GROUPEMENTS DES ÉLɬ MENTS ÉRUPTIFS
I " Forme circinée. — Dans certains cas, et surtout lorsque le lichen plan siège en certaines régions telles que les parties génitales, le scrotum et le gland en particulier, le bas-ventre, la partie inférieure des jambes, plus rarement les avant-bras, les plis articulaires du coude et de l’aisselle, les lésions élémentaires du lichen plan se groupent suivant une forme annulaire plus ou moins géométrique. Les papules sont accolées l’une à l’autre à la périphérie, tangentes par leurs bords en collier de perles et comme aplaties latéralement par pression réciproque. Elles font une légère saillie au-dessus du niveau des parlies saines. Le centre de l’anneau est comme déprimé, plus ou moins pigmenté, rarement sain d’aspect : c’est le lichen planus annulatns. L’apparence générale est celle de syphilides circinées avec lesquelles d’ailleurs la majorité des médecins les confondent. Quand une partie du cercle disparaît et que des cercles voisins se rejoignent de manière à constituer des dessins plus ou moins élégants, on a la forme à laquelle on a donné le nom de lichen planus nmrginatus.
D’après Cavafy et H. G. Brooke, ces circulations se formeraient de deux manières : par confluence de petites papules, qui se disposent d’une manière circinée, ou par extension graduelle périphérique de larges papules avec involution du centre. R. Crocker, Pringle et Colcott Fox croient
(') Voir A. Duccey et E. REsriGiu, Annales de derinat. el de syph., 1898, p. 700.
Fig. 48. — Lichen plan circiné de la verge. - On y voit à côté de la grande circination des papules isolées typiques. (Photographie sans retouches prise par Sottas, à l’hôpital Broca , service de L. Brocq.)
Fig. 47. — Lichen plan aigu presque confluent du tronc avec éléments circinés, chez un homme de cinquante ans. (Photographie sans retouches, grandeur naturelle, prise par Sottas, à l'hôpital Broca, service de L. Brocq.)
LES LICHENS
à la réalité du premier processus, mais jamais ils n'ont observé le second (l).
Aux parties génitales et au bas-ventre, celle variété circinée du lichen plan est formée d’ordinaire par de petites papules de I à 2 millimètres de diamètre, et les circulations auxquelles elles donnent naissance, et qui figurent des cercles ou des ovales, ont de 5 à 15 millimètres de diamètre. Comme nous l'avons dit plus haut, nous l’avons observée à la langue et à la face interne des joues. Aux membres inférieurs, au contraire, les papules peuvent être beaucoup plus volumineuses et les circulations beaucoup plus étendues.
Elles y sont fort souvent incomplètes. C’est probablement à celle variété qu’il faut rattacher la forme en nappe pigmentée, décrite par Hallopeau (-).
2° Forme zoni forme. — Lichen p la nus striatus de R. Crocker. — Nous avons vu dans l’hislorique que d’assez nombreuses observations mettent hors de doute la possibilité, pour l'éruption du lichen plan, de s’effectuer suivant des bandes linéaires affectant la même disposition générale que les zonas ou que certains nævi.
L’éruption siège d’ordinaire à la partie postérieure du membre inférieur : elle y figure une traînée linéaire verticale qui part de la fesse, descend le long de la face postérieure de la cuisse, gagne le creux poplité, puis la face postérieure de la jambe et se termine un peu au-dessus du talon, comme dans les cas de F. Balzer et Mercier, de Hallopeau et Constensoux, de Hallopeau et Cardner, de Hugo Meyer, de Calloway, de Danlos, comme dans un cas personnel, etc. (3).
Chez une jeune fille (l) que nous avons observée, elle occupait le même territoire qu’un zona thoracique supérieur. Elle partait en arrière exactement de
(’) Voir pour celte question le mémoire de Martin F. Engman, Annulai' lichen planas, t lie report of a case of the « ring-formed papule » witli ils histology. Journal of cutancoua and gen.-urin. diseases, mai 1901, p. ‘209.
p) Hallopeau, Sur un lichen en nappe. Semaine méd.. 1890, p. 125.
(3) Voir l’historique pour la bibliographie.
(*) L. Brocq, Soc. franc, de dermat. et de syph., 10 mars 1898.
