‹ La pratique dermatologiqueChapitre 132 sur 233 · É T U D E P AT 1 1 U G É N I G U E · texte numérisé non relu

É T U D E P AT 1 1 U G É N I G U E

Bender (*) a observe un lait analogue au précédent ; à cela près toutefois (|uc la cicatrisation de la plaie opératoire exigea près d’un an et que l’alopécie fut beaucoup plus durable puisqu’elle persistait encore quinze ans après l’opération.

Dans une observation de Jacquet (2), il s’agit d’une ophiasis décalvante ayant débuté à la région temporo-pariétale droite un an après une ténotomie du sLerno-mastoïdien du même côté.

Enfin Schweninger et Buzzi (5) ont rapporté un cas de troubles trophiques complexes, sclérodermie, pelade, vitiligo et hémiatrophie faciale développés progressivement un an après l’opération d’un abcès rétro-auriculaire.

Pelades traumatiques. — On peut rapprocher des traumatismes expérimentaux ou opératoires ceux qui surviennent d’une façon purement accidentelle, et l’on a vu apparaître des plaques de pelade après une fracture du pariétal (4), à la suite de coups ou de chutes sur la tête, ou de blessures à la face comme celles qui résultent des duels à la rapière chez les étudiants allemands. Un grand nombre de faits de ce genre ont été mentionnés par Crocker (s), Tyson (6), Sehütz (7), Ollivier (8), etc. Presque toujours la pelade apparaît au voisinage du point traumatisé ou dans le môme territoire nerveux; cependant il n’est plus possible d’admettre ici une section nerveuse, et par conséquent nous sommes amenés à admettre que la névrite, la contusion ou même le choc réflexe peuvent produire la pelade au même titre que la solution de continuité d’une branche nerveuse.

Pelades en connexion avec des affections nerveuses. — L’alopécie en aires se montre parfois associée à diverses affections nerveuses centrales ou périphériques. 11 ne peut pas être question en ce cas de coïncidences fortuites et la superposition topographique de la pelade et d’autres symptômes nerveux met hors de doute la communauté d’origine de ces accidents divers. C’est ainsi que Bærensprung (°) et Romberg(10) ont observé l’association de la pelade à la paralysie faciale du même côté. Dans l’observation déjà citée de Schweninger et Buzzi, et dans une autre de Rosenthal (u), la pelade accompagnait Y hémiatrophie faciale et cette association paraît être particulièrement fréquente puisque Lewin (12), sur 70' cas d’hémiatrophie faciale, a noté une vingtaine de fois l’alopécie en aires.

(') Bexder, Dermal. Centralbl., octobre 1893.

(-) Jacquet, Nature et traitement de la pelade. Ann. de demi, et syph , 1900, obs. XXXII.

(3) Scuwenixger et Buzzi, Zur Kenntniss der Ilemiatrophia facialis progressiva. Cliarilc- Annalen, Bd. XV.

(4) Stowers, Br itish Journal of demi., janvier 1897.

(O R. Crocker, Diseuses of tlie skin. Art. Alopecia areata.

(°) Tyson, Alop. univers. Lancet , février 1880.

(7; Sciiütz, Sechs Falle von Alopecia neurotica. Münch. med. Woch., 1889, n° 8.

(s) Ollivier. Bull, de l’Acad. de méd. Paris, février 1887.

E) Bærensprung, cité par Plattner, Inaug. Dissert. Zurich, 1890.

("’) Romberg, cité par Chambard, art. l>eladc du Dict. encycl. des sc. méd.

(") Rosenthal, Berl. klin. Woch., 1889, n° al.

(li) Lewin, Ilémiatrophie faciale. Charité-Annalcn, 1881.

PELADE

On a signalé la coïncidence de la pelade avec le tabes , le zona (*), la sclérodermie (-), mais l'affection dont les rapports avec la pelade méritent surtout de retenir l'attention, c’est le vitiligo.

Le vitiligo coïncide le plus souvent, mais non toujours (r>), avec des pelades graves, très étendues ou généralisées (4). Le rapport chronologique entre les deux processus est variable; dans une observation de Mathieu par exemple, le vitiligo existait dix ans avant l’apparition de la pelade; d’autres fois l’alopécie précède de quelques mois les troubles de pigmentation (observations de Crocker, Dubreuilh), mais dans la plupart des cas, les deux affections apparaissent à peu près simultanément, et presque toujours elles progressent parallèlement; mais elles n’ont pas nécessairement les mêmes localisations.

11 nous semble difficile d’admettre avec Barthélemy (6) que ces faits s’expliquent par des coïncidences purement accidentelles. On ne peut méconnaître en effet qu’il existe entre le vitiligo et la pelade de nombreuses analogies : les troubles pigmentaires ont une importance capitale dans la pelade, et si l’achromie y est surtout accentuée, on trouve néanmoins des amas pigmentaires, surtout à l’intérieur des poils; d’autre part, le vitiligo peut être par lui-même dépilant, de sorte que dans certains cas, à la barbe notamment, en présence de plaques décolorées recouvertes de poils rares, amincis et décolorés, on peut parfois hésiter entre le vitiligo et la pelade. La plus grande différence qui sépare les deux processus, c’est que la pelade guérit tandis que le vitiligo persiste et, suivant la remarque de Barthélemy, c’est ainsi que les choses se passent en général au cas où les deux affections ont évolué simultanément. En somme, sans faire de la pelade une simple forme de vitiligo, comme le voulait Cazenave, on est autorisé à considérer ces deux affections comme le résultat de troubles trophiques très voisins. Il est vraisemblable que dans certains cas ils peuvent se développer sous l’influence d’une même cause, et leur coexistence s’explique dès lors tout naturellement. Or l’origine nerveuse du vitiligo est incontestable, mais on ne peut pas la rattacher dans l’état actuel de la science à une lésion matérielle des nerfs ou de la moelle. 11 semble donc que de simples troubles dynamiques peuvent, au point de vue de 1 alopécie, produire des effets identiques à ceux des lésions traumatiques ou intlamma-

(*) Cutleiî, Journal of eut. and genit.-urin. diseuses, janvier 1896.

(s) Bille, Areh. fur Demi, und Syph., Bd. XXXVII, p. 266. — Eddowes, Brilish Journal of demi., août 1889. — Voir aussi Rosentiial, loc. cit. — Schweninger cl Buzzi, loc. cit.

(3) Morel-Lavallée, Pelade vitiligineuse. Annales de derm. et syph., 1893, p. 376.

(4) Mathieu, Ibid. — Jacquet, Nature et traitement de la pelade. Ann. de demi, et syph., 1900, obs. VI. — Pellizzari, Analysé in Monalshefle f. prakt. Demi., 1894-, Bd. XIV, p. 41. — Crocker, Dis. of lhe skin, 2e éd., p. 761. — Senator, Charité-Annalen, 1889, Bd. XIV, p. 341. — Dubreuilh, Ann. de derm. et syph., 1895, p. 575. — Feulard, Ann. de demi, et syph., 1895, p. 51. — Gaucher et Bernard, Ann. de derm. et syph., 1899, p. 995. — Heuss, Monatsh. f. prakt. Demi., 1896, Bd. XXII, p. 652, et 1899, Bd. XXIX, p. 340. — Arnozan, Annales de dermatologie et syph., 1891, p. 710. — Hallopeau et Bureau, Annales de dermatologie et syph., 1896, p. 872.

(s) Barthélemy, Ann. de demi, et syph., 1893, p. 405.

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ÉTUDE PATHOGÉNinUE.

loires. Et tic fait on a vu la pelade coïncider avec des névroses pures telles ({ne l’épilepsie (’), la chorée (2), et surtout la maladie de Basedow (3).

