une séborrhée intense. Dans la pelade, notamment, sur toute faire alopécique, les follicules sont, au début, infectés par le « microbacillc : les infundibula pilaires dilatés et transformés en « utricules peladiques » contiennent des cocons où fourmillent les microbacilles, et cette infection n’existe que surfaire alopécique et sur la zone des cheveux caducs, elle cesse brusquement au delà. De ces faits, Sabouraud conclut que le microbacille est l’agent pathogène

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de 1 alopécie, que la calvitie n'est qu’une variété chronique de séborrhée, et <{uc la pelade peut être considérée comme une séborrhée aiguë circinée (*).

Dans ses publications ultérieures, Sabouraud (*) a notablement modifié les conclusions de son premier mémoire. A la suite d’études cliniques et microscopiques portant sur un grand nombre de cas, il a acquis la conviction que toutes les pelades ue rentrent pas dans le cadre qu’il avait primitivement tracé de la pelade séborrhéique; que chez l’enlant, notamment, elles affectent presque toujours une allure bien différente et que le microscope n’y démontre pas la présence du microbacille; il se trouve ainsi amené à admettre deux groupes de pelades absolument distinctes par leur étiologie et par leur symptomatologie : d une part, la pelade opliiasique, caractérisée par le développement des plaques alopéciques sur la bordure du cuir chevelu, notamment à la nuque, et par l’absence constante de toute espèce de microbe; d’autre part, la pelade de Bateman, constituée par des disques circonscrits siégeant sur la région centrale du cuir chevelu et en rapport constant avec le microbacille de la séborrhée.

Ainsi, de l’avis même de Sabouraud, l’ophiasis est tout à fait indépendante de la séborrhée, et il existe un groupe important de pelades où le microbacille ne joue aucun rôle. On voit aussitôt la conséquence : les pelades ophiasiques étant les plus fréquentes, les plus caractéristiques, la théorie séborrhéique perd le caractère qu’elle avait tout d’abord d’une théorie palhogénique générale de la pelade; elle n’est plus qu’un essai d’interprétation de certains cas particuliers d’alopécies en disques de la zone centrale du cuir chevelu. Même ainsi restreinte, elle se heurte à des objections qui doivent la faire rejeter. La séborrhée est un symptôme fréquent dans un grand nombre d’états morbides ; elle peut, dit E. Besnier, se montrer dans toutes les alopécies atrophiques : dans la pelade, en particulier, la sécrétion sébacée, comme le soutient Jacquet, peut être normale , exagérée ou diminuée sans que l’affection en soit modifiée dans ses caractères essentiels. Il est impossible, par exemple, de trouver aucune différence objective entre les disques alopéciques qui apparaissent sur le vertex chez les enfants, au cours de l’ophiasis (Fig. 159), et ceux qui se produisent d’une façon isolée chez l’adulte; dans le dernier cas, pourtant, la plaque est souvent séborrhéique, tandis qu’elle ne l’est pour ainsi dire jamais chez l’enfant, pour cette simple raison que la séborrhée est un symptôme inconnu avant la puberté (5). On n’est donc pas

(*) Sabouraud avait aussi cru un instant qu’on pourrait expliquer la pathogénie de l’alopécie microbacillaire par l’action d’une toxine spécifique; à la suite d’injections de bouillon de culture du microbacille, il avait en effet observé chez les animaux des dépilations diffuses et quelquefois circonscrites; mais plus tard il a reconnu que ces dépilations expérimentales ne sont nullement spécifiques, qu’elles ressortissent à un processus banal d’ordre cachectique ou inflammatoire, et il a complètement abandonné 1 hypothèse d’une toxine spécifique.

(2) Sabouraud, Traité des maladies de Veuf, de Grancher, Comby, Marfan. — Art. Pelade. — Rapport sur la pelade au Congrès intern. de dermat. Paris, 1900.

(3) Voir à ce sujet Jacquet, Discussion sur la pelade. Comptes rendus du Congrès intern. de dermat. Paris, 1900, p. 409.

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autorisé à faire de la séborrhée la base d’une division des pelades en deux groupes distincts. Sabouraud, il est vrai, a indiqué d’autres raisons pour justifier la séparation de l’ophiasis cl de la pelade de Bateman. D’après lui, la pelade de Bateman est l'apanage de l’âge adulte; elle se montre sur la

zone centrale du cuir chevelu sous forme de disques a extension concentrique, nettement limités et bordés de cheveux massués ; l'ophiasis, au contraire, se voit exclusivement dans le jeune âge ; elle a son siège à la bordure du cuir chevelu, produit une alopécie diffuse en bande et l’on n’y trouve pas de cheveux massués.

