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AUTRES SIGNES TROPHONEUROTIQUES

La raréfaction des sourcils , notamment dans leur tiers externe, est l’un des signes les plus précoces dans la lèpre. Plus tard les cils, la barbe, les poils des aisselles et du pubis peuvent tomber; mais l’alopécie respecte toujours le cuir chevelu (2).

Une teinte grisâtre, terreuse, tirant sur le bistre, est répandue sur toute l'enveloppe cutanée. Parfois le tégument prend l’aspect de l'ivoire jauni, ou bien se fonce au point qu’un homme de race blanche peut être pris pour un mulâtre. Cdiez l’adolescent et même chez l’enfant, la peau est flasque, ridée,

(*) Ces cicatrices sont anesthésiques; elles sont dépourvues de poils, et privées de sécrétion sudorale ou sébacée.

(2) Il est présumable que cette chute générale des phanères est due à une toxine sécrétée par le bacille. Les macules et tubercules déterminent souvent des alopécies localisées passagères ou durables,

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flétrie comme celle des vieillards. Elle donne au toucher une sensation de rudesse toute spéciale (!).

Cette sécheresse de la peau lient en partie aux troubles de l' excrétion sudorale. Eu effet, les sueurs, après avoir été extrêmement abondantes au début de la lèpre, se suppriment à une période plus avancée. Tout d’abord, la fonction n’est abolie que sur certains segments, les membres supérieurs ou inférieurs par exemple, ou sur toute la portion sous-diaphragmatique du corps. Souvent les malades assurent que cette sorte d’inhibition sudorale, dans un territoire donné, précède et annonce l’apparition prochaine de l’anesthésie dans ce même segment, comme si les nerfs sécrétoires étaient touchés avant les nerfs sensitifs.

Les glandes sébacées sont, au contraire, en état d’hypersécrétion, d’où cette consistance onctueuse et même huileuse qui est propre aux léprides. Du reste, cette séborrhée peut être généralisée à toute la surface tégumentaire (2).

C’est toujours aux extrémités que la nutrition de la peau est le plus compromise. Les poignets et les mains sont violacés par la cyanose. Au-dessous de celle-ci, existe une teinte brun sale ou gris métallique, comme si la région avait été enduite d’onguent napolitain. Une bouffissure molle, comme gélatineuse, dans laquelle le doigt ne s’imprime pas, donne aux extrémités un aspect potelé et une consistance ouatée très spéciale. Sur la face dorsale des mains et des doigts, on voit çà et là des excoriations traumatiques, des brûlures, des bulles ou de petits ulcères trophiques taillés à l’emporte-pièce, de même signification que le mal perforant.

Les membres inférieurs sont ordinairement emprisonnés dans une induration œdémateuse et pachy dermique, qui remonte plus ou moins haut sur la jambe. De même qu’aux mains, les téguments sont brunâtres, et, par places, ils ont une teinte grisâtre comme s’ils avaient été estompés à la mine de plomb (3).

L’épiderme qui recouvre ces régions est épais, stratifié, craquelé comme dans l’eczéma chronique hypertrophique vulgaire, et les ongles sont toujours très altérés.

Dans la forme tuberculeuse, les ongles sont souvent à peu près normaux, mais on peut observe de Yonyxis ou de la périonyxis ; l’ongle est aminci, ou, au contraire, épaissi et soulevé par une masse incomplètement kératinisée; sa surface est inégale. Autour de lui, la peau est infiltrée, d’un rouge brunâtre, souvent ulcérée au pourtour de la sertissure. L’ongle finit par tomber,

(') Guy de Chauliac connaissait bien cette -< crespeurc de la peau », et Ambroise Paré, dans une formule de certificat concluant à la séquestration d’un lépreux, dit qu’il a trouvé tout le « cuir crespy et inégal, comme celui d’une oye maigre plumée ».

(â) Dans les cas douteux, les médecins du moyen âge projetaient de l'eau sur le corps du sujet : si le liquide n’adhérait pas à la peau, il y avait, croyaient-ils, de forLes présomptions en faveur de la lèpre.

(3) Quand ces altérations sont prononcées, on conçoit que la lèpre puisse être confondue avec l’éléphantiasis des Arabes : mais ce dernier est toujours une affection locale, limitée soit à un membre inférieur, soit au scrotum.

PRATIQUE DERMATOLOGIQUE. — lit. •"

[£. JEANSELME et M. SEE ]

ÉTUDE ANALYTIQUE DES LOCALISATIONS LÉPREUSES

laissant à nu un ulcère bourgeonnant. Ces lésions, d’ailleurs indolentes, sont marquées surtout aux orteils. Plus rarement, sans infiltration du bourrelet unguéal, les ongles s’émiettent, ou tombent sans avoir subi de modification de structure; c’est ce qu’on observe parfois dans les formes mixtes ou nerveuses; dans celles-ci, l’altération ordinaire est une déformation en griffe conique, étroite et épaisse. Réduits à l’état d’ergot ou de petit tubercule, plus rarement de plaque mince et plane, les vestiges de l'ongle persistent, adhérents à la peau de l’extrémité des doigts, alors même que ceux-ci ont été ravagés par les panaris et ont perdu leurs phalanges.

La sclérose cutanée peut être creusée d 'ulcères trophiques très analogues aux ulcères calleux d’origine variqueuse. Au niveau des saillies articulaires des doigts, des poignets, des coudes, des cous-de-pied et même des genoux, la peau, amincie et tendue sur les os, craque en quelque sorte, en donnant lieu à de grandes fentes sèches qui gagnent en profondeur. Enfin, parmi les complications les plus fréquentes de la lèpre, il faut compter le mal perforant plantaire. L’ulcère a pour point de départ une plaie traumatique, une brûlure, une bulle ou un épaississement corné de l’épiderme. Unilatéral ou bilatéral, et, dans ce dernier cas, disposé symétriquement ou non, il a pour sièges d’élection le talon antérieur ou le talon postérieur, la base du premier orteil ou celle du cinquième. Souvent le gros orteil subit une hypertrophie considérable, en connexion avec un mal perforant situé à sa base. Plus rarement, l’ulcère trophique s’observe au niveau de l’insertion du tendon d’Achille, ou sur les bords de la semelle plantaire; lorsque la voûte du pied est effondrée, ii peut siéger à la partie centrale de cette voûte, devenue convexe. Le mal perforant coïncide fréquemment avec une résorption considérable du pied.

Chez les malades mis au repos, il guérit parfois très rapidement, mais peut, comme nous le verrons plus loin, fouiller profondément les tissus et déterminer des mutilations considérables (').

La pachydermie des membres inférieurs n’est pas uniquement due à la névrite, et dans le derme sclérosé on peut constater de vrais foyers lépreux (2).

Aux troubles trophiques proprement dits s’associent des infections secondaires qui jouent un grand rôle. Les panaris, fréquents dans la lèpre mutilante, sont produits par les microbes vulgaires de la suppuration, qui ont facilement raison des tissus en état d’hyponutrition et d’ataxie vaso-motrice. L’érysipèle et les autres localisations de la streptococcie surviennent très fréquemment dans le cours de la lèpre et peuvent être mortels.

(') Sur un lépreux qui se traînait sur les genoux, nous avons vu un vaste ulcère perforant au niveau de l’une des rotules.

(2) Dans deux cas personnels, nous avons relevé entre les faisceaux du derme, des îlots de cellules rondes avec des mastzellen, des globi et du pigment ocre. Au pourtour des vaisseaux, épaissis et infiltrés de bacilles, il y avait des foyers anciens avec des cellules de Virchow bacillifères.

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