LA MALADIE NE PEUT PAS EXISTER
Fig. 179. — Pli du coude gauche. — Détails des lésions présentées par le malade précédent.
Le polymorphisme de l’éruption se montre soit dans une seule et même
Fig. ISO. — Dermatite polymorphe douloureuse. — Variété herpétiforme vraie. — Malade de la consultation de l’hôpital Broca. (Photographie sans retouches prise par Soltas.)
poussée, soit dans des poussées successives qui ne sont pas identiques entre elles au point de vue objectif; pour le constater, il faut donc parfois se donner
(') L.-A. DunrtiNG, Cutaneous inedicine. Lac. oit., 1898, p. 440.
PRATIQUE DERMATOLOGIQUE. — III. 47
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HISTORIQUE GÉNÉRAL 1)U PEMPHIGUS
la peine d’assister pendant quelque temps à l’évolution de la maladie. Los lésions primitives , érythèmes, vésicules, bulles, pustules, papules, sont entremêlées de lésions secondaires telles que pigmentations plus ou moins foncées, excoriai ions, épaississements de la peau.
Les autres phénomènes importants de l’alïeclion sonl le prurit, la chronicité, la tendance continuelle aux récidives.
Duhring a été fort gêné pour tracer un diagnostic différentiel entre la der-
liG. 181. — Dermatite polymorphe douloureuse. — Variété herpètiforme vraie. — Partie antéro-inférieure de l’abdomen. (Photographie sans retouches prise par Sotlas.)
matité herpètiforme et les deux affections qui ont avec elle le plus d’affinités, l’érythème polymorphe et le pemphigus. C’est là le point faible de sa conception. Il n’a rien dit de net à ce sujet dans ses diverses publications (').
(’) Voici quelques extraits de son mémoire capital sur ce point précis (L.-A. Duhrixg, Relation of dermalitis herpetiformis to erythema multiforme and to pemphigus. The Amer. Journal of the med. sciences, fév. 1897) : « La dermatite herpètiforme a des traits communs avec Yéry thème polymorphe ; les deux affections sont éminemment polymorphes dans leur éruption, mais de plus elles sont de la même nature.... Dans la dermatite herpètiforme les manifestations cutanées sont dans la plupart des cas plus intenses, plus persistantes, plus chroniques que celles de l’érythème polymorphe. La formation de pustules, surtout miliaires et acuminées, si communes dans la dermatite herpètiforme,
PEMPHIGUS
Voici enfin, d’après Duhring, quelles sont les maladies qu’on doil faire
erpétiforme, ou, pour mieux dire, aux dépens
rentrer dans la dermatite desquelles il a conslilué sa dermatite herpétiforme :
1° L 'impétigo lierpetiformis de Hebra, qui se confond avec 1 a v a r i é té pus l u leuse ;
2° L 'herpès gestationis de Millon, de Bulkley, qui doil être rangé dans la variété vésiculeusc et bulleuse ;
sm
Mi
esL un caractère qui manque dans l’érythème polymorphe .... Dans quelques cas cependant la dermatite herpétiforme simule l’érythème polymorphe et cela plus fréquemment que l’érythème polymorphe ne simule la dermatite herpétiforme.... Ces deux affections sont très voisines l’une de l'autre.
« L’autre maladie qui présente des points de
ressemblance avec la y ^ 's y
dermatite herpétiforme v-^.
c^t le pemphigus. Dans
la dermatite herpétifor- Sfc
me les bulles ne se montrent que dans les va- Fig. is-2. — Dermatite polymorphe douloureuse. — Variété herpétiforme riétés bulleuse et multi- vraie. — Détails du flanc gauche. (Photographie sans retouches prise forme. Dans le pemphi- par Sotlas.) gus, inutile de le dire,
ce sont des lésions constantes.... Je crois que la dermatite herpétiforme peut, dans quelques cas rares, se combiner avec d’autres maladies, en particulier avec l’érythème polymorphe et le pemphigus.... CeLLe conception de la combinaison des deux maladies peut expliquer beaucoup de cas dits anormaux.... En réalité on peut dire que la dermatite herpétiforme occupe une situation intermédiaire entre l’érythème multiforme et le pemphigus.
« Ce qui distingue surtout la dermatite herpétiforme du pemphigus, c’est le polymorphisme de l’éruption, sa tendance à pouvoir changer brusquement d’aspect, à devenir vésiculeusc, ou huileuse, ou pustuleuse, soit successivement, soit simultanément, ce qui ne se voit pas dans le pemphigus qui est une affection éminemment bulleuse, et en outre nullement herpétiforme. » Ce sont là des caractères qui distinguent du pemphigus les formes bulleuses de la dermatite herpétiforme.
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r>° Certaines au Ires formes éruptives dénommées herpes avec divers qualificatifs tels que Y herpes phlyctænodes de Gibert, Y herpès circinatus bidlosiis d’E. Wilson, Y herpes iris de Jarisch;
4° La plupart des variétés de pemphigus décrites, telles que le pempldgus circinatus de Rayer, 1 e pemphigus aigu prurigineux de Chausit, le pemphigus
composé , Y herpès pemphigoïde de Devergie, le pemphigus de Klein, le pemphigus pruriginosus de Hardy, etc.;
o° Beaucoup de cas publiés sous le nom (Yllgdroa ou sous d’autres étiquettes.
Tels sont, dans leur ensemble, les travaux du dermatologiste américain. Ils sont des plus remarquables; malheureusement, les contours du type morbide qu’il a voulu créer sont par trop flous, par trop mal dessinés pour entraîner la conviction. On voit, par ce qui précède, combien sont vagues les caractères différentiels qu’il croit pouvoir indiquer pour le séparer de l’érythème polymorphe et du pemphigus.
Aussi la conception de Duhring a-t-elle soulevé et soulève-t-elle encore les discussions les plus passionnées.
Nos deux travaux de 1888 et de 1898 ont eu pour but de préciser le type morbide créé par le professeur de Philadelphie, mais nous en avons, ce faisant, modifié assez profondément la physionomie d’ensemble.
Voici le résumé de nos travaux de 1888 : Nous avons d’abord établi (‘) qu’on peut grouper les caractères pathognomoniques des diverses observations publiées par Duhring de la manière sui-
Fig. 183. — Dermatite polymorphe douloureuse. Variété circonscrite. (Photographie vaille .
sans retouches prise par Sottes.) « 1 u Les phénomènes éruptifs sont poly¬
morphes ou multiformes : ils consistent en : a. Eléments primitifs : plaques érythémateuses plus ou moins nettement figurées, papules, vésicules, papulovésicules, bulles, pustules, vésico-pustules, disséminées ou groupées de diverses manières; b. Éléments secondaires , excoriations, croûtes, macules brunâtres ;
« 2° Le prurit est très intense;
(*) L. Rhocq, De la dermatite herpétiforme de Duhring. Loe. cit., 1888, p. 12.