Nous avons déjà montré que la plupart de ces caractères sont secondaires, et qu’au point de vue de la localisation notamment les statistiques n’acc u sent aucune différence notable entre la pelade de l’enfant et celle de l’adulte. La dissociation de la pelade en deux groupes distincts ne se justifie donc ni au point de vue clinique, ni au point de vue pathogénique, et, au Congrès de Paris, elle a été formellement repoussée aussi bien par les partisans de la théorie parasitaire, comme Lassar et Hallopeau, que par ceux de la théorie nerveuse, comme Mibelli, Pavloff et Jacquet.

Mais, si la pelade de Bateman et l’ophiasis ne sont qu’une seule et même maladie, elles doivent avoir aussi une même origine, et, puisqu’il est démontré que la séborrhée ne joue aucun rôle dans l’ophiasis, la logique ne permet pas d’admettre qu’elle puisse être la cause de la pelade de Bateman.

Fig. 159. — Plaque du verlex accompagnant une ophiasis de la nuque. (Malade de L. Brocq, cliché de Sotlas.)

2° Argument clinique. — A défaut de preuve bactériologique, on invoque, pour soutenir l’origine infectieuse de la pelade, des arguments d’ordre clinique : on dit, par exemple, que la forme circulaire et l 'extension concentrique des plaques peladiques rappellent les caractères habituels des affections parasitaires et notamment des teignes cryptogamiques. Cette comparaison n’est nullement justifiée; les taches de pelade n’ont jamais l’orbicularité quasi géométrique des éléments de trichophytie; elles sont vaguement arrondies; parfois même elles sont tout à fait irrégulières. Quant à l’accroissement con-

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centrique, on l’observe dans des affections, comme les nœvi, le vililigo, dont personne n’admet la nature parasitaire. On l’a constaté du reste dans les alopécies expérimentales par section nerveuse, qui n’ont rien à voir avec le parasitisme, comme cela ressort des expériences de Max Joseph.

On a fait remarquer aussi que la pelade débute par des 'phénomènes inflammatoires qui ne s’expliquent que par une infection. Blaschko, entre autres, a insisté sur l’importance que présentent, à ce point de vue, l’érythème et l’adénopathie, qu’on observerait assez souvent au début de la pelade; mais ces symptômes ne sont ni assez constants ni assez marqués pour que l’on doive leur attribuer une valeur décisive, et d’ailleurs ils sont susceptibles d’une interprétation différente de celle que leur donne Blaschko. Pour l’adénopathie, notamment, L. Jacquet, qui l’a , en effet, notée quelquefois, pense qu’elle est en général le témoin d’une de ces irritations locales, surtout dentaires, qui, d'après lui, se retrouvent très fréquemment au début de la pelade.

On a invoqué encore l 'inégale répartition géographique de la pelade comme une preuve de son origine parasitaire. Mais précisément cette inégalité ne nous semble pas du tout comparable à celle des affections cryptogamiques. Tandis que ces dernières, très fréquentes dans certaines régions où elles forment des foyers endémiques, sont très rares ou même totalement inconnues dans d’autres pays, la pelade, au contraire, est répandue partout et partout sous la même forme ; les différences de fréquence qu’accusent les statistiques, incomparablement moindres que celles, par exemple, du favus ou de la teigne microsporiquc, peuvent s’expliquer par la diversité des conditions de vie et peut-être même par des différences de prédisposition de races.

En somme, tous ces arguments sont, par eux-mêmes, de peu de valeur; on ne les produit, du reste, qu’à Litre d’appoint, et la véritable clef de voûte de la théorie parasitaire, c’est la doctrine de la transmissibilité de la pelade.

ou Argument étiologique. — Transmissibilité de la pelade. — La transmissibilité d’une maladie peut être démontrée soit directement par l’inoculation expérimentale, soit indirectement par l’observation clinique.

1° Inoculation expérimentale. — L’inoculation de la pelade a été tentée bien des fois soit sur l’animal, soit sur l'homme. Leloira utilisé pour ses recherches le lapin, le cobaye, le chien et le chat. 11 rasait préalablement une région plus ou moins étendue, puis, sur la peau ainsi mise à nu, il frottait des cheveux, des squames épidermiques, des produits de raclage provenant de plaques de pelade humaine encore vierges de traitement. Horand dans scs expériences avait même soin avant la friction de pratiquer sur la peau de petites éraillures destinées à faciliter la pénétration du contage supposé. Aucune de ces expériences n’a été suivie de succès. On peut supposer, il est vrai, que les animaux sont réfractaires à la pelade et que seul l’homme fournit à cette affection un terrain favorable. Or, sur 1 homme, les quelques inoculations expérimentales qui ont été tentées, notamment par Manasséine ('),

(*) Manasséine, Ann. de derm. et syph., 189 i, p. -481 et un de scs collègues ayant recueilli

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Horancl (') et Jacquet (2), ont constamment donné des résultats négatifs.

