II. Tube digestif et annexes
Jusqu’à une période avancée, l'appareil digestif des lépreux fonctionne normalement; on a même cru observer chez certains une augmentation de l’appétit. Mais lorsque surviennent les ulcérations, la dyspepsie et des douleurs gastriques apparaissent. La diarrhée s’installe, c’est un des signes termi-
(*) Voici les principales : Bonome ( Virchow’ s Arch., Bd CXI, 1888) a vu une cirrhose étendue du poumon, contenant des nodules péribronchiques qui tendaient à la dégénérescence hyaline, sans caséification; les bacilles, libres ou intra-cellulaires, étaient nombreux dans les septa, surtout dans la zone hyaline. — Doutrelepont et Wolters {Arch. fiir Derm. u. S., Bd XXXIV, 1896), chez un malade qui pendant sa vie avait rendu des masses muqueuses bacillifères, trouvèrent à l’autopsie une multitude de petits foyers péribronchiques, disséminés dans un tissu œdémateux. L’épithélium était desquamé, les cloisons alvéolaires et le tissu périvasculaire épaissis et infiltrés de cellules lépreuses, de boules hyalines à réaction d’Ehrlich. De nombreuses mastzellen y existaient, en particulier autour des vaisseaux. — Babes a vu la sclérose se limiter à un sommet et comprimer les alvéoles au point de les effacer; elle contenait des bacilles, la plupart inclus dans des cellules vacuolisées et groupées près des vaisseaux; l’inoculation au cobaye fut négative.
Parfois la lésion n’est décelable qu’au microscope. Babes Ta vue se limiter à l’endothélium des capillaires pulmonaires qui contenaient des bacilles. Sur un poumon paraissant sain à l’œil nu, l’examen microscopique nous a montré, dans le tissu interstitiel el surtout les parois des alvéoles et des petites bronches, des boules bacillaires nombreuses, sans réaction de voisinage; en plusieurs points, les capillaires contenaient des amas de bacilles.
LEPRE
riaux les plus constants chez les tubéro-lépreux. D’abord intermittente, elle devient à la fin permanente et achève d’épuiser les malades. Souvent leur ventre est augmenté de volume, par suite de la tuméfaction du foie, de la rate et des ganglions mésentériques {carreau lépreux de Larrey). Chez les neurolépreux, on a signalé des accès de douleurs gastriques violentes rappelant les crises du tabes. A une période avancée, une soif ardente tourmente les malades ; une fois établie, si l’on en croit Daniclssen, elle dure jusqu’à la lin.
Histologie. — Tube digestif. — A part les localisations bucco-pharyngées, qui sont fréquentes, le tube digestif est presque toujours respecté par les lésions spécifiques. Le cas de Goldschmidt (de Madère), où il existait un léprome de l’œsophage, doit être considéré comme une rareté pathologique. Cependant plusieurs cas de lèpre intestinale ont été publiés : tels ceux de Schwimmer, Reisner, Doutrelepont et Wolters. Dans ce dernier, le gros intestin, principalement à sa partie inférieure et jusqu’à quelques centimètres de l'anus, portait des ulcérations rappelant celles île la dysenterie. Sous la rnuscularis mucosæ, il y avait des groupes de cellules polymorphes chargées de bacilles, d’autres cellules bacillifères plus petites et desglobi. Les ganglions correspondants étaient envahis.
Foie. — La glande hépatique, augmentée de poids et de volume, a souvent l'aspect du foie cardiaque. Elle peut être parsemée de gros nodules jaunâtres, surchargée de graisse ou de pigment ocre. La dégénérescence amyloïde est fréquente, comme le prouvent les examens de Cornil et Babes, de Neisser et de Rikli.
Sur la coupe, l’épaississement du tissu interstitiel est déjà visible à l’œil nu. L'infiltration siège surtout dans les espaces portes, où elle arrive à constituer des nodules assez volumineux contenant de petites cellules et, plus tard, des cellules lépreuses. Quelquefois on voit aussi des nodules lépreux dans les zones sus-hépatiques légèrement sclérosées. Les bacilles fourmillent dans toutes ces lésions. Au voisinage des lépromes, les cellules hépatiques peuvent s'hypertrophier ; leur noyau devient sombre et contient plusieurs nucléoles prenant la coloration bacillaire. Cornil et Babes, Neisser, Rikli, Jeanselme ont vu des bacilles dans le protoplasma des cellules hépatiques ; ils sont presque toujours peu nombreux. Les vaisseaux de tout calibre, depuis les capillaires jusqu’aux grosses branches artérielles et veineuses, peuvent être intéressés par le processus (*).
Rate. — La rate est presque toujours hypertrophiée et entourée d’une coque de périsplénite (2). Sa pulpe, très friable, de couleur gris rougeâtre, contient une multitude de petits nodules ou de gros tubercules jaunâtres.
Les foyers qui parsèment le tissu sont presque toujours en connexion avec les artérioles : ils correspondent aux follicules de Malpighi, volumineux et apparents. Au milieu des petites cellules rondes se trouvent des Ilots de grandes cellules vésiculeuses, chargées de bacilles, qui tendent à se grouper en nodules mal délimités. Quelques bacilles existent en dehors des cellules; ils sont rarement
(*) Des boules bacillaires peuvent s'arrêter dans les capillaires sans provoquer de réaction. D’autres l'ois l'endothélium de ces vaisseaux disparait; il pourrait, d’après certains auteurs, se transformer en cellules géantes.
(4) Dans les cas anciens, la rate atteint un volume colossal, — 500 grammes dans une de nos observations, — et la dégénérescence amyloïde s’associe souvent aux lésions lépreuses.
[£ JEANSELME et M SÉE ]
ÉTUDE ANALYTIQUE DES LOCALISATIONS LÉPREUSES
isolés, et de préférence réunis en globi. Les vaisseaux contiennent ou non des bacilles. Dans les cas anciens, les trabécules spléniques s’épaississent, les follicules s’atrophient, les vaisseaux se sclérosent. La pulpe, devenue fibreuse, est parsemée de globi et de grosses cellules bacillifères (Fig. I).
Dans un autre type, les follicules sont peu apparents et l’on ne remarque aucune tendance à un groupement nodulaire. Tout le parenchyme est infiltré uniformément de bacilles, presque tous agglutinés en boules, qui englobent ou recouvrent les cellules spléniques sans les pénétrer. Les vaisseaux, quelque peu lésés, ne contiennent pas de microbes (Q.
La rate renferme toujours des bacilles, alors même qu’elle paraît absolument saine (-).