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« 5° L affection a une très longue durée et procède par poussées successives qui peuvent avoir des aspects différents comme éruptions;
« 4° Les malades, bien que parfois un peu affaiblis, conservent, en somme, un bon élat, général.
« L'ensemble de ces phénomènes constitue un tout qui nous paraît assez caractéristique d'une entité morbide spéciale, dont la dénomination logique devrait cire non der-
malite herpétiforme, mais dermatite polymorphe prurigineuse chronique à poussées successives.... Bazin en a
Fig. 18 i. — Dermatite polymorphe douloureuse. — Variété circonscrite. (Photographie sans retouches prise par Sollas, à l'hôpital Broca-Pascal, service de L. Brocq.)
Fig. 18o. — Dermatite polymorphe douloureuse. — Variété polymorphe à petites bulles, non herpétiforme. — Pemphigus vulgaire chronique de la plupart des auteurs. — Malade de la consultation de 1 hôpital Broca. (Photographie sans retouches par Soltas.)
donné une description magistrale sous le nom d’arthrilides bulleuses. »
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Examinant ensuite en détail si les diverses affections désignées par Duhring comme devant rentrer dans son type morbide peuvent réellement lui être rattachées, après de longues discussions pour lescpielles nous renvoyons le lecteur au texte original ('), nous arrivons aux conclusions suivantes (2) :
« 1° L 'impétigo herpelif orrais de Hebra nous paraît constituer une entité morbide à part, et ne saurait, d’après nous, rentrer dans la dermatite herpétiforme de Duhring;
« 2° La dermatite herpétiforme de Duhring nous semble devoir être comprise comme un nom générique servant à désigner un ensemble de laits ayant des
Fig. 186. — Dermatite polymorphe douloureuse (face antérieure des cuisses). — Variété non herpcliforme (pemphigus chronique de la plupart des auteurs). — Malade de la salle E. Vidal, hôpital Broca, service de L. Brocq. (Photographie sans retouches prise par Soltas.)
caractères communs entre eux, mais pouvant être groupés en plusieurs catégories distinctes;
« o° L’une de ces catégories est nettement définie par les observations publiées par Duhring : nous la désignerons jusqu’à meilleure dénomination sous le nom de dermatite polymorphe (ou multiforme ou pemphigoïde ) prurigineuse chronique , à poussées successives ;
« 4° L 'herpès gestatioyis nous paraît constituer une deuxième catégorie bien netle, voisine de la précédente : entre ces deux types il existe des faits de passage : le nom de dermatite polymorphe (ou multiforme ou pemphigoïde) prurigineuse récidivante de la grossesse nous paraît convenir à celle affection;
« 5° Certains faits décrits sous le nom de Pemphigus , et en particulier sous le nom de pemphigus pruriginosus , doivent être rangés dans l’une ou dans l’autre des deux catégories précédentes;
(l) L. Baoco, loc. eit., p. 13, 56.
P) L. Brocq, loc. eit.. p. 36-57.
PEMPHIGUS
« 6° 11 csl nécessaire d’établir quelques réserves au sujet de certains autres faits que Duhring a cru devoir ranger dans sa dermatite herpétiforme ;
« 7° Sous les noms d'herpès phlycténoïde , d'hydroa vésiculeux et bulleux , d hydroa pruriginosum et d'hydroa herpéti forme on a décrit tout à la fois des cas de dermatite polymorphe prurigineuse chronique à poussées successives, des cas d’herpes gestationis, et des cas qui se rapprochent de ces types morbides par la forme de leur éruption, par leurs phénomènes sub-
Fig. 187. — Face interne de la cuisse gauche (détail des lésions de la figure 180). — On y voit des bulles plus ou [moins volumineuses, plus ou moins tendues, des vésicules, des éléments pseudo papuleux plus ou moins excoriés, des croùlelles, des traces de grattage, le tout sans aucune figuration, disséminé sans ordre aucun, soit sur des plaques érythémateuses diffuses, soit sur la peau en apparence de coloration normale. (Photographie sans retouches prise par Sottas.)
jectifs douloureux, mais qui en diffèrent par leur étiologie et par leur évolution rapide....
« Pour commencer l’élude de ces faits, nous croyons devoir les ranger dans une troisième catégorie, peut-être voisine de la dermatite polymorphe prurigineuse chronique, à laquelle les rattachent toute une série de faits de transition : nous ne pensons pas qu’on soit encore autorisé à la considérer comme constituant la forme aiguë de la dermatite polymorphe prurigineuse chronique; cependant on peut, comme nous l’avons démontré, les grouper provisoirement sous le nom de dermatites polymorphes (ou multiformes ou pemphigoïdes) prurigineuses aigues. »
Au Congrès de Paris de 1889 nous avons modifié le nom que nous donnions
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à tout ce groupe et définitivement adopté l’épithète de douloureuse au lieu de l’épithète de prurigineuse (‘).
A ce même congrès eut lieu une première discussion générale sur les pemphigus et la dermatite herpétiforme.
HadclifTe Crocker y soutint qu’il fallait conserver les deux groupes, pemphigus vulgaire chronique, sens de l’École de Vienne, et hydroa : il donnait le nom d’hydroa, d’après Tilbury Fox, à des cas se rapportant à la dermatite herpétiforme de Duhring.
Unna (2) adopta à peu près complètement nos idées, mais modifia les dénominations. Il émit sa conception de l’hydroa, groupe morbide dans lequel il distingue les variétés suivantes :
i° Hydroa simplex seu commuais, correspondant aux dermatites polymorphes douloureuses chroniques à poussées successives;
2° Hydroa gravis , correspondant aux formes graves de la même affection,
o° Hydroa benignis seu subacuta , correspondant aux formes bénignes et de peu de durée;
4° Hydroa gravidarum, correspondant à l’herpes gestationis;
5° Hydroa pucrorum, forme nouvelle décrite par lui et correspondant à des éruptions bulleuses héréditaires des enfants.
