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CAS INDIVIDUELS

En détaillant de petites épidémies, nous avons relaté de nombreux cas de lèpre dont la contagion peut seule rendre compte. Les faits semblables ne se comptent plus, et l’on est surpris de voir un observateur tel que Zambaeo affirmer qu’il n’en a jamais constaté. On peut dire qu’on ne devient pas lépreux sans avoir été en rapport avec des lépreux. Lorsqu’on recherche la filiation des différents cas, tâche à laquelle se sont consacrés un certain nombre d’auteurs, on la retrouve assez souvent pour se faire une conviction. Mais pour être probante, l’enquête doit être menée avec une rigueur scientifique. Souvent elle n’aboutit pas à la certitude, car les difficultés, dans cet ordre de recherches, ne manquent pas : longueur de l’incubation (2), ignorance ou

gagne les voisins, si bien que dans ce village, où la lèpre était encore inconnue en 1859, elle avait fait CO victimes en 1887. — A Lima Valldegna (Valence), un lépreux, né de famille lépreuse, a des frères qui restent indemnes; il ne contamine pas ses enfants, que la mère éloigne de lui; mais il communique son mal à un ami exempt de tous antécédents héréditaires; celui-ci infecte sa propre sœur, et non ses enfants qui étaient tenus isolés.

Chantemesse et Moriez (Cornil, Acad, de méd., 1888) ont donné la relation de quatre petites épidémies qui ont sévi dans les Alpes-Maritimes. Elles sont assez probantes, bien qu’en pays suspect : 1° A Eze, une femme sans antécédents héréditaires, ayant eu pour nourrice une lépreuse, devient elle-même lépreuse à un âge avancé. Deux de ses enfants sont atteints, et l’un d’eux infecte une femme saine, venue du nord de la France, et son fds. — 2° A Saint-Laurent d’Eze, une famille saine, vivant avec une famille lépreuse, contracte la lèpre. — 5° Une lépreuse du village de Laghet contamine son mari, originaire du nord delà France. — 4° A Tourette, près de Nice, un domestique contamine ses maîtres et leur entourage : soit 9 personnes. LTn de ces lépreux ayant donné la cabane où il habitait à un berger, issu d’une famille saine, celui-ci, après y avoir longtemps séjourné, devint lépreux.

Reissner ( Saint-Petersb . med. Woch., 1893), inspectant les hôpitaux de Riga, y découvrit 30 lépreux, dont 8 provenaient de l’hospice Saint-Nicolaï. Parmi les 22 cas sur lesquels il put avoir des renseignements, 9 étaient apparus chez des voisins de lit, 5 avaient pour cause une fréquentation de plusieurs années, 4 seulement pouvaient être expliqués par des contacts occasionnels avec les autres malades de l’établissement; enfin 4 venaient du dehors. Aucun de ces malades n’avait d’antécédents héréditaires.

(*) Jeanselme, loc. cit.

(2) L’information doit parfois remonter à plusieurs dizaines d’années Babes, après des

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dissimulation des intéressés ('), etc. Aussi le pourcentage des cas attribués à la contagion est-il très variable, suivant les auteurs (J).

Dans les pays à lèpre , le nombre des gens atteints est tel, qu’il est impossible de remonter à l’origine d’un cas déterminé. Par contre, la contagion peut être affirmée, lorsque des individus, nés de parents sains en pays indemne* vont contracter la lèpre dans un pays où elle est endémique. Or, pareils faits ne se comptent plus aujourd’hui^).

Il existe enfin des circonstances où l’influence même du milieu ne saurait être invoquée; il en est ainsi lorsqu’un homme sain, sans antécédents héréditaires lépreux, né et vivant dans un pays indemne, est contaminé par un lépreux. C’est ce que nous montrent, entre autres, les observations bien connues de Hawtrey-Benson (4), de Vcyrières, d’Ed. Atkinson.

Inoculation expérimentale . — Il ne nous manque plus, pour affirmer la contagiosité, que la preuve expérimentale. Parmi les arguments des non-contagionnistes, l’un des principaux a toujours été l’échec des inoculations pratiquées soit sur l’homme, soit sur les animaux. Eu ce qui concerne ces dernières, nous nous sommes expliqués déjà; leurs résultats négatifs 11e prouvent

interrogatoires multipliés, finit par apprendre qu’un lépreux, né et habitant en pays indemnes, avait été ailleurs en rapport, vingt ans auparavant, avec un marchand porteur de mutilations caractéristiques. D’après le même, beaucoup de lépreux roumains n’auraient, comme antécédent suspect, que des relations avec des soldats russes pendant la guerre de 1870. On ne peut s’empêcher de considérer le résultat de ces enquêtes comme fort hypothétique.

