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IV. — Appareil urinaire

Il est fréquent d’observer, clans le cours et surtout à la tin de la lèpre, de l’albumine et des cylindres dans l’urine, expressions d’une néphrite banale; mais ces signes n’ont rien de spécifique et, de fait, ne sont que rarement de nature lépreuse. L’hypertoxicité de l’urine n’est pas constante. L'urine ne contient pus de bacilles.

Histologie. — Les cas d’infiltration lépromateuse du rein sont tout à fait exceptionnels (l); mais on trouve assez fréquemment dans le parenchyme rénal de petits amas bacillaires qui ne provoquent aucune réaction des tissus.

Très souvent le rein présente des altérations considérables, qui ne sont pas directement causées par le bacille de Hansen. Les plus fréquentes sont celles du gros rein blanc ou du rein contracté, auxquelles s’associe fréquemment la dégénérescence amyloïde. Celle-ci, dans les formes trophoneurotiques, envahit le rein comme le foie, la rate, l'intestin et les ganglions (2).

Babes a vu quelques amas microbiens dans la muqueuse vésicale.

Y. — Appareil génital

Les localisations de la lèpre sur les organes génitaux ont une très haute signification, qui apparaîtra mieux encore lorsque nous aborderons le chapitre de Y Etiologie. Leur étude domine en effet deux questions capitales : la lèpre entraîne-t-elle la stérilité? la lèpre est-elle héréditaire?

Or, tout au moins chez l’homme, ces lésions sont extrêmement fréquentes, surtout dans la forme tuberculeuse. Sur 151 hommes hospitalisés à la léproserie de Mandalay, -46 étaient porteurs de lésions testiculaires; sur 282 cas examinés par nous en Extrême-Orient, 70 fois les organes génitaux étaient intéressés d’une façon évidente. C’est une proportion qui dépasse de beaucoup celle que l’on observe dans la tuberculose ou la syphilis.

Le début de l 'orchite lépreuse peut être marqué par des poussées aiguës coïn-

(*) Iledenius a décrit un léprome du rein; Doutrelepont et Wolters une légère sclérose périvasculaire parsemée de cellules lépreuses, et des bacilles dans les glomérules. Dans un cas observé par nous, le lissu conjonctif cortical contenait quelques rares globi et cellules bacillifères; de nombreux amas bacillaires étaient arrêtés dans le glomérule; une artère de la voûte contenait des bacilles; près d’une autre, un amas considérable, formé de plusieurs globi, avait déterminé la formation d’un nodule lépreux.

(2) Beaven Rare {The Brilish Journal of Dermat., 1880), sur 78 autopsies faites à l’asile de la Trinidad, a trouvé des lésions de néphrite dans 50 pour 100 îles cas; sur 49 examens microscopiques, le bacille n’existait que dans deux cas de lèpre mixte.

LÈPRE

ridant avec les éruptions tégumenlaires, ou bien la localisation génitale s’établit à froid , d’une manière insidieuse, et presque à l’insu du malade (*).

En général, la lésion consiste en une orchi-êpididymite , presque toujours double. L’épididyme et la glande fusionnés forment une masse volumineuse et compacte. Tantôt la surface est lisse comme de l’ivoire; tantôt elle est hérissée de tubercules durs comme des grains de plomb ou garnie d’un blindage de nodules pisiformes. Quand l’infiltration demeure limitée à la queue de l’épididyme, elle reste en général mieux circonscrite que dans la tuberculose. La vaginale, libre et non adhérente, est rarement distendue par un épanchement abondant. Les fistules testiculaires sont fort rares et paraissent dues à l'association de la lèpre avec la tuberculose. Le cordon spermatique demeure toujours sain. Ces caractères négatifs sont d’une grande importance pour établir le diagnostic différentiel.

Des tubercules ulcérés, durs comme des chancres infectants, peuvent se développer sur le bord libre du prépuce. Ils restent isolés ou se réunissent de manière à constituer un phimosis lépreux. Le pourtour du méat est assez souvent le siège d’un léprome circonscrit ou diffus, de consistance scléreuse, qui englobe une partie plus ou moins considérable du gland.

Une pléiade de ganglions indolents et mobiles occupe les aines. Aussi la confusion avec la syphilis n’est-elle pas rare.

Histologie. — Le tissu conjonctif de la glande est sclérosé; il est parsemé de boules bacillaires, de petites cellules groupées en amas et de grandes cellules de Virchow bacillifères. Nous avons vu celles-ci former sous l albuginée une couche de bactéries tellement compacte qu’elle se détachait en rouge vif sur les coupes traitées par le Ziehl et décolorées par les acides. La membrane d’enveloppe était pénétrée par des paquets de microbes qui écartaient ses faisceaux fibreux. — Çà et là se forment des nodules où les cellules lépreuses s’imbriquent en bulbe d’oignon autour d’une artériole bourrée de bacilles. Les grosses artères ne sont d’ailleurs pas plus indemnes que les petites.