Pelades par choc nerveux psychique. — On l’a vue aussi résulter de chocs psychiques, et nous pourrions citer un grand nombre d’observations de pelades émotives. Le plus souvent il s’agit d’une frayeur vive; dans les observations de Leloir ('■), de Frédet (s), il s’agit de sujets qui échappent par miracle à un accident mortel; d’autres fois c’est un chagrin violent, la mort d’un parent, d’un enfant (G) , ou des préoccupations causées par des pertes d’argent (7), ou enfin des soucis, des émotions (8), quelle qu’en soit la cause, qui déterminent l’apparition delà pelade. Dans les cas de ce genre, l’alopécie débute en général presque immédiatement après le choc psychique, elle affecte une marche aiguë et aboutit souvent à la pelade généralisée.

Pelades en rapport avec les maladies générales. — Jusqu’ici nous n’avons envisagé que les faits où la pelade résultait d’un trouble primitif du système nerveux, que ce trouble fût matériel, dynamique ou psychique. Mais il n’en est pas toujours ainsi; nous avons déjà vu que tous les désordres généraux ou locaux de l’organisme, toutes les maladies infectieuses, dyscrasiques, cachectiques, peuvent provoquer ou favoriser l’apparition de la pelade. La syphilis surtout mérite une mention spéciale, et tout récemment A. Fournier(°) a insisté sur la fréquence de l’alopécie en aires au cours des deux premières années de l’infection (10).

Dans la pelade consécutive aux maladies générales, l’intervention du système nerveux est plus effacée; on peut même admettre que la papille pilaire subit directement l’action de certains poisons d’origine bactérienne ou chimique, mais, au point de vue qui nous occupe, le résultat est le même, et l'alopécie, dans ces cas encore, est la conséquence d’un trouble de la nutrition ; elle a toujours le caractère d’un symptôme dystrophique.

Prédisposition. — En dehors des facteurs divers que nous venons de mentionner, on doit attribuer à la prédisposition un rôle important dans la pathogénie de la pelade.

(') Féré, Ann.de derm. et syph., 1893, p. 403.

(2) Ollivier, lue. cil. — Pye Smith, cité par Plattner, Inany. diss. Zurich, 1890.

(?) Basedow, Monatsh. /'. prakt. Derm , 1890, Bd. XXIII, p. 541. — Kohn, Ibid. — Unna, Ibid. — Rille, Arc h. /'. Derm., Bd. XXXVII, p. 200. — Besnier, De la pelade. Rapport à l'Acad. de méd. Paris, 1888.

(*) Leloir, Gaz. des hop., 30 juin 1888.

(5) Frédet», Arch. yen. de méd., 1897, I, 740.

(°) Morton, Monatsh. f. prakt. Derm., 1895. Bd. XXI, p. 387. — Gebert, Aim. de derm. et syph., 1897, i». 1174.

(7) Archambault, Journal de méd. de Bordeaux, avril 1899.

(s) Nous avons vu la pelade apparaître chez un jeune homme quelques jours après son arrivée à Paris où il était venu assister aux derniers moments de son père; il nous a déclaré spontanément qu’il avait eu déjà plusieurs fois des plaques analogues, et toujours à l’occasion de chagrins ou d’ennuis.

(8) A. Fournier, Congrès intern. de derm. Paris, 1900.

(l0) Neisser pense que les plaques de pelade syphilitique peuvent être rapprochées des taches de leucodermie qu’on observe dans la même maladie et qui sur les régions velues s'accompagnent parfois d’alopécie (voir Haslund, Ann. de derm. et syph., 1893).

PELADE

L’existence de la prédisposition est démontrée par la facilité avec laquelle, chez certains sujets, la pelade apparaît et récidive à l’occasion des causes les plus insignifiantes et les plus diverses. Nous ne connaissons pas la nature intime et les éléments probablement multiples de cette aptitude morbide, mais il est vraisemblable qu’elle consiste au moins pour une part dans un déséquilibre des fonctions nerveuses et spécialement dans l’exagération de l’excitabilité réflexe. Tous les observateurs ont en effet constaté comme Tailler l’extrême fréquence de la « nervosité » chez les sujets peladiques, et, A. Fournier, à propos de la pelade des syphilitiques, fait remarquer qu’elle se voit presque exclusivement chez des sujets névropathes, neurasthéniques. Sur trois observations d’association de la pelade et de la maladie de Basedow, il s’agit deux fois de sujets de souche épileptique (').

La prédisposition peut être individuelle, elle peut être aussi familiale, comme l’indique la constatation de la pelade chez deux frères ou deux cousins (a) ; enfin, elle peut être héréditaire.

Hérédité. — L’aptitude héréditaire à la pelade se manifeste dans des conditions diverses :

1° Un sujet atteint de pelade engendre des enfants qui naissent glabres et demeurent tels temporairement ou définitivement (5).

2° Des enfants nés de parents ayant eu la pelade deviennent peladiques à leur tour plusieurs années après leur naissance et même à l’âge adulte (4)). Dans deux cas, l’un de Darier et Lesourd (5), l’autre de H. Muller (6), c’est le grand-père et le petit-fils qui ont eu la pelade; dans une observation de Feulard, la pelade s’est montrée dans trois générations successives chez une femme, chez ses deux fils et chez l’enfant d’un de ceux-ci.

r>° Enfin on peut voir l’alopécie congénitale chez des enfants dont les parents n’ont jamais été atteints de pelade. Il s’agit alors d’un trouble d’évolution qui se manifeste presque toujours par des malformations multiples, en particulier par le retard ou l’arrêt de développement des ongles et des dents (7). Mais l’influence héréditaire est indéniable même dans ces cas, comme le prouve une observation de Thurnam (8), qui a vu l’alopécie congénitale chez deux cousins germains. On pourrait objecter aussi que ces faits doivent être distingués de la pelade vraie; mais les relations étroites qu’ils présentent avec les cas d’alopécie congénitale par hérédité peladique prouvent qu’il est impossible de

(*) Observations déjà citées de Kohn et de Unna.

(-) Observations déjà citées de Jacquet et de Pavlot.

(3) Hutch inson, cité par de Molènes, Alopécie congénitale. Ann. de derm. cl syph., 18%, p. 548. — Ledermann, Monatsh. /'. prakt. Derm., Bd. XXII, p. 518. — Abraham, Brit. Journal of Derm., avril 1895. — E. Fournier, Ann. de derm. et syph., 1900, p. 855.

(4) Feulard, Ann. de derm. et syph., 1897, p. 292. — De Molènes, toc., cil.

(5) Darier et Lesourd, Ann. de derm. et syph., 1898, p. 1009.

(G) IL Muller, in Thèse Platlner, loc. cit.

(7) Rayer, Traite des maladies de la peau, 1855, p. 725, cite d’après Danz le cas de deux Juifs (pii n’avaient ni cheveux ni dents. Voir sur ce type aphanérique Jacquet, Presse méd., 1900, n° 93.

s) Thurnam, cité par de Molènes, loc. rit.

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ÉTU DE P ATI 1 OG ÉN I Q U E .

tracer une ligne de démarcation entre les deux types morbides. Au point de vue des symptômes objectifs, l'identité des alopécies congénitales avec les pelades généralisées acquises est absolue, et nous ferons remarquer que ces grandes décalvantes, qui se transmettent par hérédité, débutent toujours par des disques d’alopécie circonscrite.

