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LES TRAVAUX DE VIDAL, DE BROCQ ET DE JACQUET

Diagnostic de ta lichénification. — Quoique ce soit une lésion cutanée banale, la lichénification est nettement caractérisée au point de vue objectif, au début, par de toutes petites facettes brillantes avec légère exagération des plis du derme, plus tard par les pseudo-papules que nous avons décrites, par l’exagération des plis du derme, par son épaississement.

Au point de vue histologique, elle est également caractérisée, quoique d’une manière beaucoup moins précise, par de 1 hyperacanthose diffuse, avec exagération des papilles dermiques; cette hyperacanthose est au début plutôt modérée; elle ne donne jamais l’impression d’un processus morbide à développement suraigu (‘).

Cela posé, il nous est facile de différencier nettement la lichénification telle que nous la comprenons d’autres processus morbides qu’on a voulu confondre avec elle.

a. Les lésions cutanées provoquées par le simple contact de liquides irritants analogues à celles que nous avons décrites avec Léon Bernard (2) au niveau

Fig. 25. — Stigmates blennorragiques de la face interne de la cuisse droite vers la fossette génitocrurale. (Photographie sans retouches faite à l’hôpital Broca, service de L. Brocq.)

des fossettes génito-erurales des femmes atteintes de blennorragie, en diffèrent de la manière la plus évidente au point de vue objectif. Elles sont villeuses d’aspect, comme veloutées, et ne présentent nullement l’aspect lichénicn.

h. Les lésions consécutives à /’ impétigo de Tilbury Fox , lésions que Sabouraud a décrites dans ces derniers temps sous le nom de lichénisation post-impétigineuse , diffèrent comme aspect objectif et même comme lésions histologiquede notre lichénification. Elles ne présentent nullement les facettes pathos gnomoniques; elles ne sont caractérisées que par une épidermodermite

(*) Voir le dessin histologique annexé au chapitre Névrodermilc chronique circonscrite.

(-) L. Brocq et Léon Bernard, Etude nouvelle des lésions intertrigineuses de la femme Ann. de dermat. et de syphil., 1899, p. L

LES LICHENS

superficielle quoique intensive, qui se traduit par une exagération considérable des prolongements interpapillaires du corps muqueux de Malpighi : elles ont un aspect général rappelant de loin les néoformalions vcrruqueuses.

c. Il ne faut pas non plus confondre la lichénification vraie avec les épaississements simples du derme consécutifs à des inflammations répétée s, tels que ceux qui se produisent si souvent dans les psoriasis anciens, par exemple. Certes, la lichénification vraie peut compliquer ces états morbides, mais toute infiltration dermique n'est pas de la lichénification , on ne doit point l’oublier.

En un mot, la lichénification a une symptomatologie précise : pour qu'on la diagnostique, il faut que cette symptomatologie existe.

Conception nouvelle des faits décrits autrefois sous le nom de lichens basée sur la théorie de la lichénification. — Ce qui précède nous montre que l’on peut diviser les faits dans lesquels on observe la lichénification en deux grandes catégories:

1° Faits dans lesquels la lichénification se développe peu à peu sur une peau primitivement saine du moins en apparence ; ce sont nos lichénifications primitives ou pures : ce sont les faits auxquels on pourrait logiquement réserver la dénomination de lichens vrais des anciens auteurs.

F Faits dans lesquels les lichénifications se développent sur une lésion cutanée antérieure bien définie , eczéma vrai, séborrliéides, psoriasis, pityriasis rubra, etc..., ce sont nos lichénifications secondaires, qui ont une réelle importance, car elles transforment la physionomie de l’affection primitive, en aggravent singulièrement le pronostic, en changent la médication, et indiquent presque toujours chez la personne qui en est atteinte l’existence d’un état névrosique accentué. Cette question des lichénifications secondaires soulève des problèmes fort ardus, car tout n’est pas dit quand on a déclaré que c’est un syndrome qui se surajoute à telle ou telle éruption chez un sujet prédisposé : il s’agit en effet de préciser si dans quelques cas, sinon toujours, il ne s’agit pas d’affections semblables à celles de notre premier groupe qui viennent se superposer à l’éruption préexistante.

Quoi qu’il en soit de ces interprétations et de ces théories, nous n’avons pas ici à décrire en détail ces lichénifications secondaires : elles sont étudiées avec chacune des dermatoses qu’elles peuvent compliquer.

Fig. 21. — Ecthyma des bras, variété impétigo de Tilbury Fox. — Streptocoques et staphylocoques vérifiés par Laubry. — Sous la pustule d'eclhyma, production d’hyperacanthose avec exagération des papilles du derme formant une saillie et une infiltration légères des téguments visibles à l’œil nu. (Photographie sans retouches exécutée par Pied, à l'hôpital Broca, service de L. Brocq.)

[L. BROCQ

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