Kaposi vint au contraire protester avec énergie contre ces conceptions qui pour lui n’étaient que des mots nouveaux, ne correspondant ni à des faits nouveaux ni à des idées nouvelles. Tout ce qu’on a décrit sous les noms de dermatite herpétiforme, ou de dermatite polymorphe douloureuse a, d'après lui, été déjà décrit sous les noms d’érythèmes polymorphes ou de pemphigus. Quand ces éruptions polymorphes débutent par la face dorsale des mains et des pieds, ce sont des érythèmes polymorphes; quand elles débutent par le sternum ou le cuir chevelu, quand elles sont disposées irrégulièrement, quand l’affection est grave, mortelle, ou de fort longue durée, il s’agit d’un pemphigus. Dans le pemphigus on peut observer des périodes de petites bulles, de bulles volumineuses, de vésicules, d'érythèmes annulaires, serpigineux, d’urticaires, de papules, de pustules, des intervalles de santé, des récidives aiguës, plus ou moins étendues, parfois généralisées, des périodes de fièvre, etc., et cela pendant des années, li est possible qu'il y ail des cas ambigus dans lesquels il soit difficile de porter le diagnostic soit d’érythème polymorphe, soit de pemphigus; on pourrait à la rigueur, d’après lui, se servir dans ces cas du terme de dermatite herpétiforme : mais à mesure qu’on s'efforcera de préciser le diagnostic réel, les cas de prétendue dermatite herpétiforme deviendront de moins en moins nombreux. En somme pour lui le diagnostic de dermatite herpétiforme est un diagnostic de profane (5).
P) Voir pour la description de ces diverses variétés et pour la bibliographie de ces dermatoses, en particulier de l’herpes gestationis, l’article Dermatites polymorphes douloureuses, t. I, de cet ouvrage.
(4) Unna, Ueber die Duhringsche Krankheit und eine neuc Form derselben. Monalshefle fur prakt. De r mat., 1889, n° 5.
(3) Revenant encore sur la question du pemphigus au Congrès de Graz, en 1895, dans
PEMPHIGUS
Entre les deux grandes discussions des congrès de Paris cl de Graz, des travaux considérables sur la question des pemphigus avaient été publiés.
un rapport des plus documentés, Kapési pose les conclusions suivantes qu'il importe de reproduire in extenso {Ann. de dermat., 1895, p. 1044, trad. A. Doyon) : « Le pemphigus est une notion clinique claire. Celte notion n’est pas uniquement caractérisée par ses propriétés morphologiques (polymorphie), ni par ses caractères histologiques, mais par l’ensemble de ses caractères et par le processus clinique.
« Chez un seul et même malade on peut observer dans le cours des mois et des années toutes les variétés possibles de forme et de mode d’évolution du pemphigus.
« Il en résulte que les différents types du pemphigus représentent une seule et même maladie.
« Les caractères cliniques et histologiques attribués aux formes chroniques, récidivantes, plus ou moins bénignes ou malignes et à évolution fatale de la dermatite herpétiforme, correspondent en tout et pour tout a celles observées et décrites depuis longtemps dans le pemphigus; elles sont donc identiques à cette affection.
« Il n’y a par conséquent aucun motif de renoncer au nom classique employé de lout temps et à la notion morbide du pemphigus pour la dénomination moderne de dermatite herpétiforme.
« Mais les formes citées par des auteurs évoluant en tant que processus aigus et bénins de la soi-disant dermatite herpétiforme de Duhring, correspondent aux types cliniques connus depuis longtemps sous les noms d’urticaire populo-huileuse, annulaire, gyratée, lichen urticatus, mais principalement à l’érythème multiforme de Ilehra dans ses formes vésiculo-bulleuses.
« La dénomination de dermatite herpétiforme n’est donc nullement justifiée en ce qui concerne les formes érythémato-papulo-vésiculo-bulleuses à marche aiguë.
<• L’orateur ne sait pas si en dehors de la série des pemphigus et des autres affections ci-dessus mentionnées, mais déjà suffisamment connues et dénommées, il existe des maladies de ce genre avec érythèmes polymorphes et bulles qu’il y aurait lieu de désigner spécialement et seulement comme dermatite herpétiforme. Quant à lui, il n’a jamais rencontré de variétés qui n’aient été depuis longtemps connues et classées sous les dénominations antérieures, et par suite il ne s’est jamais trouvé en présence d’un cas qui lui ait paru justifier ce diagnostic de dermatite herpétiforme. »
II est vrai de dire qu’au même Congrès Rosenthal, corapporteur de la question du pemphigus, vint émettre des conclusions presque diamétralement opposées à celles de Kaposi :
•< 1° Le pemphigus, dans l’état actuel de la science, ne désigne pas d’unité morbide, mais une forme élémentaire déterminée d’une éruption de la peau.
« a» par conséquent il faut séparer les groupes suivants :
« A. Affections pouvant parfois déterminer des bulles, eczémas à grosses vésicules, urticaire bulleuse, etc....
« B. Toutes les maladies bulleuses : a. dans les maladies infeelieuses : érysipèle, scarlatine, variole, pyémie; b. à la suite de blessures des nerfs et d'inflammation : pemphigus traumatique, nerveux, dans les affections du système nerveux central, myélite, tabes, etc.; c. après l'emploi de médicaments : dermatite bulleuse toxique.
» C. Le pemphigus syphilitique.
« D. Le pemphigus lépreux.
« E. La dermatite bulleuse hystérique ou pemphigus hystérique.
F. L' éry thème Indieux , variété de l’érythème multiforme de Hebra.
« G. L'herpès iris et circiné.
•• IL L’hydroa vacciniforme ou varioli forme de Bazin.
« I. L’épidennolyse bulleuse héréditaire de Kôbner.
« K. Jm dermatite exfolialive des nouveau-nés de RiLter.
« L. La dermatite herpétiforme de Duhring.
« M. L'Iierpes gestationis.
« N. L' impétigo herpeliformis de Hebra et Kaposi.
« 5° Seulement après la séparation de toutes ces formes de A à N, il reste des cas
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HISTORIQUE GÉNÉRAL I)U R EM PH IG US
En 1891 onl paru les notes sur le pemphigus et les pemphigoïdes annexées par E. Besnier et A. Doyon à la deuxième édition française de leur traduction des Leçons de Kaposi. Ces auteurs se refusent à conserver au mot de pemphigus la signification banale de lésion bulleuse. On ne doit, d’après eux, donner le nom de pemphigus qu’à une maladie nettement individualisée.
Ils ne conservent que par force majeure le nom de pemphigus à la maladie bulleuse qui s’observe chez les nouveau-nés, et à laquelle on a donné le nom de pemphigus épidémique des nouveau-nés : il en est de même pour la maladie décrite par Neumann sous le nom de pemphigus végétant.
Il n’y a pour eux ni pemphigus syphilitique, ni pemphigus lépreux.