Identité de la pelade vulgaire et de l'alopécie névrotrophique. — - Nous avons cherché à montrer, dans les lignes qui précèdent, que l’alopécie en aires peut naître sous l’influence des désordres nerveux les plus variés, matériels, fonctionnels ou psychiques. Cette conception pathogénique n’est en somme guère contestée : les partisans les plus exclusifs du parasitisme admettent euxmèmes la réalité des alopécies trophonévrotiques, mais ils déclarent que ces affections n’ont rien de commun avec la pelade, que ce sont, en réalité, de fausses pelades. Or cette objection est toute théorique; elle ne s’appuie sur aucun fait positif; de l’avis même de ceux qui la formulent, il n’existe ni dans les symptômes, ni dans l’évolution, aucun signe permettant de distinguer les soi-disant fausses pelades nerveuses, de ce qu’ils appellent les pelades vraies. D’autre part, nous avons vu que tout argument tiré de la bactériologie ou de la contagion est irrecevable dans l’état actuel de la science. En l’absence de tout caractère permettant de spécifier ce qu'on entend par les « pelades vraies », on prétend baser le diagnostic différentiel sur un caractère purement négatif : si l’alopécie est en rapport étiologique avec un choc nerveux, ou si elle s'accompagne de symptômes nerveux évidents, on admet qu’il s’agit d’une fausse pelade trophonévrotique; dans le cas contraire, on déclare qu’il s’agit d’une pelade vulgaire. Or ce critérium est illusoire; il conduit à des résultats absolument discordants, car les conclusions de chaque observateur dépendent de ses tendances doctrinales et de ses méthodes d’examen. Ainsi la proportion des pelades nerveuses n’est que de 5 pour 100 pour Crocker, tandis que, d’après Leloir, elle dépasse Û9 pour 100. Sans insister sur la signification d’un écart aussi considérable, nous ferons simplement remarquer que le chiffre indiqué par Leloir prouve suffisamment la fréquence des symptômes nerveux de la pelade, et il permet de soupçonner que, dans bien des cas, leur absence apparente est due à l’insuffisance de l’examen clinique.

Les recherches poursuivies depuis quelques années par L. Jacquet confirment cette supposition ; elles tendent à prouver que les symptômes nerveux sont pour ainsi dire constants dans la pelade, et que s’ils passent souvent inaperçus, c’est qu’ils sont trop atténués ou trop éphémères, ou que leur rapport avec l’alopécie est trop peu manifeste pour attirer l’attention du malade et même celle du médecin non averti.

Nous ne pouvons exposer ici en détail tous les faits nouveaux mis en lumière par Jacquet et les aperçus ingénieux qu’il a formulés sur la pathogénie de la pelade; mais nous présenterons dans une vue d’ensemble la conception pathogénique qui synthétise ses différents travaux et constitue la plus complète et la plus rationnelle des théories proposées pour expliquer la nature trophonévrotique de la pelade.

PELADE

THÉORIE DYSTROPHIQUE DE JACQUET (ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE GÉNÉRALES DE LA PELADE)

D’après Jacquet (') la pelade est une dermatose banale, caractérisée par des dépilations locales et par des troubles fonctionnels auxquels peuvent participer tous les organes de la peau : troubles glandulaires se manifestant par l’exagération ou la diminution des sécrétions sébacée et sudorale; troubles vasculaires, révélés par l’érythème peladique initial, l’œdème, l’anémie cutanée, les varicosités sous-peladiques ; troubles nerveux consistant en névralgie spontanée ou latente, hyperesthésie ou anesthésie superficielle et profonde (2);

Fig. 162. — Hypotonie peladique Pelade à grandes aires. (Malade de L. Jacquet, cliché Dubray.)

Fig. 165. — Hypotonie peladique. Pelade sypliiloïde. (Malade de I.. Jacquet, cliché Dubray.)

enfin, (roubles dermiques caractérisés par l'hypotonie du tissu conjonctif, élastique et musculaire lisse, d’où résultent la flaccidité, l’atrophie de la peau et l’altération des réflexes cutanés.

Ces réactions des téguments peladiques, fréquemment liées à des troubles atténués mais diffus du système pilaire tout entier (séborrhée, hyperidrose,

(i) l. Jacquet, Nature et traitement de la pelade. Ann. de demi, el syph., 1900. p. 585- 090-92 \ ; et la Pelade d’origine dentaire. Ann. de dermat. el de syph., 1902, p. 97.

p) Quelques-uns des faits découverts par Jacquet avaienL été entrevus antérieurement; ainsi l’érythrose avait été notée par II. Muller (Plattner, Wesen und Ursàchen der Alopecia Areata. Tnaug. dissert. Zurich, 1890); l’existence de points douloureux à la pression avait été signalée par Pincus. — Ces deux auteurs ont même indiqué dans la pelade des signes d’irritation sympathique qui jusqu’ici n’ont pas attiré l’attention de Jacquet: d’après Pincus (Schütz, Monatsh. /'. prakt. Derm., 1887, Bd. VI, p. 296. — Voir aussi Thèse de Plattner) la luette serait parfois déviée et la pupille rétrécie du côté peladique; Muller a constaté dans plusieurs cas de l’inégalité pupillaire par myosis ou mydriaso du côté peladique, el parfois même de la ptose.

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ÉTUDE PATHOGÉNIQUE

hypotonie, lésions des poils et alopécie diffuses), constituent ce que Jacquet appelle Y atmosphère locale directe de la pelade.

La dermatose est favorisée par une prédisposition dont les principaux facteurs sont :

1° La déséquilibra lion nerveuse , admise par tous les auteurs;

2° Une viciation organique complexe révélée par l’analyse hémo-urologique (') ;

T»0 Enfin Y hérédité , dont le rôle s’explique par la transmission de la prédisposition (pelades héréditaires, pelades familiales, agénésie pilaire) (2).

La viciation organique explique pourquoi chez les peladiques on trouve si souvent, dans les organes les plus divers, des troubles et des lésions de même ordre que ceux de l’aire peladique, notamment l’hypotonie vasculaire et conjonctive se traduisant par des phlébectasies généralisées ou régionales (varices, varicocèle, hémorroïdes), des ptoses cutanées et viscérales (dilatation gastrique, inertie intestinale, hernies, etc.). Elle explique aussi la fréquence des lésions dentaires dans les familles des peladiques, la même influence générale entraînant également l’altération de ces deux organes de même type anatomique : le poil et la dent (3).

La pelade, ainsi préparée par des causes lointaines et profondes, est déterminée et fixée par des irritations locales partant d’un point quelconque des neurones centripètes (pelades réflexes) et sans doute aussi des centres (pelades centrales).

Les pelades réflexes sont les mieux connues ; leur point de départ, très variable, peut être viscéral (gastrique, intestinal (’1), broncho-pul-

(') Les nombreuses analyses pratiquées par L Jacquet et Portes montrent qu’il existe presque constamment chez les peladiques des troubles urologiques dont les plus habituels sont l’élévation du coefficient de déminéralisation, l’augmentation des chlorures et la diminution des phosphates. Dans plusieurs cas la guérison de la pelade a coïncidé avec le retour de l’excrétion urinaire à la normale.

Dans trois cas où ils ont pu faire l’analyse du sang, Jacquet et Portes ont trouvé une hypochlorémie très marquée coïncidant avec Y hyperchlorurie urinaire. (L. Jacquet, Lésions dentaires, hypotonie et viciât, urin. Ann. de derm. et syph., 1901, p. 151. — L. Jacquet et Portes, Troubles du chimisme sanguin et urinaire dans la pelade. Ann.de derm. et syph., 1901, p. 287 et 522.)

(2) Pour Jacquet, l’arrêt de développement du système pileux qui constitue l’agénésie pilaire est physiologiquement équivalente à la dépilation de la pelade. Il a vu plusieurs fois les poils de la barbe ou du pubis ne pas se développer chez des adolescents atteints de pelade du cuir chevelu. — L’agénésie a les mêmes localisations que la pelade; elle peut coexister avec celle-ci soit chez le même individu, soit dans la même famille.

(r>) L. Jacquet, Rapports de la pelade avec les lésions dentaires. Ann. de derm. et syph., 1900, p. 1189.

(4) 11 existe notamment une pelade d’origine helminthiasique; Eichliorst (Thèse Plaltner) a incriminé les ascarides. Rodionoff (anal, in Ann. de derm. et syph., 1895, p. 214) a publié deux cas de pelade provoquée par des accidents nerveux imputables au ténia et guérie par l'expulsion du ver. Muller, Plattner avaient déjà signalé la coïncidence de la pelade et du ténia. Jacquet a observé un cas de pelade chez un enfant dont les selles fourmillaient d’oxyures (communication orale). — L. Brocq a observé un malade chez qui les récidives de pelade coïncidaient manifestement avec des crises de constipation opiniâtre (communication orale].

