PEMPHIGUS ÉPIDÉMIQUE
Pour expliquer celle épidémicité qui est devenue évidente dès les premières séries de cas que l’on a relevées, on a d’abord invoqué des causes banales, telles que la malpropreté, la misère, l’alimentation défectueuse, le séjour dans les hôpitaux, etc. On a même, bien à tort, incriminé la vaccine et la puerpéralité.
E. Vidal a mis en relief deux autres caractères des plus importants de celte dermatose qui se relient intimement au précédent; ce sont sa contagiosité et V inocidabïdté de ses lésions cutanées. « Le pemphigus épidémique se transmet non seulement de l’enfant à l’enfant, mais encore de l’enfant à l’adulte. Les divers auteurs ont cité des exemples de transmission à la mère et même à des infirmières. J’ai observé deux cas de contagion chez deux femmes dont les enfants étaient déjà atteints de cette affection dans mes salles. Toutes deux présentèrent d’abord des bulles sur les cuisses, et l’une d’elles eut ensuite de nombreuses bulles sur le cou et sur la face.
« Je fis sur le bras gauche de cette dernière malade des auto-inoculations qui ne réussirent pas. En même temps, j inoculai son bras droit avec le produit des bulles d’un enfant, et j’obtins sur trois piqûres deux bulles très caractérisées.
« Rœser a plusieurs fois réussi à s’inoculer la bulle de la variété de pemphigus que nous étudions. Par des auto-inoculations il a obtenu des secondes générations, rarement une troisième rudimentaire et comme avortée. Pin autre de mes élèves, Coudoin, s’inocula sur l’avant-bras gauche avec du liquide pris sur une des bulles d'inoculation de Rœser; le résultat fut négatif, mais en même temps il s’inoculait sur l’avant-bras droit avec la bulle de pemphigus d’un enfant, et obtenait au bout de trente-six heures une bulle parfaitement caractérisée. A quelques jours de là deux autres inoculations étaient suivies de succès (x).
« C’est entre vingt-quatre et quarante-huit heures, le plus souvent trente-six heures après l’inoculation, qu’on voit apparaître une petite bulle remplie de liquide clair plus ou moins citrin, bulle qui atteint son maximum de déve loppement le deuxième ou le troisième jour. Elle se flétrit ensuite, sèche du cinquième au huitième jour, et disparaît promptement sans laisser de traces (2). »
Cette importante particularité, l’inoculabilité et la contagiosité de celte affection, explique le développement des épidémies de maison et de salle d’hôpital. Elle peut aussi expliquer l’extension de la maladie sur le même malade, le siège de prédilection de l’éruption sur les régions du corps qui sont le plus exposées aux frottements et aux excoriations.
Elle permet également de relier les cas observés chez les nouveau-nés et chez les adultes, et de faire une seule et même maladie du pemphigus épidémique des enfants et des divers pemphigus épidémiques de l’adulte qui ont
(') Voir les résultats positifs obtenus également par Scharlot, par Colrat, loc. cil., et tous les faits de contagion et de transmissibilité cités par Soltmann dans son travail.
(2) E. Vidal, loc. cil.
PEMPHIGUS
été décrits, puisque les grandes personnes qui avoisinent les enfants atteints peuvent être infectées.
Le pemphigus une fois développé à l’état épidémique semble attaquer tout aussi bien les enfants bien portants que ceux qui sont faibles, ceux qui sont bien allaités, bien soignés, que ceux qui sont mal alimentés, mal soignés, dont les mères sont affaiblies. Cependant il est incontestable que la possibilité de complications graves, infectieuses, est plus grande chez ceux qui sont débilités, et surtout que la mortalité est beaucoup plus forte quand il existe déjà chez les sujets de l’athrepsie ou de la syphilis héréditaire.
Nature de la maladie. — Tout ce qui précède montre «pie l’affection à laquelle on a donné le nom de Pemphigus épidémique des nouveau-nés est une maladie locale, externe, tout à fait différente des autres éruptions connues rangées sous le vocable de pemphigus, puisque aucune de ces dernières n’est ni inoculable, ni auto-inoculable.
Elle est donc absolument comparable à l’impetigo contagiosa de Tilbury Fox à laquelle elle doit être assimilée. On ne peut la laisser plus longtemps dans le groupe des dermatoses dites Pemphigus vrais (*).