Us admettent un pemphigus bulleux , «la plus funeste des grandes dermatoses malignes, la maladie bulleuse par excellence, débutant insidieusement, envahissant fort souvent les muqueuses, puis, avec ou sans rémissions ou accalmies, d’un pas égal ou inégal, marchant à une terminaison le plus souvent fatale, ne présentant que peu ou point de phénomènes douloureux.
« P ar pemphigus foliacé ils entendent désigner une affection de la série du pemphigus vrai dans laquelle, soit d’emblée, soit après avoir revêtu pendant un espace de temps court cl limité l’aspect du pemphigus bulleux, dans ses phases initiales, l’éruption prend les caractères suivants : la bulle proprement dite, pleine de liquide, n’apparaît plus, ou ne paraît que temporairement ; souvent pour la constater, il faut assister à la reproduction du soulèvement épithélial, à la suite d’un bain par exemple, dans lequel on a fait tomber l’exfo-
lialion adhérente Le disque d’épiderme corné qui est soulevé apparaît
macéré; il se double ensuite par sa face profonde de nouvelles exfoliations, et constitue à la surface de la peau une plaque nuimnulairc plate plus ou moins squameuse ou eroûteuse au-dessous de laquelle existe un suintement eczématique et une exulcération.... » Peu à peu le malade prend l’aspect des dermatites exfoliantes.
A côté de ces pemphigus vrais, E. Besnier et A. Doyon décrivent ce qu’ils appellent des pemphigoïdes et qui comprennent :
sans polymorphie, ni disposition annulaire, sans paresthésies accusées. Ces cas ressortissent au pemphigus proprement dit.
« Il faut toutefois ici aussi séparer du P. vulgaire , du P. foliacé et du P. végétant, le P. aigu qui, dans sa marche avec fièvre, ressemble beaucoup à une maladie infectieuse, et le plus souvent se termine rapidement par la mort.
« \° Il y a encore lieu de mentionner une inflammation congénitale bulleuse de la peau, qui est difficile à systématiser et qui provient vraisemblablement de troubles trophiques : dermatite bulleuse infantile avec cicatrices indélébiles et kystes épidermiques de Hallopeau.
« 5° Cette classification ne résout pas la question des maladies bulleuses de la peau; il existe encore un certain nombre de formes de transition. >>
Les limites de cet ouvrage que nous dépassons déjà beaucoup trop dans cet exposé de la question du pemphigus ne nous permettent pas de donner le résumé de la discussion qui a eu lieu au Congrès de Graz, et à laquelle ont pris part Petrini (de Galalz), Escberich, Schwimmer, Neumann, Ivopp, Neisscr, Kaposi, Rosenlhal. Le lecteur devra se reporter aux documents originaux.
Voir en outre les diverses communications de Kaposi à la Société dermatologique de Vienne, en particulier en 1900 et 1901.
PEMPHIGUS
1° Les dermatites bulleuses multiformes, nom qu’ils donnent à la dermatite herpéliforme, et à nos dermatites polymorphes douloureuses, dont ils discutent la conception en montrant que les conditions étiogéniques connues n’ont aucune valeur, que les localisations de début invoquées par Kaposi pour distinguer le pemphigus de l'érythème bulleux n’ont aucune importance; cependant ils admettent que, lorsqu’une éruption bulleuse débute par le tronc et envahit les muqueuses, il y a lieu de penser au pemphigus, tandis que, lorsqu’elle débute par les membres, on doit songer surtout à la dermatite de Duhring : ils insistent sur l’importance des dysesthésies, « élément morbide capital, véritablement solennel », du polymorphisme, et de l’évolution par rechutes et récidives. Eu somme, malgré quelques réserves de détails pour lesquelles nous renvoyons au texte original, ils ont: de la tendance à admettre notre conception des dermatites polymorphes douloureuses;
2° Les érythèmes multiformes bulleux ou toxidermies bulleuses ou hydrotoxidermies dont l’étude d’après eux est à reprendre de fond en comble et dont les limites exactes avec la maladie de Duhring restent indécises.
Ittmann et Ledermann font paraître en 1892 un excellent travail sur la dermatite herpéliforme (’). Ils insistent sur le caractère spécial de l’éruption qui est disposée en groupes, ou circinée, serpigineuse, tandis que le pemphigus est toujours un exanthème exclusivement bulleux, dépourvu de tout caractère herpéliforme.
Tommasoli (2) publie en 1895 une importante étude des affections bulleuses fondée surtout sur la pathogénie.
En 1895 Leredde (3) fait entrer une notion nouvelle dans l’étude de la dermatite herpéliforme de Duhring, celle de Y éosinophilie. D’après lui dans celle maladie on observe en général plus de 8 pour 100, quelquefois de 25 à 55 pour 100 de cellules éosinophiles dans le sang. Ces cellules sont éliminées en grande abondance par la peau où on les trouve accumulées dans les vésicules et les bulles. A son point de vue, ce qui caractérise la maladie de Duhring, ce n’est ni l’éosinophilie, ni l’excrétion des cellules éosinophiles à travers la peau, c'est la réunion de deux éléments : une affection où l’on rencontre l’excès de cellules acidophiles dans le sang, et où toutes les vésicules et toutes les bulles à contenu transparent comprennent un très grand nombre de ces cellules, est une maladie de Duhring.
(*) Ittmann ol Ledermann, Die Dermatitis herpcliformis (Duhring) und dire Bezieliungen zu verwandten Affectionen. Arch. fiir Dermal. uncl SypliiL, I S92, p. 381.
(*) Tommasoli, Pemflgo c pemfigoïde. Giornale ital. dette malallie venerec e delta pelle, mars, juin 1895.
(3) Voir Leredde el Perrin, Anatomie pathologique de la dermatose de Duhring. Ann. de dermat., 1895, p. ‘281 et 45‘2. — Leredde et Perrin, Note sur le liquide des vésicules et des bulles. Soc. de dermat., 19 avril 1895. — Cu. Perrin, Thèse de Paris, 1895. — Leredde, Nouvelle note sur les caractères anatomiques de la dermatose de Duhring. Soc. de dermal., Il juin 1890. — Darier, Dermatite herpéliforme de Duhring. Eosinophilie. Soc. de dermal. el de syphil., 11 juin 1896. — Leredde, La dermatose de Duhring. Gaz. des hop., 1898. — Leredde, Sur une hématodermite d’origine toxique. Soc. de dermal., 11 nov. 1898, et Presse méd., ‘28 déc. 1898, p. 307. — Leredde, Ueber einen Fall von llallopeauscher Dermatitis. Monalshefle fiir prakt. Dermat., 15 oct. 1898.