Dans un seul cas rapporté par Blaschko (5) l'inoculation a paru suivie d’un résultat positif. Malheureusement, l’observation est loin d’être irréprochable et nous ne croyons pas qu’on puisse sur ce seul fait étayer une hypothèse qui se trouve infirmée par l'ensemble des autres résultats expérimentaux.

2° Contagion. — La contagion spontanée est-elle mieux démontrée que la transmission expérimentale?

Il a été publié un certain nombre de faits tendant à démontrer la contagiosité de la pelade; malheureusement, quand on étudie de près la question, on s’aperçoit que, s’il existe de très nombreux cas de contagion mentionnés dans la littérature médicale, par contre les faits étudiés d’une façon complète et rapportés avec quelques détails sont en somme très rares. Le plus souvent les auteurs se bornent à constater la coïncidence de plaques chauves chez des sujets ayant entre eux des rapports plus ou moins intimes, et cette constatation leur suffit pour affirmer à la fois la pelade et la contagion. Ils ne se préoccupent [tas suffisamment des erreurs possibles dans l’interprétation de ces coïncidences et dans le diagnostic même de l’affection; ce dernier est en général basé exclusivement sur l’aspect objectif et ce n’est que dans un petit nombre de cas que l’examen microscopique a été pratiqué. D’autre part la description des lésions, de leur topographie, de leur évolution, est négligée ou au moins écourtée dans la plupart des observations, de telle sorte que tout examen critique est impossible et que le lecteur manque des éléments les plus indispensables pour se faire par lui-même une opinion. Même les faits les plus typiques ou les plus récents comme ceux qui ont été rapportés par Vidal (4),

clos cheveux d’une pelade décalvantc, les ont déposés sur leur tète et les ont gardés toute une nuit maintenus par un bonnet au contact de leur chevelure. Cette expérience ne fut suivie d’aucun effet.

Q) Horand, État actuel de la science relativement à la nature et à la contagion de la pelade. Lyon, 1898. — Ilorand, ayant frotté avec un mouchoir une placide de pelade récente et non traitée, s’essuya avec ce mouchoir à plusieurs reprises le visage et la barbe, sans qu’il en résultât pour lui d’inconvénient d’aucune sorte.

(2) Jacquet, étant atteint de pelade et par conséquent offrant un terrain favorable, fit des frictions énergiques et répétées avec la môme brosse dure sur la plaque alopécique et sur les parties saines de sa chevelure et de sa barbe en négligeant de parti pris toute précaution antiseptique et cela pendant des mois, sans jamais observer aucun point de réinoculation. — L. Jacquet, Annales clc donnât, et de syphiligr., 1898, p. 1156.

(3) Blaschko, Comptes rendus du Congrès intern. de derm. Londres, 1896, p. 705. — Il s'agissait d’un homme atteint de pelade décalvante qui, de lui-même, fit plusieurs jours consécutivement sur son avant-bras droit des frictions avec des squames provenant d’une plaque apparue récemment sur son vertex et qu’il détachait avec son doigt mouillé de salive. Trois semaines après apparut au point frictionné une plaque arrondie grande comme une pièce de cinq francs et bordée île poils caducs ou massués; cette tache alopécique continua à s’étendre pendant quinze jours, puis après quelques semaines la repousse commença et la plaque se couvrit de follets blancs. On est étonné delà rapidité de la repousse qui se manifeste après quelques semaines, et cela chez un homme atteint de pelade décalvante, c’est-à-dire dans un cas où l’alopécie est en général d’une extrême ténacité. D’ailleurs Max Joseph, lors de la présentation de ce malade, éleva des doutes sur la nature de la plaque alopécique de l’avant-bras et il se refusa à considérer comme probanLe une expérience ainsi exécutée en dehors de tout contrôle médical.

(4) Vidal, France mcd., 1885, t. I, p. 716.

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Leloir ('), Besnier(*), Brocq(3), Lassa r(l), Dubreuilh (5), Jadassohn (lî), ne nous apportent le plus souvent que des renseignements insuffisants pour permettre une discussion utile.

Ces lacunes seraient moins graves si d'une part le diagnostic de la pelade était infaillible, si d’autre part la coïncidence suffisait pour établir la contagion ; mais il n’en est rien, et, à ce double point de vue, toutes les observations publiées sont passibles de sérieuses objections.

La coïncidence de deux cas de pelade ne prouve pas la contagion; elle pourrait être en effet purement fortuite, ce qui n’aurait rien d’invraisemblable, étant donnée la fréquence relative de la maladie. Mais souvent la coïncidence peut s’expliquer d’une façon plus satisfaisante : nous verrons en effet que la pelade peut se transmettre par hérédité des parents aux enfants; par conséquent, la coïncidence de la pelade chez le père ou la mère et les enfants ne peut pas être invoquée en faveur de la contagion.