SCHÉMAS EMPLOYÉS PAR JACOUET POUR FIGURER LA LOCALISATION ET LES SYMPTOMES DE LA PELADE (')

Fig. ICI. — Pelade pariétale avec fluxion, hémiérylhrose et hémi-hyperesthésie par éruption précoce de la 3’ molaire inférieure droite. (E. Jacquet.)

Fig. 106.— Pelade médiane de la nuque par éruption simultanée des deux secondes molaires inférieures. (L. Jacquet.)

Fig. 163. — Pelade sous-maxillaire avec hémi-hyperesthésie et hyperthermie, par éruption de la 3" molaire inférieure droite. (L. Jacquet.)

Fig. 167. — Pelade de la nuque avec hémi-éry- Ihrose, hémi-hyperesthésie et hyperthermie par éruption tardive de la 2“ molaire inférieure gauche. (L. Jacquet.)

Dent en évolution .

Hyperesthésie. .

Dentier .

'YV\

Dent cariée. . . .

Fluxion .

Dépilation diffuse.

Dent névralgiée. .

Ërythrose. .

Hyperthermie. . .

Point névralgique.

Gingivite .

Hypothermie. . . .

(') Les schémas et figures illustrant le texte relatif à la théorie de Jacquet sont dus h Charropin.

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ÉTUDE PATHOGÉNIQUE

monaire, génital ('), olc.) ou périphérique, auriculaire el surtout dentaire.

Ces causes diverses peuvent d’ailleurs se combiner entre elles et avec d’autres conditions d’ordre général, de façon à réaliser des groupements complexes de facteurs étiologiques ou « sommations peladogènes » (2).

Simples ou associées, les irritations locales déterminent dans les appareils

Fie. ICS. — Systématisation de l’alopécie dans un cas de pelade généralisée.

(Malade de L. Jacquet.)

en connexité fonctionnelle immédiate avec elles une série de troubles réactionnels sympathiques qui constituent Y atmosphère peladique locale indirecte.

Le mieux étudié de ces syndromes réflexes est celui que provoque la lésion ou l’éruption des dents ( syndrome odontopathique ou néodentaire) (3). Ses élé-

(*) Rayer ( Traité des maladies de la peau , 1835, p. 715) rapporte l’observation d’un homme chez qui la pelade apparut au cours d’une blennorragie rebelle. Muller ( Corresp . /’. scluo. Aerz-le, 1891, n° 1) a cité 1 cas analogues. Pavlof ( Comptes rendus du Congrès intern. de demi. Paris, 1900, p. 395) a mentionné un cas de pelade survenue à la suite de la dilatation d’un rétrécissement il ré Irai.

(2) L. Jacquet, Les sommations peladogènes. Bull, de la Soe. mcd. des hôp., 7 mars 1902. — P. Déiiu, Un cas de sommation peladogène. Ibid., 14 mars 1902.

(3) L. Jacquet, La pelade dentaire. Ann. dermat. et syphiligr., 1902, p. 180. — D’après Jacquet, la pelade d’origine dentaire serait très fréquente : il fait remarquer que les périodes de la vie où la pelade atteint son maximum (de 4 à 12 et de 20 à 30 ans) correspondent aux phases actives de l’évolution dentaire. — Les dentiers artificiels paraissent aussi avoir une influence toute spéciale sur le développement de la pelade.

Dans un travail sur l’étiologie de la pelade (Berl. klin. Wneh.. nos 5 et 0), Max Joseph avait

PELADE

ments les plus habituels sont, l’érythrose faciale, l’hyperthermie ou l’hypothermie, l’adénopathie, l’hypertrophie amygdalienne, la névralgie spontanée

Fig. 169. — Sièges d’élection de la pelade, les disques rangés par ordre décroissant d’importance numérique.

1, sus-auriculairè. ■ — 2, latéro-mentonnier. — 3, rétro-mastoïdien. — 4, sus-mastoïdien. — 5, nuchal. — 7, sus-hyoïdien. — 8, médio-pariétal. — 9, rétro-frontal. — 10, latéro-frontal. — 11, angulo-maxillaire. — 12, 12, sincipilaux. — 13, 13, 15, 13, 13, 13, médio-mentonniers ; labiaux; lambdoïdes; médio-l'rontaux; occipital; zvgomalique.

Fig. 170. — Innervation cervico-faciale; trijumeau; plexus cervical superficiel; nerf occipital d'Arnold. Les branches motrices de la 7' paire ne sont pas représentées. (D’après Van Gehuchten, Frobse et une dissection de Rieffel.) Celte figure montre les régions d'innervation minima physiologique.

ou latente et l’hyperesthésie superficielle et profonde; enfin, comme réaction plus tardive, la dépilation diffuse ou en aires, la pelade.

La localisation de ce trouble trophique n’est pas fortuite ; elle se fait de préférence sur certaines régions qui méritent le nom de zones peladophores (')

signalé que la pelade « commence souvent à l’époque de la dentition et de la puberté ». C’est la seule idée relative à l’origine dentaire de la pelade que nous ayons trouvée dans les travaux antérieurs à ceux de Jacquet. Au contraire il avait été publié déjà quelques faits où l’on peut trouver la confirmation rétrospective de la théorie de Jacquet Ainsi Knaggs (in Robinson, Med. rce., sept. 1887, p. 401) a cité un cas de pelade consécutive à de violentes névralgies dentaires. — Isaac (Dermat. Verein zu Berlin, il février 1890. Compte rendu in Monatsh. f. prakt. Derm., Bd. XXII, p. 372) a vu la pelade se montrer à la suite de l’extraction d’une dent. Plus récemment, Ter Grégoriantz a publié une observation de pelade de la moustache gauche chez un homme portant un dentier et présentant de la gingivite autour d’une racine cariée à gauche.

(*) Les zones peladophores constituent des sortes de déserts nerveux intercalés entre les territoires de distribution des différents nerfs (Fig. 170). Cette remarque enlève toute valeur à l’objection souvent faite à la théorie nerveuse de la pelade, que la distribution des plaques alopéciques ne suit pas les trajets nerveux.

[P DÈHU .]

ÉTUDE PATHOGÉNIQUE

(Fig. 169). Cos zones correspondent à des territoires d 'innervation minima physiologique (Fig. 170), et la pelade se systématise sur les points qui sont plus directement en connexion nerveuse avec la région où siège l’épine polad o gène.

Cette systématisation est fréquemment troublée par des causes locales extérieures créant sur les régions pilaires des points de moindre résistance,

c’est-à-dire d 'innervation minima pathologique (lésions inflammatoires, parasitaires on traumatiques de toute sorte, compression par les peignes, etc.). Souvent aussi la pelade éclôt au point de convergence de deux facteurs locaux, l’un interne, l’autre externe [rayonnement alopéciant d’une folliculite, etc.).

De ces données pathogéniques découle logiquement la conclusion suivante, déjà vérifiée par l’expérience, c’est que, pour guérir la pelade, il faut tout d’abord faire cesser la cause du syndrome sympathique réflexe, c’est-à-dire supprimer l’épine irritante peladogène.

En résumé, la pelade est une dermatose banale, réalisant « l’unité de pathogénie dans la variété et la multiplicité d’étiologie ». C’est une maladie à la fois générale par la viciation organique qui la prépare, et locale par son point de départ parfois multiple aux extrémités muqueuses ou cutanées des neurones sensitifs.

