PI. XVI
[W DUBREULH ]
POU 1)U CORPS
Los lésions de grattage sont d’habitude extrêmement marquées. Les régions d’élection de la phtiriase, la partie supérieure du dos, le ventre, la partie externe des cuisses, les hanches, sont couvertes de papules écorchées et surmontées d’une croûte brune, de longues écorchures linéaires, toutes orientées dans la même direction pour une région donnée, direction qui est celle^du grattage instinctif. Les lésions eczémateuses sont rares; mais il y a souvent
de la lichénisation et surtout des pyodermites variées, ecthyma, furoncles ou même abcès sous-cutanés. Dans tous les cas de phtiriase ancienne, les cicatrices blanches et souvent linéaires, dans le sens des stries de grattage, sont un symptôme habituel.
Le prurit n’est pas toujours perçu, surtout chez des vieillards ou des miséreux dont la sensibilité est un peu émoussée, mais souvent des malades qui affirment n’avoir pas de démangeaisons présentent des traces manifestes d’un grattage violent; on les voit se gratter au moment même où ils affirment n’avoir pas de démangeaisons. Le phénomène du grattage inconscient et du prurit non perçu est particulièrement. fréquent dans la phtiriase du corps.
La mélanodermie phtirias:que est une pigmentation anormale qui a été signalée par Greenhow(') et étudiée par Fabre (2). Elle s’observe surtout chez les individus âgés, misérables, épuisés et cachectisés, et caractérise ce qu’on a appelé la « maladie des vagabonds » (s). La peau est épaissie, sèche, fari-
(*) Greenhow, Tram. patli. Soc. of London, 186i, t. XV. — Lancet , 1805, I, p. 415. Clinical Soc. of London, 1876.
(2) Fabre, Des mélanodermies et en particulier d'une mélanodermie parasitaire. 1 lièse de Paris, 187-2.
(3j On l’appelle souvent maladie des vagabonds de Yogt. En réalité, ce que Vogt (de Berne) a décrit ou plutôt fait décrire sous ce nom par son élève Max Küclder ( Ueber die
Fig. 201. — Phtiriase du corps : lésions de grattage.
PHTIRIASES.
lieuse, et présente une teinte brunâtre ou noirâtre quelquefois très accusée. La mélanodermie forme des nappes à limites dégradées ou s’étend à loute la surface du corps, en respectant presque complètement la face, les mains, les pieds, et en prédominant à la partie supérieure du dos, à la taille, au ventre, un peu moins à la poitrine et aux hanches. Les organes génitaux, l’aréole du mamelon, ne présentent qu’une teinte modérément foncée. Sur le fond brunâtre de la peau se détachent des macules blanches cicatricielles dues aux lésions suppuratives qui ont compliqué la phtiriase. Greenhow et Duffey(‘) ont vu un vésicatoire produire une décoloration locale.
Les premiers auteurs qui se sont occupés de la mélanodermie phtiriasique ont insisté sur l’absence de pigmentation de la muqueuse buccale comme caractère distinctif d’avec la maladie d’Addison. Mais une série d’observations publiées par Greenhow, Besnier, Thibierge, Chauffard, Grisel, Danlos, Ghatin (2), ont montré qu’il peut y avoir des taches noirâtres ou ardoisées sur la muqueuse des joues ou du palais. La pigmentation, tant celle des muqueuses que celle de la peau, diminue en quelques semaines et disparaît en quelques mois quand on débarrasse le malade de ses poux et qu’on lui donne une bonne alimentation.