En dehors de l’hérédité directe, on doit tenir compte aussi d’une sorte de prédisposition qui se manifeste parfois dans certaines familles chez des frères ou des cousins dont les parents n’ont pas été atteints eux-mêmes de pelade (7).

Dans d’autres cas deux sujets sont frappés en même temps parce qu’ils ont subi tous deux l’influence d’une même cause capable de provoquer l’apparition de la pelade (8).

Même dans les cas où la coïncidence n’est pas susceptible de recevoir une explication rationnelle, elle ne peut fournir qu’une présomption dont la vraisemblance est en proportion du nombre des cas où la coïncidence est observée. Ace point de vue, les épidémies fournissent à la doctrine de la transmissibilité de la pelade un argument d’un bien plus grand poids que les faits de contagion isolée.

Les épidémies de pelade. — Pour les épidémies, comme pour la contagion sporadique, nous trouvons dans les auteurs beaucoup plus d’affirmations que de relations documentées;- ici encore les observations utilisables pour la discussion sont en Irès petit nombre. Nous citerons celles de Gillette (°), Tomma-

(') Leloiiï, Acad, de méd. Paris, juin 1 888.

(2) Besnier, Bull, de V Acad, de méd., déc. 1887, et Rapport sur la pelade, juillet 1888.

(3) Brocq, Gaz. hebd. de méd. et de chir., 1887, p. 507.

(4) Lassar, Therap. Monalsh., déc. 1888.

(5) Dubreuilh, La pelade. Bordeaux, 1888.

(°) Jadassohn, Congrès intern. de dermat. Paris, 101)0, p. 410.

(7) Jacquet a fait connaître un cas de ce genre qui montre combien on doit être prudent dans l’appréciation des faits de coïncidence. A un an de distance, lui-même et son frère furent atteints de pelade au niveau du trou menlonnier; or l’un habitait Paris, l'autre Limoges, et ils ne s’étaient pas vus depuis plus d’un an : il ne pouvait donc pas être question de contagion; mais supposons que les deux frères aient habité la même ville ou qu ils aient eu l’occasion de se trouver ensemble, toutes les apparences eussent été alors en faveur de la contagion. — L. Jacquet, Discussion sur la pelade. Congrès internat, de dermat. et de syphiligr. Paris, 1900, p. 409.

(s) Pavloff cite l’exemple de deux frères dont l’un résidait habituellement à Moscou, l’autre à Pétersbourg et qui furent atteints Ions deux de pelade à la nouvelle de la mort de leur père. ( Comptes rendus du Congrès intern. de dermat. Paris, 1900, p. 585). Voir aussi les faits cités par Olivier, Bull.de l’Acad. de méd., février 1887.

t°) Gillette, Sur une forme singulière d’alopécie partielle. Gaz. méd. de Paris, 18. )9.

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soli ('), Blaschko (*), Ehrenhafl (:), Bowen (4), pour les épidémies d’écoles; celles de Coustan, de Bourguedieu (5), celle des sapeurs-pompiers de Paris pour les épidémies de casernes (6).

Ces observations rachètent-elles au moins leur insuffisance numérique par leur valeur intrinsèque, et leurs conclusions sont-elles assez fortement motivées pour entraîner la conviction du lecteur? Nous ne le pensons pas, cl nous estimons au contraire que leur examen laisse dans l’esprit une impression d’incertitude et de doute. Tantôt les circonstances cliniques sont telles que l’hypothèse de la contagion parait peu vraisemblable; tantôt c’est l’aspect objectif, l’évolution de l’affection qui nous rendent suspect le diagnostic. 11 n’est pas une observation qui échappe complètement à ces objections; toujours il est permis de croire que l’on a eu affaire ou bien à une fausse épidémie de vraie pelade, ou bien au contraire à une véritable épidémie de fausse pelade. Les deux causes d’erreur sont d’ailleurs souvent associées.

Les fausses épidémies. — Remarquons tout d’abord que les épidémies s’observent presque exclusivement dans les écoles primaires, ou dans les casernes, c’est-à-dire chez des enfants au-dessous de quinze ans, ou chez des adultes de vingt à trente ans; dans les grands lycées, dans les écoles supérieures, on n’a signalé que des cas isolés de contagion. Cela revient à dire que les épidémies se voient surtout aux époques de la vie où la pelade est le plus fréquente cl où par conséquent on a le plus de chances de rencontrer des coïncidences fortuites.