On voit quel intérêt et quelle ampleur prend la question de la pelade à la suite des travaux de Jacquet. Assurément tout n’est pas démontré dans sa théorie, et, sur bien des points qu’elle soulève, il serait prématuré de porter dès à présent un jugement définitif. Mais on doit reconnaître que sa conception étiologique cadre bien avec les faits connus et les explique d’une façon rationnelle; plus compliquée en apparence que celles qui ont été formulées antérieurement, elle est, au fond, mieux coordonnée et plus précise: elle se trouve, du reste, sur les points essentiels, en parfait accord avec les idées exprimées récemment parles partisans de la doctrine trophonévrotique, comme Mibelli, Ciarrocchi, Pavlof. On peut la considérer en somme comme l’épanouissement de cette doctrine, dont le premier germe se trouve dans la définition formulée en 1858 par Bærensprung (’) : « L’alopécie en aires est la con-

(') BÆnENSPm NG, Ueber Area Celsi. Charité-Annalen, 1 SAS. VIII. Jahrg., lleft 5, S. 50.

Fig. 171. — Montrant la topographie des noyaux des nerfs crâniens sur le plancher du quatrième ventricule. Sur la droite du dessin se voit: en bas , la racine descendante du trijumeau, en continuité avec la colonne grise, origine des nerfs rachidiens; en haut, la racine ascendante du trijumeau en contiguïté avec les noyaux d’origine du moteur oculaire commun et du pathétique. Cette contiguïté nous explique' l'existence si fréquente chez les peladiques de troubles moteurs oculaires.

(L. Jacquet, d'après Poirier et Charpy.)

PELADE

séquence d’un trouble de nulrilion limitée de la peau, dont la condition est l’inhibition de l’inllux nerveux...; on la voit le plus souvent en connexion avec certains troubles constitutionnels qui pourtant ne relèvent pas d’une dyscrasie spécifique. »

DIAGNOSTIC

En raison de l’extrême diversité des aspects cliniques que peut revêtir la pelade, il nous parait utile au point de vue du diagnostic d’en distinguer trois variétés :

Les pelades généralisées ;

Les pelades marginales symétriques ;

Les pelades en aires circonscrites.

Pelades généralisées. — La plupart des alopécies généralisées sans lésion de la peau, qu’elles soient acquises ou congénitales, rentrent, croyons-nous, dans le cadre de la pelade. Dans quelques cas exceptionnels cependant la dépilation totale peut être consécutive à une intoxication ou à une pyrexie ; mais les commémoratifs sont alors assez nets pour éviter toute erreur.

Pelades marginales symétriques. — Quand la pelade est franchement ophiasique, c’est-à-dire qu’elle dessine à la bordure du cuir chevelu, en partant de la nuque, une bande symétrique limitée en haut par une série de festons à concavité inférieure, le diagnostic s’impose et nulle confusion n’est à redouter. Mais les pelades marginales n’ont pas toujours cette régularité schématique; dans le cas surtout où elles siègent aux régions temporales et mastoïdiennes, sans intéresser la nuque, leur aspect est moins caractéristique, et d’autres alopécies peuvent les simuler.

Les dépilations consécutives à Y accouchement, aux pyrexies , notamment à la fièvre typhoïde , et en général à toutes les maladies aiguës ou cachectiques, sont localisées surtout aux régions temporales et pariétales : elles sont presque toujours incomplètes et diffuses, et ne présentent pas la limitation nette des plaques de pelade.

Dans, l’intoxication par Y acétate de thallium , le maximum de la dépilation se fait aussi suivant les localisations ophiasiques, mais tout le système pileux est atteint presque simultanément et la chute totale se fait en l’espace de quelques jours (').

Le monilethrix , outre sa prédominance au vertex, peut présenter une dépilation en couronne rappelant vaguement l’ophiasis, mais 1 aspect caractéristique des cheveux suffit pour rendre toute erreur impossible.

Certaines alopécies congénitales rappellent beaucoup plus exactement 1 as-

P) Jeanselme, Ann. de demi, et syph., 1899, p. 999.

[P DÉHU]

DIAGNOSTIC

pccl de la pelade ; ce sont des plaques glabres, le plus souvent temporales et symétriques, mais qui peuvent occuper toute la bordure du cuir chevelu en fer à cheval. Leur nature n’est pas encore bien établie; on les a attribuées à un traumatisme par le forceps, mais cette hypothèse n’est pas applicable à tous les cas ; de plus, elle ne se concilie pas avec l’état de la peau qui est lisse, mais non cicatricielle ; il est possible qu’il s’agisse là d’une forme d’agénésie pilaire, par conséquent d’une affection analogue sinon identique à la pelade (‘).

Pelades en aires circonscrites. — Les alopécies en taches limitées peuvent se montrer, soit sur la zone marginale, soit sur la zone centrale du cuir che-

Fig. 172. — Pelade chez une femme myxœdémaleusc (L. Jacquet, cliché Dubray.)

Fig. 173. — Pelade en clairières d’aspect syphiloïdc. (E. Jacquet, cliché Dubray.)

velu ; dans le premier cas, même s’il s’agit d’une plaque unique arrondie et asymétrique, le diagnostic de la pelade est vraisemblable, du seul fait de la localisation. Au contraire, s'il s’agit de taches décalvées situées sur le sommet de la tète, les causes d’erreur sont beaucoup plus nombreuses et l’on devra rechercher avec d’autant plus de soin les caractères positifs de la pelade, tels que l'hypotonie, les troubles de sensibilité, la présence de cheveux mas sués, etc. On devra en outre recourir à l’examen microscopique et à la culture pour exclure le diagnostic de trichophytie.

Parmi les maladies générales, la syphilis est la seule qui puisse produire une alopécie analogue à la pelade en plaques disséminées asymétriques. Mais l’alopécie syphilitique est caractérisée par des clairières, c’est-à-dire par des surfaces où les cheveux sont seulement éclaircis; de plus ces clairières sont

(l) Danlos, Ann. de derm. el syph., 1901, p. 432. — Germain, Thèse de Bordeaux , 1890-

1897. — Üelalsaude, Thèse de Bordeaux, 1895. — Audry, Journal des maladies cul. el syph.,

PELADE

beaucoup plus petites et plus nombreuses que ne sont habituellement les plaques de pelade; enfin elles s’accompagnent d’une dépilation diffuse notable qui manque ou reste imperceptible dans la pelade.

Ce sont surtout les alopécies de cause locale qui peuvent simuler la pelade : nous examinerons successivement les alopécies traumatiques, parasitaires, inflammatoires et atrophiques.

Alopécie s traumatiques. — Il nous suffira de mentionner les alopécies par usure des cheveux, telles qu’on les observe à l’occiput chez les enfants en bas âge. Chez les femmes, on peut voir surtout au vertex, des plaques d’alopécie causées par la pression des peignes ou des épingles et par le frottement des postiches.

L 'épilation donne lieu à des surfaces glabres qu'il est fort difficile de distinguer de la pelade. L’hypotonie de la peau, la présence de cheveux atrophiés, massués ou caducs au pourtour de la plaque permettent d’affirmer la pelade, mais il ne faut pas oublier que ces caractères manquent souvent à la période d’état ; s’il a affaire à un simulateur habile, le médecin pourra se trouver dans un embarras extrême.

A lasuite d’une contusion ou d’un traumatisme quelconque du cuir chevelu, il peut se faire une dépilation circonscrite qui, pour Jacquet, serait de la pelade vraie; celle opinion n’est pas généralement admise, mais à défaut de cicatrice, nul caractère objectif ne permet d’affirmer un diagnostic qui ne peut être fait que par les commémoratifs. On en peut dire autant des alopécies par application de rayons Rontgen ; elles sont dues vraisemblablement à un trouble lror phique du même ordre que celui de la pelade spontanée; la repousse est la règle, mais elle peut être très tardive.

Alopécies parasitaires. — Les affections cryptogamiques ne peuvent guère être confondues avec la pelade dans leurs formes typiques, mais seulement dans leurs variétés frustes ou anomales.