PRATIQUE DERMATOLOGIQUE. — III. L">
Fig. 19. — Lichen plan circiné à centre pigmenté et atrophique de la région préauriculaire chez un homme de trente-six ans. — L'affection simulait à s’y méprendre le lupus érythémateux. (Photographie sans retouches prise par Sottas, à l’hôpital Broca, service de L. Brocq.)
[L BROCQ
LE LICHEN PLAN ET SES VARIÉTÉS
l’épine dorsale au niveau du tiers supérieur de l’omoplate, suivant plusieurs traînées finement linéaires, presque parallèles, quoique un peu irrégulières;
de là elle gagnait la face postérieure de l’épaule, descendait le long de la face externe du bras, puis de la face antéro-externe de, l’avant-bras pour s’arrêter au poignet. Vers le sternum en avant, on retrouvait à droite de la ligne médiane plusieurs petites traînées horizontales parallèles de papules de lichen plan. La malade n’avait aucune éruption à gauche (*).
Djélaleddin-Mouktar en a publié un cas dans lequel l’éruption siégeait sur le flanc, la fesse, la cuisse, la jambe et le pied gauches; elle était groupée en trois rubans do la largeur d’un doigt environ.
Sequeira (2) a observé, chez un enfant de six ans, un petit lichen plan linéaire vers le pli de l’aine. Stowers en a décrit un chez un enfant de cinq ans allant du pubis à la cheville (5).
Dans tous ces faits les éléments, par lefir groupement , formaient des bandes assez étroites, de quelques millimètres à 2 ou o centimètres de large, parfois assez régulièrement linéaires, plus souvent çà et là interrompues, légèrement déviées, et présentant par places des éléments aberrants. D’après les auteurs,
(*) E. Fournier et Paris ont présenté le 4 juillet 1901 à la Société française de dermatologie et de syphiligraphie un cas analogue, mais chez un homme et sur la partie latérale gauche du tronc.
(2) Seoueiisa, The British Journal of dermatology, p. 439, décembre 1000.
(3) Stowers, Tlie British Journal of dermat.. p. 431, décembre 1900. — Mais le cas de beaucoup le plus curieux que nous ayons jamais vu est celui d’un enfant de quatre mois qui présentait, partant des deux aines, et de là s’irradiant en séries linéaires, d’une part le long de l’abdomen en remontant vers les creux axillaires, d’autre part le long de la face interne des cuisses et des jambes, des tramées longi-
Fiu. 50. — Lichen plan en bandes, zoniforme. — Malade présenté par Hallopeau le 8 juin 1899, à la Société française de dermatologie et de syphiligraphie. (Photographie du moulage n“ 2045 du musée Baretta, à l’hôpital Saint-Louis.)
ludinales un peu sinueuses, presque rectilignes, de papules aplaties brillantes, absolument caractéristiques du lichen plan. La maladie évolua lentement vers la guérison: un an plus tard l’enfant n’en présentait plus que des vestiges. La disposition générale rappelait un peu celle du lichen moniliformis de Kaposi, mais les lésions élémentaires étaient celles du lichen plan typique.
LES LICHENS
la disposition générale semblait être tantôt colle de certains nerfs cutanés, en particulier du nerf petit sciatique, tantôt celles des lignes de Voigt. 11 est plus que probable qu’une étude nouvelle et approfondie de ces cas montrerait que leur disposition est surtout explicable par les nouvelles théories de Brissaud (*).
Chez quelques-uns de ces malades, les éléments éruptifs primitifs sont en partie masqués par de la lichénification, parfois même par de l’eczématisation (8).
Phénomènes subjectifs. — Les sensations douloureuses éprouvées par les personnes atteintes de lichen plan sont des plus variables. Chez quelques sujets, surtout dans les formes torpides, elles sont milles ou à peu près nul les.
Dans la grande majorité des cas, elles sont assez accentuées et consistent en démangeaisons continues ou intermittentes, présentant parfois des redoublements paroxystiques, el dont l’intensité est telle, dans certaines formes aiguës, que les malades maigrissent et sont épuisés par la douleur el par l’insomnie. Thibierge et Leredde ont vu le prurit coïncider avec de l’aménorrhée. On a également signalé de l’anurie (s).
D’ailleurs, ce sont pour la plupart des névropathes, et leur dermatose subit, au premier chef, l’influence de l’état de leur système nerveux.