11 faut noter qu’au début des épidémies, très souvent il existe un ou deux cas de pelade typique, souvent à forme ophiasique ou décalvante, qui attirent l’attention et suggèrent la crainte d’une épidémie : voir par exemple les observations de Tommasoli, Coustan, Bowen. En pareil cas, le médecin-major ou le directeur de l’école, pratiquent ou font pratiquer l’examen minutieux du cuir chevelu de tous les sujets dont ils ont la surveillance; ils font couper les cheveux ras et, avec une sévérité d’autant plus exagérée qu’ils redoutent davantage la contagion (7), ils isolent et déclarent suspects tous les sujets sur la tète desquels on découvre la moindre tache alopécique; les petites cicatrices de coups, déchûtes, les petites dépilations en aires, congénitales ou consécutives à l’impétigo, aux furoncles, sont considérées comme pelades au début; souvent, surtout dans l’armée, elles sont incontinent soumises au traitement : épilation,

(') Tommasoli, Vierlelj. f. Derm ., 1887, p. 1028.

(2) Blaschko, Monatsh. für prakt. Dermat., 1898, Bd. XXII, p. 650.

(3) Eiirenhaft, Klin. Therap. Woch., 1899, n° 12.

(*) Bowen, Dritish Journal of derm.. 1891, ur 5, cl Journal of cul. and gen.-urin. diseases, septembre 1899.

(5) Bourguedieu, Annales de derm. et desi/ph., 1890, p. 925.

(°) Pour l’épidémie décrite par Coustan et pour celle des sapeurs-pompiers de Paris, voir Dauzats, Recherches sur la contagiosité de la pelade. Thèse de Paris, 1901. — Nous n’avons pas trouvé dans la littérature dermatologique d’indications relatives à des épidémies de pelade dans les armées étrangères.

(7) Brocqafait remarquer que la pelade est devenue plus fréquente, précisément depuis qu’elle est l’objet de mesures d’isolement rigoureuses.

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application de liniments ou emplâtres irritants, si bien que ces alopécies banales prennent l'aspect de pelades véritables et que, même pour le médecin spécialiste, il devient complètement impossible de contrôler le diagnostic (').

Ajoutons que pari ois, dans 1 armée surtout, la pelade peut être simulée dans un but de supercherie (2).

Depuis quelques années, Sabouraud et Jacquet se sont attachés à élucider la question des épidémies de pelade. Malgré la divergence de leurs tendances au point de vue doctrinal, ils ont abouti à des résultats complètement identiques. Ni dans l’armée ni dans les écoles de Paris, c’est-à-dire sur le terrain traditionnel des épidémies de pelade, ils n'ont réussi à en constater un seul exemple. De temps en temps ils ont vu signaler des foyers suspects, mais chaque lois que la vérification a pu être faite, ils ont toujours reconnu qu’il s’agissait de fausses épidémies (r>).

D’après Sabouraud, les épidémies n’existent pas plus dans les casernes que dans les écoles communales; les neuf dixièmes des enfants isolés comme peladiques présentent des alopécies de nature diverse, un dixième seulement sont atteints de pelade authentique, mais toujours on peut s’assurer qu’il s’agit de cas spontanés et indépendants les uns des autres.

Ces conclusions, d’autant plus significatives que Sabouraud admet théoriquement la contagion de la pelade, peuvent, croyons-nous, être étendues à la plupart des observations d’épidémies, et l’on peut considérer comme établi que le plus souvent les prétendus foyers épidémiques ne sont autre chose que des groupements hétérogènes dont le noyau, habituellement constitué par un petit nombre decasde pelades vraies mais spontanées et sans connexions entre elles, est artificiellement grossi par l’adjonction d’alopécies en aires non peladiques, d’origines très diverses, et qui ne sont habituellement pas contagieuses.

Les fausses pelades. — 11 faut reconnaître cependant que tous les cas ne peuvent pas s’expliquer d’une façon aussi simple, et parfois les circonstances

(■) C'est très vraisemblablement ainsi que les choses se sont passées dans une des épidémies sur lesquelles nous sommes le mieux renseignés: celle qui a sévi en 1 880 sur le 122e régiment d’infanterie, à Montpellier. Tandis que le médecin-major Coustan croyait à la pelade épidémique et isolait 12(1 sujets suspects, un autre observateur, Bourguct, constatait que, parmi les soldats peladiques, plusieurs l’étaient déjà avant leur arrivée au corps; que d’autres présentaient des tacbes alopéciques sans rapport avec la pelade et que, en somme, dans aucun cas la contagion n’était nettement démontrée. — Coustan, Rev. cïliyg., 1887, t. VII, p. 555. — Bourguet, Arch. de méd. milit., 1887, p. 155.