Le favus à la période d’activité présente une bordure franchement inflammatoire; les cheveux y sont engainés et contiennent du mycélium et des spores d’achorion; après la guérison l’aspect cicatriciel de la peau suffit à exclure le diagnostic de pelade.

La teigne tondante peut quelquefois ressembler à une plaque de pelade à cheveux fragiles, mais dans la teigne, la peau est couverte de squames grisâtres, et le cheveu est entouré d’un manchon de spores. Dans certains cas de trichophytie peladoïde, la difficulté du diagnostic est telle qu’elle ne peut être tranchée que par l’examen microscopique; encore doiton se souvenir que dans ces formes de trichophytie, le parasite est rare et difficile à mettre en évidence (■) ; il faudra sè conformer aux indications données par Crocker pour cette recherche; on devra notamment choisir pour l’examen les petits fragments de gaine restés adhérents à la racine des cheveux.

.(*) Scuütz, Monalalt. /'. prakt. Demi., 1887, p. 07.

[p DÉHV ]

DIAGNOSTIC

Alopécies inflammatoires. — Les affections inflammatoires tin cuir chevelu

comme Y érysipèle, les abcès, sont presque constamment suivies de plaques alopéciques qui peuvent présenter un aspect peladoïde. La dépilation en pareil cas est souvent brusque mais ne manifeste aucune tendance à l’extension; la notion des commémoratifs permet toujours de la rattacher à sa véritable cause.

On en peut dire autant des alopécies consécutives aux tumeurs du cuir chevelu telles que loupes, ou hématomes.

11 est d’autres alopécies d’origine inflammatoire qui donnent lieu, surtout dans les écoles, à des erreurs fréquentes ; ce sont celles qui se montrent à la suite de 1 impétigo et des furoncles; leur diagnostic différentiel a été minutieusement décrit par Sabouraud : Dans Y impétigo, la dépilation se fail six semaines environ après le début de la dermatose ; elle résulte surtout de l’arrachement mécanique des cheveux qui tombent en même temps que les croûtes auxquelles ils adhèrent.

Même en dehors de tous renseignements sur la phase initiale de l’affection, l’origine des plaques chauves peut se reconnaître : à leur multiplicité, à leur forme ovale et au contour déchiqueté de leurs bords; à leur localisation habituelle au vertex; à la minceur et à la couleur rosée de l’épiderme jeune qui les recouvre.

Les alopécies post-f uronculeuses succèdent à de petits furoncles, ou plutôt à des folliculites ordinairement nombreuses et à peu près insensibles ; quelques semaines aprèsleurguérison, ces petites lésions deviennent le siège de plaques alopéciques qui sont caractérisées : par

Fig. i/o. — Pseudo-pelade de Brocq. (Malade de L. Brocq, cliché de Sottas.)

Fig. 171. — Alopécie post-érysipélateuse.

PELADE

leur multiplicité, leurs faibles dimensions (elles ne dépassent pas le diamètre dune pièce de 50 centimes); enfin par la petite cicatrice rouge et déprimée qu’on retrouve à leur centre.

A côté de ces folliculites aiguës dans lesquelles la pustulation est le phénomène principal et qui ne provoquent l’alopécie que sur la très petite étendue occupée par la cicatrice elle-même, il existe un groupe d’affections chroniques dont les symptômes inflammatoires sont atténués, parfois même imperceptibles et qui produisent cependant des plaques d’alopécie définitive d'une certaine étendue par suite de la formation de folliculites nouvelles récidivant constamment au voisinage des premières. Ces affections ont été décrites sous des dénominations multiples répondant à des variétés cliniques nombreuses :

acné dêcalvante de Lailler et Melchior Robert ; alopécies pseudo- cicatricielles innominées de E. Besnier; folliculites décalvantes de Quinquaud ; pseudo-pelades de L. Brocq. Besnier ainsi que Brocq divisent en deux groupes ces affections encore mal connues : dans un premier groupe les symptômes inflammatoires sont à peu près imperceptibles à l’œil nu ; dans le deuxième groupe il y a des folliculites bien nettes, mais dont le nombre et l’intensité ne sont pas en rapport avec l’alopécie

1 Fig. 176. — Pseudo-pelade. A ariété acné decal-

qu elles provoquent. Les caractères vante. (Malade de L. Brocq. cliché de Sottas.)

distinctifs de ces alopécies sont les suivants : leur siège habituel est le vertex ; la peau amincie et d’aspect lisse n’est cependant pas franchement cicatricielle; les cheveux malades extraits à la pince montrent une gaine vitreuse tuméfiée ; la dépilation se fait sous forme de taches lenticulaires apparaissant successivement au voisinage les unes des autres de façon à former une surface à contours géographiques très irréguliers parsemée d’îlots de cheveux épais; l’alopécie est définitive.

Le sycosis lupoïde décrit par Brocq, et qui peut dans la barbe ressembler à la pelade, n’est sans doute qu’une variété de folliculite dépilante. L 'alopecici circurnscripta seu orbicularis de Neumann, caractérisée par la politesse des plaques et leur grand nombre, par la dépression très marquée de la peau, enfin par l’alopécie définitive, rentre très probablement aussi dans le cadre des pseudo-pelades.

Alopécies atrophiques. — Bien que la constatation de l’état cicatriciel de la peau suffise pour exclure le diagnostic de pelade, il est pourtant un certain nombre de lésions atrophiques circonscrites qui peuvent offrir au premier abord une apparence assez peladoïde pour motiver des confusions.

Il est en général facile de reconnaître une cicatrice : la surface dépilée est

PRATIQUE DERMATOLOGIQUE. — III. 45

[P DÉHU ]

PRONOSTIC

clans ce cas irrégulière de forme, longitudinale, angulaire; la peau a perdu son grain normal et les orifices folliculaires sont effacés; souvent enfin la tache cicatricielle est gaufrée, radiée ou déprimée.

Le lupus érythémateux du cuir chevelu est presque toujours accompagné de lésions analogues du nez ou des oreilles; même quand il est isolé on le reconnaît à son centre déprimé, à sa bordure rouge saillante, sensible à la pression et recouverte de squames grises très adhérentes.

La sclérodermie en plaques on morphée , quand elle apparaît sur une région velue, s’accompagne de dépilation absolue; si elle affecte une forme à peu près arrondie, elle peut prêter à confusion, mais l’infiltration, l’atrophie et la consistance cartonnée de la peau, la présence fréquente d’un lilac ring la différencient nettement de l'alopécie en aires.

Nous avons souligné l’étroite parenté qui unit le vitUigo à la pelade; cependant le vitiligo se distingue par la présence de taches hyperpigmentées à la périphérie des surfaces achromiques; il a quelquefois une bordure rosée un peu saillante; sa marche est beaucoup plus lente, et sa régression plus rare; mais aucun de ces caractères n’est absolu, et dans certains cas l’alopécie et les troubles pigmentaires sont combinés de telle façon qu’on est obligé d’admettre le diagnostic de pelade vitiligineuse.

Diagnostic étiologique. — Après avoir indiqué les principaux éléments du diagnostic différentiel de la pelade nous devons dire aussi quelques mots de son diagnostic étiologique.

Nous avons cherché à montrer que la pelade est le plus souvent la résultante de l’action combinée de multiples facteurs. Pour arriver à dégager ces facteurs dans un cas donné de pelade, le clinicien doit poursuivre son enquête dans trois directions principales : recherche des tares nerveuses, recherche des troubles de nutrition, constitutionnels ou accidentels, enfin recherche des causes occasionnelles : maladies, fatigues, émotions, ou lésions locales susceptibles de provoquer un trouble réflexe. Il ne faut négliger ni l’exploration de la sensibilité, ni l’analyse urologique, ni l’étude des antécédents du malade, ni surtout l’examen complet de ses divers organes. Les lésions dentaires paraissant jouer un rôle important dans la genèse de la pelade, on apportera une attention particulière à l’examen de la cavité buccale.