Fait remarquable auquel les auteurs n’ont pas prêté une attention suffisante, le lichen plan buccal est presque toujours indolore. C’est à peine si le malade, quand il éprouve quelque sensation anormale, perçoit une certaine gêne des mouvements, un léger picotement, une légère brûlure, une sensibilité au niveau de la muqueuse buccale. Nous avons cependant observé quelques exceptions à cette règle, et nous avons vu des malades souffrir véritablement de plaques de lichen situées au niveau des grosses molaires postérieures.
Le lichen plan de la peau est donc, dans la grande majorité des cas, une éruption prurigineuse. Les malades se grattent et excorient leurs téguments. Or, chez certains sujets qui sont en puissance de développement de celle affection, tout traumatisme de la peau provoque, au point traumatisé, l’apparition d’éléments nouveaux de lichen, de telle sorte que chez eux toute excoriation, toute effraction de l’épiderme se recouvre de séries de papules (4). Le prurit et le grattage sont donc chez eux des agents majeurs de l’extension de la dermatose.
La lichénification dans le lichen plan. — D’autre part, le lichen plan est
(') Voir Symptomatologie générale de la peau , t. I, p. 174-175.
p, Cas de Balzer el Mercier el cas personnel, Société franc, de dermal. cl de syph
10 mars 1898.
F’) Voir le cas de Page, Annales de dermat. et de syph., 1895, p. 171
(4) Ce fait, bien étudié par Jacquet, qui a provoqué expérimentalement par ce procédé des traînées linéaires éruptives chez des malades atteints de lichen plan, a reçu de lui le nom de dermatographie lichénienne, mot qui indique bien les analogies qu’il établit entre ce processus et celui de l’urticaire. Voir plus loin la Pathogénie.
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LE LICHEN PLAN ET SES VARIÉTÉS
l’une des affections cutanées qui ont le plus de tendance à se compliquer de lichénifications secondaires. Dans les lichens plans à allures torpides, sous l’influence de grattages, la peau s’épaissit peu à peu, s’indure, se lichénifie en un mot, et celle complication vient souvent transformer l’aspect caractéristique de la dermatose.
Dans les lichens plans à marche aiguë qui s’accompagnent de vives démangeaisons, il se développe très nettement, à côté des papules d'un rouge jaunâtre, aplaties, brillantes, à contours nettement arrêtés, caractéristiques, de fort nombreux petits éléments, de la grosseur d’une line tête d’épingle, d’un rouge bistre tout à fait pâle, parfois même presque incolores, ne faisant pas de saillies notables, brillant eux aussi aux incidences de lumière, mais point tendus, ni turgescents comme les vrais papules de début du lichen plan. Leur interprétation est fort difficile, mais nous ne serions pas éloignés de croire que ce sont là des lésions que l’on doit rapporter à ce que nous avons décrit sous le nom de lichénification diffuse (') ; à mesure que la dermatose évolue, les deux variétés d’éléments éruptifs que nous venons de signaler finissent par se confondre, et l’on ne peut plus distinguer nettement les éléments typiques du lichen plan, lesquels sont en quelque sorte noyés et confondus dans les infiltrations et les épaississements tégumentaires dus en partie à l’évolution pure et simple du lichen plan lui-même, en partie à la lichénification.
Nous avons vu, dans certains cas, le lichen plan se compliquer de poussées d’urticaire généralisée ou presque généralisée avec prurit intolérable, et la lichénification se développer en même temps avec la plus grande rapidité. Les téguments prennent alors une teinte d'un rouge vif presque uniforme, ils s’épaississent, s’œdématient en quelque sorte, se sillonnent de quadrillages, et l’on ne peut plus percevoir les éléments initiaux, typiques de lichen plan. L’aspect du malade est celui d’une érythrodermie généralisée (voir plus haut); et l’on pourrait croire, si l’on n’avait pas la clef de ces phénomènes, qu’il est menacé d’un pityriasis rubra ou d'un mycosis fongoïde. Puis, à mesure que le prurit se calme, que l’urticaire cesse, la peau perd de sa turgescence, les lichénifications diminuent, et l’éruption première reparaît avec ses caractères typiques : elle est presque toujours alors en voie de régression.
Le lichen plan peut donc, suivant la forme de son évolution, se compliquer de lichénifications circonscrites comme dans le lichen torpide, le lichen ruber corné, ou de lichénifications diffuses (*).