Diagnostic. — Les caractères que nous venons de mettre en relief sont suffisamment pathognomoniques pour que le diagnostic soit presque toujours facile.
L’épidémicité, l'inoculabilité, l’auto-inoculabilité, le peu de retentissement de l’affection, du moins au début, sur l’état général, voilà autant de caractéristiques.
L 'urticaire bulleuse a une base urticarienne typique : les bulles sont beaucoup moins volumineuses; l’éruption est disséminée, sans systématisation aucune.
La varicelle bulleuse s’accompagne de fièvre; les éléments sont beaucoup plus abondants d’emblée, beaucoup moins volumineux, moins superficiels.
Il n’y a pas lieu d’après nous de distinguer le Pemphigus épidémique de l 'impétigo contagiosa de Tilbury Fox.
Quant aux affections bulleuses de la série du Pemphigus, l’épidémicité et l’auto-inoculabilité permettront d’en séparer la forme morbide que nous étudions.
Nous ne parlons pas du Pemphigus syphilitique qui n’en a ni l’aspect, ni les bulles volumineuses, ni les localisations.
Traitement. — Le traitement général n’est nécessaire que lorsque les enfants sont un peu chétifs : l’allaitement au sein doit dans ces cas être préféré à tout autre. On combattra tout symptôme diarrhéique dès son apparition.
Dans les cas graves, on essayera de soutenir les forces de l’enfant; on lui
(*) Voir pour ce point particulier les mémoires déjà cités de Knud Faber, 1890, de Waldemar Peter ( Berl . klin. Woch.. 10 février 1896), et de Rudolf Matzenauer, 1900; on y trouvera exposés tous les arguments décisifs et la bibliographie.
[L BROCQ
PEMPHIGUS ÉPIDÉMIQUE. — PÉRIFOLLICULITES.
fera respirer un air sain chargé d’oxygène ; s'il y a une forte fièvre, on la combattra par des préparations appropriées de quinine.
Avant tout il faut soustraire le malade à toutes les causes d’inoculation et d’auto-inoculation. En temps et en foyer d’épidémie on éloignera immédiatement les sujets indemnes; on isolera ceux qui sont atteints. Les personnes qui les soigneront seront soumises à de très sérieuses précautions de désinfection et d’asepsie avant et après les pansements : ces précautions sont indispensables et pour elles et pour les autres bébés qu’elles auront à manier.
Quand les enfants sont bien portants et bien nourris, quelques soins de propreté suffisent dans la majorité des cas pour amener une guérison complète. On doit s’efforcer de soustraire la région malade à tout frottement, à tout traumatisme. Quand les bulles sont ouvertes, on fait des lotions fréquentes avec des liquides émollients ou mieux un peu astringents, comme l’eau de feuilles de noyer boriquée. On touche une fois par jour ou tous les deux jours les surfaces malades avec de l’eau d’Alibour, coupée de 20 fois à 5 fois son volume d’eau bouillie, ou bien avec une solution de nitrate d’argent allant, suivant les nécessités du cas, du 100e au 20e. Puis on panse simplement avec des poudres inertes, telles que le sous-nitrate de bismuth, l’oxyde de zinc, le talc, à la rigueur le lycopode; ou bien on applique d’abord une pommade à l’oxyde de zinc boriquée au 20e, par-dessus laquelle on met une de ces poudres. Quand les bulles sont confluentes et que de vastes étendues de peau sont dénudées, Comby traite le pemphigus comme les brûlures graves par la solution d’acide picrique au 100e et le pansement ouaté (‘). Nous préférerions dans ce cas le simple pansement avec le liniment oléo calcaire aseptique, ou la très belle vaseline boriquée au 20e.
PERFORANT (MAL)- — Voir l’article : Trophonévroses.
PÉRIFOLLICULITES.
Voir l’article : Folliculites , t. II, p. 651. (*)
(*) Baginsky et Bloch auraient réussi à sauver plusieurs nourrissons atteints de pemplngus malin, en leur faisant prendre chaque joui' un bain préparé avec une décoction d’écorce de chêne, puis en recouvrant les parties atteintes d'une couche épaisse d’un mélange d’oxyde de zinc et de talc. Nous avons vu plus haut qu’il est nécessaire de reprendre l’étude de tous ces faits, car ils n’ont pas été jusqu’ici, au point de vue de leur nature réelle, soumis à une critique suffisamment rigoureuse.
PERLÈCHE.
Par L. JACQUET.