(fi Beaucoup de lépreux n’avouent pas que la lèpre sévit dans leur famille. La Commission anglaise de l’Inde qui, d’après Münch, fit une enquête trop superficielle, obtint toujours moins de renseignements des lépreux libres qui se méfiaient, que de ceux déjà internés.

(*) Engel, en Égypte, dépiste 21 cas de contagion pour 100 lépreux; Münch, dans la Russie méridionale, 50 pour 100; Bergmann, à Riga, 00; Ehlers, en Islande, 64; Hillis, 07 ; Babes, sur 55 cas roumains, obtient 28 fois des réponses plus ou moins favorables à l’idée de contagion.

(3) Voir la thèse de Ménos (Paris, 1800) et le livre de Santon : plusieurs de leurs observations sont d’ailleurs citées ici. — A Hawaï, d’après Alvarez (Lepra-Conf.), les étrangers anglais ou américains deviennent lépreux dans la proportion de I pour 100. Nous avons vu qu’en Nouvelle Calédonie, 152 blancs ont été frappés en quelques années. — Glorget, (Contagiosité de la lèpre, thèse de Montpellier, 1889) cite le cas d’une femme, sans antécédents héréditaires, qui prit la lèpre à Blidali, où elle est endémique. De ses cinq petitsenfants, sa petite fille qui seule lui donnait des soins, fut contaminée.

(4) Hawtrey-Benson (Dublin Journal of med. sc., 1871) a soigné un Irlandais, devenu lépreux pendant un séjour de vingt-deux ans aux Indes. Ce malade fut recueilli par son frère qui couchait avec lui et portait ses vêtements. Il devint lépreux comme son frère. Jamais il n’y avait eu de lèpre dans la famille, pas plus que dans le pays, et le second malade n’avait jamais quitté l’Irlande que pour un voyage en Angleterre, quarante-six ans auparavant.

La malade de Veyrières (Arch. gén. de méd., 1880) était née à Nice d’une famille indemne de lèpre; sans quitter la France, elle contracta la lèpre de son mari.

Observation cI’Edm. Atkinson (Arch. de méd. amér., 1882) : Une femme d’origine allemande, sans parenté lépreuse, vivant dans le Maryland où n’existaient alors, d’après ltohé, que 5 lépreux, devint lépreuse après avoir été pendant deux ans la voisine de l’un de ceux-ci.

[£ JEANSELME et M. S££]

ÉTIOLOGIE.

pas que la lèpre n'esl pas contagieuse. El d’ailleurs la syphilis ou la blennorragie, donl personne ne conteste le caractère contagieux, uc sont pas transmissibles aux animaux. Pour ce <pii est de l’inoculation à l’homme, il est de fait qu’elle a le plus souvent échoué. Mais, fût-il constant, cet insuccès ne serait pas démonstratif, alors que nous ne savons pas inoculer des maladies aussi contagieuses que la rougeole ou la scarlatine. En réalité, l’insuccès n’est rien moins que constant; il existe des faits d'inoculation positive , accidentelle ou expérimentale (*). Ne retenons, pour le moment, que ceux où l’inoculation a été pratiquée à dessin, dans un but scientifique. Le plus connu est celui du convict Keanu, inoculé par Arning aux îles Hawaï, chez qui les symptômes de la lèpre débutèrent au voisinage du point d’inoculation (2). Cette observation, malgré les critiques dont elle est passible, ne fournit pas moins un argument puissant en faveur de l’inoculabilité de la lèpre.

(*) Danielssen s'inocula lui-même quatre fois avec clés produits lépreux. 11 répéta ses expériences sur une vingtaine d’individus consentants, sans qu’aucun d’eux, plus de trente ans après, présentât le moindre signe de lèpre. — De même Profela, expérimentant sur lui-même et sur 9 autres personnes, Caguina essayant de transmettre la lèpre à 6 sujets n’obtinrent aucun résultat. Nous ne parlons pas des expériences de Hansen, qui inoculait de la lèpre tuberculeuse à des lépreux anesthésiques. On ne sait pas en effet si la lèpre est auto-inoculable.

