‹ La pratique dermatologiqueChapitre 5 sur 233 · APERÇU HISTORIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU HISTORIQUE

lerranéen. En Europe, la Grèce semble avoir clé le premier pays atteint, mais il est difficile de préciser à quelle époque. J. es textes hippocratiques, quoi qu’on en ait dit, ne fournissent aucun renseignement certain à ce sujet (l).

Il faut arriver à l’époque romaine pour trouver des données plus positives. D’après Pline et Plutarque, la lèpre, morbus déplias, fut introduite en Italie par les légions de Pompée revenant de Syrie et- d’Egypte : celte première invasion fil peu de ravages. Il n’en fut plus de même d’une seconde, importée par les armées impériales et sans cesse alimentée par l’énorme masse d’esclaves qui affluaient à Rome. Dès lors, la lèpre sévit à l’état endémique sur le peuple romain (2) ; elle y fait de nombreuses victimes, et frappe l’empereur Constantin lui-même. Peu à peu, elle s’infiltre dans la Lombardie, l’Espagne, la Gaule, la Grande-Bretagne; enfin tout l’Occident est contaminé.

Au viie et au vme siècle, une recrudescence se manifeste parmi les Francs : elle coïncide avec les incursions des Sarrasins et des Lombards. A la fin du xe siècle, le roi Robert, dans un pèlerinage en Ferry, « donnait l’aumône aux lépreux qui y étaient en grand nombre ». Mais c’est surtout à l’occasion des croisades, aux xu° et xme siècles, que la lèpre sévit avec le plus de violence dans les contrées occidentales. A cette époque, elle pénètre dans les régions les moins peuplées de l’Europe, la Ratavie (xn° siècle), la Scandinavie et l’Islande, la Russie (xm° siècle).

Déjà pourtant, des mesures rigoureuses étaient en vigueur. Dès 643, le roi lombard Rolharis condamnait les lépreux à la relégation et les déclarait morts civilement. Au vne et au vmc siècle, Pépin le Bref et Charlemagne reproduisent les prescriptions rigoureuses du code lombard : séquestration des lépreux, rupture du mariage lorsque l’un des conjoints est atteint. Pendant tout le moyen âge, les lépreux sont privés de leurs droits civils et soumis à des lois d’exception. On crée pour eux des asiles spéciaux (misellariæ, mezelleries, maladreries, ladreries, maladeries, magdelaines, etc.). Dès 460, les annales ecclésiastiques mentionnent l’existence de ces asiles; mais c’est surtout à partir du vne siècle que les léproseries se multiplient en France, en Allemagne et en Suisse. A la mort de Louis VIII (1226) on en comptait 2000 en France et 19000 dans la chrétienté, d’après Mathieu Paris (1244). Le pape Damase II, en 1048, avait fondé l’ordre de Saint-Lazare, spécialement

(') La AÉ7tpa des hippocratiques ne désigne pas la lèpre, mais une série d’affections squameuses bénignes; de même l'afte-pd?, la Asûxt) sont des maladies exclusivement cutanées. Il est à noter que dans la version des Septante, traduction grecque de l’Ancien Testament, faite à Alexandrie dans le cours du me siècle avant Jésus-Christ, le mot hébreu zaraath est toujours rendu par ),Éirpx. Or, c’est le mot D.s'fxvnaaiî qui désignait alors la lèpre vraie (éléphantiasis des Grecs).

(2) Sa première description précise est due à Celse {de Re medica, Ier siècle après J.-C.). Au siècle suivant, Arétée de Cappadoce lui consacre un chapitre étendu de son Traite des causes et signes des maladies. Puis Galien (ne siècle), Marcellus Empiricus (ive siècle) et les compilateurs alexandrins Aetius (vie siècle), Paul d’Égine (vne siècle), y font de fréquentes allusions.

affecté au service des ladres; le grand maître lui-môme devait être lépreux (').

La lèpre diminuait en Europe vers la fin du xvc siècle, lorsqu’elle apparut ou du moins fut signalée en Amérique. Elle y prit une grande extension dans les siècles suivants. Au xvie siècle, la lèpre perd en Europe son caractère de maladie endémique. En Angleterre, elle s’éteint, mais elle possède encore de nombreux foyers dans tout l’Occident; les provinces du sud-ouest de la France, la Guyenne en-particulier, comptent à celte époque un nombre considérable de lépreux, et les descriptions d’Ambroise Paré montrent bien qu’il ne s’agit pas encore d’une maladie en voie d’extinction rapide. Au xviie siècle, la lèpre semble avoir presque abandonné notre pays, et un arrêté royal du 24 août 1695 transforme en établissements généraux hospitaliers les diverses maladreries, Maisons-Dieu, etc. (2).