[L. BROCO]
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Leredde a constaté la môme éosinophilie dans l’herpès gestationis, dans la dermatite pustuleuse végétante en foyers à progression excentrique d’Hallopeau, dans le pemphigus végétant, dans le pemphigus foliacé; aussi croit-il « (jue toutes ces affections, qui revêtent des aspects cliniques absolument dissemblables, ne sont que des formes d’une seule et même maladie, qui est une maladie sanguine déterminant des lésions cutanées, une hématodermite ».
Il ne peut se prononcer au point de vue du pemphigus malin de E. Besnier dont il n’a pas observé de cas(‘).
Il croit pouvoir conclure de ses recherches que ce groupe d’affections, pour lui bien défini par la lésion sanguine dont nous venons de parler — dermatose de Duhring, dermatose d’Hallopeau, pemphigus végétant de Neumann, pemphigus foliacé, — peut être provoqué par l’action sur l’économie d’un corps toxique quelconque soit d’origine externe, comme l’iodure de potassium par exemple, soit d’origine microbienne, soit d’origine interne, c’est-à-dire formé dans l’organisme comme dans l’herpes gestationis. Il pense que ces agents toxiques font porter leur action nuisible sur la moelle osseuse.
En 1896, Nikolsky, dans son travail sur le pemphigus foliacé, met en lumière un symptôme, d’après lui de la première importance dans le pemphigus, et qu’il avait étudié avec son maître Stoukowenkof, c’est la perte d’adhérence qui existe entre la couche cornée et les couches profondes de l’épiderme dans les cas qui seraient vraiment dignes du nom de pemphigus. D’après Dubreuilh (2), ce signe aurait une grande importance diagnostique, car il n’existerait pas dans les érythèmes polymorphes bulleux, et il permettrait de reconnaître le pemphigus même dans ses formes larvées, dans ses formes foliacées les plus sèches : ce signe lui paraît être spécial au pemphigus chronique vrai et à quelques formes très voisines comme le pemphigus végétant. Mais ces résultats ne sont pas encore définitivement acquis. Danlos (n) a trouvé le signe de Nikolsky dans la dermatite herpétiforme typique.
Dans son récent ouvrage (4) Duhring a donné sa conception définitive des dermatoses bulleuses. Après avoir reproduit ses idées sur la dermatite herpétiforme, il la sépare de l’impétigo herpétiforme, bien qu’il ajoute que les distinctions à établir entre les deux types morbides soient peu précises, et qu’il y a certainement des faits de passage entre les deux.
Il existe pour lui d’étroites relations entre le pemphigus et la dermatite herpétiforme; il y a de nombreux cas douteux qui peuvent être attribués à l’un ou à l’autre type morbide.
(') Voir aussi Bettmann, Les éosinophiles dans les bulles cutanées. Muuch. med. Wocli.,
(2) W. Dubreuilii, Le signe de Nikolsky dans le Pemphigus. Soc. franc, de dermat. et de sypliil., janvier 1901.
(3) Danlos, Dermatites herpétiformes avec signe de Nikolsky. Soc. franc, de dermat. et de sypliil., nov. 1900 et janv. 1901.
(4) L.-A. Duhring, Culaneous medicine ; a systèmalic Ireatise on the diseases of the skin, 1898, p. 440. — Voir en outre Henry IL Wiiitehouse, Bullous affections. Twentieth cenlury Practice. 1896, vol. V.
11 existe également de nombreux cas intermédiaires entre la dermatite lierpétiforme et l'érythème polymorphe.
11 décrit ensuite à part le Pemphigus , et il adopte pour ce type morbide la définition suivante :
« Le pemphigus est une maladie exsudative aiguë ou chronique, caractérisée par des bulles de grandeur et de formes variables, se produisant d’ordinaire par poussées successives, cl s’accompagnant dans la plupart des cas de symptômes généraux divers surtout du côté du système nerveux ('). »
11 admet un p emp Idg us a ig 1 1 , un pemphigus neonatorum épidémique , un pemphigus vulgaire dans lequel les bulles évoluent par poussées successives avec peu ou point de prurit, un pemphigus solitarius, un pemphigus diutinus dans lequel de nouvelles bulles se forment de jour en jour, surtout la nuit, avec douleurs et insomnie; un pemphigus circinatus qu’il a de la tendance à rattacher aux érythèmes polymorphes bulleux; un pemphigus virginum de Hardy, hystérique de quelques auteurs ; un pemphigus chronique sur la symptomatologie duquel il est peu net, bien qu’ildise que c’est la forme commune de la maladie; un pemphigus foliacé , un pemphigus végétant.
Jarisch (r) distingue un pemphigus aigu el en particulier un pemphigus acutus neonatorum dont il donne une excellente description, et un pemphigus chronicus qu’il comprend comme l’école devienne. 11 donne cependant une courte description de la dermatitis herpetiformis 1) uh ring ( dermatitis polgmorpha dolorosa Brocq). 11 décrit dans un chapitre à part Y cpidermolysis bullosa hereditaria de Ivôbner.
La conception des affections bulleuses que donne Neisser (r>) se rapproche singulièrement de celle que les dermatologistes français ont actuellement de la tendance à admettre. Il distingue tout d’abord : 1° Les dermatoses dans le cours desquelles ou peut observer des bulles comme l’eczéma, la dyshidrose, le lichen ruber, l’urticaire, l’érythème exsudatif multiforme, la dermatite herpétiforme qu’il décrit à part; 2° les syphilides bulleuses; 5° les léprides bulleuses; -4° les éruptions bulleuses toxidermiques, médicamenteuses pour la plupart; 5° les dermatites bulleuses traumatiques d’origine externe; 0° le pemphigus. neuroticus qu’il décrit à part et dans lequel il range les éruptions bulleuses trophoneurotiques et le pemphigus hystérique.
Il décrit ensuite : 1" Un pemphigus acutus fehrilis ; 2° un pemphigus {acutus) contagiosus infant um, à côté duquel il cite l’impetigo contagiosa ; 5° Yépidermolysis congenita et les diverses formes morbides qui s’y rattachent.
Arrivant enfin aux types cliniques qu’il considère comme étant du pemphigus vrai, il en distingue quatre principales variétés : 1° Le pemphigus
(') Duiiiung, Cutancous medicine , p. 441).
(2) Jarisch, Specielle Pathologie und Thérapie von II. Nothnagel. Die llaulkrankheilen, 1900, p. 196. — Nous conseillons à nos lecteurs de lire avec attention le très remarquable chapitre que Jarisch consacre à l’étiologie et à la pathogénie du pemphigus, d’autant plus que ces questions théoriques générales seront forcément laissées de côté dans cet article.