(-) En 1884, Arning inocula le foi'çat Ivéanu, dont la peine de mort fut, moyennant cette expérience, commuée en détention perpétuelle. Il injecta d’abord, dans la pldyctène d’un vésicatoire posé à l’avant-bras droit, du pus pris à un ulcère lépreux et riche en bacilles; avec le même pus il frotta le lobe de l’oreille gauche, préalablement scarifié. Enfin, sous la peau de l'avant-bras gauche, il inséra un tubercule cutané frais, pris à un enfant qui venait d’avoir un accès de fièvre lépreuse. Les deux premières inoculations ne produisirent rien. Quant au fragment implanté, il s’entoura d’un foyer purulent; dans le pus et le bord de l'ulcère consécutif se voyaient de nombreux bacilles; plus tard on n’en trouva plus. Un mois après l’inoculation, apparurent des douleurs dans l’épaule gauche; le cubital et le médian commencèrent à se tuméfier; puis de nouveau on put trouver quelques bacilles dans la plaie. Celle-ci, après trois mois, était guérie. Au bout de quatre mois et demi environ, dans la cicatrice, devenue kéloïdienne, existait un nodule jaune, translucide, gros comme une lentille et contenant un assez grand nombre de bacilles libres ou intracellulaires. Les douleurs s’étaient étendues au poignet, au coude, aux doigts, le cubital au-dessus du coude était épaissi et sensible; on ne trouva que quelques rares bacilles dans la kéloïdc. Quelques mois après, la névrite et les troubles sensitifs avaient disparu. — Deux ans plus tard, soit quatre ans après l’inoculation, Keanu, atteint de lèpre tuberculeuse manifeste, avait été conduiL à la léproserie de Molokaï; sa maladie y prit plus tard une marche rapide.

Keanu n’était pas lépreux avant l’expérience, et ne paraissait avoir aucun antécédent héréditaire. Pourtant, détail alors ignoré d’Arning, et qui rendait l’expérience moins probante, il aurait eu un neveu et un beau-frère lépreux. Une objection plus sérieuse est la suivante : Les iles Hawaï sont décimées par la lèpre; Keanu s’était sûrement trouvé en contact avec des lépreux, soit avant, soit même pendant sa captivité. Malgré ces objections, on ne peut guère se défendre d'attribuer les accidents du début à l’inoculation expérimentale.

Coffin (Contrib. à l’étude de la lèpre aux iles Maurice et de la Réunion. Journal des mal. eut. et syph., 1895) relate un fait qui a jusqu’à un certain point la valeur d'une expérience d’inoculation. Un détenu, employé comme infirmier et voulant rester à l’infirmerie, se piqua volontairement à l’avant-bras droit avec un instrument, passé préalablement sur des ulcères lépreux. Renvoyé comme il le craignait, il revint deux ans après atteint de la lèpre : les accidents avaient débuté au point inoculé. Cette observation présente un certain intérêt, malgré les objections graves dont elle est passible.

LEPRE

B. — Les conditions nécessaires à la contagion.

De loul ce qui précède, une conclusion s’impose avec force : la lèpre est contagieuse. Elle l’est, tout au moins, dans de certaines conditions.

Mais, il faut bien le reconnaître, cette contagiosité, qui se manifeste parfois avec tant d’évidence, semble d’autres fois abdiquer et se montre sujette à des caprices déconcertants. Que de personnes vivant en cohabitation intime avec des lépreux, ne contractent pas la lèpre ! tandis que d’autres, rarement à la vérité, sont victimes d’un contact fortuit (]).

La transmissibilité de la lèpre semble subordonnée aux conditions d’un déterminisme très étroit.

1° Conditions relatives aux contacts entre individus. — En dépit de quelques exceptions, la transmission de la lèpre exige des rapports non seulement directs, mais prolongés entre le malade et sa victime. Si la contagion médiale semble possible (2), du moins ne se fait-elle que par des objets d’usage intime et longtemps continué, comme des vêtements par exemple (5).

Aussi le genre de vie mené par les intéressés a-t-il dans l’espèce une importance considérable et suffit-il à expliquer bien de prétendues anomalies. Sans revenir sur les conséquences de la misère et de la promiscuité, nous ferons remarquer que l’immunité de certaines races tient pour une large part à leurs habitudes d’hygiène : la propreté corporelle crée, en quelque sorte, un isolement relatif de l’individu vivant en milieu infectieux.