Chez un lépreux, dont les altérations testiculaires étaient éteintes, des tractus fibreux, rayonnant du hile, divisaient le champ testiculaire en secteurs dans lesquels les tubes, à peu près normaux, n’étaient reliés entre eux que par un tissu cellulaire lâche (Fig. 5).

(') Un jeune métis, soigné à l’hôpital Saint-Louis, présenta quatre poussées successives, avec fièvre et phénomènes généraux. Les deux glandes dans leur ensemble furent prises,

Fig. S. — Orchite lépreuse.

LE. JEANSELME et M. SEE]

ÉTUDE ANALYTIQUE DES LOCALISATIONS LÉPREUSES

La membrane propre des tubes séminifères est épaissie, parfois dissociée par des cellules bacillifères. Leur lumière est réduite à une fente semi-lunaire ou étoilée, que comblent des cellules épithéliales desquamées, d’énormes amas microbiens et des granulations brunes. De nombreuses constatations, entre autres celles de Corail, Neisser, Leloir, Hansen, Babes, démontrent que des boules bacillaires ou des blocs hyalins ayant la réaction d’Ehrlich peuvent cheminer jusque dans les vésicules séminales. La spermatogenèse peut être enrayée dès les premières phases de la maladie. Cependant beaucoup de lépreux paraissent encore aptes à la procréation longtemps après le début (*).

Dans 1 ’épididyme, les foyers, moins nombreux, avoisinent les vaisseaux et les canaux excréteurs.

L’orchite lépreuse ne paraît pas être le résultat d’une infection locale par la voie génitale. La localisation testiculaire n’existe jamais à l'état isolé; ses recru descences sont toujours en connexion avec des processus tégumentaires ou névritiques. C'est donc une orchite d’origine hématogène contre laquelle l’intervention chirurgicale n'est d’aucune utilité.

Chez la femme, les troubles de la menstruation sont très habituels : les règles deviennent irrégulières ou se suppriment; chez les jeunes filles non formées, elles n’apparaissent pas. Malgré ces perturbations, la lèpre n’est pas forcément une cause de stérilité, mais elle le devient fréquemment.

Comme chez l’homme, la muqueuse des organes génitaux externes est parfois parsemée de tubercules, et ces localisations insolites peuvent donner lieu à des erreurs de diagnostic.

L’infiltration lépromateuse des mamelons est assez fréquente.

Histologie. — L'ovaire peut être hypertrophié et induré. Sa surface est quelquefois inégale et raboteuse, hérissée de gros noyaux fibreux. Le bacille y a été constaté par Arning; Babes l’a décelé dans les canaux de Pflüger et même dans l'épithélium d’un follicule de De Graaf. — Le même auteur l’a vu dans les muqueuses des trompes de V utérus et du vagin. Leurs sécrétions peuvent donc être virulentes (2).

L’infiltration lépromateuse des mamelons peut se propager le long des vaisseaux et des conduits excréteurs de la glande mammaire : le lait peut alors être contaminé.

La violence des désirs vénériens, le libido inexplebilis dont parlent les anciens, semble être une légende. L’excitation génésique chez l’homme, dans les rares cas où elle existe peut-être, ne saurait être attribuée qu’aux irritations créées par les lésions locales des organes génitaux; il en est de même de la

testicules et épididymes, sans urétrite, ni funiculite, ni vaginalite : l’indolence contrastait avec l’acuité des phénomènes inflammatoires. Après la poussée, les organes, diminués de volume, étaient parsemés de petits nodules lépreux. (Hallopeau et Jeanselme, Ann. de dermat ., 1893.)

(*) Nous avons vu l’épithélium sécréteur proliférer et donner lieu à une petite néoformalion œdénomateuse.

(-) A l’examen microscopique du placenta et du cordon ombilical d’une femme atteinte de la forme maculo-anesthésique, nous n’avons constaté aucune lésion; l’enfant paraissait sain.

LÈPRE

nymphomanie chez la femme. A une période avancée, l’abolition de la puissance génésique est constante.

Quand la lèpre génitale apparaît avant la puberté, le sujet subit ordinairement un arrêt de développement comparable à celui qu’on observe dans la syphilis infantile héréditaire ou acquise. Les nouveau-nés issus de lépreux sont souvent de petite taille, ils ont l’air vieillot et cachectique. Les enfants atteints de lèpre ont parfois, dit-on, le nez écrasé* des cicatrices aux fesses et des taies sur les cornées, comme les hérédo-syphilitiques. Plus tard, leur taille reste au-dessous de la moyenne; on observe chez eux des cas de nanisme, ou d’arrêts de croissance partiels, limités à la main et à l’avant-bras, sièges de déformations en griffe. Chez les sujets mâles, le système pileux est peu fourni, la voix est grêle. Les testicules peuvent être réduits au volume d’une amande ou même d’un noyau de cerise. La glande atrophiée (‘), de consistance scléreuse ou au contraire d’une mollesse anormale, contient parfois des lépromes. Des lésions aussi accusées entraînent nécessairement la stérilité. De même, chez les jeunes tilles, les seins et la vulve n’arrivent pas à leur complet développement.

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