Cette mélanodermie ne paraît pas être due uniquement au grattage, car dans la gale, où le grattage est violent, on ne voit rien d’analogue. Il est des cas où les poux étaient très nombreux, le grattage insignifiant et la pigmentation très marquée. Elle est très probablement due au venin même inoculé par les poux, venin produisant à la fois le prurit et de la pigmentation, exactement comme le fait le pou du pubis. Mais, tandis que la tache ombrée du pubis est localisée au niveau de la piqûre et passagère, la pigmentation du pou du corps est plus diffuse, peut être transportée à distance et persiste plus longtemps. Ce n’est pas le venin qui est lui-même pigmentaire, mais il détermine la production du pigment. L’anatomie pathologique de la mélanodermie pthiriasique a été étudiée par Audry(3). Il a trouvé des infiltrats leucocytaires autour des vaisseaux et surtout des lymphatiques. Dans le derme le pigment se trouve, surtout au voisinage des lymphatiques, contenu dans des cellules rameuses ou en grains disséminés entre les faisceaux conjonctifs. Dans l’épidémie, le pigment très abondant se trouve surtout à la surface des cellules des couches génératrice cl filamenteuse.
Sous le nom de phtiriase ou maladie pédiculaire , les auteurs anciens décrivent des cas de production spontanée dans la peau de poux en quantité
Krankheit der Vaganlen in der Schweiz. Thèse (le Berne, 1855) est l’éruption pédiculaire que nous étudierons plus loin et caractérisée par des bulles pleines de poux. — Voir Cu. IIuber, Bibliographie der klinischen Entomologie, fasc. 1, p. 19.
t1) Duffey, A case ressembling one of Addison’s disease. Dublin .Journal of med. sciences, mars 1877.
(a) P. Chatin, Cas de mélanodermie phtiriasique avec cachexie et pigmentation de la muqueuse buccale. Ann. de dermat., 1900, p. 1215.
(5) Cu. Audry, Noie sur l’histologie de la mélanodermie parasitaire. Journal des mal. eut. et syph. Avril 1901, p. 215.
[W DUBHEUILH ]
POU DU CORPS
innombrable; un certain nombre de personnages historiques, entre autres Hérode, le cardinal Duprat, Philippe II d’Espagne, etc., seraient morts de cette façon misérable. Il ne saurait être question, bien entendu, de la production spontanée des parasites, mais certains faits ont pu justifier cette erreur. Il est des malades qu’on ne parvient pas à débarrasser de leurs poux ; malgré le changement complet et répété de tous leurs vêtements et de leur literie, malgré le nettoyage complet de leur peau, ils. persistent à être couverts de poux. II est probable que ce sont des individus qui exercent sur ces parasites une attraction particulière comme dans l’observation précitée de Crocker; ils attirent tous les poux de la salle d’hôpital où ils sont placés, et, tant qu’il y a un pou dans la salle, ils sont infestés.
Les cas de fièvre pédiculaire (*) caractérisés par l’apparition subite d’une quantité colossale de poux coïncidant avec un accès de fièvre s’expliquent probablement par l’observation inexacte et l’exagération d’un fait vrai, la pullulation plus rapide des poux chez les malades.
Les éruptions pédiculaires sont constituées par des bulles remplies de poux. Les observations de Gaulke (2) sont les plus précises que j’aie pu trouver. Il rapporte plusieurs cas dans lesquels on voyait une centaine de nodules du volume d’un pois à une noisette, les uns ouverts, les autres recouverts d’un épiderme mince, d’un rouge livide, siégeant sur la poitrine, le ventre et surtout la face interne des membres. Les quelques tumeurs non encore ouvertes donnaient au loucher la sensation d’un sac plein de grenaille de plomb. La démangeaison était si violente que les malades n’avaient pas de trêve qu’ils n’eussent écorché ces tumeurs qui donnaient alors issue à un grand nombre de poux sans une goutte de liquide. Gaulke enleva une de ces « pustules » d’un coup de ciseaux et en examinant à la loupe la membrane parcheminée qui les recouvrait y constata de petits trous par lesquels des poux auraient pénétré.
Ces observations confirmées par Landois(5) ont donné lieu à une vive polémique entre lui et Hebra père dans le Wiener medicinische Wochenschrift de 1866. Ce dernier déclare que sur 11 000 cas de pédiculose du corps il n’a jamais vu de ces pustules phtiriasiques que décrivent Landois et Gaulke. Mais, d’autre part, Railliet (4) a vu sur une vieille jument non pansée des hématopinus former de véritables nids sous-épidermiques, et nous connaissons des faits pour le moins aussi étranges de pénétration d'ixodes sous la peau. Ces laits d’éruption pédiculaire, pour invraisemblables qu’ils paraissent, ne doivent pas être rejetés comme absurdes, mais étudiés scientifiquement si l’occasion s’en présente.