(2) On s’explique facilement le but de cette simulation. Les peladeux sont en effet dispensés d’exercices et de corvées, souvent même envoyés en congé; aussi les médecins militaires ont-ils eu la pensée que ceLte maladie avait dû être souvent contractée volontairement. Comme le fait remarquer Dauzats, on ne peut pas contracter volontairement la pelade, mais on peut la simuler par l’épilation et d cite l’exemple d’un ancien infirmier de l’hôpital Saint-Louis qui, pendant son service, réussit plusieurs fois par ce moyen à obtenir des congés et faillit même être mis en réforme.

(3) Ainsi à Cherbourg, sur 55 soldats isolés, Sabouraud n’en a trouvé que U atteints de pelade bien caractérisée; or ces 9 hommes appartenaient à des casernes différentes et plusieurs d’entre eux étaienL déjà malades avant leur arrivée au régiment. De même, à la caserne de Babylone, sur 15 suspects, il ne trouva que 2 peladiques, dont l'un était atteint avant d’être incorporé. — Voir thèse Dauzats.

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dans lesquelles se produit l’alopécie sont telles que la contagion paraît au moins vraisemblable.

Mais ces alopécies contagieuses sont-elles bien des pelades? Si nous en jugeons par les rares documents utilisables dont nous disposons, il est permis d’en douter. Dans l’observation de Bowen, par exemple, il s'agit d’enfants âgés de quatre à quatorze ans; sur G7 pensionnaires d’un orphelinat, Go furent atteints de pelade; les plaques étaient en général très petites, de forme irrégulière, angulaire, etc., très nombreuses (on en a compté jusqu’à 80 sur une seule tète), elles étaient disséminées sans prédominance régionale quelconque; au bout de six mois, tous les enfants étaient guéris. Si l’on compare cette description au tableau classique de la pelade du jeune âge, avec ses localisations presque invariablement marginales, avec ses aires alopéciques peu nombreuses mais souvent étendues, avec sa durée si longue de dix-huit mois en moyenne, on conviendra que les différences sont beaucoup plus frappantes que les analogies.

Nous ne pouvons évidemment pas discuter une à une toutes les relations d’épidémies dont nous avons donné l’indication; aussi bien, comme nous l’avons déjà fait remarquer, le plus souvent elles n’ont que la valeur d’une simple affirmation; or une affirmation ne se discute pas. Mais le fait que c’est précisément dans les observations les plus complètes que les invraisemblances se révèlent le plus nettement doit nous mettre en garde contre les conclusions des autres. Presque toujours l’excès même du pouvoir contagieux, la dissémination irrégulière des plaques sur le vertex, l’absence habituelle de symétrie et de systématisation marginale, enfin la bénignité des lésions (') permettent de conclure que, si dans quelques cas on a eu réellement affaire à une alopécie contagieuse, cette alopécie n’était pas la pelade.

Peladoïdes contagieuses. — - Il ne faut pas confondre en effet la question de la pelade avec celle des alopécies en aires contagieuses. Parmi les lésions capables de simuler l’aspect objectif de la pelade : alopécies innommées de Besnier (2), folliculites décalvantes de Quinquaud (r‘), pseudo-pelades de L. Brocq ('*), peut-être existe-t-il des formes contagieuses (;i).

Un autre type de pseudo-pelade microbienne a été décrit par Nimier (6), Vaillard et Vincent (7), mais les auteurs, après avoir constaté la présence d’un

fi) Dans les rapports des médecins militaires notamment, nous voyons que la moyenne du séjour à l'infirmerie des hommes atteints de pelade est de 50, 50, 58 jours; encore cette durée est-elle qualifiée de très longue. Dans l’épidémie de Montpellier, la repousse a eu lieu généralement au bout de deux mois. ( Thèse de Dauzals.)

(-) E. Besnier, Ann. de dermat. et de syphil., 1889, p. 101, et Notes à la trad. de Kaposi, ‘2e édit., p. 180.

(3) Quinquaud, Bull, de la Soc. méd. des hop., 1888, p. 595.

(4) On trouvera l'exposé de ceLte question avec quelques indications bibliographiques dans le premier volume du présent ouvrage, art. Alopécie, par L. Brocq, p. 541.

(3) IIorand, Contagion de la pelade. Ann. de dermat. et de sypliil., 1894, p. 958.

(°) Nimier, Folliculite parasitaire tonsurante. Gazelle hebdom., 1890.

(7) Vaillaiid et Vincent, Pseudo-pelade de nature microbienne. Ann. de l’Insl. Pasteur, 1890, p. 410.

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coccus spécial dans plus de 40 cas consécutifs, ne l’ont jamais retrouvé depuis et ils n’osent plus maintenir leurs premières conclusions.

En dehors de tous ces faits douteux ou mal connus, il est au moins un groupe

1' ig. 100. — Pseudo-pelade. (Malade de Brocq. Fig. 161. — Pseudo-pelade microbienne.