(3) A. Neisser und J. Jadassohn, Krankheiten der Haut, Breslau, 1900, p. ‘256 et suiv.
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HISTORIQUE GÉNÉRAL I)U PEMPHIGUS
benignus ( vulgaris ); 2J le pemphigus malignus; 5° le pemphigus vegelans Neumann; 4° le pemphigus foliacé us à côlé duquel il range la dermalilis exfoliativa neonalorum de Rilter.
En outre, dans ces dernières années, ont paru toute une série de travaux des plus intéressants sur l’anatomie pathologique et la pathogénie des bulles du pemphigus.
Citons parmi eux ceux de Weslberg('), de Luithlen (*), de Kromayer(5), de Kirehner (4) , de Mazza(:i), d’AudryQ), de Weidenfeld (7), de Merk (8), de Grouven (9), etc.
Pour terminer cet historique ("') des pemphigus, nous devons maintenant donner une analyse succincte de l’importante discussion qui a eu lieu le 9 février 1898 «à la Société dermatologique de Londres ("), sur la dermatite herpétiforme. Nous renvoyons le lecteur pour de plus amples détails et pour la critique des opinions qui y ont été émises à notre article de 1898 (12).
Allan Jamieson, le rapporteur, semble admettre le type créé par Duhring, mais il se demande : 1° Quels sont les états morbides qu’on doit regarder comme devant être désignés sous h' nom de dermatite herpétiforme? 2" Quelles sont les lésions du sang qui ont été observées par les dermatologisles présents et quelle est leur signification? 5° Peut-on réellement appeler celle affection une névrose et sur quels motifs peut-on s’appuyer pour accepter ou rejeter celte opinion? 4U Quelle est la pathogénie de celte maladie?... (n).
fi) Weçtberg, Beitrag zur Lehre von Pemphigus. Verhancll. d. v. Deutsche Dermat. Kongress, 1897.
(s) Leitiilen, Wiener klin. Woch., 1897, n° 29.
(3) Kromayer, Anatomie und Pathogenese der Pemphigusblasen. Dermatol. Zeitschrift juillet 1897, p. 475, et ibid., 1894, p. 11.
(4) Kirciiner, Zur Æliologie des Pemphigus. Arcli. fiir Dermatol. und Syphil., Jalirgang 1892, Heft 4.
(5) G. Mazza, Sulla sede islologica delta holla nel Pemphigo. Atti délia Socicta Ilaliana di dermat. e sifilogr., 22, 24 oct. 1899, vol. IV, p. 121, 1900.
(6) Cn. Audry. Gérard et Dalous, Recherches sur les altérations de la peau, du sang et des urines dans un cas de pemphigus chronique vrai. Ann. de dermat. et de syphil., 1901, p. 115.
(7) Weidenfeld, Zur Physiologie der Blasenbildung. Arch. fiir Dermat. und Syphil., 1900, t, L1IL p. 5.
(8) L. Merk, Zur F rage der Blasenbildung in der Haut. Arch. fiir Dermatol. und Syphil., 1900, t. LIII, p. 349.
(9) G. Grouven, Der Pemphigus chronicus in seinen Varietaten ait Pemphigus vulgaris, Pemphigus foliaceus, Pemphigus vegelans und Dermalilis herpetiformis. Arch. fiir Dermat. und Syphil., 1901, t. LV, p. 85, 247 et 419.
(10) Voir la bibliographie des dermatites polymorphes douloureuses. Pratique dermatologique, t. I, p. 055.
(“) Allan Jamieson, Remarks inlroductory to a debata on the subject lield ata spécial meeting of the dermatological Society of London, on the evening of the 9,h of February 1898. Brilish Journal of dermat., mars 1898, p. 75.
fi2) L. Broco, Note sur les dermatites polymorphes douloureuses. Ann. de dermat. cl de syphil., oct. et nov. 1898, p. 849-955.
fi3) A la discussion ainsi ouverte ont pris part les dermatologisles suivants :
Radcliffe Crocker préfère pour l’affection en discussion le nom d’hydroa herpétiforme, parce qu’il soutient que c’est Tilbury Fox qui l’a le premier décrite sous ce nom,
PEMPHIGUS
La discussion qui a suivi la lecture du rapport d’Allan Jamieson a été fort intéressante, très importante par le nombre des dermalologistes qui y ont pris part, mais elle n’a abouti à aucune conclusion précise. Il en résulte que de nombreux auteurs n'ont pas encore d’idées bien nettes sur celle affection, que
assertion que nous avons réfutée plus haut. Il ne croit pas qu’on puisse faire rentrer dans ce type morbide liiydroa vacciniforme ou æstivale. Il rappelle qu’on considère d’ordinaire comme étant le symptôme le plus caractéristique une disposition herpétiforme des éléments éruptifs. Il regarde liiydroa herpétiforme comme une entité morbide clinique, mais il croit qu’il est pathogéniquement allié au pemphigus, auquel il ressemble par sa marche récurrente chronique, capricieuse, et par les effets curatifs qu’exercent sur lui l’arsenic et d’autres médicaments.
Golcotl Fox insiste tout particulièrement sur la multiformité de l’éruption pendant une poussée, sur le changement de type éruptif suivant les diverses poussées, et sur la tendance au groupement herpétiforme. Il emploie le mot herpétiforme dans son sens le plus large : il s’applique à la fois aux groupes que forme l’herpès facial, le zoster, à ceux de l’herpès iris, à ceux de la trichophytie cutanée. 11 ne croit pas qu’on puisse faire rentrer l’hydroa vacciniforme dans la dermatite herpétiforme; il émet de même quelques réserves à propos de l'impétigo herpétiforme et de la dermatite pustuleuse d’Hallopeau; il range nettement l’herpes gestationis dans la dermatite herpétiforme. Il dit qu’il est impossible de distinguer la dermatite herpétiforme des affections dont elle est voisine; il est bien difficile maintenant de savoir ce qu ’on doit laisser dans le groupe pemphigus.
Malcolm Morris croit que la dermatite herpétiforme est une affection beaucoup plus grave qu’on ne le pense généralement. Il a observé plusieurs cas de mort.
D’après J. Pringle la dermatite herpétiforme, telle qu’on la discute, n’est pas vraiment une maladie distincte, mais simplement une variété clinique ou un type d’un groupe vaste et quelque peu incohérent d’affections huileuses. Il croit que, tant qu’on ne connaîtra pas d’une manière positive l’étiologie de tous ces faits, il est inutile et illusoire de vouloir essayer de les classifier. Il a presque toujours eu un doute toutes les fois qu’il a posé le diagnostic de dermatite herpétiforme. « La présence de groupes herpéti formes de vésicules est peut-être le meilleur caractère que nous ayons pour établir le diagnostic, mais on semble admettre que ce n’est pas absolument une condition sine qua non. »
II. G. Brooke dit que l’étiquette de dermatite herpétiforme n’est que provisoire et qu'il est nécessaire d’attendre qu’on ait des connaissances suffisantes pour tenter une classification plus exacte.