(‘) Celte bizarrerie apparente a fourni matière à toutes les objections des anti-contagionnistes: échec des inoculations; non-existence ou rareté des transmissions conjugales, des contaminations de médecins ou de gardes-malades; innocuité, pour leur entourage, des lépreux venus en Europe dans les grands centres de population, etc. Tous ces faits seront critiqués en temps et lieu : remarquons seulement que, fussent-ils exacts, ils ne seraient jamais que des faits négatifs, incapables de prévaloir contre les faits positifs, accumulés en si grand nombre.

p) Babes cite un fonctionnaire français de File Maurice, qui aurait été infecté par l'habit de son prédécesseur. En Roumanie, les lépreux accusent volontiers leurs vêtements. A Bucharest, où il n’y a guère que des lépreux venus du dehors, deux lépreuses indigènes étaient des blanchisseuses. — Partout, d'ailleurs, cette profession paye à la maladie un assez fort tribut. — Alvarès croit qu’à Hawaï la lèpre se propage beaucoup par l’usage de la pipe en commun. — Hellat, à Riga, a observé la transmission par des bottes. — Nous avons cité, d’après Chantemesse et Moricz, l’exemple d’un pâtre devenu lépreux après avoir habité une cabane où avait vécu un lépreux. — Malheureusement la longue incubation de la maladie rend toujours difficile le contrôle de pareils faits.

(3) Signalons en passant la théorie soutenue par Bidenkap, par la Commission indienne et par d’autres, à savoir que le bacille de Ilansen ne pourrait être transmis directement d’homme à homme: il devrait, avant de pouvoir de nouveau coloniser dans l’organisme, passer par un stade saprophytique. C’est dans l’eau ou dans le sol, qu’il atteindrait ainsi un stade de maturité nécessaire à l’infection de nouveaux individus. Certaines conditions de terrain seraient nécessaires, et ainsi s’expliqueraient nombre de particularités étiologiques. Cette théorie n’est appuyée sur aucune preuve sérieuse, aucune preuve bactériologique notamment. Au contraire, tout ce que nous savons semble bien montrer que la lèpre, maladie humaine, ne se transmet que d’homme à homme.

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ÉTIOLOGIE.

a. Ainsi se comprend Y immunité habituelle des blancs résidant en pays lépreux. Ceux qui sont atteints ont le plus souvent vécu longtemps au milieu des indigènes et à leur manière : aussi les victimes existent-elles surtout parmi les missionnaires et les religieuses, plus rarement parmi les colons, exceptionnellement parmi les soldats ou fonctionnaires.

b. Des considérations du même ordre s’appliquent à Y immunité relative des médecins dans les léproseries : immunité d’ailleurs inconstante et variable suivant les établissements envisagés (').

c. C’est encore pour la même raison que la lèpre importée dans les pays de civilisation européenne fait en général peu de progrès. Les malades soignés dans nos grands centres, à Paris même, n’ont jamais créé de foyer autour d’eux. A l’hôpital Saint-Louis, les lépreux sont admis dans les salles communes, sans qu’on ait jamais eu à déplorer, jusqu’ici, un seul cas de contagion. — Chez les Norvégiens immigrés aux États-Unis, la lèpre s’éteignit naturellement, sous l’influence d’un nouveau genre de Arie. Pourtant les exemples ne manqueraient pas pour prouver que, même dans nos pays, des épidémies peuvent se créer, pour peu qu’on néglige certaines précautions.

d. Tous les immigrants entachés de lèpre ne sont pas dangereux au même degré pour la population blanche. En maints pays, parqués dans des plantations ou dans des quartiers spéciaux, ils ne se contaminent guère qu’entre eux; ailleurs au contraire, comme à Hawaï, ils se sont mêlés intimement aux habitants blancs ou de couleur, et l’on sait ce qui en est résulté. Les Chinois sont particulièrement nocifs, car beaucoup d’entre eux exercent des métiers qui les mettent en contact très direct avec les Européens.