Cliché de Soldas. ) (D'après Vaillard et Vincent.)

de pcladoïdes contagieuses dont l'existence est scientifiquement démontrée , ce sont les pcladoïdes trichophytiques (').

Elles sont parfois d origine animale et dans plusieurs cas on a pu démontrer qu’elles avaient été transmises par le chat(2). La connaissance de ces faits

(h Sans admettre avec Hutchinson et Crocker que la pelade est dans tous les cas une simple variété de trichophytie, il faut reconnaître que certaines alopécies, dont l'aspect clinique est absolument celui de la pelade, sont en réalité des affections cryptogamiques. Non seulement on a vu dans bon nombre de cas la teigne et la pelade coexister soiL chez le même sujet, soit chez des individus vivant ensemble ; non seulement on a vu sous le microscope et cullivé le tricbophyton dans des cas de plaques chauves considérées cliniquement comme des pelades, mais Crocker affirme avoir vu souvent des plaques de trichophytie se transformer en plaques de pelade, et Dubreuilh et Prêche ont publié un cas de trichophytie démontrée par le microscope et dont l'aspect objectif était tel « qu'il eût été impossible de ne pas le prendre pour une pelade si on n'en avait pas vu le début ». [Ann. de dermat. et de syphil., 1 890, p. 1150.)

Sur cette question des rapports de la trichophytie et de la pelade, voir notamment: Crocker, Diseuses of the skin, art. Alopecia areata. — Germain, Sur quelques lésions simulant la pelade. Thèse de Bordeaux , 1803-1807. — Barret, Des relations entre la teigne et la pelade. Thèse de Paris, 1894. — Arning, Monatsh. fur pract. Dermat., 1894. Bd XVIII, p. 555. — Stowers, Compte rendu in Viertelj. fur Dermat. und Syph., 1881, p. 570. — Napier, Monatsh. /'. pract. Dermat., 1889, Bd XVIII, p. 475. — Abraham, Med. Press and Circular, nov. 1805. — Audrain, Ann. de dermat. et de syphil., 1805, p. 874. — IIollborn, Cenlralbl. fiir Bâcler., 1805, nos 2, 4 et 11. — Schütz, Monatsh. f. pract. Dermat., 1887, p. 07.

(2) WniTEuousE, Journal of eut. and gen.-urin. diseuses, oct. 1895. — Dubreuilh et Prêche, loc. cit. — Germain, loc. cit.

On ne connaît pas, en effet, chez l’animal, d’affeelion analogue à la pelade humaine. Les

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ÉTUDE PATHOGÉNIQUE

fournit l’interprétation la plus plausible de certaines observations de pelade épidémique ou de pelade d’origine animale comme celles de Ilillairet (') et de Bourguedieu (!).

Si, comme le font certains auteurs anglais, on range les peladoïdes contagieuses avec les pelades vraies dans un groupe univoque, la théorie éclectique de la pelade et de sa double étiologie lantôt trophique, tantôt parasitaire, se trouve justifiée. C’était là l’opinion de Tilbury Fox, et Lailler était en somme assez près de s’y rallier. Mais ce n’est pas dans ce sens que l’on comprend en général la théorie dualiste; en France, notamment, on exclut delà pelade contagieuse les différentes formes de trichophytie, et l’on admet que la pelade parasitaire identique à la pelade trophique par tous ses caractères objectifs ou évolutifs s’en distingue uniquement par son origine contagieuse.

Faits contraires à l'hypothèse de la transmissibilité. — La théorie dualiste n’a en somme de valeur que pour expliquer les contradictions que l’histoire clinique de la pelade présente pour ceux qui croient à la transmissibilité, car, à côté des faits rares et suspects qu’on invoque en faveur de cetle hypothèse, il en est d’autres nombreux et indiscutables qui lui sont tout à fait contraires.

El d’abord si la transmission se faisait comme on le prétend par l’intermédiaire des coiffures, des objets de literie, des ustensiles de toilette, tels que brosses, peignes, tondeuses, etc., la pelade devrait être beaucoup plus répandue dans la population pauvre où la saleté, la promiscuité, l’insouciance, réalisent les conditions les plus favorables à la dissémination désaffections parasitaires. C’est ce qui se vérifie pour la teigne; mais pour la pelade il en va tout autrement : les statistiques nous montrent la proportion des malades de ville plus élevée que celle des malades d’hôpital, et Pavlolf (3) déclare que la pelade est nettement plus commune dans les écoles fréquentées par les enfants des classes riches.