(‘) Chaque léproserie se composait d’un amas de bordes, ou cabanes isolées, comprises dans une enceinte commune. Le règlement intérieur variait suivant les pays. La direction administrative était ordinairement confiée à un chanoine ou à un prêtre; des religieux assistaient les ladres, qui faisaient ordinairement vœu d’obéissance, de pauvreté et de chasteté. Les malades n’étaient soumis à aucun traitement; ils pouvaient sortir, à la condition de se soumettre à une série de règles prophylactiques minutieuses : revêtir leur housse et leurs gants, agiter leurs cliquettes ou tartavelle, etc. Si dans quelques contrées les lépreux étaient incarcérés contre leur gré, l'entrée dans les léproseries était habituellement volontaire et des peines durent même être édictées contre les simulateurs (pii tentaient de s’y introduire en fraude. Ambroise Paré consacre un curieux chapitre h « l’imposture d’un certain maraut qui contrefoit le ladre «.

(-) Sans doute, la syphilis et diverses autres dermato’ses ont pu être confondues avec la lèpre. Mais, en présence des descriptions médicales si précises de Guy de Chauliac, Conrad de Gesner et Ambroise Paré, on ne peut accepter l’opinion de Euret et de Santon, qui mettent la grande épidémie du moyen âge, pour la plus large part, sur le compte de la syphilis.

La lèpre est représentée fidèlement dans une foule d’œuvres d’art anciennes. Charcot et P. Richer ont fourni des indications à ce sujet. Meige (la Lèpre dans l'art. Nouv. icon. de la Salpêtrière, 1897) a relevé une trentaine de toiles, de fresques ou de gravures, du xiv° au xvie siècle, figurant des lépreux; elles appartiennent surtout aux écoles italiennes (Éc. de Giotto, Orcagna; Éc. Toscane, Masaccio, Pietro del Donzello, Rosselli, etc.) et allemandes (vieille école de Cologne, Conrad Witz, les IL Holbein, A. Durer, Math. Grünewald, Manuel Deutscli); elles sont plus rares dans les écoles flamande et hollandaise (B. van Orley, Rubens, etc.) et semblent manquer dans l’école française. Il s’agit, en général, de tableaux religieux, représentant S. Martin, Sto Élisabeth de Hongrie, S. Pierre et S. Paul, etc. — Citons pour exemple : Holbein, Ste Élisabeth de Hongrie secourant un lépreux (vieille Pinacothèque de Munich), lèpre tégumentaire. — Alb. Durer (1515), lèpre mixte, greffe des interosseux. — Hans Burgkmair, S. Édouard le

ï,e Adélaïde (gravures), etc

Voir

Confesseur secourant un lépreux de forme mixte; S“ encore Eiilers, Ætiol. Stud. über Lepra, 1896.

Parmi les auteurs qui ont le plus contribué, dans la période contemporaine, à faire progresser l’étude de la lèpre, il faut citer : Danielssen et Boeck, dont l’ouvrage magistral inaugure l’étude scientifique de la lèpre ( Traité de la Spedalskhed ou E léphantiasis des Grecs, Paris, 1848); Virchow, qui décrit la névrite lépreuse; Hansen, qui découvre le bacille, et Neisser qui le colore le premier. — E. Besnier, Zambaco, Cornil et Leloir ont apporté d’importantes contributions à l’histoire de la lèpre. On trouvera dans Leloir (Traité théorique et pratique de la Lèpre, Paris, 1886) la bibliographie jusqu’en 1886. On consultera avec fruit, pour les travaux plus récents, le mémoire de v. Bergmann (Die Lep^a, Stuttgart, 1897; Deutsche Chirurgie, Lfg. 106) et la monographie de Babes ( Die Lepra, in Speciel. Patli. u. Thcrap. de Notiinagel, Vienne, 1901). La Conférence réunie a Berlin en octobre 1897, marque une date importante dans fliistoire de la léprologie : nous

[ E JEANSELME et M. SÉE.~\

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DE LA LÈPRE

DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE DE LA LEPRE

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