(*) Blyckærts, Observation d’un accès de fièvre pédiculaire aiguë. Presse médic. belge, 1875, n° 1. — Observations curieuses de fièvre pédiculaire. Ibid., 1884, n° 15.
(2) Gaulke, Ueber die Lâusesucht. Wiener rned. Week., 1800, n" 21-25, d’après Vi r choie - Ilisch, 1800, II, 485.
(3) U. Landois, Ueber die Exislenz der echten Lâusesucht. Wiener med. Woclien., 180:», ir 17, 18, 19, 59.
(4) Railliet, Zoologie méd., 1895, p. 828.
PHTIRIASES.
Diagnostic. — Le diagnostic de la phtiriase du corps est souvent très difficile. Il se base sur l’existence d’un prurit généralisé, plutôt vespéral, et sur la présence des poux dans les vêtements. Mais le prurit est un phénomène bien banal; la présence des poux est presque toujours ignorée du malade et souvent très difficile à constater. Ajoutons que, la phtiriase étant généralement une maladie de misère, on n’y songe pas en présence d’un malade aisé et bien habillé.
Les signes de probabilité sont d’abord le prurit vespéral survenant plus lot que celui de la gale qui est franchement nocturne; le siège du prurit et des éruptions de grattage qui prédominent à la partie supérieure du dos et y sont même souvent exclusivement limités, la trace des ongles y est même plus manifeste que dans aucune autre maladie; enfin la pigmentation spéciale, celle-ci fort inconstante.
Les signes de certitude sont la découverte des poux et des lentes. Les poux se trouvent dans les vêtements qui sont en contact avec la peau, les lentes sonl cachées dans les plis et les coutures de ces mêmes vêtements. Quand il y en a beaucoup, on les reconnaît facilement à l’œil nu sous forme d’un semis très dense de petits grains nacrés et brillants; si elles sont rares, il faut la loupe pour les reconnaître. Les parasites et les œufs sont souvent d’autant plus rares que le malade a changé de linge pour venir voir le médecin. Si I on a des soupçons, il faut revoir le malade qui sera quelquefois moins soigneux à une seconde visite.
Le diagnostic différentiel comporte la distinction d’avec la phtiriase pubienne, la gale, l’urticaire chronique, le prurit hivernal, les prurits toxiques et le prurit sénile.
La phtiriase pubienne se distingue par le siège du prurit et du grattage et par la découverte du parasite.
La pale respecte toujours le dos, siège de prédilection de la phtiriase, elle atteint de préférence la verge et les mains où le pou des vêtements ne va presque jamais.
L 'urticaire chronique est caractérisée par des élevures fugaces sans localisations, déterminées par l’exaspération et la généralisation qu’amène le grattage. Du reste, il n’est rien de plus variable que l’urticaire chronique, et, chez les jeunes gens surtout, la phtiriase du corps peut elle-même se manifester par une véritable urticaire chronique.
Le prurit hivernal atteint plutôt les adultes jeunes que les vieillards; il n’apparaît qu’en hiver par le froid vif et sec, et il est souvent provoqué par la chaleur du lit ou d’un foyer, enfin il se localise surtout aux membres.
Les prurits toxiques et séniles sont ceux qui soulèvent les plus grosses difficultés. Quelques-uns sont assez faciles, ainsi le prurit hépatique trahi le plus souvent par l’ictère, le prurit diabétique ou albuminurique décelé par l'ana- Ivse des urines, pourvu qu’on songe à la faire. Mais il y a des prurits hépatiques sans ictère, des prurits rénaux sans albuminurie et toutes sortes de prurits autotoxiques mal déterminés parmi lesquels figure le prurit sénile.
[W DUBREUILH .]