Evolution. — Le lichen plan typique évolue avec la plus grande lenteur. Il peut persister presque sans modifications pendant des mois ou des années; le malade peut même en être atteint sans le savoir; mais ce sont là des faits rares.
(') L. Buocq, Nouvelles notes cliniques sur les lichénifications cl les névrodermites. Ann. de dermnt. et de syph., 1896, p. 936.
(-) Pour l’interprétation de ces faits, voir notre mémoire déjà cité. Ann. de dermat. et de syph., 1896, p. 937.
LES LICHENS
Presque toujours l’éruption s’étend lentement, progressivement, soit d’une manière assez uniforme, soit en subissant de temps en temps des sortes de petites poussées aiguës qui, dans beaucoup de cas, semblent coïncider avec des secousses morales, du surmenage, en un mot avec un ébranlement quelconque du système nerveux. C’est par poussées successives et incessantes que l’affection procède dans la forme vulgaire; les premières papules arrivent à l’état adulte, puis entrent en régression, tandis (pie des papules jeunes se produisent, évoluent à leur tour, et ainsi de suite. Telle est la forme la plus ordinaire de l’affection, celle que l’on pourrait appeler s ubaiguë , par opposition aux formes véritablement chroniques el torpides , telles que les formes circinées, dans lesquelles la même lésion peut persister pendant de fort longs espaces de temps.
Le lichen plan buccal évolue presque toujours avec une extrême lenteur.
Quelquefois, au contraire, ainsi que nous l’avons déjà dit, le lichen plan se développe avec rapidité; les papules sont rouges, inflammatoires, comme tuméfiées ; elles se pressent les unes à côté des autres, de manière à former do vastes nappes rouges, et recouvrent le corps dans sa presque totalité en quelques semaines ou en quelques jours. C’est le lichen plan aigu de Lavergne; il peut même dans certains cas, comme nous l’avons dit plus haut, se généraliser à toute la surface du corps et simuler une grande érythrodermie.
Ces formes suraiguës avec coïncidence de troubles nerveux et de désordres cérébraux allant parfois jusqu’à la folie ont été bien décrites en Angleterre. Whitfield, Pringle, Radcliffe Crocker, et surtout Malcolm Morris, ont tout récemment insisté sur ces faits.
Il convient d’y rattacher les formes pcipulo-érytliémateuses d’Hallopeau et Leredde (*), et les formes miliaires aiguës de Dubreuilh et SabrazèsQ).
Complications. — Dans certains cas assez rares, mais surtout dans les formes aiguës, le lichen plan se complique d’une éruption de bulles pemphigo'ides. Nous en avons observé deux cas, l'un chez un diabétique, l’autre chez un surmené (r>). Ces faits, qui sont d’une extrême rareté, ne nous ont pas paru avoir toujours la gravité que semblent leur reconnaître certains dermalologistes.
On a voulu attribuer la formation de ces bulles à l’influence du traitement arsenical. Cette hypothèse ne nous paraît guère soutenable, car il existe dans la science des cas de lichen plan compliqué de bulles chez des malades qui
(l) IIal lopeac, Semaine mcd., 8 déc. 1897, p. 450.
(*) Dubreuilii et Sabrazès, Sur deux cas de lichen plan miliaire à marche aiguë. Annales de la Policlinique de Bordeaux , janvier 1892, p. 05.
(3) Voir Kaposi, Société viennoise de dermat., 25 nov. 1891. — Leredde, Le lichen plan à forme bulleuse. Éosinophilie. Nature du lichen plan. Ann. de dermat. cl de sypli., p. 657, 1895. — Hallopeau et Lesourd, Sur une forme aiguë de lichen de Wilson avec poussée éry th ro dermique. Soc. de derm., 10 avril 1899. — Hallopeau et Lemierre, Sur un lichen plan aigu avec production de bulles et desquamation furfuracée. Soc. franc, de dermat. et de syph., 1901. — Lassar, Lichen ruber et Pemphigus. Berliner medicinisehe Gcscllscha/ 1. 25 janvier 1901. — C.-W. Allen, Lichen planus as a vesicular or huilons disease. Amer, dermatoloyical Association, 50 mai, 1er juin 1901.