2° Conditions relatives au pouvoir nocif des malades. — Le pouvoir nocif n’est ni égal d’un malade à l’autre, ni constant chez un même malade. Il n’y a aucune comparaison à établir, à ce point de vue, entre un neuro-lépreux qui présente, pour toutes lésions, des amyotrophies, et un léonin affecté d’un coryza intense et d’ulcérations suppurantes. Nous avons donc à rechercher par quelles voies les bacilles sont projetés hors de l’organisme.

Des voies d’émission du bacille. — Il suffit de parcourir la liste des localisations lépreuses, pour avoir la notion des voies multiples par où les germes pathogènes s’échappent de l’organisme.

Les tubercules ulcérés viennent en première ligne. La sécrétion des ulcères cutanés contient parfois, suivant l’expression de Babes, une véritable émulsion

(*) Médecins et gardes-malades ne sont pas si souvent épargnés qu’on l’a prétendu. A Molokaï (léproserie des îles Havaï) 9 pour 100 du personnel seraient victimes de la lèpre. — En Roumanie, d’après Babes, on ne connaîtrait pas un seul cas de contagion dans les hôpitaux qui reçoivent des lépreux et dans la léproserie de Rachitoasa, mais plusieurs moines et religieuses auraient été contaminés. En Norvège, comme dans l’Inde, le personnel médical est habituellement indemne. — Babes connaît huit médecins et missionnaires qui ont contracté la lèpre en soignant des malades en Amérique et dans les îles du Pacifique.

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de bacilles. En revanche, les ulcères trophoneurotiques sont, en règle, dépourvus de microbes spécifiques.

Le bacille de Ilansen peut s’observer, chez le lépreux, dans les sécrétion s 'pathologiques d'origine non lépreuse , la sérosité d’un vésicatoire par exemple. Il peut exister aussi dans la lymphe vaccinale. Si la Commission indienne, sur 500 examens pratiqués chez des neuro-lépreux, n’a jamais constaté l’agent spécifique dans les pustules de vaccin, Arning, par contre, l’y aurait toujours décelé chez les tubéreux. Enfin les bacilles peuvent recouvrir la couche cornée de l’épiderme intact, à la surface duquel ils sont probablement amenés par les follicules pileux et les glandes sudoripares.

La muqueuse nasale est une voie de dissémination très importante, en raison de la fréquence et de la précocité de ses lésions : le sang des épistaxis initiales , comme le muco-pus du coryza chronique , contient un nombre colossal cle bacilles. Les tubercules ulcérés de la muqueuse bucco-pharyngée contaminent souvent la salive ('). Les crachats d’origine bronchique ou pulmonaire renferment rarement des bacilles et seulement à une période avancée. Les matières fécales en contact avec des ulcérations de l’intestin peuvent aussi contenir le bacille de Hansen.

Les sécrétions conjonctivales sont parfois bacillifères, bien que cela soif moins fréquent, à notre avis, que ne le croit Babes(2).

Le lait , les sécrétions du vagin et de Y urètre, le sperme peuvent aussi entraîner le bacille de Hansen au dehors. Sans revenir sur l’énorme fréquence des lésions testiculaires, rappelons que le microscope montre l’agent pathogène non seulement dans les canaux spermatiques, mais encore dans le canal déférent. Souvent le méat, encastré au centre d’un gros tubercule semblable à un chancre, contient une goutte de pus : dans celle-ci, nous avons vu des myriades de bacilles.

Le terme de « lèpre ouverte » ne doit pas s’appliquer seulement aux cas où le malade est couvert de tubercules suppurants. Alors même qu’il ne présente

(') Les lésions nasales sont très souvent bacillifères. Nous avons (Jeanselme et Laurens, Soc. médic. des Hop., 25 juill. 1897, et Lepra-Conf., t. I, 2-e partie, p. 18-48) décelé le bacille de Hansen dans le mucus nasal, dans 16 cas sur 2(3. — Sticker ( Miinch . medicin Woch., 28 sept., 5 oct. 1897, et Lepra-Conf., Impartie, p. 99) sur 153 lépreux dont il a fait l’examen bactériologique des fosses nasales, aux Indes et en Égypte, a pu constater le bacille dans 128 cas. — Sciiæffer ( Lepra-Conf ., t. II, p. (31) conclut de ses expériences que le nez et la gorge sont les voies par lesquelles le bacille abandonne de préférence l’organisme. — Auché ( loc . cil.) a trouvé le bacille dans le mucus nasal de 48 malades néocalédoniens, sur 64, tous examinés à plusieurs reprises. — Les mucosités de la gorge lui ont donné, sur 27 recherches, 7 résultats positifs. Elles transportent donc le bacille bien plus rarement que celles de la pituitaire, et d’ailleurs les bacilles reconnus peuvent provenir du nez. — Dans les crachats, sur 24 recherches, Auché a eu 5 résultats positifs. La présence de globi permettait d’affirmer qu’il ne s’agissait pas de bacilles de Koch; mais là encore, beaucoup de mucosités n’étaient que des sécrétions nasales rejetées par la bouche. La conjonctive, examinée 25 fois par le même auteur, n’a donné que 2 résultats positifs, et dans ces deux cas il y avait des lésions ulcéreuses prononcées.