C’est seulement après cette enquête complète qu’on sera en mesure de formuler un diagnostic étiologique et par conséquent aussi de risquer un pronostic rationnel et d’instituer un traitement efficace.

PRONOSTIC

En dehors des indications spéciales fournies par la notion des conditions étiologiques propres à chaque cas particulier, le pronostic de la pelade comporte aussi quelques indications générales. On peut admettre que, sauf excep-

PELADE

lions, la gravité de l’alopécie est en raison directe de son étendue, de son ancienneté, du nombre de ses récidives.

Les pelades généralisées sont constamment graves, rebelles, de longue durée; leur guérison, toujours possible, est toujours incertaine; mais, si anciennes soient-elles, on n’est jamais en droit de les déclarer incurables : Besnier a vu la repousse se faire après plusieurs années; Michelson cite môme un cas de restitution intégrale de la chevelure après trente-cinq ans d’alopécie.

Dans les alopécies circonscrites la localisation est un élément capital de pronostic.

Les pelades marginales , qu’elles soient à l’état de disques isolés, ou qu’elles réalisent le type de l’ophiasis, se caractérisent par leurs tendances extensives et leur durée très longue; celles qui siègent à la nuque sont les plus rebelles. D’après Sabouraud, l’ophiasis chez les enfants dure un an au moins, dix-huit mois en moyenne et souvent bien davantage.

Les alopécies en aires de la région centrale du cuir chevelu sont beaucoup plus bénignes; elles guérissent habituellement en trois à six mois, quelquefois môme en six semaines dans les cas particulièrement favorables.

Les pelades de la barbe sont comparables pour la ténacité à celles de la zone marginale du cuir chevelu; elles récidivent fréquemment et se terminent assez souvent par la guérison incomplète avec poils grêles et disséminés.

Chez les enfants, la pelade prend volontiers la forme ophiasique décalvante; mais en règle générale, elle guérit spontanément à l’époque de la puberté. Chez les sujets ayant dépassé l’âge moyen de la vie, la canitie de repousse persiste parfois définitivement.

On ne doit pas oublier que les maladies générales et tout spécialement la syphilis ont sur l’évolution de la pelade une influence néfaste.

ÉTUDE THÉRAPEUTIQUE

1° PROPHYLAXIE

Bien que pour nous les alopécies en aires que l’on désigne couramment sous le nom de pelade reconnaissent dans l’immense majorité des cas une origine trophonerveuse, nous admettons cependant que l’existence de quelques affections peladoïdes contagieuses justifie encore L utilité de certaines mesures prophylactiques. Mais ainsi que le prouve l’expérience de ces dernières années, le danger de la contagion est minime, il réside exclusivement dans la possibilité d’une erreur de diagnostic entre la pelade vraie non contagieuse et la trichophytie peladoïde, ou quelque autre forme encore hypothétique d’alopécie parasitaire. On sera suffisamment protégé contre ce danger en isolant momentanément les enfants atteints de plaques chauves de la tète, et en les soumettant à l’examen d’un médecin compétent. Ceux qui seront reconnus atteints de pelade vraie pourront cire réintégrés dans l’école : sans restriction.

[P DÉH U ]

ÉTUDE THÉRAPEUTIQUE

s'ils présentent une forme ophiasique; sous la réserve d’une certaine surveillance, s’il s’agit de- plaques asymétriques du vertex, cette forme pouvant plus facilement donner lieu à des méprises.

2° TRAITEMENT

1° Traitement étiologique. — Toutes les fois que chez un peladique il sera possible d’arriver à la notion des conditions générales ou locales capables d’expliquer la genèse de l’alopécie, le traitement devra avant tout s’attaquer à ces causes elles-mêmes. Ainsi telle pelade guérira par l’usage d’un anthelminthique, si elle avait pour origine la présence d’un ténia dans l’intestin, comme dans les cas de Rodionoff ('). L’opothéraphie thyroïdienne fera merveille dans la pelade des myxœdémateux (2). Dans certains cas le régime lacté sera indiqué si l’alopécie paraît être, comme dans une observation de Gaucher et Bernard, la conséquence de troubles urémiques (3).

Il est inutile de multiplier les exemples de ce genre, mais nous devons insister sur l’importance du traitement des lésions de la bouche et des dents. Jacquet (l) a publié l’observation d’une pelade d’allure extensive enrayée et guérie par la libération au thermocautère d’une molaire enehatonnée. Dans d’autres cas, c’est l’avulsion ou l’obturation d’une dent cariée ou encore la modification d’un dentier défectueux, qui arrêteront les progrès d’une pelade en évolution. Si l’avenir confirme les récentes assertions de Jacquet sur la fréquence des pelades d’origine dentaire, on peut dire que le dentiste deviendra l’un des auxiliaires les plus utiles du traitement de la pelade.

2° Traitement général (3). — En l’absence d’indications particulières et s’il s’agit seulement de combattre l’état de nervosité et de dénutrition si fréquent chez les peladiques, on conseillera, suivant les cas et suivant les tares révélées par l’analyse urologique :

1° Le repos, le séjour à la campagne, sur la montagne ou au bord de la mer;

2° Le massage général, l’exercice, les frictions excitantes sèches ou alcooliques ;

5° Les applications diverses de l’hydrothérapie : douches chaudes sédatives, douches ou lolions froides excitantes; bains sulfureux, salés; cure thermale à Luchon, Salies, Uriage;

4° L’électricité statique, les bains hydro-électriques ou les courants de haute fréquence ;

(') Rodionoff, Ann. de demi, et syph., 1895, p. 241.

(â) Mackensie, British med. Journal , 20 juillet 1895.

(3) Gaucher et Bernard, Ann. de derm. et syph., 1899, p. 995.

(4) L. Jacquet, Pelade consécutive à une irritation gingivale. Ann. de derm. et syph., 1901, p. 425 et 1065.

(5) Les principes généraux et les règles pratiques clu traitement de la pelade ont été admirablement exposés, avec tous les détails nécessaires, par E. Besnier (2e éd. franc, des Leçons de Kaposi, t. II, p. 196) et par L. Brocq [Trait, des mal. de la peau). Nous leur ferons de larges emprunts.

PELADE

5° Une alimentation reconstituante et riche en graisses, comme le lait, le beurre et surtout l’huile de foie de morue, préconisés par Duncan Bulkley (');

6° L'arsenic, et surtout les cacodylates doublement utiles par leur influence sur la nutrition générale, et par leur action sur la trichopoièse ; le phosphore sous forme de phosphates ou d’acide phosphorique suivant la méthode de Joulie (*) ;

7° Les injections de sérum normal ou concentré qui, outre leurs effets toniques, paraissent théoriquement indiquées en cas d’hypochlorémie, et donnent effectivement des résultats favorables dans l’alopécie.

r>° Traitement local. — Traitement préparatoire et palliatif. — Pour faciliter la surveillance du cuir chevelu et l’application des topiques, il sera bon dans tous les cas de couper les cheveux ras dans une zone d’au moins un centimètre autour de la surface peladique. Chez les enfants, toute la chevelure sera tenue très courte ou même rasée jusqu’à la guérison complète.

L 'épilation des plaques et de leur pourtour est recommandée par Besnier comme le moyen le plus efficace pour arrêter l’extension de l’alopécie. Elle est certainement avantageuse dans les pelades à cheveux fragiles, et toutes les fois que les cheveux qui bordent la pelade sont atrophiés et ont perdu leur adhérence. Mais, dans aucun cas, l’épilation n'a par elle-même un rôle thérapeutique actif, comme dans le favus par exemple, et on peut lui substituer sans inconvénient la rasure répétée tous les jours pour la barbe, et deux fois par semaine pour le cuir chevelu.

