I.EPRE
litudes qui régnent sur les débuts réels de la lèpre en Nouvelle-Calédonie, les faits si intéressants étudiés par Auché sont pleinement démonstratifs (l). D’autres épidémies insulaires pourraient être citées (2), et plusieurs épidémies territoriales limitées prêtent à des considérations analogues (3).
Mieux encore que les précédentes, certaines petites épidémies partielles circonscrites à une localité peu peuplée, à un petit groupe d’individus, à une famille, ont permis de reconnaître avec certitude la filiation des cas. Quelquesunes sont aujourd’hui classiques et partout citées (4). Tous les auteurs qui
(') Depuis quelques années la lèpre a pris un développement inquiétant en Nouvelle- Calédonie Au dire des Canaques, elle existait dès 18(35; elle n’est reconnue officiellement qu’en 1885. D’après Grall, c’est surtout la répression de la révolte de 1878 qui a contribué à la dissémination, en dispersant les tribus de la cote ouest, entachées de la lèpre. Une autre source réside dans l’arrivée de Néo-Hébridais. D’après Forné, le nombre des natifs atteints en 1888 était de 4000, sur un total de 25 000. Dans Y île des Pins, la lèpre était inconnue jusqu’en 1879; les premiers cas se montrèrent chez des Canaques prisonniers, amenés, au nombre de 750, de la grande terre calédonienne; huit ans après, la lèpre avait gagné les indigènes de l’ile.
En 1888 Forné signale le premier cas observé chez un blanc; on en compte 4 en 1891, 57 en 1894, et 152 en 1898 (Auché, Arch. de mcd. nav., nov. 1899). Presque tous ces cas concernent des individus nés en France et indemnes par conséquent de toute tare lépreuse héréditaire; ce sont pour la plupart des forçats du bagne, des libérés en contact journalier avec les Canaques, ou encore des hommes de la population libre habitant la brousse au milieu des indigènes. En revanche, il n’y a pas eu une seule observation de femme lépreuse, pas un seul cas parmi les 4095 relégués, que leur régime a tenus éloignés de toute communication avec les indigènes et de tout contact avec le bagne.
(2) En Europe même, à l’heure actuelle, une petite épidémie se développe dans l’ile d'Œsel, dans la Baltique. Il y a onze ans, Ilellat y comptait 25 lépreux : en 1891, Lock y trouva encore 25 cas, bien que pendant les trois dernières années, 55 lépreux de l’ile aient été internés à la léproserie de Nennal.
(3) A San Francisco, la lèpre, probablement inconnue avant l’invasion jaune, se montra d’abord parmi les Chinois : en six ans, 55 malades, gravement atteints, furent contraints d’entrer dans un hôpital spécial; James C. White évalue au triple le nombre réel des cas; le dénombrement des lépreux dans l’Etat de Californie jusqu’en 1891 a été de 158. Grâce à des mesures de rigueur, il n’y en avait plus que 20 en 1896, dont quelques blancs émigrés des îles Hawaï pour se soustraire à la séquestration.
(4) Épidémie du Cap Breton : Une femme née en Angleterre et habitant File du Prince Édouard (Canada), meurt en 1804 d’une lèpre contractée en 1852; ses cinq enfants, dont une fille, succombent à la même maladie; puis le mari de cette fille et leurs deux enfants, enfin deux amis intimes de la famille sont frappés à leur tour (Piiedrax, Canad. Journal of med. sc., 1881, d’après Fletcher). Il faut noter que depuis 1815, la lèpre a toujours existé dans les établissements français du golfe du Saint-Laurent, voisins de File en question.
A Abbeville ( Louisiane ), une femme lépreuse, dont le père était originaire du midi de la France, meurt de la lèpre en 1870; sur ses quatre fils, trois deviennent lépreux en 1871 et 1872, puis une de ses deux filles, enfin un neveu sont atteints. Une jeune femme, sans parenté avec la malade, est contaminée après l’avoir soignée. 11 en est de même d’un ami intime du dernier fils malade, et de plusieurs personnes du voisinage (Jones, Ann. de dermat., 1885). La lèpre, introduite en Louisiane en 1858 par les Acadiens bannis du Nouveau-Brunswick, y avait sévi avec force autrefois, mais semblait s être éteinte complètement.
Les épidémies des provinces d 'Alicante et de Valence, relatées par Zcringa (Ann. de dermat., 1888), ont pris de plus vastes proportions. A Parcent (Alicante), un lépreux venu d’un bourg voisin contamine d’abord l’ami qui l'avait reçu, puis un ami de celui-ci; la lèpre se répand dans la famille, — respectant les membres qui s’éloignaient, — puis
[£ JEANSEEME et M S££]
ÉTIOLOGIE.
onl étudié la lèpre, dans les pays où elle est en progression, connaissent des faits analogues : tel le suivant, choisi parmi plusieurs autres (').
A Ban Hat-Sao, village d’une soixantaine d’habitants situé sur un affluent du Mékong, la lèpre a fait, depuis vingt-cinq ans, cinq victimes : 1° elle apparut d’abord chez un Chinois, qui fut isolé jusqu’à sa mort; 2° trois ans après, un autre Chinois (né, comme le précédent, dans le village, mais d’un père venu de Chine), fut atteint, il vit encore; 5° et 4°, le premier, déjà lépreux, épousa une veuve laotienne et l’infecta, ainsi qu'un lils qu’elle avait d’un premier lit; 5° enfin, il contamina sa propre nièce. Au dire des anciens du village, la lèpre était totalement inconnue à Ban-IIat-Sao avant l’arrivée des Chinois.