ÉTUDE D’ENSEMBLE
Élym. : As lichen, terme de botanique.
Préambule. — Quand on veut étudier dans les divers traités de dermatologie la question des lichens, on est frappé de voir que ce mot n’a plus du tout la même signification, suivant que l’on prend les vieux auteurs anglais et français, tels que Willan, Bateman, Iïiett, Cazenave, Schedel, Chausit, Rayer, Devergie, Gibert, Bazin, ou suivant que l’on consulte les ouvrages du chef de l’école de Vienne, F. Hebra, et ceux de ses nombreux disciples (').
Pour les premiers les lichens étaient des dermatoses caractérisées à leur période d’état par des papules agglomérées ou discrètes plus ou moins prurigineuses, et s’accompagnant, à une certaine période de leur évolution, d’un épaississement de la peau avec exagération de ses plis naturels. Cette définition trop vague les avait entraînés à ranger dans ce groupe les affections les plus diverses. Aussi cette conception des lichens n’a-t-elle pas pu résister à la critique. Leur lichen pilaris a été rangé à côté de l’ichtyose sous le nom de kératose pilaire; leur lichen urticatus a été rattaché à l’urticaire, leur lichen I copions aux éruptions sudorales, etc.... Hebra a dégagé de leur lichen agrhis, de leur prurigo mitis et formicans une entité morbide distincte à laquelle il a donné le nom de prurigo : il a rangé dans les eczémas tous les autres faits qu’ils avaient décrits sous les noms de lichen simplex aigu ou chronique, de lichen circonscrit , etc.
Il en résulte que pour l’école de Vienne et pour la plupart des écoles étrangères les anciens lichens n’existent plus comme groupe morbide distinct. Hebra et Kaposi ont posé en principe qu’on ne doit décrire sous le nom de lichen que des dermatoses exclusivement papuleuses, et dont les papules ont une forme typique : ces papules doivent persister pendant tout le cours de l’affection sans jamais se transformer en d’autres efflorescences telles que des vésicules ou des pustules : elles doivent accomplir leur évolution tout entière à l’état de papules.
La dénomination de lichen est dès lors réservée par la grande majorité des dermatologistes actuels à une seule el unique affection, le lichen ruber planus
(‘) L. Büocy, Des lichénifications des téguments : Revue générale : Gazette des hôpitaux, 20 février 1892.
[L. BBOCQ ]
LES LICHENS DANS LES ANCIENS AUTEURS
et ses diverses variétés , lichen ruber plaints, acaminatus , ohtusus, moniliformis , corneus , atrophiais , etc. (1).
Celle réforme proposée par l’école de Vienne a été acceptée, presque sans discussion, par la plupart des dermalologistes français el étrangers. Le premier, notre regretté et vénéré maître, E. Vidal, a protesté en 1886 et 1889 contre cette conception. Dans un article célèbre (2) il a voulu reconstituer l’ancien lichen sur de nouvelles bases, et il a de nouveau décrit comme étant des formes morbides distinctes des dermatoses rangées par Hebra dans les urticaires et dans les eczémas.
Nous croyons pouvoir dire que sans notre intervention les protestations de E. Vidal n’auraient été ni entendues ni comprises. Dans une série de travaux s’étendant de 1880 à 1896 nous avons prouvé, ce nous semble, qu’il y a dans les faits décrits par les anciens auteurs sous le nom de lichen des formes morbides distinctes des eczémas vrais, dignes d’être classifiées à part; mais surtout nous avons, en créant la théorie de la lichénification (r’), donné la clef de tous les faits ambigus qui avaient dérouté jusqu’à nous la plupart des observateurs.
On ne peut donc plus à l’heure actuelle se contenter de dire en parlant des lichens des anciens auteurs qu’ils ne sont que des formes d’eczéma chronique et qu’il est inutile de les décrire. Ce chapitre est devenu, au contraire, l’un des plus intéressants, mais, il faut bien en convenir, l'un des plus discutés de la dermatologie.