(2) Jeanselme et Morax, loc. cil.

[£. JEANSELME et M. SÉEJ

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aucune ulcération, il peut par la toux, par la parole, par ses sécrétions nasales et autres, par sa desquamation cutanée, répandre autour de lui des germes dangereux.

Ajoutons que les bacilles sont probablement de virulence très variable; au dire de quelques auteurs, la plupart ne seraient que des cadavres de microbes.

5° Conditions relatives à la réception du contage. — Si l’anatomie pathologique nous renseigne assez bien sur les voies d’émission du bacille, elle ne nous fournit que peu de notions sur les voies d’accès. Où siège la localisation primaire? C’est un point qui nous est totalement inconnu. Lorsque la lèpre semble débuter par une lésion locale et unique, il n’est nullement prouvé que cette lésion visible soit réellement la première en date, et qu’elle constitue une sorte de chancre lépreux développé au lieu où s’est faite l’infection.

Des portes d'entrée du bacille. — et. Ces objections s’adressent notamment à la théorie nasale. Si les localisations sur la pituitaire, en raison de leur fréquence, de leur importance et de leur précocité, peuvent être considérées avec vraisemblance comme l’origine d’un certain nombre de cas de lèpre, il faut se garder de généraliser et de conclure que toujours la lèpre débute par le nez. Nous nous sommes expliqués déjà sur l’inconstance du coryza et sur le pourcentage, d’ailleurs considérable, des cas où on le constate avant tout autre signe (l).

h. On ignore si Y appareil respiratoire est l’une des portes d’entrée de la lèpre dans l’organisme. Les lésions pulmonaires appartiennent presque toujours à un stade avancé.

c. Il en est de même pour l 'appareil digestif , si l’on fait abstraction des premières voies (bouche, pharynx) dont les altérations sont d’ailleurs moins précoces que celles du nez.

Le rôle de. Y alimentation dans la genèse de la lèpre, admis dès l’antiquité, soutenu encore en beaucoup de pays, a été affirmé de nouveau dans ces derniers temps par Hutchinson, partisan convaincu des théories microbiennes (2).

(*) Sticker considère la rhinite comme presque constante. Ce serait la détermination initiale de la lèpre, qui serait en premier lieu une maladie nasale. Il fait remarquer que les altérations consistent toujours en ulcérations, et jamais en nodules.

.(-) C’est, en effet, l 'alimentation qui se trouve le plus souvent incriminée par les anciens auteurs, soit comme cause simplement prédisposante, soit même comme cause efficiente. Ici, c’est le poisson frais qui est déclaré coupable, et plus particulièrement certaines espèces; là, c’est le poisson gâté; ailleurs, le poisson salé, et même le sel qu’il contient. Avec le poisson, Zambaco, Sandretzky, Wynham, Coltle, accusent l’huile et la graisse rance, les olives avariées, le fromage avancé. Au Mexique, c’est la viande de porc, salée ou non; au Brésil, les pinhoés (fruits de l’Araucaria brasiliensis ), dont les porcs sont nourris; à Madère, les fruits du yam, du dioscorea alala, etc., qui, aux yeux du peuple, ont une influence prépondérante dans l’étiologie de la lèpre. La diversité même de ces aliments prouve l’inanité de ces assertions. La lèpre sévit là où l’on n’en consomme aucun; elle frappe les végétariens hindous, alors que, parmi les peuples les plus ichtyopliages, elle n’atteint que les individus en rapport avec des lépreux; elle n’épargne pas toujours les gens les plus aisés et les mieux nourris.

