DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
A. — Lèpre à la période d’invasion.
Les signes généraux qui accompagnent la lèpre, à son début, ne sont nullement caractéristiques. Suivant leur intensité et leur durée, ils dirigent la recherche vers une phlegmasie pulmonaire , une grippe, une fièvre palustre ou un rhumatisme, etc. On ne peut guère songer à poser un diagnostic à ce moment, à moins que l’attention ne soif particulièrement attirée sur la lèpre par quelque modification un peu spéciale de l’élat général, telle que la tendance au sommeil, quelque signe particulièrement d’ordre nerveux tel que des troubles sensitifs ou sécrétoires, ou surtout par un coryza chronique avec épistaxis.
B. — Lèpre à la période maculeuse.
Les taches hyperémiques de la lèpre, lorsqu’elles sont quelque peu diffuses, simulent Yérysipèle avec tous ses signes, certaines lymphangites , les brûlures ou Y érythème solaire, la pellagre; circonscrites, elles rappelleut Y érythème polymorphe dans ses diverses modalités (populeux, marginé, ortié, etc.) (2), Y érythème noueux , le purpura, les roséoles syphilitiques, médicamenteuses et autres, et même la rougeole. Lorsque leur couleur devient jaune chamois, qu’il s’y joint un peu de desquamation, elles peuvent en imposer pour un pityriasis versicolore, un pityriasis rosé, un eczéma séborrhéique en petits placards secs,
(*) Voir à l'Etude analytique, p. 20.
(-) Hallopeau {Soc. franc, de dermatol., 1898) a publié un cas d’éruption urticarienne et pigmentée qui fut prise un certain temps pour une lèpre bretonne. Nous avons vu avec cet observateur (Hallopeau et M. Sée, ibid., 1901) un cas analogue : il s’agissait d’une sorte d’érylbèmc ortié annulaire, avec pigmentation, simulant assez bien des taches lépreuses. Arning avait signalé un fait analogue, sous le nom < Yerythema perstans pseudolépreux (. Arch . fiir dermat. u. Syph., 1898).
LÈPRE
une syphilide populo-squameuse, etc. D’ordinaire, un caractère majeur permettra de les distinguer, à savoir l’anesthésie. Mais il peut manquer, et c’est alors par l’observation prolongée de la marche et des signes concomitants, qu’on évitera l’erreur. Le diagnostic bactériologique, dans ces cas frustes, tranchera en dernier ressort.
Les taches hyperchromiques seront facilement distinguées des éphélides , du lentigo, du chlocisma , de la syphilide pigmentaire , des pigmentations addisoniennes , phliriasiques , arsenicales, etc. Lorsque la décoloration s’associe à l'hyperchromie, l'aspect objectif est absolument celui du vitüigo vrai; or comme dans celui-ci la sensibilité est parfois un peu émoussée, la difficulté devient extrême. Pourtant, dans le vit il igo, les troubles sensitifs ont rarement la même netteté que dans la lèpre, où ils ne manquent guère au niveau des zones hypochromiques. La même observation est applicable à la rnorphéc. Pour Zambaco, « la morphea des médecins européens n’est qu’une forme de la lèpre maculeuse que les anciens désignaient sous le nom de leukè, alphos, morbus phœnicus, lèpre blanche. Tous les symptômes de cette création nouvelle se rencontrent dans la lèpre la plus incontestable jusqu’au liséré lilac-ring, dont on a voulu faire un signe pathognomonique. L’anesthésie, presque constante dans la léprose, existe également parfois dans la morphea... ». D’après Hallopeau, l’induration scléreuse de la morphée n’existerait jamais dans les plaques lépreuses : cette règle n’est pas admise par tous comme absolue, et dans la morphée même cette sclérose est parfois minime ; en sorte que c’est par son évolution surtout qu’elle diffère de la lèpre, lorsqu’elle n’a pas ses caractères typiques. Dans la morphée, comme dans le vitiligo, on a englobé, cela n’est pas douteux, un certain nombre de lèpres indigènes. Mais, pour faire de la morphée une modalité de la lèpre, il faudrait des arguments plus décisifs.
La marche des éruptions pemphigoïdes lépreuses, leur siège, le petit nombre de leurs éléments, suffiraient, à défaut des signes sensitifs, à les différencier des divers pemphigus , du zona et des herpès , des brûlures , enfin de toutes les affections vésiculo-bulleuses.