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II. — - THÉORIE TROPIIONÉVROTIQUE

Une fois écartée celte troublante question de la contagion, si l’on aborde sans idée préconçue l’étude pathogénique de la pelade, on trouve pour ainsi «lire dans chacun doses caractères cliniques, anatomiques et étiologiques, une preuve nouvelle de son origine nerveuse.

Argument clinique. — La pelade, nous l’avons vu, s’accompagne très souvent à son débul de troubles subjectifs : névralgies, paresthésies diverses, fourmillements, engourdissement, sensations brusques de brûlure ou de froid erlacial. Certains désordres vaso-moteurs, comme les bourdonnements d’oreilles et les vertiges, quoique plus rares, sont cependant mentionnés par de nombreux observateurs.

L’intervention du système nerveux peut seule expliquer les caractères objectifs de la pelade : l’anesthésie ou l’hyperesthésie, la flaccidité de la peau, la diminution de l’excitabilité électrique, cl de la réaction sudorale à la pilocarpine, les (roubles vaso-moteurs et sécrétoires, enfin la symétrie et la systématisation si remarquable des localisations.

Au point de vue anatomique, les lésions des poils ou des téguments peladiques sont exclusivement d’ordre trophique; nulle apparence de lésion mécanique comme dans les teignes, ou inflammatoire comme dans les folliculites; rien ({ue des lésions d’atrophie identiques en somme à celles qu’on peut rencontrer dans toutes les alopécies cachectiques ou toxiques.

11 n’est pas jusqu’au traitement qui ne fournisse aussi quelques arguments à la théorie nerveuse; au point de vue local, tous les topiques utiles sont des excitants ou des révulsifs et les antiseptiques semblent n’agir qu’en raison de l’irritation qu’ils produisent. D’autre part, tous les auteurs ont insisté sur l’utilité du traitement général, et personne ne conteste que les médications sédatives ou toniques du système nerveux, l’hydrothérapie, l’électrothérapie, etc., ne réussissent parfois là où tous les topiques ont échoué.

Ainsi par l’étude des symptômes et de l’évolution de la pelade on est déjà amené à considérer cette affection comme le- résultat d’un trouble de l’innervalion. L’analyse des conditions étiologiques démontre plus nettement encore l’influence des troubles nerveux sur la dépilation, et permet de saisir de quelle façon s’exerce celte influence.

Argument étiologique. — Pelades expérimentales par section nerveuse. — Invoquer l'intervention du système nerveux pour expliquer la genèse de l’alopécie en aires, ce n’est pas formuler une hypothèse gratuite, mais une vérité démontrée par l’expérimentation.

En 1880, en effet, Max Joseph (J) a montré que chez le chat la résection du ganglion de la deuxième paire cervicale est suivie, dans un délai variant de

(') Max Joseph, Monatsh. f. prakt. Dermat., 1886, Bd Y, p. 483.

PELADE

cinq a douze jours en moyenne, d’une alopécie occupant le territoire innervé par les branches du nert sectionné. Celle alopécie n’est accompagnée d’aucune lésion de la peau ni de troubles notables de la sensibilité; elle apparaît sous forme de disques réguliers nettement circonscrits et progressant par extension concentrique ; enfin l’examen microscopique ne révèle que des lésions atrophiques de la peau et des poils; il ne permet de constater ni parasites quelconques, ni phénomènes inflammatoires. A tous les points de vue, ces alopécies sont donc absolument identiques à la pelade spontanée de l’homme.

Les expériences de Max Joseph furent ultérieurement reproduites par Mibelli ('), Samuel (*), Behrend (5), par Moskolenko et Fer Gregoriantz (*). A l’exception de Behrend qui sur 9 chats n’obtint que des résultats négatifs, tous confirmèrent en fait l’exactitude des résultats énoncés par Max Joseph. Que l’alopécie soit due à la section de filets trophiques spéciaux comme le pensait Max Joseph, à des troubles vaso-moteurs comme le soutenait Mibelli, ou simplement à l’inflammation comme le voulait Samuel, peu nous importe en somme, et sans discuter l’interprétation physiologique de ces expériences nous sommes autorisés à en retenir les conclusions suivantes :

1° Certains traumatismes nerveux de la région cervicale peuvent produire des alopécies en aires identiques à la pelade; 2° ces alopécies ne sont pas dues exclusivement à l’interruption de la « circulation nerveuse »; car elles ne siègent pas nécessairement clans le territoire du nerf lésé; de plus elles sont ordinairement passagères, même quand la solution de continuité du tronc ner¬

veux est définitive.

Pelades chirurgicales. — L’expérience que les physiologistes ont réalisée de propos délibéré, les chirurgiens l’ont reproduite involontairement sur l’homme, et dans quelques cas la pelade a été la conséquence d’opérations pratiquées sur la région cervicale. Chez un malade qui avait subi l’ablation de ganglions carotidiens, Pontoppidan (s) vit apparaître trois semaines plus tard des plaques d’alopécie en aires d’abord localisées symétriquement à l’occiput, mais qui s’étendirent ensuite à tout le territoire innervé par le nerf occipital supérieur et inférieur et par le rameau postérieur du grand nerf auriculaire du côté opéré. La repousse commença au bout d’un mois et fut complète en quatre mois.

On voit à quel point ce fait est superposable aux résultats expérimentaux de Max Joseph; assurément il est impossible de préciser la lésion nerveuse qui a été produite en ce cas, mais l’existence même de cette lésion est démontrée par les phénomènes de parésie des muscles de l’œil qui sont apparus dès le lendemain de l'opération. Un point important de celte observation mérite d’être souligné : c’est la production d’une pelade bilatérale et symétrique , par un traumatisme nerveux unilatéral .

(') Mibelli, Boit, delta Soc. med. di Siena, vol. V, n°“2, 1887.

(-) Samuel, Virchow's Arch., CXIV, p. r>78.

(3) Behrend, Berl. klin. Woch., 1889, n° 3.

(4) Moskolenko et Fer Gregoriantz, Monatsh. /'. prakt. Dermat., 1899, Bd.XXYlII, p. 501. Voir aussi Pavlof, Comptes rendus du Congrès intern. de demi. Paris, 1990.

(3) Pontoppidan, Monatsh. f. prakt. Demi., 1889, Bd. VIII, p. 51.

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