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LE LICHEN PLAN ET SES VARIÉTÉS
n’avaient jamais pris d'arsenic ('). D’ailleurs Jarisch et d’autres histologistes ont fait remarquer avec juste raison que la bulle, quand elle se produit, n’est que l’exagération d’une lésion anatomique des plus fréquentes dans la papule typique du lichen plan.
Nous avons vu que 1 urticaire et que les lichénification* viennent souvent compliquer et masquer l’éruption typique du lichen plan.
Hallopeau a noté dans certains cas de la tuméfaction des ganglions. Jadassolin croit que ce symptôme n’existe que lorsqu’il y a du grattage par suite de prurit.
Certains auteurs, Ehrmann entre autres, ont signalé la coexistence du vitiligo.
Terminaisons. — Pronostic. — Abandonné à lui-même, le lichen plan peut guérir spontanément après un laps de temps variable, presque toujours assez long. Les papules et les plaques subissent alors un processus graduel de régression; le centre s’affaisse, sc pigmente. Parfois même il reste comme une dépression quasi cicatricielle blanchâtre des téguments. Mais c’est surtout la pigmentation qui domine. Elle est d’ordinaire d’une teinte légèrement brunâtre; mais, ainsi que l’ont bien spécifié de nombreux auteurs anglais, Galloway, M. Morris entre autres, ainsi que nous l’avons observé nous-même, elle peut arriver à la teinte brun sépia, et même à la teinte presque franchement noire, sans que le malade n’ait jamais pris d’arsenic (2). Toutefois on doit reconnaître qu’elle semble être surtout prononcée quand les malades ont été traités par ce médicament. Peu à peu elle perd de son intensité, et finit même par disparaître totalement au bout de plusieurs mois en laissant ou non après elle une petite dépression blanchâtre, à aspect atrophique superficiel.
Le plus souvent donc, c’est la restitutio ad integrum des téguments que l’on observe; mais il peut survenir des récidives qui sont moins rares qu’on ne le croit généralement (3).
Le pronostic est en somme bénin, sauf lorsque l’état général du malade est mauvais soit au point de vue névropathique, soit au point de vue rénal. Aussi faut-il toujours examiner les urines des sujets atteints de lichen plan, et tenir compte des ébranlements qu’a pu subir leur système nerveux.
Description des principales formes éruptives oue l’on a rattachées au liciien plan. — Vue cl' ensemble. — Ce qui précède montre combien la papule
(') Voir pour toute cette question la discussion déjà citée qui a eu lieu à la Société dermatologique de Londres, toc. cil., 1900, p. 428, etc. — Bettmann, Lichen ruber pemphigoïde. Dermat. Zeitschrift , 1001, p- L
(4) Ehrmann, Ueber Ilautpigmenlirungen bei Lichen ruber planus. Wiener med. Woch., 1900, n° 10.
(s) Kohn, Cas de lichen ruber plan. Soc. Vieil, de dermat., séance du 10 mars 1897. — Jadassoiin, l .c. cil. — Jadassohn, Beitrâge zur Kenntniss des Lichen nebst einigen Bemerkungen zur Arsentherapie. Festschrift zu Ehren von M. Kaposi, 1900.
du lichen plan est susceptible «le prendre des aspects variables. Les modifications de volume, de forme, d’évolution, peuvent être encore plus radicales que nous ne l’avons dit. 11 en résulte des éruptions à physionomie tout à fait spéciale, que l'on a rattachées au lichen plan, grâce à la présence, en certains poinls des téguments des sujets qui en sont atteints, de papules typiques de lichen plan, ou tout au moins de papules assez peu modifiées pour être reconnaissables.
Mais à côté de ces cas dans lesquels on peut arriver à retrouver chez le malade en un point quelconque du corps la papule typique, il y en a d’autres, qui sont analogues aux précédents comme aspect général, mais dans lesquels on ne trouve jamais vestige de la papule typique du lichen plan. 11 est permis de se demander s'il est légitime de les ranger eux aussi dans celte dermatose à laquelle ils sont reliés par une série insensible de faits de passage. Nous signalerons chemin faisant ces deux groupes de faits sur lesquels nous devions tout d’abord nous expliquer.
La papule du lichen plan peut se modifier par simple déformation , par atrophie ou par hypertrophie : d’où trois grands groupes de formes éruptives dérivées de cette affection.