Galloxvay est à peu près du même avis que les deux auteurs précédents. Il ne croit pas que l’éosinophilie puisse être de quelque utilité pour le diagnostic, car on trouve ce symptôme dans beaucoup d’autres états morbides.
A. Whitfield a vérifié les résultats publiés par Lereddc au point de vue de l’éosinophilie, mais il croit que cet auteur leur a attaché trop d’importance, car on a publié des cas d’érythème polymorphe et de pemphigus (*) avec éosinophilie : or ce sont là les deux maladies qu’il importait le plus de distinguer de la dermatite herpétiforme.
Leslie Roberts dit qu’il ne croit pas possible, dans l’état actuel de nos connaissances, de limiter exactement ce qu’il faut entendre sous le nom de dermatite herpétiforme. 11 regarde les faits qu’on a groupés sous ce, nom comme appartenant à une classe de processus morbides comprenant plusieurs formes cliniques différentes.
Stephen Mackenzie ne croit pas qu’il faille faire rentrer l'hydroa vacciniforme dans la dermatite herpétiforme. Il ne pense pas que le polymorphisme, la tendance aux rechutes et le prurit soient suffisants pour constituer la dermatite herpétiforme; si ce mot veut dire quelque chose il implique que, quoique les lésions vésiculeuses ne soient pas nécessaires dans chaque attaque particulière, elles doivent se produire parfois dans le cours de la maladie disposées d'une manière herpétique, c’est-à-dire groupées. Il croit comme II. Crockcr que cette affection a d’étroits rapports avec le pemphigus, quoiqu’il n'aille pas jusqu’à dire que ces deux maladies soient identiques.
(') Drysdale, Pathol. Soc. of London, janvier 1898. — 11 importe de faire remarquer (pic pour Lereddc ces faits doivent rentrer dans la dermatite herpétiforme par cela seul qu’il y a de l’éosinophilie.
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HISTORIQUE GÉNÉRAL DU PEMPH1GUS
certains ne consentent même pas à l’admettre comme entité morbide distincte. La majorité des dermatologistes semble cependant à l’heure actuelle assez disposée à accepter la conception de Dnhring, mais sans pouvoir préciser les limites de ce groupe, ce qui d’ailleurs est pour ainsi dire impossible quand on s’en tient aux idées du savant américain.
Nous avons donc été entraînés, en présence de celle situation d’incertitude, à écrire un nouvel article sur celte question, à propos même de la discussion de la Société dermatologique de Londres ('); nous nous y sommes attachés à discuter et à préciser la plupart des points en litige.
Nous croyons y avoir prouvé que l’hydroa vaçciniforme doit définitivement être rayé du cadre de la dermatite herpétiforme, que l’herpes gestationis au contraire doit lui être rattaché.
Nous déclarons que, jusqu’à plus ample informé, il nous paraît peu rationnel de faire rentrer complètement l’impétigo herpétiforme dans la dermatite herpétiformé, sans toutefois nous opposer d’une manière formelle à celte annexion.
Nous insistons tout particulièrement sur notre conception des dermatites polymorphes douloureuses aiguës et subaiguës qu’Allan Jamieson n’avait pas admise. Nous rappelons qu’Illmann et Ledermann (3) ont déclaré après nous qu’il y a lieu de décrire une forme aiguë et une forme subaiguë de la maladie de Dnhring. Nous nous demandons s’il faut avec Tommasoli (3) les considérer comme de simples variétés prurigineuses de l’érythème polymorphe vésiculobulleux, et nous déclarons nettement (4) que nous ne comprenons pas pourquoi on hésiterait à admettre une forme aiguë et une forme subaiguë de dermatite polymorphe douloureuse (s).
Examinant ensuite la valeur respective des symptômes décrits dans la dermatite herpétiforme, nous insistons tout particulièrement sur l’importance capitale du prurit. Radcliffe Crocker, Coleoll Fox, Pringle le considèrent comme un symptôme contingent; pour nous, les « phénomènes douloureux dominent l’histoire des dermatoses que nous avons groupées sous le litre d’ailleurs fort suggestif de Dermatites polymorphes douloureuses. Ils constituent
(*) L. Biîocq, loc. cit. Ann. de dermat. cl de syphil., 1898, p. 801, 862 et 865.
(-) Ittmann et Ledermann, loc. cit., 1892.
(3) Tommasoli, loc. cit., 1895.
(4) L. Brocq, loc. cit.. 1898, p. 871.
(5) « En déclarant simplement que notre groupe des dermatites polymorphes douloureuses aiguës (voir pour la description de ces faits notre travail de 1888, p. 50, 51, 52, 55, 102, 105, 105, 106, 118, 119, etc.) n’est que la variété prurigineuse de l’érythème polymorphe, quelle clarté répand-on sur ce syndrome? Si au contraire on établit, comme nous l’avons fait, qu’il y a dans le caput mortuum qui est l’érythème polymorphe un certain nombre de cas qui offrent tous les grands caractères de la dermatite herpétiforme, sauf son évolution chronique, n’est-il pas logique de les rattacher à cette affection et d'en faire la forme aiguë de ce type morbide? etc.... (L. Brocq, loc. cit., 1898, p. 871, 872.) L’histoire de l’herpes gestationis prouve de la manière la plus péremptoire que les con- • ditions génératrices des phénomènes éruptifs et subjectifs caractéristiques de la dermatite herpétiforme peuvent être passagères, et ne donner lieu qu’à des poussées de courte durée. »
PEMPHIGUS
un symptôme primordial au même titre que le polymorphisme, avant même le polymorphisme, dirions-nous, si ce polymorphisme n’intervenait pas pour fixer
le type objectif suivant lequel la peau réagit chez ces sujets Dans l’immense
majorité des cas, l’observateur n’a pas besoin de rechercher les phénomènes douloureux : par leur violence et par les tortures qu’ils infligent aux malades, ils priment la scène morbide. Pour nous, ils sont un des éléments nécessaires au diagnostic ('). »
Mais c’est surtout de Y herpétiformité que nous nous sommes occupés dans ce travail, de sa signification et de sa valeur.