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Cet auteur croit que la lèpre se propage par le poisson salé el desséché, dans lequel se multiplierait abondamment le bacille : pareille opinion ne repose sur aucun argument de valeur (f).

d. La pénétration des bacilles par la surface cutanée est une hypothèse fort plausible. C’est souvent sur les parties découvertes du tégument qu’apparaissent les premiers signes de la lèpre. Arning, entre autres, a rappelé que dans les pays tropicaux, où les habitants marchent pieds nus, les premières manifestations s’observent souvent au niveau des membres inférieurs (2).

Nous voici ramenés à la question de Y inoculation de la lèpre. En dehors des faits expérimentaux, déjà étudiés, il en existe une série d’autres où l’insertion du virus semble s’èlre faite accidentellement. Tantôt il s’agit de blessures par des instruments septiques, tantôt de plaies préexistantes mises en contact avec des produits lépreux (3). Maintes fois on a mentionné le début des accidents au voisinage du point lésé; mais ce n’est pas là un argument décisif.

Souvent on a accusé la vaccination d’avoir propagé la lèpre : on l’a soutenu pour les îles Sandwich, où la grande poussée épidémique aurait suivi la diffusion de la vaccine (4). Quelque opinion que l’on se fasse sur de pareils

(*) La lèpre, a-t-on dit, se serait répandue aux îles Sandwich, après l’introduction du poisson sec et salé; en Nouvelle-Zélande, où elle existait chez les naturels, elle diminuerait depuis que les habitants ne sont plus exclusivement ichtyophages. Mais peut-on tenir compte de ces affirmations qu’il est impossible de vérifier? Et d’ailleurs, pas plus dans le poisson que dans les autres aliments incriminés, on n’a jamais pu démontrer bactériologiquement l’existence du bacille. Les truites et certaines soles, qui sont considérées comme les poissons les plus dangereux, présentent souvent à leur surface des nodules causées par des colonies parasitaires, n’ayant aucune analogie avec la lèpre. On a décrit chez les poissons une tuberculose bacillaire spéciale qui n’a, elle non plus, aucun rapport avec la lèpre. — Ashmead croit que les poissons transmettent la maladie parce qu’ils se nourrissent de moustiques bacillifères : ses observations n’ont aucune valeur.

(2) Geill (de Java) a vu la lèpre commencer par les pieds chez 50 pour 100 des indigènes. Boinet avait signalé le fait pour le Tonkin, Wurtz l’a observé en Abyssinie. Il faut dire qu’on a souvent pris, pour signes du début, des maux perforants appartenant à une période assez avancée.

(3) Bergmann rapporte que, d’après Hildebrand, Moor et Saxe, des enfants se seraient contaminés en se piquant, par esprit d’imitation, avec des aiguilles ou des canifs que des camarades lépreux avaient enfoncés dans des points insensibles de leur propre tégument. — Nombreux sont les cas où des lépreux attribuent leur mal à des fourchettes, à des rasoirs ayant servi à d’autres. Babes a observé en Roumanie 3 cas où la lèpre débuta en des points préalablement lésés (gelure, chancre mou, blessure d’arme à feu). — Les affections cutanées , gale, phtiriase, etc., si fréquentes chez les lépreux (notamment en Norvège), ont été considérées comme prédisposant à la lèpre : peut-être ouvrent-elles au bacille des portes d’entrée.

(4) Nous avons vu de quelle obscurité est enveloppée l'origine de la lèpre à Hawaï. D’après Arning, alors qu’il y avait très peu de lèpre avant la vaccination générale, pour laquelle on utilisa de la lymphe provenant en partie de lépreux, plus de 50 cas auraient existé un an après. — En Norvège, on n’a jamais pu constater de contagion par la vaccine, mais on ne prend guère la lymphe à des tubéro-lépreux, et d’ailleurs la vaccination de bras à bras est de moins en moins employée. Gairdner (de Glascow) ( The Brit. med. Journal , 1887), rapporte l’histoire d’un enfant qui aurait contracté la lèpre, pour avoir été vacciné avec de la lymphe prise sur un autre enfant, contaminé lui-même peut-être de la même façon.

PRATIQUE DERMATOLOGIQUE. — III. 7

[£ JEANSELME et M SÉE ]

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faits, ils contre-indiquent formellement la vaccination de bras à bras, dans les contrées oii un individu, sain en apparence, peut toujours être en incubation de lèpre.

