ÉPIDÉMIES PARTICULIÈRES ET PETITS FOYERS
Ainsi, de l’élude générale des endémies lépreuses, résulte déjà une impression toute en faveur de la contagion. Mais, pour trouver des données plus précises, il convient d’examiner les faits en particulier et de suivre la naissance et le développement de foyers limités. Nombre d 'épidémies insulaires , de date assez récente pour qu’on ait assisté à leur éclosion, donnent la notion d’t’mportation.. Un des exemples le plus souvent cité est celui des îles Sandwich ou Ilawaï. 11 faut reconnaître qu’examiné de près, il perd un peu de sa valeur démonstrative (*). Comme dans mainte région où l'on a rapporté à l’immigration chinoise l’apparition de la maladie, rien ne prouve que celle-ci n’existait pas antérieurement. Il n’en est pas moins vrai qu’elle a pris, du fait de celle arrivée des jaunes, un essorinconnu auparavant. Si les observations vraiment scientifiques sont venues trop tard, elles n’en ont pas moins fait ressortir des points importants touchant la contagion. Pareillement, en dépit des incer-
progressive par l’arrivée en masse des esclaves noirs venus d’Afrique. Plus lard commence l’exode chinoise vers le Nouveau-Monde, ce qui provoque une recrudescence de lèpre dans l’Amérique du Nord, en Californie notamment. — Dans toute lTndo-Chine, les Célestes qui ont de tout temps joué un rôle capital, à la fois politique et économique, sont encore aujourd’hui les grands agents de diffusion de la maladie; de même dans la Malaisie, l’Australie et l'archipel hawaïen, les Chinois ont contribué à l’expansion de la lèpre. — Enfin l’immigration hindoue, de date plus récente, aggrava l’épidémie régnant avant son arrivée dans les Indes occidentales, les Guyanes, les îles Maurice et de la Réunion, les possessions anglaises sud-africaines (Jeanselme, Les courants d’Émigration et l’expansion de la lèpre. Gaz. des IIôp., 1902).
(*) Les premiers cas de lèpre signalés à Hawaï ont été observés par des personnes étrangères à la médecine : l’histoire classique de Ahia, — qui n’était pas chinois comme on le dit couramment, mais hawaïen, — n’a aucune valeur scientifique. Les notions précises ne remontent pas au delà de 1861, époque à laquelle Doirron, au cours de ses tournées vaccinales parmi les natifs des environs de Honolulu, constate plusieurs cas « d’une maladie ressemblant à la lèpre >«. En 1863, Ilildebrand attire l’attention « sur la rapide extension de celte nouvelle maladie appelée mai Pake par les natifs » laquelle, ajoulail-il, est » la vraie lèpre d’Orient ». Dès 1865, des mesures sévères d’internement sont prises, et cependant le nombre des lépreux n’est pas moindre de 2000 en 1880, sur une population de 44 000 habitants. Certes, en présence d’une diffusion aussi rapide, on ne peut invoquer que la contagion. Doit-on en rendre responsables les seuls Chinois? Dès 1872, Hoffmann s’inscrivait en faux contre l’opinion classique. La première importation de coolies date de 1851 : 180 sont débarqués, cette année même, et 100 la suivante; en 1876, le nombre des Chinois est de 1200, en 1878, de 6000 et en 1880 le gouvernement hawaïen fait passer une loi pour restreindre cet envahissement. Mais dans le même temps, bien d’autres immigrants, provenant tous de pays à lèpre, s’infiltraient dans l’Archipel des Sandwich : Canaques du Pacifique (1868), Portugais de Madère et des Açores (1878), nalifs de différents groupes d’iles de la mer du Sud et en particulier des îles Gilbert (1878- 1884), Norvégiens et Suédois Ü880), enfin et surtout Japonais qui arrivent dès 1868 et surtout à partir de 1884, au point d’atteindre, en 1885, le chiffre énorme de 24 000. Que conclure? Bien que la preuve rigoureuse fasse défaut, on garde l’impression, dit Arning, que le facteur essentiel dans celte épidémie, a été l’introduction de l’élément chinois. Cependant, malgré cette assertion dont on ne peut dénier la valeur, puisque l’auteur a résidé longtemps à Honolulu, on ne peut rejeter la conclusion de J. Ashburton Thompson, à savoir que la lèpre, si elle a été importée à Hawaï, l'a été par plusieurs races, outre les Chinois, et que cette épidémie doit être classée scientifiquement comme « unobserved ».