Au point de vue de la signification de ce ferme nous avons montré qu’on lui a attribué les trois sens suivants : 1° l’éruption est composée de vésicules groupées par bouquets sur une base rouge, érythémateuse, comme dans le véritable herpès; 2° elle est groupée comme dans le type précédent, mais en outre les divers groupes sont disposés comme dans le zona; 5° elle forme des cercles plus ou moins réguliers, ou pour mieux dire des anneaux à centre sain, comme dans la trichophytie cutanée.
Discutant ensuite la valeur de l’herpétiformité en tant que symptôme, nous nous demandons si Von est fondé à rejeter dans le groupe érythème polymorphe ou dans le groupe pefnphigus des éruptions polymorphes douloureuses érythémateuses, vésiculeuses , bulleuses, par cela seul qu'elles ne présentent pas le symptôme de V herpétiformité.
Quand on relit avec soin tous les derniers travaux de Duhring et des auteurs anglais et américains qui ont adopté ses idées et celles de Tilbury Fox, on ne tarde pas à se convaincre que pour eux l’herpétiformité est le caractère majeur de leur groupe, celui qui lui donne sa physionomie de type morbide à part, et qui permet de le différencier des pemphigus vrais. Les dermatoses bulleuses à allures chroniques et récidivantes, qui ne présentent ce caractère à aucun moment de leur évolution, sont pour eux des pemphigus, qu’elles soient ou non prurigineuses, qu elles s’accompagnent ou non d’autres phénomènes éruptifs. Ils ont ainsi l’avantage de respecter les conceplions anciennes de l’école de Vienne.
Nous ne pensons pas qu’ils soient dans la vérité, et cela pour les raisons suivantes. Si vraiment l’herpétiformité est le symptôme majeur, pathognomonique, des dermatoses que nous étudions, on doit retrouver celte herpétiformité d’une manière constante à toutes les périodes de l’affection. Or, dans beaucoup de cas, il n’en est rien : il y a des périodes pendant lesquelles l’herpétiformité peut manquer ou être fort peu accentuée. Le diagnostic se fait alors par les commémoratifs ou par la longue observation du malade. S’il se produit pendant le cours de l’affection des poussées herpétiformes d’aspect, cela suffit, d’après ceux dont nous combattons les idées, pour que l’on soit en droit de poser le diagnostic de dermatite herpétiforme. C’est un singulier
p) L. Broco, loc. cil., 1898, p. 875. — Voir également, même travail, p. 874, 875, 87(5, ce que nous disons à propos du polymorphisme, de la conservation du bon état général el de l’éosinophilie.
PRATIQUE DERMATOLOGIQUE. — III. 48
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HISTORIQUE GÉNÉRAL 1)U PEMPIIIGUS.
caractère pathognomonique que cet aspect objectif qui peut faire complètement défaut pendant de longues périodes (*).
Il est en outre parfois fort difficile d’apprécier l’herpétiformité; dans les variétés bulleuses de la maladie de Duhring, ce symptôme peut ne consister qu’en un simple groupement des lésions : c’est alors un caractère de la plus désespérante banalité.
Aussi ne pouvons-nous accepter le sens étroit que les dermatologistes dont nous venons d’exposer les idées veulent attacher au terme dermatite herpétiforme. Il nous paraît irrationnel de diviser en deux affections qui seraient distinctes l’une de l’autre les laits que nous avons rangés dans nos dermatites polymorphes douloureuses, en s’appuyant sur ce (pie dans certains d’entre eux les éruptions sont groupées à la manière des éléments de l’herpès, tandis que dans certains autres elles ne le sont pas.
Certes , il y a des faits dans lesquels V herpêtiformitê semble jouer un rôle en quelque sorte prépondérant au point de vue objectif , et nous croyons devoir en faire des formes à part lesquelles correspondent dès lors approximativement à la dermatite herpétiforme vraie de Duhring; ce sont nos variétés : 1° érythématourticarienne vésiculeuse circinée (ici l’herpétiformité est prise dans le sens trichophytie cutanée); 2° herpétiforme vraie dans laquelle l’éruption est composée de groupes de vésicules analogues comme aspect à celles de l’herpès; 3° circonscrite (2). Mais ce sont là en réalité des laits assez exceptionnels. Qu’on leur réserve si l’on veut le nom de dermatite herpétiforme ; mais alors il faut concevoir celte dermatite herpétiforme comme constituant une simple variété objective d’un grand groupe morbide auquel nous avons donné le nom de dermatites polymorphes douloureuses , et qui renferme tous les laits caractérisés par: 1° la multiformité ou le polymorphisme à tendance vésiculobulleuse de l’éruption, 2° des phénomènes douloureux; 5° une évolution par poussées successives, sauf pour les formes aiguës; 4° une certaine conservation du bon état général, bien que parfois on puisse observer une terminaison fatale.
Aussi n’avons-nous conservé ni le terme général de dermatite herpétiforme, ni celui de maladie de Duhring, pour le groupe morbide que nous avions constitué en 1888, car on voit que notre conception diffère totalement de celle du dermatologiste de Philadelphie: nous lui avons en 1898 définitivement donné le nom de dermatites polymorphes douloureuses.
Ce groupe renferme presque tout l’ancien pemphigus vulgaire des auteurs classiques, le pemphigus circinatus de Rayer, le pemphigus pruriginosus de Chausit et de Hardy, le pemphigus composé ou herpès pempliigoïde de Devergie, une partie de l’érythème polymorphe de Ilébra, l’hydroa bulleux et le pemphigus arthritique de Bazin, l’herpès pempliigoïde , l’herpès gestations de Milton, certains cas décrits à tort, selon nous, sous le nom d’impétigo
(’) Voir L. Brocq, toc . cit., 1898, p. 949.
(a) Voir pour plus de détails L. Brocq, loc. cit., 1898, p. 950-951.
PEMPHIGUS
lierpéli forme , l’hydroa herpéti forme des Anglais, la dermatite herpéti forme de
Duhring.
Nous renvoyons à l’article Dermatites polymorphes douloureuses pour les détails de sa constitution (*).
Nous ne croyons pas pouvoir conserver purement et simplement à ce groupe le nom de Pemphigus, comme le veut Kaposi, car il renferme des l'ail s autrefois rangés dans les érythèmes polymorphes, dans les urticaires, dans les prurits, qui peuvent évoluer pendant fort longtemps sans qu’il se forme une seule bulle, et qui par suite ne nous semblent vraiment pas pouvoir être étiquetés pemphigus. Mais d’autre part nous reconnaissons que l’on se trouve ainsi entraîné à faire rentrer dans noire groupe presque tout le pemphigus vulgaire de Hébra- Kaposi.
Tel est l’exposé fidèle de la grande crise (pie subit à l’heure actuelle l’étude des affections bulleuses.