Au Japon, on croit que la lèpre se propage par les moustiques. C’est une hypothèse qui demande confirmation. Si le principal agent de dissémination de la lèpre est le moustique ou tout autre insecte, il est difficile de comprendre pourquoi, en Nouvelle-Calédonie, certaines catégories de blancs sont épargnés bien qu’ils ne soient pas à l’abri de piqûres de moustiques (').

e. La voie génitale a été fréquemment incriminée, elle aussi. Un grand nombre de malades, d’Européens revenant de pays à lèpre, attribuent leur mal à des coïts infectants. Il est bien difficile de contrôler l’exactitude d’une pareille explication. En tout cas, ce que nous savons de la fréquence des lésions génitales et de leur rôle dans l’émission des bacilles, ne la rend pas invraisemblable (2).

A cette question se rattache celle de la lèpre conjugale : assez d’exemples en sont connus aujourd’hui pour qu’on ne puisse plus, de sa non-existence, tirer un argument contre la contagion (3). Ils n’en sont pas moins d’une fréquence beaucoup moindre qu’on ne le croirait a priori, encore que cette fréquence augmente avec l’ancienneté des unions (4). Eesnier a formulé à ce sujet une ingénieuse théorie : raisonnant par analogie, il propose d’étendre à la lèpre la règle connue des syphiligraphes sous le nom de loi de Colles : de même qu’un enfant, syphilitique de par son père, ne peut contaminer sa mère, parce que celle-ci possède une syphilis latente qui la rend réfractaire, de même l’enfant d’un père lépreux ne pourrait contaminer sa mère. Ainsi s’expliquerait cette immunité remarquable que présentent certaines femmes mariées à des lépreux. Une longue observation est nécessaire pour apprécier la valeur de cette hypothèse (5).

En présence de telles incertitudes entourant un fait matériel, la pénétration du contage, on conçoit que les circonstances propres à faciliter cette entrée

(') La Commission indienne n’a pu trouver de microbes spécifiques dans des moustiques et des mouches qui s’étaient posés sur des ulcères lépreux. Nos recherches poursuivies en Indo-Chine ont été également négatives.

(-) Les missionnaires, peu sujets à ce mode de contamination, sont néanmoins souvent victimes de la lèpre.

(3) On en trouve plusieurs dans les petites épidémies citées plus haut, dans le livre de Leloir, la thèse de Ménos, les rapports de Cameron, d’Allison (cités par D. Sauton, etc.).

(4) Un lépreux ne contaminerait son conjoint, d’après Babes, que dans 2 1/2 pour 100 des ménages récents, et 5 pour 100 des anciens. Le même auteur, sur 260 cas de lèpre, n’en a vu qu’un où la femme ait infecté son mari : encore celui-ci avait-il pu l’être par leur enfant. Dans les ménages longtemps suivis, on ne peut affirmer que la contagion pour un cas donné, soit réellement d’origine conjugale : ainsi une blanchisseuse, citée par Bcrgmann, avait eu deux maris lépreux, mais elle avait lavé dans les léproseries le linge de malades gravement atteints.

(5) Eiilers (Soc. franc, de dermal., 1896)', d’après ce qu’il a vu en Islande, est assez porté à l’admettre. La lèpre conjugale n’y est guère plus rare que la syphilis. Sur 122 observations, 7 sujets avaient pris la lèpre par cohabitation Or la lèpre conjugale a une certaine tendance à revêtir la forme anesthésique (5 fois sur 7), et une forme généralement bénigne.

LÈPRE

soient plus obscures encore. Quoi qu’il en soit, il faut bien admettre, devant certains laits, que tous les organismes n’ont pas la même aptitude à recevoir le genre morbide, et qu’un individu donné possède, suivant les moments, une réceptivité différente. Ainsi ressort la part qui revient au hasard, dans le conflit entre la virulence d’un sujet et la réceptivité d’un autre.

Quels sont les facteurs de celte réceptivité? quelles sont les circonstances, permanentes ou temporaires, qui diminuent la résistance de l’organisme? Peut-être, parmi ces véritables causes prédisposantes, faut-il ranger une partie de celles qui ont été considérées jadis comme déterminantes (climat, race, hygiène, etc.). Mais nous n’en savons rien. Restent encore les prédispositions individuel les , qui peuvent exister pour la lèpre comme pour d’autres infections, sans que nous en connaissions mieux la nature intime. Nous allons les retrouver à propos de l'hérédité.

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