Pour dissimuler les taches alopéciques de la barbe, le meilleur procédé est la rasure quotidienne; au cuir chevelu, au contraire, la rasure rend les plaques plus larges et plus apparentes; il faut donc recourir à d’autres moyens. Si la décalvation est complète ou très étendue, le plus simple est de raser toute la tête et de faire porter une perruque. Les plaques circonscrites sont très facilement cachées par la coiffure chez les femmes; chez l’homme on conseillera l’emploi d’emplâtres chevelus qui remplissent le double rôle d’un topique et d’un postiche. Si les taches alopéciques sont petites et la chevelure foncée, on peut plus simplement teinter la peau glabre au moyen d’un cosmétique noir, d’encre de Chine, ou de liège carbonisé.

Traitement curatif. — Réveiller les papilles de leur léthargie et restaurer l’activité des fonctions nerveuses de la peau, telle est l’indication fondamentale du traitement local de la pelade. C’est la médication excitante qui répond à cette indication (r‘), et les diverses méthodes thérapeutiques ne diffèrent en somme que par les moyens employés pour produire cette excitation; on la

(*) Duncan Bulkley, Med. Record, mars 1889, p. 231. p) .Joulie, Urologie pratique et Thérapeutique nouvelle, 1901.

(3) La croyance au parasitisme de la pelade a inspiré aussi quelques méthodes thérapeutiques : mais les antiseptiques d’une façon générale se sont montrés peu efficaces, connue le reconnaît Sabouraud lui-même. — Indiquons encore à titre de curiosité que, dans le but de prévenir la généralisation de la pelade, on a proposé de traiter les plaques au début par l’ablation chirurgicale totale suivie de suture. [Indépend. méd., 1897, n° 24.)

[P. DÉHV ]

710 ÉTUDE THÉRAPEUTIQUE

réalise soit par des topiques médicamenteux, soit par des moyens mécaniques et physiques (*).

Topiques médicamenteux. — Tous les topiques irritants peuvent rendre des services; mais aucun ne peut prétendre à une action spéciale sur la repousse des poils. Le sparadrap vésicatoire , le vésicatoire liquide de Bidet , l 'ammoniaque liquide, Y huile de croton sont des agents très actifs, mais ils ont l’inconvénient de dépasser parfois le but, et de donner lieu à des dermites suintantes ou même à des folliculites suppurées qui entraînent la destruction définitive des poils; ils ne doivent donc être employés qu’avec réserve et seulement sous la condition d’une surveillance médicale continuelle. On en peut dire autant des pulvérisations de chlorure de méthyle (2), qui déterminent facilement des points de nécrose et des cicatrices.

La teinture de cantharides au contraire agit d'une façon efficace et peut être maniée sans danger. On l’applique quelquefois pure mais plus souvent étendue de 1 à 10 fois son volume d’un alcoolat aromatique quelconque. La teinture de capsicum au 10e ou au 20e présente les mêmes avantages.

L'iode sous forme de teinture ou de collodion iodé à 1 /50e est d’un usage fréquent (3); il a l’avantage d’être sans danger et de pouvoir être mis entre les mains des malades.

L' acide phéni que (l) est un agent efficace; on peut l’employer pur, dilué dans la glycérine, ou mélangé à d’autres substances actives.

L'acide acétique est considéré par E. Besnier comme le topique le mieux approprié à la production de la congestion légère du derme et de la rubéfaction destinées à remettre en activité la prolifération pilaire; en le diluant avec du chloroforme, de l’éther, ou de la teinture d’iode, on peut graduer à volonté son action irritante, et sous celte forme il constitue le traitement le plus en vogue en France (s).

P) Celsc (De re Medica, VI) a indiqué en quelques lignes d’une étonnante précision les moyens thérapeutiques les plus utiles dans la pelade. Il conseille les liniments irritants, l’emplâtre de thapsia, les cautérisations, les scarifications, et la rasure quotidienne suivie d’un badigeonnage avec de l’encre.

(2) Tsakiris, Méd. mod. 1894.

(3) Ciiatelain, Journal des mal. eut. et syph., 1891.

(*) Mibelli, Monatsh. f. prakt. Derm., 1901, Bd. XXXII, p. 231 . — Dun’Can Bulkley, Med. Rcc., mars 1889.

(:i) Depuis longtemps, E. Besnier emploie exclusivement l’acide acétique dilué avec du chloroforme, toujours dans des proportions très restreintes, graduées selon le siège et l'étendue des aires dépilées, selon l’àge du sujet, et dans la mesure de la tolérance qui lui est particulière, de manière à pouvoir renouveler les applications tous les jours, ou tous les deux jours. La friction est faite légèrement, avec un bourdonnet de coton hydrophile étanché pour éviter le coulage alentour, précaution de rigueur sur tous les points, mais particulièrement au cuir chevelu, en avant, pour protéger le visage et les yeux. E. Besnier a complètement renoncé à employer l’acide acétique pur ou à dose forte, en raison de la très vive douleur produite par l’application, ainsi que de la dermite souvent intense qui la suit, et parce qu’il considère comme plus utiles les applications faibles réitérées chaque jour. Cette pratique a, en outre, l’avantage, en ne produisant aucune irritation vive ^ de laisser le champ libre aux autres médications locales qu’il y a souvent lieu d’employer simultanément, réduction des états séborrhéiques, massage, etc.

PELADE

L'acide lactique , moins caustique, peut aussi s’employer étendu de I à 5 fois son volume d’alcool.

La chrysarobine est peut-être le remède le plus efficace de la pelade, elle a malheureusement l’inconvénient de provoquer très facilement des dermites el des conjonctivites violentes; son emploi nécessite donc de grandes précautions; la forme la plus commode est celle de crayons solides ayant la composition suivante.

Chrysarobine

Colophane. .

Cire jaune . .

Huile d’olive.

(Leistikow.)

Le malade frotte la plaque de pelade le soir avec le crayon; puis il se couvre la tête d’un bonnet; le lendemain matin il enlève avec de l’huile les restes du médicament. Ce traitement n’est recommandable que pour le cuir chevelu.

Hallopeau a obtenu de bons effets de la résorcine employée dans les mêmes conditions.

Quelques alcaloïdes ont été recommandés, la vératrine en pommade à 1 pour 15 et surtout la pilocarpine en injections sous-cutanées de 1 et même "2 centigrammes chaque jour. Ce médicament est efficace (*), mais il expose à des dangers d’intoxication tels, qu’on doit décidément déconseiller son emploi C).

Signalons encore Y essence de Wintergreen (de 10 pour 20 d’éther), préconisée par Hallopeau; et la teinture de cannelle (10 pour 50 d’éther) recommandée par Busquet.

Pour terminer, rappelons que dans les pelades accompagnées d’une séborrhée intense, Brocq el Sabouraud vantent les bons elfels du soufre et de Y huile de cade.

59 grammes

La plupart des médicaments que nous venons d’énumérer s’emploient sous la forme liquide; tous s’appliquent à la surface de la peau. On a proposé pour augmenter leur efficacité de favoriser leur pénétration dans l’épaisseur même des téguments au moyen de Y acupuncture (s) ou des scarifications (*): Ces petites opérations ont d’ailleurs par elles-mêmes une action utile et peuvent être employées isolément comme méthode de traitement. Moly a préconisé les injections aqueuses de sublimé à 1 /500e (5 à 0 gouttes tous les 4 jours); il a même employé des solutions plus fortes en y ajoutant 2 pour 100 de cocaïne.

Pour les pelades rebelles Sabouraud a proposé un traitement énergique : il

(*) Pringle, Dermat. Soc. of London, 9 février 1898. Compte rendu in Ann. de derm. et si/ p h., 1898, p. 1 15G.

(-) Morris, Ibid.

(3) A. Martin, Gaz. des hôp., 1895, p. 795. — Paniciii, Monatsh. f. prakt. Derm., 1897, Bd. XXV, p. 197.

(4) Morel-Lavallée, Ann. de derm. et syph., 1892, p. 715.

[P. DÉHU-I

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