Premier groupe. — Déformation de la papule da lichen plan. — A. Elle peut prendre un aspect globuleux , quasi hémisphérique. A cette déformation correspondent trois sous-variétés :
a. Le lichen plan obtusus type d’Unna, qui semble bien devoir être nettement rattaché au lichen plan;
b. Le lichen ruber moniliformis de Kaposi qui est déjà beaucoup plus discutable comme variété de lichen plan ;
c. Le lichen ruber obtusus corné, qui n’estd’après nous nullement une variété de lichen plan, mais une variété tout à fait spéciale de prurit avec lichénification nodulaire circonscrite; c’est en réalité une forme de prurigo ferox.
B. Elle peut prendre un aspect acuminé : à cette déformation correspondent deux groupes de faits :
a. L’un, des mieux connus à l'heure actuelle, dans lequel des papules acumi nées surviennent en plus ou en moins grand nombre chez un sujet atteint de lichen plan typique. Les papules acuminées ne sont ici qu un simple aspect que peuvent prendre dans certains cas les papules de lichen plan. Ces laits rentrent donc tout naturellement dans le lichen plan;
b. Les faits, mal définis, qui ont été décrits par les auteurs allemands (en dehors du pityriasis rubra pilaris, qui n’est, comme on le sait, que le lichen ruber acuminatus de Kaposi) sous le nom de lichen ruber acuminalus vrai. Nous avons dans cet ordre d’idées : 1° le lichen ruber acuminalus neuroticus d’Unna; 2° le lichen ruber acuminalus de Neisser, Neumann, etc.
C. Elle peut prendre un aspect encore plus aplati et plus effacé que 1 aspect typique.
A celte déformation on peut rattacher la forme morbide qui a été décrite dans ces derniers temps par l'école anglaise sous le nom de lichen variegatus.
[L BROCS
LE LICHEN PLAN ET SES VARIÉTÉS
Mais il esl fort douteux que cette dermatose doive vraiment être considérée comme une simple variété de lichen plan.
Deuxième groupe. — Atrophie de la papule du lichen plan. — On doit distinguer ici plusieurs séries de faits :
a. La papule du lichen plan dans son évolution naturelle peut laisser après sa disparition un certain degré d’atrophie cutanée : on ne peut faire de cette évolution une variété à part; nous avons déjà parlé de ces laits à propos de l’évolution naturelle du lichen plan; nous n’y reviendrons pas ici.
h. D'emblée, dès son apparition, la papule du lichen plan évolue vers l’atrophie cutanée; mais on peut encore percevoir les vestiges de la papule typique. C’est le lichen plan atrophique vraiment digne de ce nom.
c. On a groupé à côté de ces faits des cas d’atrophie cutanée dans lesquels la forme même de cette atrophie semble indiquer qu’elle est consécutive à une néoplasie primitive papuleuse analogue à celle du lichen plan : ces faits sont un peu discutables comme variétés de lichen plan.
Troisième groupe. — Hypertrophie de la papule du lichen plan. — On doit distinguer encore ici plusieurs séries de faits.
a. La papule typique du lichen plan peut se lichénifier et prendre de par celte complication un tout autre aspect et un plus grand volume. Nous ne pouvons considérer celle évolution si fréquente comme une variété à part. Nous en avons déjà longuement parlé plus haut; nous n’y reviendrons pas.
b. La papule du lichen plan peut subir une transformation hypertrophique cornée totale, de telle manière qu’elle n’est plus reconnaissable; mais on retrouve encore chez ces malades en divers points du corps quelques papules typiques de lichen plan qui établissent le diagnostic d’une manière irréfutable, et permettent de relier étroitement ces formes morbides spéciales au lichen plan. C’est le lichen planus corné d’E. Vidal, le lichen chronique circonscrit hypertrophique , ou lichen ruber verruqueux , etc.
c. On a été tout naturellement conduit à rattacher au groupe précédent des faits dans lesquels les phénomènes éruptifs sont absolument identiques d’aspect, mais dans lesquels il est impossible de trouver chez le malade la moindre papule typique de lichen plan.
Nous allons donc passer rapidement en revue les formes éruptives suivantes :
1. Lichen obtusus. — a. Lichen planus obtusus vrai ; b. lichen ruber moniliformis ; c. lichen ruber obtusus corné.
IL Lichen acuminatus. - — a. Lichen planus et acîiminatus; b. lichen ruber acum hiatus neuroticus.