Dans les pays où l’alopécie en aires est relativement rare, la filiation des cas devrait être plus aisée à établir et la transmission s’affirmer d’une façon plus éclatante ; or, il n’en est rien : en Russie, par exemple, malgré l’absence de toute mesure prophylactique, la contagion ne s’observe jamais et aucun médecin ne

ouvrages de médecine vétérinaire étanl à peu près muets sur celte question, nous avons demandé quelques renseignements à P. Mégnin, l’éminent parasitologiste ; il nous a déclaré que, à sa connaissance, il n'existait pas chez les animaux d’alopécies contagieuses analogues à la pelade. Deux fois seulement il a vu chez le cheval une dépilation en taches discoïdes avec trichorrexie et canilie, mais celte affection voisine du vitiligo ne s’est nullement montrée transmissible. Ces deux observations ont été publiées par Mégnin dans son Mémoire sur les teignes chez les animaux domestiques. Arch. gén. de méd., 1878. Dans l’armée il a vu plusieurs fois des épidémies de trichophytie transmises du cheval à l'homme, mais il n’a rien vu de pareil concernant la pelade.

(*) Dans l’observation de Ilillairet (Bull, de la Soc. méd. des hop., 1874, p. 129), il s’agit de six employés qui furent atteints presque simultanément de pelade dans un même bureau où un chat qui perdait scs poils aimait à se blottir dans leurs casquettes.

(2) Bouiîguedieu, Histoire d'une épidémie de pelade survenue au 15e dragons à Libourne. Thèse de Bordeaux, 1889.

(s) Pavloff, Rapport du Congrès intern. de Dermat. Paris, 1900.

PELADE

croit à sa possibilité. En Italie, Ciarrocchi permet systématiquement le libre accès de l’école aux enfants atteints de pelade, et jamais il n’a eu à se repentir de sa tolérance. En France, les médecins mêmes qui ont affirmé la contagion ont toujours reconnu qu’clle était rare, irrégulière, qu’elle manquait souvent dans les cas où tontes les circonstances favorables étaient réunies, qu’elle ne se faisait jamais en série, que les enfants une fois sortis de l’école où ils paraissaient avoir contracté la maladie ne la rapportaient jamais dans leur famille, bailler a vu des enfants peladeux contracter à l'hôpital la teigne ou le favus, il n’a jamais observé le fait inverse. Enfin, maintes fois on a vu des sujets atteints de pelade grave généralisée vivre de la vie commune, se marier, fonder une famille, sans jamais contaminer leur entourage, malgré les contacts les plus intimes et les plus prolongés.

Ces faits négatifs ont d’autant plus de valeur qu’ils se sont multipliés depuis quelques années, et que la contagion est apparue d’autant plus rare qu’on s’appliquait davantage à la rechercher. Il est intéressant de suivre «à ce point de vue l’évolution des idées de l’homme peut-être le mieux placé pour bien juger la question : en 1896, au début de ses études sur la pelade, encore imprégné des idées qui régnaient alors à l’hôpital Saint-Louis, Sabouraud écrivait : « Les épidémies (d’école ou de caserne), à l’hôpital Saint-Louis, on les constate 10 fois par an depuis 10 ans »(l); en 1898, après une enquête personnelle poursuivie sans interruption pendant deux années, il déclare que : « la pelade ophiasique de l’enfant jusqu’ici ne lui a semblé aucunement contagieuse; que la pelade séborrhéique de l’adulte l’est certainement, mais très peu et très rarement ». Il ne croit pas que « ni l’une ni l’autre soit jamais devenue épidémique », et il n’a jamais pu observer « la filiation de plus de deux cas consécutifs » (3).

La distance qui sépare ces deux opinions successives mesure tout le terrain perdu par l’idée de la contagion, à la suite de l’observation impartiale cl attentive d’un grand nombre de faits. Sabouraud, il est vrai, croit encore à la contagion, mais il ne retient plus à l’appui de cette théorie que 7 cas de coexistence de la pelade chez le mari et la femme (sur un total de 1500 cas). Ce chiffre est trop minime pour fournir une présomption de contagion et les coïncidences, quand elles sont à ce point exceptionnelles, s’expliquent plus logiquement par l’effet du hasard. On est d’autant plus autorisé à le penser que, sur ces 7 cas positifs, il se trouve 1 cas d’ophiasis, forme dont Sabouraud lui-même déclare la contagiosité invraisemblable.

Nous conclurons donc, pour terminer cette longue discussion, que la transmissibilité de la pelade n’est pas démontrée, et que par conséquent la théorie parasitaire fondée exclusivement sur l’hypothèse de la contagion n est pas admissible dans l’état actuel de la science.

(*) Sabouraud, Étude sur l’origine de la pelade. Ann. de dermat. el de syphil., 1896.

(2) Sabouraud, Traité des mal. de l'enfance. Grancher , Mar fan, Comby, art. Pelade.

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